CHAPITRE PREMIER
Architecture. — Etudes des types principaux. — Leurs caractéristiques. — Façades et portes des grands hôtels particuliers d'Aix. — Maisons bourgeoises.
n ne peut qu’être étonné de la merveilleuse floraison architecturale qui se produisit vers le milieu du XVIIe siècle en notre cité. D’aucuns la déploreront certainement, ce sont les amateurs des arts des siècles antérieurs; car ce fut aux dépens de ceux-ci, qu’elle se manifesta. Ceci nous explique combien peu (les églises exceptées) il nous reste d’édifices du XVIe siècle et des siècles précédents. Beaucoup il est vrai des demeures que nous étudierons comme étant du XVIIe et XVIIIe siècles, datent de plus loin ; mais elles furent remaniées aux époques dont nous parlons et ne nous intéressent que pour cela.
Il ne faudra pas que les érudits et les documentés sur le vieil Aix qui liront ce
livre, nous reprochent par exemple de parler de l’Hôtel de Peyronetti comme étant du XVIIe, siècle quand il date presque en totalité du XVIe. Nous le savons fort bien et si nous le faisons entrer dans le cadre de cet ouvrage c’est qu’il se rapproche par la conception de son architecture de celles qui nous intéressent et que sa porte est du pur XVIIe siècle; de même si nous classons l’Hôtel d’Arlatan au XVIIIe siècle, c’est que, commencé au XVIIe, il ne fut terminé qu’en plein XVIIIe et qu’il a les caractéristiques de ce dernier.
Ceci dit, une fois pour toutes, reprenons notre sujet et commençons parles demeures de style Louis XIII.
/er Type. — A cette époque, de même qu’antérieurement, le luxe était beaucoup moins développé à Aix qu’il ne le fut plus tard au point de vue habitation. Les plus riches maisons ne se distinguaient que par la beauté du cadre de leurs portes et par la hauteur de leurs toits. Ces derniers ont entièrement disparu justement vers le milieu du XVIIe siècle. Jusqu’à cette époque, la majorité des édifices, sauf les églises bien entendu, n’avaient guère plus d’un étage. Les plus riches et nobles demeures avaient des toitures très élevées avec des mansardes à lucarnes décorées. Les vieux plans et les vieilles estampes en font foi. Toutes ces habitations au XVIIe ou XVIIIe siècles, furent surélevées d’un ou deux étages et surmontées de toits dont nous avons encore quelques spécimens; presque plats à la mode italienne avec des tuiles vernissées : noires, rouges ou vertes. La rareté des chutes de neige fit adopter cette forme de préférence
à l’ancienne.
Eglise St-Esprit, St-Jérôme
Types d’Architecture et Caractéristiques au XVIIe siècle
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De ces maisons, dont beaucoup ont été démolies ou partiellement reconstruites, il nous reste encore quelques types de portes intéressantes, ayant entr’elles de grandes analogies. Les montants sont en pierres taillées en forme de pointes de diamant ou à bossages à refends comme celles dont on se servit aux siècles qui nous intéressent dans les ordres rustiques ou toscans (presque toujours pour les bases ou rez-de-chaussées). Ces montants, étaient surmontés de deux demi corniches formant fronton interrompu, et recourbées à leur extrémité centrale en forme de rinceaux. Entre elles, se trouvaient l’écusson aux armes de la famille possédant la maison. Dans quelques unes de ces portes, sur ces demi-frontons , s’allongeaient des animaux héraldiques qui leurs donnaient plus d’ampleur. Telle était par exemple la porte de la maison de la rue d’Entrecasteaux, malheureusement dégradée et peinte, mais qui a encore une certaine allure. Je connais encore cinq ou six portes du même type à Aix, la plus belle est, sans contredit, dans l’ancien Hôtel de Simiane qui fait l’angle de la rue Chastel et de la rue Manuel ; elle est bien caractéristique avec ses pierres en pointes de diamant, les ornements en trophées qui les surmontent et un écusson délicieusement sculpté, malheureusement effacé en partie. Les plus intéressantes de ces portes Louis XIII ou d’époques antérieures sont dans la rue du Grand Séminaire (pointes de diamant), sur la petite place au Nord de la Mairie, dans une maison de la rue Fauchier, dans la rue Manuel (deuxième porte de l’Hôtel de Simiane) etc. La plus dégradée et qui fut peut être une des plus belles s’ouvre dans une ruelle donnant à gauche, dans la rue Jacques de la Roque en descendant vers St. -Sauveur.
2e Type. — Nous avons dit qu’à cette époque, la porte constituait tout le luxe de la façade des maisons nobles. Les fenêtres étaient à simples encadrements plats et sans ornements. Le type le plus ancien après celui dont nous venons de parler est beaucoup plus intéressant comme architecture, nous le trouvons caractérisé dans les beaux Hôtels que nous allons étudier successivement.
