CHAPITRE X
Première Partie. — Principaux artistes décorateurs d’Aix et leurs écoles : i° Architectes : Jacques Fossé, Pierre Pavillon ; 2° Sculpteurs : Les Rambot, Pierre Puget, Christophe Veyrier , B. Toro, Cliastel ; 3° Peintres: Finsonius , Daret, Reynaud Lévieux, Sébastien Barras, L. Fauchier, Dandré-Bardon, Les Vanloo, Les Celony, Arnulphy; y 8 Graveurs: Raynaud , Balechou , Cundier (peintre et graveur), Cousin.
e dernier chapitre, s’il était traité comme il le devrait, exigerait à lui seul un volume, je ne compte donc faire qu’un résumé de la vie des principaux artistes et collectionneurs aixois, qui puisse éviter à nos lecteurs la peine de consulter de nombreux volumes et la recherche de renseignements concernant l’art décoratif en Provence au XVIIe et XVIIIe siècles.
Ce que nous désirons surtout leur montrer, c’est que nombre d’artistes, et non des moindres, existèrent et travaillèrent en notre ville aux époques qui nous intéressent ; et que, dans tous les temps, le goût de collections de tableaux, de médailles, d’objets d’art, excita l’émulation de la recherche des curieux dont quelques uns, comme des deux Boyer, eurent des cabinets dignes des capitales et des plus importantes villes d’art de l’Europe.
Nos lecteurs ne s’étonneront donc pas que nous ne disions que quelques mots sur plusieurs des artistes dont nous citons les noms en tète de ce chapitre. En dehors des raisons que nous venons d’énoncer, il en est encore une qui les prime toutes, c’est celle de l’obscurité qui entoura le nom de ces artistes jusqu’à nos jours. Les méconnus sortent à peine de l’ombre et nous n’avons pu, malheureusement faire encore sur eux, luire l’éclatante lumière des archives et des documents précis et précieux, enfouis chez les notaires de notre ville. Entamons maintenant les biographies succintes de nos artistes.
i° ^Architectes du XVIIe siècle. — Il y en eut fort peu qui laissèrent un nom et aucun ne s'était spécialisé uniquement dans cet art. Jacques Fossé, on sait de lui fort peu de chose, apprécié de ses contemporains, il éxécuta les plans de nombreux monuments; comme sculpteur assez médiocre et lourd on lui attribue l’exécution des cariatides de l’hôtel de Mons (d’Espagnet), et des statues détruites à la mairie en 1793. Il collabora à celles de la maison de Ville avec Pierre Pavillon et J.-C. Rambot. Sa fille, Marie Fossé, épousa en 1 683 Abraham-Louis Vanloo, fils de Jacques et père de Jean-Baptiste que ce mariage fixa à Aix.
Pierre Pavillon : Cet artiste, encore moins connu que le précédent, était pourtant considéré comme excellent architecte et très bon sculpteur. Il exécuta en collaboration de J.-C. Rambot, l'hôtel-de-ville, le pavillon de Vendôme et l’hôtel de l’Estang Parade. Je crois pouvoir lui attribuer les cariatides de l’hôtel d’Agut.1
III. Sculpteurs. — Jean-Claude Rambot : Il fut le contemporain et souvent l’associé des deux précédents artistes. 11 était d’une famille originaire de la Franche-Comté, naquit vers 1621, on n'a pu retrouver son acte de naissance. Il avait environ dix-huit ans quand J. Daret vint se fixer à Aix et y fonder une sorte d'académie des Beaux-Arts. Daret s'associa avec lui pour la décoration des hôtels édifiés à cette époque. Il le présenta au duc de Vendôme, gouverneur de Provence, qui le fit travailler longtemps pour lui et pour sa belle amie, la comtesse de Rascas. Nons avons longuement parlé de lui dans nos deux premiers
1 II exécuta enfin en i65o une belle statue en Duchesne à la chapelle de la Sainte-Baume. Calissanne, Saint-Magdaleine, don du Président
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chapitres et dit notre opinion sincère sur son oeuvre qui est des plus remarquables. Il travailla aussi pour les églises de la ville, particulièrement pour celle de la Madeleine, comme nous l’avons déjà vu. Il mourut à Aix le Ier août 1694, en laissant une filiation qui s’étendit jusqu’à nos jours par Jean-Baptiste Rambot, son fils, né vers 1661 qui fut son élève et se spécialisa dans la décoration des jardins et des parcs. C’est aussi probablement l’auteur des cariatides de la rue des Orfèvres (hôtel d’Arbaud). Il mourut en 1745, laissant trois fils :
Jean-André, né en 1690, qui alla s’établir à Bordeaux;
Jean-Baptiste, bénéficier du chapitre d’Aix ;
Gaspard-Gabriel qui suit :
Gaspard-Gabriel Rambot, né en 1712, fut notaire, mourut en 1773, eut une fille mariée à M. Meyer, conseiller à la Cour d’Aix, et :
Jacques Rambot, né en 1747, avocat au Parlement. Il épousa en 1793 J. -Thérèse- Elisabeth Grange, veuve de J. -Baptiste-Joseph Gravier, médecin, mort en 1801, et eut pour fils :
Gustave-Bruno Rambot, capitaine d’état-major, fondateur du Prix Rambot, et qui laissa à la ville le jardin Rambot. Mort sans postérité le i5 septembre 1859.
