CHAPITRE VII
Ameublements. — Salons et boudoirs. — Cuirs Provençaux. — Tapisseries. — Toiles peintes — Toiles imprimées. — Papiers peints. — - Meubles meublants. — Cheminées.
Ce chapitre, ainsi que celui qui va suivre immédiatement, se rattache étroitement au précédent. C’est pour cela, que toutes réflexions faites, j’ai réservé pour lui la description des bois de fauteuils et écrans dorés que nous possédons encore à Aix.
On ne doute pas que les belles demeures, dont nous avons déjà admiré les façades et les séduisantes décorations murales intérieures, n’aient possédé dans leurs différentes pièces, avant la Révolution, les plus remarquables ameublements. Ceux-ci, après la crise de l’émigration de l’acajou et plus récemment du capiton deuxième empire, ont subi de rudes épreuves. Les changements de fortune et de situation et les partages successoraux contribuèrent, pour la plus grande part, à leur dispersion et à leur disparition ainsi que les caprices de la mode. Bref, on compte maintenant les beaux mobiliers à Aix. Combien se trouve-t-il de salons et de boudoirs d’anciens hôtels, meublés d’une façon homogène et qui ne soient encombrés, ou tout au moins mélangés, de fauteuils modernes rembourés, de poufs, de portières de velours ou de peluche, plus ou moins crépinés d’or, triomphes du tapissier de i83o ou du deuxième empire? Extrêmement peu, comme partout ailleurs du reste! A défaut de salons homogènes, les beaux et riches ameublements ne manquent pas à Aix, et les ravissants lambris des XVIIe et XVIIIe siècles les font joliment valoir, formant d’admirables cadres à des pièces d’ameublement souvent assez médiocres. Voici la liste des propriétaires actuels des plus importants et des plus beaux salons d’Aix : MM. de Forbin, de Saporta, St-Marc, d’Espagnet de la Balmondière, de Joursenvault, d’Oléon Guillibert, Dobler, Dille, de Chenerilles, d’Isoard Vauvenargues, de Boisgelin, de Fonscolombe, Vermont, Jourdan, de Grimaldi Régusse, de Garidel d’Agay, de Savy, de Lombardon, Montagne, P. Arbaud, Kuntzman, de Lânder, d’Autheman, A. Bouteille, Vallier-Colombier,
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Pontier, de Closmadeuc, Ducros, Monsieur le Premier Président. De tous, le plus somptueux, est celui de la Pioline (Louis XVI).
Quand aux boudoirs, qui sont si particuliers dans notre ville, nous allons les passer en revue et essayer de les classer par époque et par genre. Il y en a d’une fantaisie de décoration tout à fait charmante, d’une richesse admirable, d’une forme curieuse et inatendue. D’autres sont à pla- HÔtel d'Albertas. - Dessus de porte sculpté du boudoir fonds à décoration de
gypseries, de boiseries plus ou moins dorées, de tapisseries, de cuirs, de toiles peintes. C’étaient, et ce sont encore de ravissants Buen retiro, où l’on évoque par la pensée, les aixoises du XVIIe et du XVIIIe siècles. Ils durent voir de troublantes et exquises choses. Ils purent, malheureusement aussi, refléter dans leurs glaces de tristes minois et même parfois les larmes de beaux yeux, ces asiles tendus de soies, suprêmes abris des chagrins, des déceptions amoureuses que connurent nos aïeules, comme nos mères et comme les connaissent, de nos jours, nos plus délicieuses contemporaines.
J’aimerais, n’était le cadre étroit de cet ouvrage, m’étendre très longuement sur ces boudoirs, les décrire minutieusement à mes lecteurs, tâcher de leur faire éprouver le charme indéfinissable que l’on ressent sous leurs petites coupoles rondes ou leurs plafonds à gypseries sculptées, mais il faut savoir se borner. Je mécontenterai donc de signaler les mieux établis et de reproduire les plus intéressants.
Ceux du XVIIe siècle se trouvent à 1’hôtel d’Estienne de St-Jean, à l’hôtel de Grimaldi Régusse, à l’hôtel de l’Estang-Parade, ils sont à plafonds peints. Ceux de l’hôtel de Maliverny et de l’hôtel Vermont à coupole ronde et à décoration de gypseries, sculptées par Rambot (aigles et guirlandes), celui de l'Hôtel de Fontvert également rond et à coupole, celui de l’hôtel de Valbelîe (gendarmerie) curieusement construit, mais hélas, en bien mauvais état actuellement, etc., etc.
De tous ceux de l’époque de la régence, le plus somptueux est celui de l’hôtel d’Albertas, entièrement recouvert de dorures et de sculptures du plus grand intérêt (Amours, guirlandes, fleurs). C’est un des plus élégants boudoirs que l’on puisse imaginer. Les dorures en sont chaudes et vermeilles. D’autres boudoirs du XVIIIe siècle ont des décorations plus simples mais également bien séduisantes en gypseries. Nous citerons particulièrement ceux de l’hôtel de Monclar (appartement de M. A. Bouteille) rue Roux Alphérand, celui de la Grande Durane à M. de Monval, à panneaux et trophées et celui du rez-de-chaussé de l’hôtel d’Isoard Vauvenargues, malheureusement restauré sous le deuxième empire. Nous avons réservé pour la fin, un troisième type de boudoirs exécutés au XVIIe et XVIIIe siècles. Ce sont les boudoirs chinois qui furent très à la mode sous Louis XIV et sous Louis XV. Les plus jolis que nous connaissions sont ceux du château de Fonscolombe au marquis de
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Saporta et celui de l’hôtel Vermont (2me étage). Ils sont tous deux décorés de toiles peintes du plus grand intérêt et de la même époque, représentant des arbres et des oiseaux. Le premier est encadré de jolies baguettes à angles sculptées et laquées en vert. Le second a un encadrement très élégant de gypseries Louis XV.
Ce sont deux charmants modèles de ces boudoirs chinois si à la mode à Paris à cette époque (l’hôtel de Mme de Sévigné, Musée Carnavalet en offre le plus délicieux spécimen). Il est intéressant de constater qu’Aix avait aussi les siens. On créa pour les orner toute une série de meubles que nous décrirons à la fin de ce chapitre dans un paragraphe spécial et d’adorables bibelots, dont nous reparlerons également.
Terminons cette étude des boudoirs en signalant encore ceux de l’hôtel d’Espagnet (tableaux), et du Pavillon de Vendôme (boiseries peintes) etc., etc. Celui de l’hôtel faisant l’angle de la rue de Nazareth et du Cours (cabinet actuel de M. Gros), malheureusement coupé en deux a perdu la plupart de ses ornements.