Le premier et le plus ancien, entièrement construit en pierres de taille et à refends, est dans la rue Fauchier; nous avons cité sa porte. Son style de façade est plus riche que le type précédent, c’est la véritable transition des façades sans ornementation à celles plus ou moins ornées, qui vont faire maintenant l’objet de nos descriptions.
Le deuxième est la maison qui touche à celle qui fait l’angle de la rue Thiers et de la place du Palais de Justice, à gauche en montant. C’est l’Hôtel de Roquesante.
Les pierres sont à refends, les fenêtres ont des encadrements et des frontons variés, triangulaires ou elliptiques, coupés en deux et recourbés en rinceaux comme dans les portes dont nous avons parlé plus haut. Entre ces rinceaux se trouve Hôtel de Simiane (Porte)
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au lieu d’écusson, le monogramme du premier propriétaire. Cette façade bien Louis XIII se retrouve dans ses grandes lignes dans les deux autres hôtels. Ce qui distingue cette maison des deux autres, c'est la porte. Son encadrement est superbe et le mascaron qui surmonte son écusson, d’une expression très particulière; il se détache, entre deux rinceaux, tenant dans sa bouche une guirlande qui festonne et forme deux chûtes à droite et à gauche de l’écusson ; l’extrémité inférieure de celui-ci, est formée par un second mascaron, moins en relief, qui surmonte directement le cadre de la porte, celle-ci a encore ses vieilles boiseries aux larges moulures sculptées d’oves :
C’est une des plus belles et des plus vieilles d’Aix. Cet hôtel a son rez-de-chaussée abimé par des boutiques, constatons-le avec tristesse et avec la crainte de ne l’en point voir libérer de longtemps.
Le troisième hôtel a trois façades, l’une sur la place de la Madeleine, la deuxième sur la rue Manuel, la troisième sur la rue Chastel, il fut construit à peu près à la même époque que le précédent, dans la première moitié du XVIIe par un membre de la famille de Lacépéde. (Il passa ensuite aux Simiane.) Même disposition de façade que le précédent :
pierres taillées et sculptées sur deux - - . -
plans différents, fenêtres à frontons Hôtel Roquesante ( Façade )
variés etc. Ce qu’il a de caractéristique, c’est la frise du deuxième étage composée de palmes entourant le monogramme du propriétaire, elle est charmante et originale. L’étroitesse de la rue Manuel sur laquelle se trouve la façade principale ne permet guère de bien voir malheureusement ce remarquable spécimen du style Louis XIII à Aix.
Le quatrième hôtel de cette série est de beaucoup le plus beau et le plus considérable. Elevé sur le Cours, dont les terrains (anciens remparts) venaient d’être mis en vente à la suite du nouvel et important agrandissement de la cité, il est comme la transition des styles précédents avec le pur style Louis XIV des hôtels que nous étudierons ultérieurement. C’est une demeure véritablement princière1. Elle fut édifiée pour Pierre de Maurel.
N’oublions pas de signaler la frise à denticules et à mascarons qui fait le tour de son faite sous la corniche. Nous retrouverons cette disposition de couronnement (façade Sud de l’hôtel de Régusse, par P. Puget). Nous reviendrons souvent à cette belle demeure au cours de nos différents chapitres. Frises, niches, escaliers, ameublements, tout
1 II faut lire son histoire, si intéressante dans Roux Alpheran (les rues d’Aix), le cadre de ce
volume ne nous permettant pas de la développer ici.
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y est de premier ordre et nous y puiserons de nombreux enseignements au point de vue décoratif. Le nom de l’architecte qui l’a conçu et exécuté est très discuté; mon opinion est celle du regretté Numa-Coste , l’érudit et subtil écrivain, avec qui j’en causais peu de temps avant sa mort, arrivée l’an dernier au grand regret de ses amis admirateurs, m'assurait que c’était le sculpteur-architecte Jacques Fossé qui en avait dessiné le plan et sculpté les imposantes cariatides de sa grande entrée ; je suis maintenant tout à fait de son avis et il faut renoncer à la légende qui attribue ces œuvres à Ghastel ou Rambot fils, en reculant par conséquent jusqu’au XVIIIe siècle, la construction de cet hôtel. Chastel n’était pas né quand il fut achevé. L’hôtel de Maurel s’appela successivement: l’Hôtel de Volonne, l’Hôtel de Mons; il s’appelle aujourd’hui l’Hôtel d’Espagnet. La marquise d’Espagnet dont nous nous honorons d’être l’ami, l’habite actuellement. Il lui vient directement par des héritages
Hôtel de Forbin (angle et niche de façade) de famille.