Œuvres principales : cariatides, sculptures, gypseries du Pavillon de Vendôme, statues du Pavillon Sec, gypseries des hôtels de Maliverny et du Pavillon de Lanfant, portes des hôtels de Maliverny et Peyronneti, Carces, boiseries et gypseries de l’hôtel de la Belle du Canet, etc.
Portrait de Puget par lui même ( Musée d’Aix)
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Pierre Puget. — Ce génial artiste, qui fut célèbre dans les trois genres : architecture, sculpture, peinture, naquit à Marseille le i5 octobre 1620, de Simon Puget, maître maçon et de Marguerite Cauvine. Son père mourut en 1623, et Pierre fut placé en apprentissage chez Jean Roman, menuisier, tailleur de bois, s’occupant de la sculpture des vaisseaux. En trois mois le jeune apprenti développa de telles dispositions qu’il en sût autant que son maître. Au bout de quelques années, sans terminer son temps, Puget s’embarqua pour l’Italie. Débarqué à Livourne, il gagna Florence, où après des débuts pénibles il trouva de quoi gagner sa vie et se développa dans son art. Attiré invinciblement vers Rome, il eut la chance de pouvoir s’occuper comme peintre auprès de Pierre de Cortone et peignit pour lui deux des tritons du plafond de la villa Barberini. En 1644, rappelé en France par l’état de santé de sa mère, il se trouve à Toulon employé à l’Arsenal. Il travailla à la sculpture des vaisseaux, notamment à la décoration de la frégate la Reine. Le 8 août 1647, ^ épousa à Toulon, Paule Boulete qui trois ans après lui donne un fils. C’est
grand nombre de ses tableaux la décoration des églises et des rable, il se révéla sculpteur de tides de l’hôtel-de-Ville (voir vit à son passage à Toulon en C. Girardin le fit alors venir en mandie (c’est pour lui qu’il cule terrassant l’Hydre), actuelpendant, une Cybelle, n’a pu Puget passa à Vaux, chez Fouvoyer chercher du Carrare en pour un Hercule assis. Cette du Louvre), se trouva terminée intendant et après quelques avatars, fut envoyée à Sceaux, chez Colbert. Dans cette période Puget travailla à Aix, mais en 1660, Gênes lui fit des offres splendides. Il s’y installa jusqu’en 1667, et il exécuta, à la demande des Soli 1 , les célèbres St-Sébastien et St-Ambroise pour l’église de Carignan et pour Claude Brignole l’exquise conception de la Vierge, les trois oeuvres en marbre; de la même époque date son projet de Baldaquin pour l’église de Carignan, actuellement au Musée d'Aix. En 1667, il rentre à Marseille. En 1668, Colbert le nomme chef de l’atelier des sculptures de Marine à Toulon. Il dessine de nombreux projets d’architecture terrestre et navale (c’est le moment où il fit les plans des hôtels d’Aix).