Cuirs Provençaux. — Pour bien des gens, imparfaitement éduqués dans la science des anciens ameublements, tous les cuirs du XVIIe ou du XVIIIe siècle, sont généralement des cuirs de Cordoue. En réalité, la plupart des décorations de ce genre, qui se trouvaient ou se trouvent encore dans nos châteaux de Provence ou nos hôtels d’Aix, furent fabriqués en France et en Italie.
En Provence, dans le Comtat, à Gênes, à Rome, à Venise. Elles furent exécutées à des époques différentes. On en fit beaucoup et des plus remarquables au XVIe siècle. Il ne nous en reste que de rares spécimens, et c’est dommage. Ces belles tapisseries de cuirs sont, à mon avis, ce qu’il y a de plus beau et de plus durable comme décoration murale. La mode en Provence, comme ailleurs, quand elle se mit aux tapisseries et aux damas, les fit reléguer dans les greniers et dans les caves où on les a retrouvées malheureusement en grande partie moisies ou grignotées par les rats. Des amateurs, qui deviennent de plus en plus nombreux, les recherchent actuellement avec passion, particulièrement pour décorer les salles à manger. Ce sont ceux qui sont excédés de l’éternelle salle à manger claire à la mode à Paris ces dernières années et que tous les grands couturiers ont lancé en même temps qu’ils répandirent le goût (plus compréhensible du reste, bien qu’on en ait fort abusé) des petits carreaux. Malgré la recherche toujours croissante pour leur belle tonalité chaude, des cuirs cordouans, génois, vénitiens ou provençaux, il est rare de trouver des tentures complètes et intactes de nos jours, car beaucoup ont été utilisées pour recouvrir des sièges, morcelées et découpées par des vandales et sont irrémédiablement perdues. Elles avaient des bordures superbes et une extrême variété de tons dans leurs fonds dorés ou argentés aussi bien que dans leurs dessins, parfois si curieux et aux détails si compliqués. On trouve dans plusieurs d’entre elles de merveilleux motifs de décoration. Les artistes qui les exécutèrent se servaient tour à tour des plantes, des animaux et des figures. Enfin ces cuirs sont souvent repoussés et plus ou moins en relief. On
Grande Durane Fragment de décoration en gypserie du boudoir
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voit donc qu’ils offrent les modèles les plus variés à ceux qui les apprécient. Pour moi, une décoration de ce genre a l’incontestable avantage sur les salons en bosierie ou plâtrerie laqués blanc, anciens ou modernes : de spécialiser la salle où elle se trouve, et de permettre de varier le ton des rideaux et des peintures qui les encadrent. On n’aura pas ainsi l’éternel salon blanc ou gris que l’on retrouve à peu près chez tout le monde à Paris, plus ou moins orné, plus ou moins bien laqué, plus ou moins authentique, et qui pour moi devient une obsession véritable. Il est vrai qu’il est si facile à reproduire et ne laisse rien à la personnalité du décorateur ce qui dispense de tout effort d’imagination.
Les plus belles tentures de cuirs que nous connaissions à Aix ou dans les environs, sont par ordre d’ancienneté : au château de Vauvenargues (salle d’armes). Ces cuirs sont à fond amaranthe, d’un dessin remarquable, vigoureusement repoussés et offrent le plus
Salon de la Pioline. — (Partie de la décoration gypseries dorées, médaillons en bois sculptés)
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Salon de la Pioline. — Gypseries Louis XVI à deux tons d’or
grand intérêt1. (Nous possédons dans notre salle à manger du Pavillon de Vendôme, des panneaux détachés de cuirs de la même époque, à décoration d’amours, de vases et de feuillages). Une belle tenture du XVIIe siècle, à fond rouge et dessins au naturel, se trouvait autrefois dans la salle des Etats, à la Mairie. Enlevée, je ne sais quand, ni pourquoi, elle fut retrouvée au grenier et mise à l’abri dans les armoires de la bibliothèque Méjannes, par son dévoué conservateur. En cas de la constitution d’un musée mobilier à l’Archevêché, cette tenture, il me semble, devrait y trouver tout naturellement sa place.
De beaux cuirs provençaux, malheureusement en assez mauvais état, se trouvent chez M. d’Estienne de St-Jean. Ce sont les restes de deux tentures laissées autrefois à l’abandon. L’une est à fond vert et à dessins d’argent. La deuxième, à fond rose, a d’admirables bordures à dessins fleuris. Elle est très riche de travail et de coloris. Elle sera probablement placée, après restauration, dans le ravissant boudoir de la rue Gaston de Saporta dont elle complétera la réelle magnificence. Une autre belle tenture se trouve au château de St-Canadet (représentant les quatre parties du monde). Une autre dans mes armoires au pavillon de Vendôme attend encore une destination définitive. Elle est à fond gris bleuté et à dessins orangés, de couleur rare par conséquent, et en fort bel état de conservation. Je possède également une collection de sièges recouverts en cuirs et de panneaux isolés qui sont les restes de très riches tapisseries, malheureusement détruites ou disparues : à fond blanc, à fond gris, à fond rose, à fond jaune, etc. Ce sont des modèles à conserver précieusement en souvenir des belles industries d’arts de jadis®.
Nous avons gardé pour la fin de la description, de ce que nous considérons comme la plus séduisante tenture que nous ayons encore en Provence. Elle est du XVIIIe siècle, et se trouve dans le grand salon du Château de Fonscolombe au marquis de Saporta. Elle fut acquise à Gênes et commandée spécialement pour le salon qu’elle occupe encore aujourd’hui, par l’ambassadeur Boyer de Fonscolombe, l’ami de Choiseul, le Ministre de Louis XV, qui partait en mission pour l’Italie. Séduit par la beauté des
1 Une seconde tenture bleu et argent se trouve aussi au château de Vauvenargues (voir appendice).
8 A Munich, au Musée national, se trouve
toute une série de morceaux de tapisseries (restes de tentures de cuirs encadrés dans de simples baguettes). Elles offrent des modèles aux artistes décorateurs.
Paravent, bois sculpté et Papier peint duXVIIL s.