3‘ Type. — Le troisième type des Hôtels Aixois est représenté sur le cours Mirabeau par deux édifices d’inégale importance. Le fameux hôtel de Forbin construit sur la partie méridionale du cours à l’angle de la rue du Lycée, et l’hôtel de Gantés sur la partie Nord à l'angle Ouest de la rue Faberot : Ces deux hôtels ont les mêmes caractéristiques, les mêmes niches d’angle à statues de la Vierge; dans leur façade unie, leurs fenêtres ont un encadrement d’ordre complet, ionique pour le rezde-chaussée, corinthien pour les autres étages avec frise denticulée. La corniche qui surmonte les deux étages de ces grands rectangles de pierre de Bibémus est aussi à denticules. D’un style à la fois simple et grandiose, ils ont eu un sort bien différent. L’hôtel de Forbin appartient encore à son légitime propriétaire, le descendant d’une des plus anciennes et des plus considérables familles de Provence, les Marquis de Forbin-la-Barben. Il est aussi
Hôtel d’Espagnet (façades Sud et Ouest)
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vaste que l’Hôtel d’Espagnet ; comme lui, il a huit fenêtres de façade, deux étages sur le cours ; sa porte supporte également un balcon en puissante ferronnerie Louis XIV, elle n’a pas de cariatides. Deux belles chutes de pierre formant consoles les remplacent. (Un ensemble de pierres avait été disposé pour recevoir une riche sculp-
ture sous le cenelle ne fut jamais pierres de cette restées à l’état regrettable à points de vue se garder de faire travail par un moderne et resvail ancien bien ébauché). L’esdiose, est à baavec des coloncomme celui de ronetti. De larmarbre du Thoà ses différents De même pagnet, cet hôtel faut lire son his- Alphéran) et heureusement, chaussée est cercle. Espéinvasions sont que tembientôt ces res princières
Hôtel de l’Estang Parade
tre du balcon ; terminée et les décoration sont brut. C’est bien des mais il faut exécuter ce sculpteur pecter le traq u ’à peine calier, très granlustres de pierre nés à son départ l’Hôtel de Peyges boules de lonet se trouvent retours.
que l’hôtel d’Esest historique, (il toire dans Roux comme lui, maison rez - de occupé par un rons que ces malheureuses ne poraires et que deux demeu-
retrouveront
leur virginité aristocratique. L’Hôtel de Forbin date de i656. A titre de comparaison rappelons que la même année vit le commencement de l’édification du Château de Fouquet le surintendant (Vaux le vicomte).
L’Hôtel de Gantés date de 1660, moins grand, plus modeste de proportions il a les mêmes caractéristiques de façade mais pas de grande porte, comme le précédent ; son rez-de-chaussée est entièrement dégradé, occupé par un café. Il a perdu sa vierge d’angle et a été surhaussé récemment d’un étage, son aspect est ainsi des plus bourgeois. Un connaisseur seul peut apprécier encore la valeur de son architecture et déplorer les mutilations qu’il a subi, et je les crois, malheureusement irréparables1 * * *.
4 5 Type. — L’Hôtel de l’Estang-Parade dont nous allons nous occuper maintenant a la même simplicité grandiose, bien que l’ensemble de sa construction soit tout différent.
1 Une troisième façade offre les caractéristiques de
ce type : c’est celle de l’Hôtel du Musée place Saint- Jean. Même encadrement des fenêtres, même gran-
diose simplicité. Comme particuliarité intéressante,
cette façade ofTre à son deuxième étage une série de
fenêtres ou plutôt de lucarnes hexagonales et plus
larges que hautes. Cette ligne de lucarnes est d’un effet fort gracieux. On trouvera ce même genre dans l’hôtel d’Eguilles et à l’angle de la rue Peiresc, etc., une quatrième façade à signaler est à l’angle S. -O. de la place du 4 Septembre, l’hôtel de Ravel.