Il est à l’apogée de son talent et reçoit des commandes pour Versailles. Il commence son célèbre Milon de Crotone et le bas-relief, d’Alexandre et de Diogène. En 1674, il tombe malade, en 1679, il termine son marbre. Colbert le prend en grippe et le fait rayer de l’arsenal de Toulon. Le Milon triomphe à Versailles malgré les envieux et le roi ordonne qu’il soit placé dans l’allée royale, et demande un pendant à l’artiste qui dessine un projet de Persée et Andromède. En 1684, le nouveau marbre est terminé. Louvois qui succède à Colbert en félicite l’artiste qui doit recevoir i5o,ooo livres pour son travail. Rentré à Marseille, Puget fait d’orgueilleux projets de décoration pour sa cité natale. Les Conseils trouvent que c’est beaucoup trop cher, et il ne peut exécuter que des travaux sans importance. Il va à Fontainebleau, est présenté au roi qui le félicite, mais ne lui fournit pas les moyens de donner la mesure de son génie. Il retourne à Marseille, termine en 1693 son bas-relief, Alexandre et Diogène, destiné à Versailles. La fatalité veut qu’il n’arriva à Paris
à cette époque qu’il fit le plus qui furent surtout exécutés pour chapelles. En 1 656, date mémogénie par ses fameuses cariachapitre II). Le Bernin qui les parla avec grand éloge à Paris, son château de Vaudreuil, Norsculpta en pierre le grand Herlement au Musée de Rouen. Le être retrouvé. De Vaudreuil, quet, qui commença par l’en- Italie, et lui donna commande belle œuvre (l’Hercule gaulois au moment de la chute du sur-
Tête de Puget par Christophe Veyrier (Musée d'Aix)
1 Consul de la ville.
qu’après la mort du roi. On le relégua au Louvre d’où il n’a plus bougé. En 1691, le 29 mai, il s’était remarié à Madeleine de Tamborin, fille d’un avocat. Le génial artiste, après la mort du roi, sent que ses grands espoirs sont finis. Il vieillit en exécutant divers travaux à Marseille et Aix, se construisit une maison sur le Cours et meurt le 2 décembre 1694 dans sa ville natale.
Œ livres principales
Architecture. — Projets et exécution de navires et de la salle d’Armes de Toulon.
Projets pour l’agrandis- Hôtel-de-Ville de Marplace monumentale à trois hôtels d’Aix, dont Sculpture. — Cacule terrassant l’Hydre, ne, bas-relief. Hercule Gênes. Le Milon et le Diogène bas-relief, le Marseille. Buste du seille) Buste de Louis Peinture. — Pormême (Musée d’Aix) Sal- Marseille) Sainte famille Fonscolombe actuelle- Saporta).
Christophe Veymaitre Marseillais nous leur élève Christophe 2 Juin i63y de parents contrarier une naissante prentissage chez Puget ploya à dégrossir ses près son maître, qui est du manque de propordans le Persée. Il aurait
— iijjj
sentent de l’Arsenal, seille. Projets pour une Marseille. Plans des nous avons parlé, riatides de Toulon. Her- Lapidation de St-Etien- Gaulois. Les statues de Persée, Alexandre et bas-relief de la santé de Christ (Musée de Mar- XIV, Musée d’Aix.
trait de Puget par luivator Mundi (Musée de (collection Boyer de ment au marquis de
rif.r . — Après le célèbre allons parler de son meil- Veyrier. Il naquit le ouvriers. Ceux-ci sans vocation le mirent en apqui satisfait de lui l’emmarbres. C’est lui, d’ale véritable responsable tions de l’Andromède par trop enlevé de marbre en préparant le bloc et Puget se trouva obligé de truquer sa figure. Il le dit lui-même en réponse à des critiques faites à Paris de ce groupe. Quand Puget quitta Gênes pour rentrer à Marseille, Veyrier qui l’avait suivi se rendit à Rome. Il en revint deux années plus tard et se fixa à Aix. Il avait acquis au contact de son Maître un faire large et vigoureux et fut fort apprécié en Provence. Ces dernières années, plusieurs de ses oeuvres furent faussement attribuées à son maître. Nous voulons parler de ses œuvres décoratives ornant les parcs de la région. Voici la liste des principaux ouvrages qu’il éxécuta. Pour l’église St-Jean de Malte à Aix, deux statues plus grandes que nature (Baptême du Christ). Une statue de Lysimaque en pierre de Calissane plus grande que nature, pour le château de Peyrolles. Pour le temple à Paris, Un Samson égorgeant un lio)i. L’Achille blessé, pour M. de Venel et de Cosnac. Une Muse, pour l’hôtel de Boyer d’Eguilles à Aix. Un Jaune, pour son neveu le peintre sculpteur Antoine Veyrier à Marseille. Un Hercule et un Mars, pour orner le jardin du Pavillon pour le Cardinal de Vendôme, (les deux statues ont été détruites à la Révolution, j’ai retrouvé une partie de leurs débris). Un Lysimaque en marbre pour l’hôtel de Laurens Marquis de Brue actuellement hôtel de Boisgelin et enfin son célèbre bas-relief représentant Darius et
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Portrait de Finsonius par l’Ami Martin.