(Coll. Dobler)
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Cuirs dorés et peints, fauteuils, tapisseries des XVII« et XVIII* siècles (Coll. d’Estienne de St- Jean)
tentures qu’il vit en visitant la fabrique de Gênes à son passage il fit cette heureuse acquisition. Il est difficile de trouver une décoration plus somptueuse et plus agréable de couleur. Elle est alternativement à fond rouge et vieux vert foncé. Sur les fonds, montent en spirales des dessins à mouvement en volute (type rare de grecque du XVIIIe siècle, déjà étudié pour les escaliers et les baguettes) en or et en argent avec un semis de roses et de feuillages. Cette superbe tenture est dans le plus bel état de conservation et richement encadrée de baguettes dorées Louis XVI à rubans. Mes grands parents, enfin, possédaient autrefois dans la salle à manger de leur hôtel de Marseille, une rare tapisserie en cuir provençal que mon père leur avait fait acquérir. Elle se composait de plusieurs grands panneaux à personnages symbolisant, par des figures et des animaux, les quatre parties du monde et des paysanneries représentant des scènes villageoises, le fond était gaufFré d’or et la bordure représentait des arabesques, des rinceaux et des fleurs. A la mort de mes grands parents et à la suite d’une indivision malheureuse, cette belle tenture du être vendue et orne actuellement le salon de M. Gravitz, à Marseille. Nous avons pu en conserver des panneaux qui n’avaient pas été tendus dans la salle à manger en question, faute de place, et j’ai au Pavillon de Vendôme un écran exécuté avec un de ces morceaux et représentant la tonte des moutons. Ces cuirs étaient d’une remarquable patine et d’une dorure superbe, j’en regretterai toujours la perte, ils provenaient d’une fabrique d’Avignon.
Tapisseries. — Les hôtels parlementaires d’Aix et les châteaux des environs eurent, nous en avons la certitude, de belles suites de tapisseries comme décoration murale particulièrement au XVIIe siècle. On peut dire même que sous Louis XIII et Louis XIV,
Pl. XVII
Chateau de Fonscoi.ombes
Cuirs dorés et peints décorant le grand salon. Bois sculptés et dorés des XVIIe et XVIIIe siècles
Sièges en tapisserie de Beauvais
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c’était, avec les cuirs, la manière la plus connue et la plus pratique de décorer somptueusement les appartements de gala. Ces tapisseries n’étaient généralement que suspendues aux murailles et non clouées et encadrées de baguettes, comme elles le sont généralement aujourd’hui. On les plaçait dans les belles demeures aux murs nus que, quand elles étaient habitées. Le reste du temps elles étaient soigneusement roulées et mises à l’abri des mites et des rats. Quand on partait pour la campagne ou même pour l’année, on les emportait avec soi et partout où l’on faisait séjour on avait, en les déployant sur les murs les plus vides, de superbes installations. Au XVIIIe siècle, elles furent beaucoup plus
souvent encadrées, et c’est en
partie à cette manière de procéder et surtout à cause des changements de modes et à l’abandon rapide au moment de l’émigration des châteaux que l’on doit la destruction de beaucoup d’entr’elles.
Sous l’empire et sous la restauration on n’en voulait plus à aucun prix ; on les oublia dans des greniers et dans des caves où les rats et l’humidité les réduisirent au plus triste état où l’on s’en servit comme portières en les coupant ou même pour couvrir les meules à blé. On peut dire qu’à Aix, à la suite d’avatars de ce genre et, surtout grâce aux ventes de ces dernières années il n’en reste que fort peu chez
Pavillon de Vendôme (Coll. Dohler)
Les saisons, tapisseries d’Aubusson décorant le salon Louis XVI
les particuliers. Par contre, les circonstances ont voulu que nous possédions encore en notre Archevêché d’admirables suites de tapisseries dans un excellent état de conservation. Notre éminent ami, M, J. Charles Roux, dans le très important ouvrage qu’il prépare sur Aix, leur consacre de nombreuses pages et de sensationnelles illustrations, Nous en parlerons plus discrètement en recommandant à nos lecteurs que cette partie intéresseraient particulièrement, de se procurer ce bel ouvrage.
De la première suite de tapisseries qui sont gothiques et placées en partie dans le chœur de la cathédrale de St-Sauveur, nous n’avons pas à nous en occuper vu l’époque de leur exécution. Les trois autres ont pour nous le plus grand intérêt.
Les deux premières furent fabri-
Pavillon de Vendôme. — Salon Louis XVI
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quées à la manufacture de Beauvais. La première série représente des scènes du Roman de Cervantés, Don Quichotte. On a longtemps cru que c’étaient des gobelins, car il existe aussi une magnifique suite de tapisseries représentant les mêmes sujets et exécutées dans notre grande manufacture nationale en 1723, d’après les cartons de Ch. Coypel. Mme Jeannne de Flandreysy, le gracieux et si compétent auteur de nombreux et très intéressants ouvrages, critique d’art au Figaro, et après elle,
M. J. -Ch. Roux, ont été les premiers à leur donner leur 1
attribution exacte. Elles ont donc été faites à Beauvais sous la double direction de Besnier et de Oudry qui s’étaient assurés le concours du bon peintre Natoire. Celui-ci avait fait pour M. Dufort, fermier général, une suite de panneaux peints représentant la vie de Don Quichotte, et ce fut d’après eux que furent exécutées les tapisseries d’Aix. Elles sont signées de son nom et datées de 1735.
L’Archevêché contient huit séries de Don Quichotte : Le combat de Don Quichotte et du Biscayen. La rencontre de Don Qui-
Meubles en marqueterie du XVIII* siècle ( Coll. Montagne-de-Firmont )
chotte et de la Duchesse. Don Quichotte agenouillé devant la mule, montée par Dorotée et conduite par Sancho. Don Quichotte combattant les chauves-souris dans la grotte de Montesinos. Le Triomphe de Sancho, le jugement de Sancho, le repas de Sancho dans l’ile de Barataria L Les caractéristiques du talent du peintre Natoire étaient la richesse du coloris, la grâce des attitudes et la science de la composition. Ces qualités remarquables se retrouvent dans nos tapisseries d’Aix, qui sont dans le plus bel état de conservation au point de vue du coloris. Elles semblent sorties de l’atelier de Haute lice où elles furent exécutées par des tapissiers d’un mérite et d’une habileté incontestables. Le plus beau de ces panneaux est, à mon avis, le repas de Sancho, pure merveille d'exécution qu’on ne se lasse d’admirer. Ces tapisseries, malheureusement, furent reléguées au grenier pendant la Révolution et cachées sous les combles jusqu’en
* La troisième, la cinquième et la sixième de ces scènes sont en originaux peints par Natoire au château de Compiègne (galerie neuve), les originaux du Hôtel d'Espagnet Don Quichotte des Gobelins par C. Coypel, sont
Encoignure a décoration chinoise XVIII* siecle également dans une galerie de Compiegne (voir
ayant appartenu à Mirabeau Ch- Roux> Monographie sur Aix).