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Mairie ( angle Sud et façade)
Il doit être, l’œuvre du même architecte : Pierre Pavillon, un maître, un de ces artistes presque ignorés comme il y en eut tant à cette époque et néanmoins de grande valeur. C’est lui, qui en collaboration avec Jean Claude Rambot architecte et surtout sculpteur et décorateur, construisit toute la série d’édifices dont nous allons bientôt parler : L’hôtel de l’Estang-Parade, l’Hôtel-de-Ville, le Pavillon de Vendôme, le Pavillon de Lanfant, l’hôtel de Nibles, l’hôtel de Maliverny et probablement l’hôtel de Boisgelin. Quand nous aurons passé en revue toutes ces magnifiques demeures, nous étudierons celles qui furent construites à peu près à la même époque sur les plans de Pierre Puget. Le célèbre Marseillais, ne dédaigna pas de se mesurer avec ses confrères fixés complètement à Aix. Il sera intéressant de comparer leurs conceptions d’Art et les types d’architecture qu’ils ont créés. La personnalité si puissante du génial sculpteur s’affirme d’une manière si évidente que tout le monde se promenant dans notre ville doit pouvoir désigner, s’il passe devant eux, les trois hôtels dont les plans ont été dessinés par lui. Nous terminerons l’étude des types du XVIIe siècle par celle des hôtels isolés, qui méritent une description; et par l’énoncé des noms des propriétaires ou fondateurs, de ceux qui méritent d’une façon ou d’une autre notre attention. Nous agirons de même pour le XVIIIe siècle, étudiant d’abord ceux qui ont des points de ressemblance et passant en revue les isolés. Après cette digression qui vient à son heure pour bien établir notre plan d’étude, revenons à l’Hôtel de l’Estang Parade d’une architecture si noble en sa simplicité. Il est caractéristiquement édifié entre cour et jardin. Cette cour
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d’entrée donne sur la rue de l’Opéra par un grand portail qui s’ouvre dans un mur en pierre de Bibémus, décoré de pilastres et d’une frise d’ordre ionique ; elle est dessinée par ce mur, au Nord; au Midi, par la façade principale, au levant et couchant, par deux ailes qui font avant-corps et sont assez étroites. Ce qui distingue ces façades à deux étages comme celles du type 3, c’est que les ordres d’architecture y sont employés d’une manière bien différente. Ici nous voyons chaque étage soutenu par une rangée de pilastres en demi reliefs, d’ordre dorique pour le rez-de-chaussée, ionique pour le premier étage, corinthien pour le second. Cette rangée de pilastres sépare les fenêtres les unes des autres et ne concourt en rien à leur encadrement. Ils supportent ensemble les frises et entablements de chaque étage et la corniche sous le toit. Rappelons-nous que, dans le type précédent, chaque fenêtre avait un encadrement de pilastres, particulier avec entablement et frise denticulée, aucune frise ni cimaise ou simple bande ne séparant les étages comme dans ceux de ce type. Les fenêtres et notre quatrième type ont un encadrement de moulures plus ou moins richement travaillées avec garderons et gouttières; il en est de même de la porte d’entrée; il n’y a pas de balcon au-dessus de celle de cet hôtel. La frise du rez-de-chaussée est à triglyphes et rosaces, les autres sont simples. Les fenêtres ont la particularité d’avoir des angles à croisettes. Cette imposante demeure sert actuellement de logement à Monsieur le Premier Président de la Cour d’Aix. Elle a de riches appartements de réception et s’ouvre au midi sur un jardin. Cet hôtel fut terminé vers i65o.
4 - Type (bis). — Nous voici arrivés à l’épanouissement du style Louis XIV à Aix dans les œuvres de Pierre Pavillon et de Jean-Claude Rambot (associés). On leur adjoignit leur confrère Jacques Fossé pour l’exécution des ornements de la façade de leur plus important édifice : la maison de Ville de la Capitale de la Provence.
En 1 65 2, dit Roux Alphéran dans les Rues d’Aix, le Conseil municipal délibéra de faire rebâtir l’Hôtel de Ville qui menaçait ruine. On acquit une maison confrontant à la tour de la Grande Horloge pour pouvoir construire plus grand ; cette reconstruction ne fut commencée que quatre ans après et entièrement terminée en 1 668 . Etudions le détail de ses façades. La première s’appuie au Nord à la tour de la Grande Horloge et s’ouvre sur la place de l’Hôtel-de-Ville. Elle est soutenue aux angles par d’imposants piliers à grand relief à bossage et refends. Ils montent jusqu’au-dessous de la corniche du toit et supportent la troisième frise et l’attique; cette façade a cinq fenêtres.
Une vaste porte s’ouvre au centre du rez-de-chaussée et permet de pénétrer dans la cour, dont nous parlerons plus tard. Chaque fenêtre ou porte (rappelonsnous le type étudié) est séparé par des doubles pilastres en demi relief avec bases et un chapiteau d’un
Hôtel de Boyer d’E gui lies ( Portail à carosses )
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travail très élégant ; les pilastres supportent deux par deux les trois frises. Les ordres employés sont le dorique pour le rez-de-chaussée, l’ionique moderne1 pour le premier étage et l’ionique ancien pour le second. La frise du rez-de-chaussée est à triglyphes et rosaces (dorique) comme celle de l'Hôtel de l’Estang-Parade. La deuxième frise (très en relief (particularité que nous retrouverons pour le même motif au pavillon de Vendôme) est composée de rinceaux s’enroulant en sens opposé2. Elle est interrompue à distance régulière par des écussons qui surmontent l’encadrement des fenêtres du premier étage (faute de style, dirait Blondel, l’architecte du XVIIIe siècle). La troisième frise est un simple rang de denticules. Toutes les architraves de ces frises sont rudimentaires et étroites. Ce défaut se retrouve dans tous les édifices de ce groupe d’architecture. Cette troisième frise est surmontée d’une attique dissimulant le toit dont la monotonie un peu lourde est coupée au-dessus de chacune des fenêtres du deuxième étage par un fron ton demi-sphérique qui interrompt la frise dans les mêmes conditions. Le fronton qui forme centre est triangulaire et, surmonte, à la place d’une fenêtre, un panneau à la base duquel se trouve un motif décoratif important que nous décrirons plus loin. La porte qui s’ouvre dans cette façade est imposante et largement surmontée par un beau balcon en ferronnerie ouvragée. C’est le même type de porte que celui des hôtels d’Espagnet et Forbinque nous avons vus sur le cours; mais au lieu de cariatides ou de chutes nous avons ici comme supports de balcon deux doubles colonnes doriques, reliées par des bases et des entablements communs, de chaque côté de l’entrée. Celle-ci se
' On sait que l’ionique moderne se distingue de l’ancien par la position des volutes des chapitaux qui forme saillant sur les angles pour le moderne.