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Alexandre, pour le cardinal de Grimaldi, il fut fort admiré. Le Duc de Vendôme vint le voir aux flambeaux la veille de son départ d’Aix. Louvois le fit transporter à Paris avec l’intention de le présenter au roi. Quand Puget fut rayé de l’Arsenal de Toulon, Veyrier lui succéda. Il n’y resta que deux ans et mourut le 1 1 Juin 1690, il laissa un fils.
Les autres élèves de Puget furent: Baptiste sculpteur de St-Maximin. Marc Chabry né en 1660 à Barbentane et qui se fixa à Lyon. Jacques Clerion né à Trets, bon ouvrier qui travailla à Aix et pour les parcs de Versailles et de Trianon. Antoine Duparc, sculpteur et architecte intéressant, et enfin, B. Toro et Chastel a qui nous allons consacrer de courtes biographies.
Bernard Toro. — Ce célèbre artiste, dessinateur d’ornements, tailleur de bois, plus rarement de pierre et doreur admirable, était fils de Pierre Turreau, né en 1 638 à Toulon et mort en 1675 qui travailla avec Rambaud aux sculptures des vaisseaux à l’arsenal. On trouve son nom sur les registres de la marine notamment en 1667 où il travailla au vaisseau de Royal Louis. Il était ouvrier libre et travaillait en chambre. Il épousa à Toulon Anne Toucas en eut trois fils, Honoré, Gilles, François vers 1674 et Jules qui mourut jeune le 2 décembre 1676, seize mois après son père. C’est Honoré son fils aîné qui surnommé Bernard Toro devint l’admirable artiste que l’on sait. B. Toro naquit en 1672 et mourut le 28 janvier 1731. Il fut l’élève de son père, travailla avec lui à l’arsenal où il devint ensuite l’élève de Puget, qui le distingua pendant sa direction de l’atelier de sculpture. En 1681 il devint adjudicataire des sculptures à faire aux vaisseaux : le Gaillard et le Florissant auxquels il travailla dix ans. Il vint se fixer une première fois à Aix entre 1690 et 1700. Ce fut à cet époque qu’il sculpta la célèbre porte de l’hôtel d’Arlatan actuellement au Musée de Lyon. Il y séjourna une deuxième fois, de 1713 à 1716, il avait une quarantaine d’années et était à l’apogée de son talent. Il exécuta alors de nombreux travaux d’ameublement et de sculpture. En 1716, il fut rappelé à Toulon pour prendre la succession du sculpteur Rombaud Ponchatrain, à l’atelier de son maître Puget. Sa réputation ne cessait de croître et s’étendit jusqu’à Paris. Il se maria, eut des enfants et mourut subitement le 28 janvier 1731. Il était d’un caractère capricieux, fantasque, et avait de grandes prétentions, justifiées du reste.
Principaux ouvrages
Ce fut surtout un excellent dessinateur et compositeur d’ornements. On connait de lui une porte en bois de poirier (Docteur Pons). Entre 1 65 5 et 1700, il fit à Aix une console pour le marquis de Tressemanes, une deuxième console pour M. Boyer d’Eguilles, une troisième pour M. de Boutassy. Pour les d’Albertas, il fit un lustre à plusieurs branches (probablement le mien), des appliques (celles du Pavillon), un cadre de glace et un cadre de pendule. Pour l’hôtel de ville, il sculpta des mascarons et les armoires d’Aix (Bois). Il exécuta également en pierre les quatre mascarons du portail à carosse de l’hôtel de la Tour d’Aigues (porte), deux mascarons à l’hôtel d’Albertas et deux, rue Tourenfort (maison Rose). On connait de lui quelques dessins à la plume, à la sanguine, à la sépia et à l’encre de Chine (M. Bastard en possède deux, rue Faberot). Ces dessins d’ornements furent gravés et réunis en volumes, par H. Blanc, B. Pavillon, Cochin, Rochefort, Poilly , Joullain et Gueroult, Bellie de la Chavaignere (Dictionnaire des architectes), on connait aussi de lui une belle suite d’estampes éditées par le Pas du Buisson, architecte du roi, qui porte le titre suivant : Livre de tables de diverses formes qui , par la nouveauté , l’intelligence et le bon goût des compositions et par la richesse des ornements, n’est pas moins utile à ceux qui commencent à s'appliquer au dessin , qu’à ceux que leur profession oblige journellement à en faire usage. N’oublions pas aussi les dessins arabesques a la Robert de Colle, décorations de panneaux