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Commode Louis XVI (Coll. Montagne-de-Firmont)
i85o. Quand Mgr Darcimoles eut l’heureuse idée de les faire replacer dans ses appartements (où elles étaient avant la crise révolutionnaire) ceux-ci se trouvèrent avoir été modifiés dans leur largeur par une cloison dressée, le long d’un couloir de communication. Le résultat des plus malheureux de cette adjonction, fut que les tapisseries se trouvèrent trop larges. Pour les placer quand même, on dut les replier ou les couper, et plusieurs de ces panneaux se trouvent incomplètement présentés au public qui ne peut plus suivre exactement l’histoire, reproduite au mur, du héros de Cervantés. On ne sait encore si ces panneaux incomplets ont été simplement repliés (ce qu’on espère) ou coupés (ce qui enlèverait à ces admirables tapisseries une partie de leur valeur). Elles sont pourtant allées à une exposition à Paris, mais nous ne sommes pas mieux renseignés pour cela. Cependant les chances les plus nombreuses sont heureusement en faveur du pliage. Quoiqu’il en soit, dans l'intérêt de la conservation de ces panneaux, il faudrait dès que l’on pourra, trouver le moyen d’en mettre au jour toutes les parties. Il est certain que si le projet dont nous nous occupons très particulièrement comme vice-président de la commission du Muséum Provençal en formation à Aix aboutit. Si la Municipalité d’Aix, soucieuse de son devoir de conserver à notre ville son caractère de ville d’art, nous confiait les salles aux tapisseries, mon premier soin serait de chercher à remettre ces salles dans l’état où elles se trouvaient avant la Révolution. On déferait et déplacerait les tapisseries, on abattrait les malencontreuses cloisons et le merveilleux salon de Mgr de Boisgelin sous Louis XV1 pourrait devenir le cadre d’un des plus beaux musées mobiliers français. Ce serait une salle digne de celles nouvellement organisées au Louvre, que l’on viendrait voir de partout et qui serait toute désignée pour recueillir les legs des vieilles familles et des grands collectionneurs Aixois. (Je forme les vœux les plus ardents pour que nous puissions arriver à ce résultat).
La deuxième suite de tapisseries qui nous intéressent provient également de la manufacture de Beauvais. Elle est du XVIIIe siècle et formée de quatre panneaux : i° Bohémiens et bohémiennes, 20 Bergers et bergères, 3° Intérieur oriental, 40 Femmes et
1 La tradition veut que ces tapisseries aient été offertes à Mgr de Boisgelin, archevêque d'Aix, par le roi Louis XV, pour le remercier d’avoir officié au sacre de sa majesté très chrétienne.
Meuble du XVIIe siècle fait aux Molluques pour l’amiral d’Estienne d’Orves {Coll. d’Estienne de St-Jean
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chasseurs. Ces panneaux, particulièrement le dernier, sont d'une composition savante et d’un coloris ravissant. Ils ne peuvent pourtant se comparer à la suite du Don Quichotte de Coypel. La première est une tapisserie de salon, l’autre une tenture de boudoir.
La troisième et dernière suite que nous avons à étudier à l’Archevêché est la moins connue, mais peut-être la plus agréablement décorative. Je l’apprécie d'autant plus que j'ai été un des premiers à la découvrir dans un appartement du deuxième étage du Palais Archiépiscopal. Ces tapisseries sont pour moi des Gobelins et rappellent les fameuses tapisseries à fond jaune et à dessins à la Berain qui se trouvent au Musée de notre célèbre manufacture nationale
Bergères du dernier Gouverneur de la Provence Console fin Louis XIV ( Collection Philippe de St-Marc)
à Paris. Elles sont comme ces dernières, à fond jaune, à petits personnages et à dessins à Baldaquins et colonettes qui rappellent le faire du célèbre ornemaniste, ou celui du dessinateur Picard (même époque). Elles représentent des scènes antiques traitées dans le style de la fin du XVIIe siècle, c’est encore une tapisserie de boudoir. Mise en vente, c’est peut-être des trois séries celle qui obtiendrait le plus gros prix, car c'est bien le type le plus rare, le plus gracieux, le plus décoratif et le plus meublant de tapis que l’on puisse rêver. Si le musée se constitue, elles auront également à changer de place et à être réunies dans la même salle, de manière à être mises en valeur. Elles sont actuellement difficiles à voir et voisinent avec des meubles i83o de la plus abominable laideur.
Tentures de lit, damas et étoffes anciennes du XVIIIe siècle (Château d'Isoard Vauvenargues )
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Quittons, encore une fois, l’Archevêché pour aller voir chez les particuliers les quelques tapisseries qui restent encore à Aix. Deux suites d’Aubusson à fond crème et cachou du XVIIIe siècle existant actuellement à Aix et présentant un grand intérêt décoratif, au point de vue ameublement; la plus belle se trouve chez M. Ramon, ancien tapissier, rue Papassaudi. Les quatre panneaux de cette série sont à médaillons centraux suspendus par des nœuds de ruban bleus et entourés de guirlandes de roses rouges et blanches et de rinceaux amaranthe ; ces médaillons sont ornés d’animaux. Fort bien conservées, le père de M. Ramon les acquit vers i83o pour 600 fr. Leur propriétaire actuel en a refusé 100.000 fr. et il a bien fait. La seconde série orne le salon Louis XVI du Pavillon de Vendôme, elle est un peu moins fine, mais de la même composition et de la même couleur, leurs médaillons représentent les saisons symbolisées par de petits personnages. Ce sont aussi des tapisseries de grande valeur, et qui deviennent introuvables de nos jours. Nous en donnons la reproduction.
Verdures. — Les verdures, si nombreuses autrefois à Aix, ont pour la plupart disparu. Les plus belles parmi, celles qui nous restent encore, se trouvent actuellement dans la salle à manger du Château de Fonscolombe appartenant au Marquis de Saporta. Parmi les suites intéressantes que nous connaissons, nous signalerons encore celles qui se trouvent au Château de St-Marc, chez M. de Garidel1 rue Thiers, d’Etienne, rue Villeverte, Vermont rue Goirand. Au Château de Vauvenarges, à Chateau d’Arc, etc. De fort riches verdures existent également chez la Comtesse de Vogué.
Tapis de pied. — Ceux-ci deviennent de plus en plus rares à Aix comme ailleurs, pour la raison toute naturelle qu’ils ont été usés par les pas de plusieurs générations. On les recherche d’autant plus, rien n’étant mieux fait pour compléter un salon reconstitué ou ayant conservé ses ameublements et sa décoration du temps. Fatalement comme on ne les refait plus qu’à de très grand frais et qu’on ne les répare qu’avec difficulté. Ces derniers spécimens de l’art des tapissiers de Louis XIV, Louis XV et Louis XVI, sont destinés à devenir rares. On ne saurait accorder trop de soins à ceux qu’on a le bonheur de posséder encore. La mode des beaux tapis d’Orient (il y en a incontestablement d’admirables) leur à nui un moment, mais ceux-ci en majorité de tons foncés nuisent trop souvent aux ensembles décoratifs Français auxquels ils sont associés.