2 Type employé dans les temples romains : Maison Carrée de Nîmes, etc.
Hôtel d'Estienne
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trouve naturellement en retrait. La porte a un dessus en ogive et de belles boiseries à oves et à têtes de lions1. Ce qu’il y a de plus gracieux dans cette belle façade d’une coloration si chaude et si dorée, ce sont les fenêtres; elles appuient leurs encadrements rectangulaires, sur des bases plus larges auxquelles elles sont raccordées par d’élégantes consoles d’appuis à rinceaux, s’arrêtant au tiers de la hauteur des montants des côtés. Ils font face à de belles chutes de pierre largement et harmonieusement taillées en guirlandes qui se détachent des angles supérieurs à croisettes. Dans les planches du célèbre album d’architecture de Palladio, on retrouve ce type de fenêtre dans la description de la façade de la maison du comte Octave de Thienne. J’aime beaucoup leur modèle ; il est le plus élégant de l’époque de Louis XIV à Aix. Je regrette que les fenêtres du premier étage soient alourdies par ces volumineux écussons, par trop italiens, qui interrompent la frise. Ils gâtent un peu, à mon avis, l’ensemble harmonieux de cette façade principale de l’Hôtel de Ville. Combien je préfère les fenêtres du rez-de-chaussée, dont les dessus appuient simplement leur large moulure à la frise dorique ! Celles du deuxième étage sous l’attique, ont dans chaque niche-fronton un motif décoratif assez plaisant constitué par des palmes entrecroisées. Le motif décoratif qui occupe le centre du deuxième étage est formé par un fronton demi-cintré avec denticules. Au centre se trouve un grand médaillon ovale formant niche, surmonté d’une guirlande de lauriers. De son sommet, les guirlandes retombent en festonnant à droite et à gauche et s’appuient en s’élargissant à l’entablement du premier étage. Au centre de ce médaillon se trouvait le buste de Louis XIV que sculpta Rambot. On s’est cru obligé de le remplacer par un buste de la République dont la blancheur et le style jurent effroyablement sur cette façade édifiée sous le Grand Roi.
Entrons maintenant à l’intérieur. Après avoir franchi une belle grille en fer forgé, nous nous trouvons dans une élégante cour carrée au centre de laquelle se trouve un moderne et menaçant Mirabeau trop blanc, qu’un souvenir de la Révolution y maintient seul. Il nous bouche la vue de l’entrée intérieure de la Maison de Ville qui nous présente un remarquable porche supportant un balcon d’une ferronnerie plus fine que celui de la porte extérieure. Comme celui de l’hôtel de Forbin il est supporté par deux consoles en pierre. En son centre, un mascaron très séduisant semble tirer la langue aux visiteurs, qui s’apprêtent à pénétrer à l’intérieur pour monter au premier étage par le grand escalier. Les façades de la cour intérieure, se ressemblent et sont un peu moins riches que la façade d’honneur que nous venons d’étudier. Au-dessus de la porte du second étage se trouve une niche d’un dessin élégant, vide actuellement et avec des consoles d’appuis a rinceaux. Le rez-de-chaussée de la façade qui longe le côté nord de la rue des Cordeliers, ressemble à la façade d’honneur. Les premier et deuxième étages de cette façade sont sans ornements (nous verrons bientôt pourquoi). Les deux autres façades Nord et Ouest sont de construction récente en grande partie et d’une discrétion voulue, que je qualifierai d’heureuse. Voici notre première visite à l’Hôtel de Ville terminée. Nous y reviendrons souvent aux chapitres suivants, pour voir tout ce qu’il contient ou contenait d’intéressant (statues, boiseries, tableaux, ferronneries et cuirs provençaux, ses différentes salles et la bibliothèque Mej ânes). Mais, avant dele quitter momentanément, je tiens à dire que mes études personnelles me permettent de croire qu’au XVIIe siècle l’Hôtel de Ville n’avait pas l’aspect qu’il nous offre actuellement. Il n’avait sûrement qu’un étage à cette époque avec un toit élevé à mansardes et lucarnes décorées. Pour s’en rendre compte il faut considérer d’abord la richesse anormale de la deuxième frise par rapport à la troisième. En regardant mieux on s’aperçoit que les grands pilastres h refends qui flanquent l’édifice aux angles ne se rattachent pas aux corniches qui sont coupées pour leur laisser la place de s’élever. Cette coupure
1 Voir le nom de son auteur et le prix fait aux annexes.
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Hôtel d’Agut.