Voici les tapis d’Aubusson existant encore à Aix à notre connaissance dont nous pourrons parler à nos lecteurs2. Signalons tout d’abord, celui qui recouvre entièrement le sol de la salle à manger de l’hôtel d’Espagnet, c’est un remarquable modèle de la fin du XVIIIe siècle d’une très grande dimension et d’une fort belle couleur. Il est fond vert foncé avec un dessin de rinceaux fleuris, vieux rose du plus grand intérêt. Le modèle est rare. Ce tapis est dans un bel état de conservation et traité avec tous les égards auxquels il à légitimement droit.
Je possède également au Pavillon de Vendôme un tapis d’Aubusson fort beau, de l’époque de Louis XVI. Entièrement tissé en soie à fond crème avec bords verts, encadrement orangé, grand dessin à rinceaux et motif central à guirlandes de fleurs et instruments de musique. C’est également un modèle rare et en très bon état. Je possède en outre un intéressant tapis de la même fabrique exécuté sous le premier empire. Il est à fond vert pré à rosace centrale et à bordure à marguerites, sur un fond noir3. Enfin j’ai sauvé de la destruction les quatre angles d’un tapis Louis XIV à médaillons ovales représentant des corbeilles de fleurs. J’en ai fait des panneaux encadrés pour le Hall du Pavillon. Ils sont d’une très agréable tonalité orangée de fond avec feuillages et fleurs naturels.
1 L’hôtel de Garidel possède aussi une suite de 2 Nous ne possédons pas à Aix de tapis de la tapisseries au point de Hongrie en soie de la plus Savonnerie.
remarquable beauté. Ces rares spécimens ont une 3 Un tapis de la même époque se trouve à l’hôtel
très grande valeur et sont accompagnés d’un mobilier d’Arlatan.
complet.
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Je signalerai encore un très élégant tapis Louis XVI provenant de la succession du Colonel de Barberin et qui a été acquis par M. Paul David, il est à fond vieux rose amaranthe, avec une décoration de guirlandes, de nœuds bleus de ciel, de fleurs, etc., extrêmement séduisante. C’est également un très joli modèle d’Aubusson du XVIIIe siècle. Des tapis d’Aubusson de l’époque Louis XV se trouvent encore dans les salons des hôtels de Lânder, Dille, d’Isoard Vauvenargue, etc.
Toiles Peintes. — L’industrie des toiles peintes fut très florissante au XVIIe et XVIIIe siècles à Aix, comme dans toute la Provence. On se servait de préférence de ces toiles comme tentures pour les salons des maisons de campagne. Néanmoins quelques séries particulièrement fines et exécutées par des artistes de talent ornèrent des boudoirs et des salons dans les plus beaux hôtels d’Aix. Parmi les très nombreuses suites de ces toiles que nous connaissons, nous signalerons du XVII siècle, celles qui ornaient les murs d’une maison de campagne appartenant à M. de Giraud d’Agay environs d’Aix. Tentures et dessus de portes représentaient des sujets et des bustes antiques drapés à la Louis XIV.
Du XVIII siècle, dans le type à grands personnages nous signalerons les toiles, actuellement déposées chez AI. Vita orfèvre, très grands panneaux d’une bonne couleur. Celles beaucoup plus fines qui ornaient une maison de campagne aux Aygalades appartenant à M. Charles Delanglade, le sculpteur bien connu. Celles placées dans le vestibule de l’hôtel de Bresc.
On fit aussi de ces toiles à paysages dans le genre des tapisseries verdures. Soit de tons différents soit en camaïeux. Nous avons fait acheter à un de nos parents, M. E. Velten, il y a quelques années, une très jolie suite de toiles Aixoises de ce type. Elles étaient à fond jaune et à dessins (gris bleuté); elles ornent sa salle à manger à Marseille. Une suite de ce genre existe dans la propriété (La Maréchale Pr de l’Arc). Enfin nous avons un mot à dire d’un troisième type de toiles peintes utilisées en Provence au XVIIIe siècle. Ce sont celles à petits dessins ou à petits personnages. Celles fabriquées en Chine pour la France ou en France d’après des dessins chinois, et, enfin celles à médaillons dans le genre des tapisseries d’Aubusson à fond crème.
Du type Chinois nous signalerons les toiles ornant des boudoirs du château de Fonscolombe et de l’hôtel Vermont, dont nous avons précédemment parlé. Elles se ressemblent beaucoup, sont à fond jaune et à dessins représentant des arbustes ou se perche tout un peuple d’oiseaux exotiques au brillant plumage et où s’ouvrent d’étranges fleurs.
Dans le type Louis XVI à petits personnages nous ne connaissons rien de plus gracieux que les toiles à médaillons, nœuds de rubans et petits personnages qui appartiennent à Madame E. Velten (Marseille, rue Sylvabelle). C’est une charmante imitation des tentures dont nous avons parlé, un rare et précieux modèle de cette industrie un peu trop dédaignée de nos jours1. Nous signalerons encore à nos lecteurs les jolies toiles de l’époque directoire à petits dessins et fond crème qui ornent le cabinet de l’Etude de Maître Mouravit l’éminent Bibliophile, elles sont séduisantes.
Pour en finir avec les toiles peintes, nous dirons qu’on en fit, aux époques qui nous intéressent, de fort jolis paravants généralement à six feuilles et encadrées de boiseries plus ou moins riches. Nous en connaissons de fort agréables. Un des plus gracieux provenant d’Aix se trouve actuellement dans la salle à manger de M. E. Velten, à Marseille. Deux de ces paravents sont à signaler à Aix, celui du Musée représentant tous les jeux de la fête Dieu et celui qui appartient à M. de Giraud d’Agay, fort beau également2.
Toiles imprimées. — On en imprima à Aix même dans le genre de celles de Jouy.
* Une série du même type se trouve dans une pro- - Ces deux derniers sont peints à l’huile et non à priété provençale appartenant à M. de Greling, de la détrempe.
Marseille.
Pl. XVIII
Chateau de Fonscoi.ombes
Boudoir chinois. Toiles peintes. Meuble et encoignure des XVIIe et XVIIIe siècles
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Toile peinte décorant le cabinet de Maître Mouravit, notaire (fin du XV1II« siècle)
reproduction. Il est en excellent état et demeure un curieux modèle d’une industrie dont on a plus que de très rares modèles authentiques.
Tentures en Brocatelle et Damas. — Disons un mot en terminant le paragraphe des tentures et tapisseries, sur les tentures en brocatelles et damas; elles furent très appréciées au XVIIIe siècle. Quelques-unes de ces tentures existent encore à Aix en bon état, encadrées de belles baguettes dorées de la même époque. Nous en trouverons à l’hôtel de Simiane (Kuntzman), grand salon, à l’hôtel de Monclar appartenant à M. Drujeon, salon de M. A. Bouteille (déjà cité pour ses baguettes) à l’hôtel d’Autheman et dans la chambre de la Marquise d’Oléon, hôtel de Beaulieu. Au château de Vauvenargues, à l’hôtel d’Arlatan, et chez M. Montagne rue Villeverte1.
Cheminées. — - Avant d’étudier les meubles meublants, nous allons passer en revue les cheminées (importante partie de la décoration d’une pièce). Nous avons déjà examiné les plus belles
1 Ce dernier salon est le plus beau spécimen de ce genre que nous ayons encore à Aix.
Mais à dessins noir. Il en existait une petite fabrique au XVIIIe siècle. Nous en possédons des planches fort curieuses (au muséon provençal en formation).
Papiers peints. — On en fit d’estimables au XVIIIe siècle, mais bien peu nous sont parvenus. Car ils ont été usés ou recouverts à des périodes plus ou moins récentes. Signalons cependant qu’on en a retrouvé d’agréables spécimens sous des tentures de soie, au château de St-Antonin et au Thubet, deux propriétés d’inégale importance situées aux environs d’Aix et à l’hôtel d’Arlatan.
Nous possédons personnellement un paravent orné de deux genres de papiers peints, Louis XV et Louis XVI. Nous en donnerons la
Chaise à porteurs, époque Louis XVI ( Collection H. de Fonscolombe)
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en gypserie d’Aix et des environs. Il nous reste à dire un mot de celles en bois sculpté et de celles en marbre1. Celles en bois, facilement démontables ont été naturellement la proie des antiquaires et il en reste bien peu dans notre ville. Une des plus riches d’Aix se trouvait autrefois à l’hôtel de Venel. Elle était en bois doré avec un beau masque central et des guirlandes. Acquise par le président Rigaud en même temps que les boiseries de la chambre de la belle du Canet (elle fut installée par lui dans sa salle à manger et reçut les mêmes profanations, badigeon à l’huile, etc. Elle appartient encore à la famille de Mougins Roquefort.
Les plus imposantes de ces cheminées à bois naturel sont malheureusement à Marseille actuellement. Ce sont celles appartenant à M. Foa, évidemment exécutée par le même tailleur de bois qui fit la porte de l’hôtel de Raousset Boulbon (Cours Mirabeau), et à M. G. Uslaub. Toutes deux, du plus grand intérêt, figurèrent avec honneur à l’Exposition de la rétrospective Provençale. Des quelques cheminées de bois que nous connaissions à Aix, nous citerons celle qui se trouve rue des Cordeliers dans un immeuble
1 Nous aurions pu en parler au chapitre II. Il me semble qu’il n’est pas mauvais de les signaler ici à côté de celles, faites en bois sculpté.
Salon de l’Hôtel de Carondelet ( Joursenvault )
Boiseries peintes et dorées du XVIIN siècle, fauteuils au petit point
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appartenant à M. de Courtois, celle qui se trouve dans l’ancienne boutique du coiffeur Avossa, celle démontée et abandonnée dans les caves de l’hôtel du Poet. Celles du Baron Guillibert et de M. L. de Bresc, d’Etienne, de l’hôtel de l’Estang Parade, etc.
Cheminées en marbre. — Celles-ci par le moyen dont elles sont fixées au mur et vu le coût de leur transport semblent devoir nous rester plus longtemps. Mais elles ne sont pas pour cela complètement à l’abri des attaques des antiquaires. Telles les malheureuses et belles cheminées du rez-de-chaussée de l’hôtel de Gaumont qui viennent d’être vendues tout récemment. L’une d’elle était fort belle, Louis XVI à bronzes dorés et j’ai le vif regret de n’avoir pu la faire photographier avant son enlèvement.
Il existe à Aix un grand nombre de cheminées Louis XIV et Louis XV en marbre gris et en marbre du Tholonet, et quelques-unes seulement en marbres de différentes couleurs, ou en brèche violette, le beau marbre par excellence extrêmement rare aujourd’hui. Des cheminées Louis XIV et Louis XV en cette riche matière se trouvent encore à l’hôtel Montagne, à l’hôtel de Maliverny, à l’hôtel de Cabres (d’Estienne de St-Jean) chez M. le baron Guillibert et à Vauvenargue. Nous les recommandons à leurs propriétaires, car ce sont les derniers spécimens de ce genre que nous possédions encore.
Un beau type de cheminée polychrome est celle qui décore le grand salon du château de Fonscolombe (De Saporta). Elle est du commencement du XVIIIe siècle. Enfin du type Louis XVI rare ici, nous signalerons trois cheminées de marbre blanc ayant une certaine ressemblance et qui se trouvent à l’hôtel St-Marc (fort belle), chez M. Louis Jourdan (grand salon de l’hôtel de Coriolis), et chez M. Gros, dentiste (maison qui fait l’angle de la rue de Nazareth et du Cours Mirabeau). Signalons également la belle cheminée de la Pioline (voir illustration).
Meubles meublants. — - Nous allons successivement étudier en terminant ce chapitre les meubles qui en majorité décorèrent au XVIIe et XVIIIe siècles et décorent encore en petit nombre les salons et les boudoirs Aixois.
Meubles en marqueterie. — i°, du XVIIe siècle. Très à la mode sous Louis XIII et Louis XIV. Ils venaient ordinairement des Flandres où on les fabriquait avec beaucoup d'Art. Ils étaient à rinceaux compliqués, ornés parfois de fleurs et d’oiseaux. On en fit à la même époque en Provence du même genre; mais d’une marqueterie plus claire où entrait pour une bonne part les bois d’olivier et de citronier. On exécuta dans ce genre des buffets à un ou deux corps superposés, des gardes-robes et de petits cabinets à tiroirs intérieurs. Il existe même de ravissants coffrets exécutés de cette façon et des cadres de glace. J’en possède un, particulièrement intéressant, en parfait état de conservation.