fait saillie sans qu’on ait même essayé de l’arrondir (ce qui est fort laid). On en conclut sans hésitation que les pilastres ont été ajoutés en même temps que l’on élevait le deuxième étage auquel ils se raccordent parfaitement, ainsi que l’attique dont nous avons parlé et le toit à l’italienne. C’est le manque de place qui a du nécessiter cet agrandissement dont une troisième preuve est l’absence de décoration des étages de la façade de la rue des Cordeliers, laquelle a été surélevée de deux étages et n’avait, à ce moment, qu’un rez-de-chaussée avec toit indépendant. Le même cas s’est produit aux Pavillons de Vendôme, de Lanfant, et dans bien d’autres maisons d’Aix probablement au commencement du XVIIIe siècle. En résumé la première façade de l’Hôtel de Ville devait avoir beaucoup d'analogie avec celle du Pavillon de Vendôme que nous allons étudier maintenant et qui fut bâti par Pierre Pavillon et J. Claude Rambot. Ils le commencèrent en 1664 et Ie terminèrent en 1667. Ils travaillèrent donc en même temps à ces deux édifices.
Le Pavillon de Vendôme. — C’est un véritable bijou d’architecture que ce petit hôtel ou pavillon, que Louis de Mercœur, duc de Vendôme, gouverneur de Provence et cardinal, se fit construire, hors les murs, dans un enclos acheté en 1664. Cet enclos, au mur Nord duquel il est adossé, fut transformé en un vaste jardin à la française admirablement proportionné comme dimensions à la construction qu’il entoure. Il lui fit et lui fait encore un cadre délicieux. Il était crénelé, à l’époque, pour éviter des attaques de maraudeurs. Pour bien se rendre compte des harmonieuses proportions de l’ensemble du Pavillon de Vendôme, il faut y pénétrer par l’ancienne entrée des carosses qui donne actuellement dans la rue Célony. En franchissant le superbe portail en fer forgé qui le sépare des communs et du potager, tout artiste est immédiatement conquis par l’élégance de ses lignes architec-
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turales et la richesse décorative de sa façade d’honneur. Comme celle de l’Hôtel de Ville, elle est d’une coloration merveilleuse surtout au soleil couchant dont les rayons obliques la revêtent d’une enveloppe dorée d’un saisissant effet. Ce pavillon historique abrita les amours contrariées, par la Cour de Louis XIV, du petit-fils d’Henri IV et de la veuve d'Honoré de Rascas seigneur du Canet, une demoiselle de Forbin-Solies fort jolie et surnommée la belle du Canet. Les deux amants, veufs chacun de leur côté, avaient l’intention de s’épouser; mais redoutant cette mésalliance, Louis XIV fit donner à son cousin, par le pape, la barette de cardinal qu’il ne put refuser. Il dut renoncer à devenir l’époux de sa belle amie; mais il resta son amant. Pour ne point scandaliser ses administrés, il consacra aux embellissements du pavillon les vingt-six mille livres que la Ville lui avait octroyées pour se faire construire un palais sur le cours. Madame de Rascas pouvait venir l'y rejoindre incognito. Elle ne s’en fit point faute. L’histoire prétend qu’elle ne fut pas aussi la seule femme introduite mais le duc ne jouit pas longtemps, hélas! de sa délicieuse petite maison1.
Ce pavillon évoque aussi le souvenir du grand peintre Jean-Baptiste Vanloo qui en fut le troisième propriétaire et y mourut. Il faudrait un volume pour raconter l’histoire entière et décrire les beautés du pavillon de Vendôme. Après bien des avatars, sans avoir trop souffert de la Révolution, il se trouve m’appartenir depuis trois années. Je me suis efforcé de lui restituer ce qu’il avait perdu, je crois avoir à peu près réussi; j’ai en tout cas la satisfaction très grande de l’avoir sauvé d’une destruction certaine.