On trouve actuellement à Aix ce genre de meubles au pavillon de Vendôme (grand et beau bahut à deux corps) bahut à un corps, glace, cabinet, table de nuit, coffret, etc. Chez le Baron Guillibert (bahut à deux corps), belle garde-robe. Chez le Marquise d’Espagnet dans son élégant boudoir joli cabinet, monté sur pied à colonnes torses, au musée (table bureau) etc. On refit au XVIIIe siècle des meubles en marqueterie particulièrement en bois de rose et bois de violette. C’étaient surtout des meubles de chambres et de boudoirs. Ils étaient souvent rehaussés de bronze dorés. Ce furent des secrétaires, commodes, bonheur du jour, petits cabinets de forme carrée ou ronde, tables de nuit, dites à tambourin, tables à jeux, tables à écrire, etc, etc. Ces meubles sont extrêmement recherchés de nos jours. Un grand nombre ont été malheureusement enlevés d’Aix. Il en reste encore quelquesuns; au château de Fonscolombe, à l’hôtel d’Espagnet, à l’hôtel de Joursenvault, au pavillon de Vendôme, à l’Archevêché, chez M. Montagne rue Villeverte Les deux commodes de l’Archevêché et de M. Montagne qui ont de grands points de ressemblance sont des pièces de tout premier ordre signées1. M. P. Arbaud possède également un ravissant bureau LousXVI.
1 Gauthier.
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Meubles Chinois fabriqués en France ou en Chine sur dessins Français. — Cette intéressante série de meubles fut destinée à orner les salons et boudoirs chinois qui furent très à la mode pendant de nombreuses années du XVIIe et surtout du XVIIIe siècles. On en fabriqua à ces deux époques, i° en Chine sur commande et dessin français, 20 avec des panneaux de laques rapportés de Chine et du Japon ou fabriqués par imitation, en France même (Vernis Martin). On exécuta en ces matières des bahuts à un ou deux corps, des armoires, des secrétaires, des commodes, des paravents, des gaines de pendules, des tables, des bureaux, des encoignures, des cadres de boîtes à flacons et tiroirs pour la toilette, des boîtes à jeux, etc.
Il en reste à Aix un assez grand nombre car ce genre de décoration y fut très apprécié.
Voici la liste de leurs possesseurs actuels à ma connaissance: Monsieur A. d’Estienne de St-Jean (très beau meuble à panneaux) fabriqué en Chine pour l’amiral d’Orves. Marquis de Saporta (les ravissants meubles ornant le boudoir chinois du châteaux de Fonscolombe, beau meuble rappelant le précédent, deux encoignures, table à écrire). Marquise d’Espagnet, un clavecin, deux admirables encoignures de grande valeur1. Collection Dobler un secrétaire, un bureau à tiroirs, un cadre de pendule régulateur avec mouvement intérieur, un paravent à six feuilles à panneaux toiles peintes en Chine, glace de toilette, etc.
M. Louis Jourdan. Boite à Jeu. Ctesse de Vogué: grand cabinet, grande table, M. E. Ducros bureau très intéressant, etc. etc.
Tous ces meubles sont en laque noire ou vert foncé à dessins en reliefs et dorés ou à dessins de couleurs. On fabriqua aussi au XVIIIe siècle, quelques meubles en laque verte ou rouge. Ils sont extrêmement rares et d’une très grande valeur. Nous en possédons un d’une exceptionnelle beauté à Marseille dans notre hôtel paternel. C’est une commode Louis XV, représentant des chasses et des paysages, rehaussées d’admirables bronzes dorés et ciselés. On fit pour aller avec ce genre de meubles des pendules en laque ou corne verte à bronzes représentant des dessins chinois, nous en parlerons au chapitre suivant.
Meubles bourgeois de Provence. — Qui ne les connait aujourd’hui. On en a usé et abusé, et l’on en meuble actuellement des pièces pour lesquelles ils n’ont jamais été faits. Beaucoup d’entre eux sont très intéressants par la beauté de leurs boiseries, de leurs ferrures et l’élégance de leurs lignes.
Les meubles classiques de ce genre sont (nous le rappelions à nos lecteurs) : l’Armoire, garde-robes, le buffet vaisselier, le buffet blutoir (très rare), le pétrin, la pannetière, la boîte à sel, la boite à poisson, la petite armoire suspendue au mur, et le petit porte bibelot, porte-assiette, porte-verres, quant au grand porte-assiette ou verrier que l’on trouve souvent maintenant, il n’a jamais existé au XVIIe et XVIIIe siècles. On le fabrique chez les marchands, pour les étrangers qui en raffolent, avec de vieux morceaux dépareillés (devants de pétrin ou dessus de pannetières), dont on se sert fort habilement du reste. Les meubles authentiques sont actuellement très difficiles à trouver. On en fabrique des quantités à Arles, Avignon, Aix, avec des vieux morceaux de noyers. On sursculpte les panneaux généralement sans décoration des gardes-robes anciennes et des buffets. On a ainsi des meubles riches, mais qui ne ressemblent en rien aux véritables, qui se font surtout remarquer par leurs belles ferronneries et l’élégance sobre de leurs sculptures. Je recommande à ceux qui recherchent ces meubles de les regarder de près chez les marchands d’Aix et d’ailleurs, s’ils ne veulent pas se faire tromper. Et qu’ils ne se fient pas trop aux trous de vers ! Outre qu’on les obtient fort bien à coup de fusils chargés de petite grenaille. Ils peuvent exister en toute sincérité sur certains panneaux sans que pour cela ils aient été des panneaux de meubles au XVIIe ou XVIII siècle. Je me rappelle la mésaventure de M. E.,
Elles proviennent de l'hôtel de Marignane et de la propre chambre de Mirabeau.
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un avocat d’Aix, qui ayant acheté un ravissant petit buffet provençal, s’aperçut malheureusement un peu tard que les traces de vers sur les portes de ce buffeton étaient horizontales. Ces bois étaient bien anciens, mais n’avaient été transformés en panneaux de meubles que tout récemment. Avis aux amateurs.
Disons aussi quelques mots des petits meubles qui complètent ordinairement la décoration des salles à manger provençales ou des vestibules d’Aîx. Je veux parler des rouets et des dévidoirs, chers aux vieilles grand’mères, que l’on recherche également avec passion. On en fît de très mignons, des rouets à soie que les grandes dames mettaient sur leurs genoux et faisaient tourner dans leurs heures de solitude. Nous en avons trouvé un tout récemment qui est un délicieux bibelot. Nous l’avons fait acquérir pour le Muséon Provençal en préparation à Aix. C’est une pièce rare dont on trouve la reproduction exacte dans une gravure du XVIIIe siècle de Balechou le graveur d’Arles. Maître Cabassol, le sympathique maire d’Aix possède un ravissant dévidoir (pièce bien rare également). Les plus beaux meubles provençaux que nous connaissions sont dans les salles à manger de M. de Bresc et du baron Guillibert et dans une des chambres du pavillon de Vendôme (garde-robe), chez M. Vermont, etc., etc. Je ne puis passer également sous silence, la jolie salle à manger provençale de Mme de Flandreysy à Paris. Ce remarquable écrivain qui consacra et consacre encore tant de pages à Aix et à la Provence, a eu la très heureuse idée de se constituer une petite provence à Paris, rue de Chaillot, 71, et plusieurs de ses meubles sont de véritables Aixois authentiques du XVIIIe siècle. Ils forment dans leur ensemble un cadre charmant, au plus gracieux des critiques d’Art.
Sièges et devants de feux. — Les beaux sièges dorés, canapés, fauteuils, chaises, tabourets sont bien rares maintenant à Aix. Notre devoir est pourtant d’en parler et de parler surtout des absents qui nous ont quittés hélas. En voici qui nous reviendrons et qui sont on peut le dire uniques dans leur genre. Je veux parler des fameuses bergères Louis XVI du dernier des Gouverneurs de Provence, actuellement à Paris dans le salon du baron Philippe de Meyronnet St-Marc. Ces admirables sièges d’une somptueuse dorure intacte, très richement sculptés et recouverts d’une adorable soierie de l’époque, étaient il y a quelques années la gloire de l’ameublement de l’hôtel St-Marc d’Aix (Cours Mirabeau). Dans le partage qui eut lieu après la mort de la Baronne douairière de St-Marc, elle échurent naturellement au nouveau chef de cette ancienne famille. Elle retourneront un jour au château de St-Marc. Nous en donnons la reproduction. Il n’existe rien de plus beau même dans nos palais nationaux.
Sièges recouverts de tapisserie. — Nous en signalerons plusieurs séries. Celle qui se trouve actuellement au musée. Ces meubles ont été longtemps dans l’appartement du recteur (faculté, rue Gaston de Saporta). Ce sont des Beauvais d’une grande finesse représentant des fables de La Fontaine. Quelques sièges sont en mauvais état mais l’ensemble est du plus grand intérêt. Les bois d’un Louis XVI assez médiocre, sont recouverts d’une vilaine peinture. Il serait urgent de les remettre à bois naturel.
Ouvrons une parenthèse: On s’étonne du nombre de belles tapisseries (qui se trouvaient et se trouvent encore en petit nombre en province) placées sur des bois souvent très médiocres et très rarement dorés. En voici la raison. Autrefois quand un grand seigneur de Province voulait se meubler, il écrivait aux fabriques et manufactures de lui envoyer des tapisseries pour un ou plusieurs canapés et un nombre indiqué de fauteuils et de chaises. Les Gobelins, Beauvais, ou Aubusson, exécutaient la commande. Et il recevait les tapisseries prêtes à être montées. Quant aux bois, il les faisait faire en province, par l’ouvrier le plus proche de son habitation (ville ou campagne). Celui-ci s’en tirait comme il pouvait et il se trouvait rarement des doreurs susceptibles d’habiller ces bois et de les rendre dignes des tapisseries souvent magnifiques qu’ils allaient recevoir. La 2me suite dont nous
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désirons entretenir nos lecteurs se trouve chez M. Ramon dans le salon aux belles tapisseries dont nous avons déjà parlé. Les bois dorés de l’époque Louis XV ont aussi des tapisseries représentant des fables de La Fontaine (sujet très à la mode à ces époques, et qui fut traité et exécuté bien des fois). Plusieurs mobiliers très intéressants sont à signaler à l’hôtel de Garidel.
D’autres sièges à tapisseries faites à la main et à bois peints se trouvent chez la Gesse de Vogué (époques Louis XV) et chez la Marquise d'Espagnet, chez M. Subra, chez M. de Lânder. Au pavillon de Vendôme et à l’hôtel de Carondelet existent de différents et très gracieux modèles de sièges Louis XVI à dessins ronds et ovales avec de fort jolies tapisseries au petit point représentant des fleurs en bouquets ou en guirlandes entourées de rubans. Ce genre de siège est actuellement rare et très recherché. Le château de Fonscolombe possède de beaux mobiliers. Nous signalerons les sièges dorés Louis XIV et ceux recouverts de Beauvais à fond vieux rose et crème (également à guirlandes) du grand salon. L’Archevêché, M. Joseph Dille, l’abbé Lebourgeois, possèdent aussi des sièges intéressants. De beaux écrans en bois dorés et à tapisseries se trouvent à l’Archevêché au château de Fonscolombe, chez M. Paul Arbaud, etc.
Chaises à porteurs, sièges et meubles en vernis Martin. - — Le vernis Martin ou le vernis à voiture fut très employé pour décorer les chaises à porteurs et d’un usage constant aux siècles passés. Quelques-unes eurent de véritables merveilles de décorations, de ravissants panneaux peints encadrés d’exquises dorures; d’autres plus simples étaient revêtues de cuirs décorés au fer d’arabesques très élégantes. Toutes portaient les armes et les armoiries de leurs possesseurs. Ce mode de locomotion étant tombé en complète désuétude à la fin du XVIIIe siècle; ces chaises, même les plus belles, furent laissées à l’abandon. Depuis quelques années, il est de bon ton d’en avoir dans les hôtels, surtout quand on peut les retrouver aux armes des familles, leur place se trouve naturellement au pied des larges escaliers dans les grands vestibules; leurs barres (quand elles existent encore) doivent être dressées près d’elles. On a ainsi l’illusion du passé, les chaises semblent attendre les grandes dames d’autrefois. Il est un autre mode assez fréquent de les employer qui me plait beaucoup moins, c’est d’en faire des vitrines à bibelots et de les mettre dans un salon. Ceci à mon avis n’a pas de raison d’être.
Nous ne connaissons plus qu’un petit nombre de chaises à porteurs dans les familles d’Aix ; nous signalerons celles qui se trouvent encore, chez le Baron de Fonscolombe, chez le Marquis de Saporta, chez le Baron Guillibert, chez MM. de Tournade, d’Estienne, de Garidel, de Lânder, à l’hôtel d’Albertas, au château de l’Arc, à l’hôtel de Châteaurenard, de Gantelmi Dille, etc.
Nous aurions pu aussi en parlant des types de mobilers du XVIIIe siècle dire un mot des meubles en vernis Martin. Il en existe fort peu en Provence, néanmoins nous avons encore à Aix un élégant mobilier de ce genre dans les appartements d’un officier, le Baron de Trinquelague.
De fort jolies encoignures décorées de fleurs se trouvent aussi au château de Fonscolombe (salle à manger).