Comme la Mairie, le pavillon à cinq fenêtres de façade, comme la Mairie, il n’avait aussi en 1667 qu’un seul étage avec un toit élevé à mansardes et lucarnes décorées. Pour s’en convaincre il n’y a qu’à jeter les yeux sur les vieux plans d’Aix de cette époque2 ou il se distingue clairement avec son toit haut et son seul étage. L’adjonction du second étage et l'installation du toit actuel date du XVIIIe siècle. Elle fut faite, je crois, par Jean-Baptiste Vanloo qui avait besoin de place pour loger sa famille nombreuse. Il s’y fit établir ce grand atelier d’où on a une vue si belle sur Aix et ses environs. Cette adjonction fut faite en tous cas sous la direction d’un maître. L’édifice n’y a nullement perdu et ses proportions actuelles sont ravissantes. L’ensemble du pavillon nous présente donc actuellement deux étages sur rez-de-chaussée. Les ordres qui le décorent et se superposent comme dans les autres édifices de ce type sont : dorique pour le rez-de-chaussée, ionique pour le premier étage et corinthien pour le second. Les fenêtres sont aussi indépendantes des colonnades qui supportent des frises. Les pilastres sont ici disposés un par un et non deux par deux comme à la Mairie. Les frises sont très riches. Celle du rez-de-chaussée à des rinceaux identiques à ceux du premier étage à la Mairie. La richesse en était augmentée par des fleurs de lys qui les assemblèrent deux par deux. Ces fleurs malheureusement ont beaucoup souffert, pencant le pillage qui eut lieu en 1 792 ; on les fit sauter au ciseau. Il n’en reste plus que l’empreinte sans relief. La deuxième frise est encore plus fine et d’un dessin plus rare, c’est une suite de guirlandes attachées par des nœuds de rubans, Rambot dut s’inspirer, pour son exécution, des dessins de celle du temple romain de la Fortune Virile devenu l'église de Sainte-Marie l’Egyptienne dont Palladio, le célèbre architecte de Vicence, donne des descriptions dans les planches de son grand ouvrage du XVIe siècle. Celle-ci se différencie de celle du Pavillon en ce que chaque guirlande est séparée par des bucranes.
Rambot remplaça les bucranes par des nœuds de ruban ce qui est plus gracieux. Le leit-motif, pouvons-nous dire, des ornements intérieurs et extérieurs du pavillon est en fleurs et fruits. Ils furent remarquablement traités, comme on pourra s'en rendre compte par
1 Elle fut achevée en 1667 et il mourut en 1669.
2 Voir les cartons, St-Vincens, bibliothèque Méjanes.
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Halle aux grains
les illustrations, et sont d’un relief et d’un fini admirables. Rambot s’y est montré décorateur d’un talent à la fois puissant et gracieux, parfaitement approprié au sujet traité. Nulle part il ne se manifeste mieux que dans cette porte grandiose d’une conception si ingénieuse et qui s’ouvre au rez-de-chaussée sur le jardin. C’est le même type de porte que celui de la Mairie, de l’hôtel de Forbin et de l’hôtel d’Espagnet, mais, de toutes, celle du pavillon est indiscutablement la plus remarquable par la superbe ferronnerie de son balcon, ses splendides cariatides et le motif décoratif si heureux qui les rejoint. Cet ensemble est véritablement royal. Nous décrirons ces fameuses cariatides, attribuées jusqu’ici à Pujet, au chapitre suivant en les comparant aux autres cariatides aixoises et à celles si célèbres de Toulon. Contentons-nous, pour le moment, d’admirer les proportions de cette porte et de ce balcon, la beauté des niches qui, au premier étage, encadrent la fenêtre centrale avec leurs pots à feu et leurs coquilles si largement sculptées et passons au deuxième étage qui, nous l’avons dit, fut élevé au XVIIIe siècle. Il est d’ordre corinthien bien proportionné à l’ensemble de la construction et surmonté d’une simple corniche sans frise ni denticules,
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simple bande avec entablement un peu étroit à mon avis. Les pilastres ont ceci de particulier qu’ils ont un encadrement intérieur comme ceux du deuxième étage d’une partie de Versailles et de la chapelle de ce palais. La fenêtre qui est au centre s’ouvre sur un balcon en ferronnerie. Elle est encadrée par deux consoles formant socles d’un très beau dessin avec draperies ; elles supportent deux admirables corbeilles de fruits et fleurs où l’on reconnaît sans hésitation la maîtrise de Chastel. Elles sont, comme son fronton de la Halle aux grains, en pierre de Galissanne blanche et terminent délicieusement le motif architectural en pyramide formé, à la base, par deux grands vases établis à droite et à gauche de la porte, par les cariatides, les niches et enfin, en se resserrant toujours, par ces ravissantes corbeilles. Les autres façades sont d’un intérêt moindre quoique belles. La façade Nord est accolée comme nous l’avons dit au chemin de la Molle en contre-bas et par conséquent n’a plus qu’un étage de ce côté. Les deux façades Est et Ouest ont au rez-de-chaussée deux portes en ogives qui furent murées au XVIIIe siècle. Elles sont surmontées de têtes de femmes couronnées de fleurs, pampres et grappes de raisins. Sous l’écusson central de la façade d’honneur, se trouve également une tète de femme couronnée d’épis que l’on dit être le portrait de la Belle du Canet. De cette tète se détachent de superbes guirlandes de fruits attachés par des nœuds de rubans. Nous en reparlerons en même temps que des cariatides. L'ensemble de cet édifice est d’une saisissante beauté bien que de dimension moyenne, il a grand air grâce à ses merveilleuses proportions. Il a l’avantage sur tous les monuments
d’Aix d’être isolé, encadré d’un vaste jardin et de ne souffrir de la banalité et de la laideur d’aucun voisinage. Son intérieur ne le cède en rien à l’extérieur ; l’escalier, dû à la haute fantaisie d’un artiste de grand talent, est unique en son genre. Nous y reviendrons souvent.
Terminons maintenant l’étude des derniers hôtels qui se rattachent au type du pavillon Rambot. L’Hôtel de Nibles sur le cours s’y rattache indiscutablement. Il a, comme le Pavillon de Vendôme, cinq fenêtres de façades et deux étages. Les frises en sont intéressantes. La première est dorique à tri— glyphes et rosaces, comme celle du rezde-chaussée de la Mairie, celle du premier étage est formée par une large guirlande de feuillage entrelacée de rubans. La porte n’a pas de balcon au-dessus. Aux deux angles supérieurs de ses montants à croisettes, festonnent deux jolies chutes de pierre.
Cette entrée se trouve à l’extrémité Est de la façade Est. Elle a une boiserie h rosaces en relief, sans rien qui attire particulièrement le regard.
Cet hôtel fort élégant est malheureusement encastré entre deux maisons du Cours (côté Nord) sans intérêt architec-
Hôtel d’ Oraison
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Hôtel d’Arbaud-Jouques
tural. Celle de l’Ouest est actuellement un hôtel à voyageurs (Nègre-Coste). L’Hôtel de Nibles a été gratifié, à une époque récente, d’un troisième étage qui lui a enlevé tout son caractère; son rez-de-chaussée est également déparé par des magasins. Il fut construit vers i65o et appartenait au Guidi en 1680.
Du pavillon de Lanfant, nous ne dirons que peu de choses à ce chapitre. Il a, en plus petit, la même disposition architecturale que le pavillon de Vendôme, sans ordres d’architecture à l’extérieur. Le deuxième étage fut ajouté dans les mêmes conditions et proportions que pour l’autre pavillon. Son toit date du XVIIIe siècle, il est flanqué à ses quatre coins par d’élégants pots à feux. Il fut certainement construit par Pierre Pavillon et Rambot. Très gracieux de ligne en sa simplicité il est somptueusement décoré intérieurement. Nous y reviendrons aux chapitres suivants, pour voir ses gypseries, ses ferronneries, ses plafonds qui offrent un intérêt exceptionnel. Il est entouré d’un fort joli parc.
Comme ce pavillon, l’Hôtel de Malivcrny, construit par ces deux architectes, ne se distingue par aucune décoration extérieure ; nous nous en occuperons surtout aux chapitres suivants. Ce qui mérite d’être décrit en ce chapitre c’est le monumental portail à carosses qui laisse pénétrer dans sa cour; c’est le plus riche de cette époque à Aix; il interrompt à pans coupés les deux murs à balustres, qui séparent sa cour de la rue Emeric-David et des jardins, il est lui-même surmonté de ces mêmes balustres fort intéressants. Les montants de plus de quatre mètres de haut sont à bossages vermiculés et à refends ; la porte qui s’ouvre dans la cour (façade O.), bien que fort abimée et laissée à l’abandon, possède encore un dessus admirable que nous étudierons aux boiseries. Cet hôtel un des plus grands d’Aix et des plus beaux est aussi un des plus dégradés; son
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rez-de-chaussée est occupé par une huilerie. Il a perdu sa rampe d’escalier; et, ses appartements d’apparat, où il reste d’admirables choses, sont fort mal occupés. Avec le célèbre Hôtel de Boyer d’Eguilles dont nous allons bientôt parler, c’est une victime lamentable de l’industrie et du mauvais goût bourgeois.
Rattachons à ce type le bel Hôtel des Boisgelin qui plus heureux que le précédent a conservé ses véritables propriétaires. C’est une des plus importantes demeures aristocratiques d’Aix. Il forme l’angle Nord-Est de la jolie place des Quatre Dauphins, occupée par la ravissante fontaine qui lui donne son nom. Construit vers i65o pour Louis Leblanc, il passa en 1693 aux Laurans Marquis de Brue et par héritage à une des branches de l’ancienne famille des Boisgelin qui vint s’établir en Provence. Cet hôtel a des points de ressemblance dans sa façade (forme des fenêtres) avec l’Hôtel de Forbin et le deuxième étage de la Mairie. L’Hôtel est à angle droit (deux corps comme Maliverny) entre cour et jardin. Les murs formant la cour sur la rue et la place des Quatre Dauphins ont un ordre d’architecture dorique avec une belle frise à rosaces et triglyphes surmontée de modillons importants qui supportent une corniche ayant au XVIIIe siècle reçu une balustrade de fer forgé.
5e Type. — Nous avons passé en revue tous les édifices pouvant être attribués à la collaboration architecturale et décorative de Pierre Pavillon et Jean Claude Rambot. Le dernier type d’architecture du XVIIe siècle que nous allons étudier est sinon le plus gracieux du moins le plus imposant de ceux que nous avons à considérer. Trois hôtels d’inégale importance ont été construits par le même architecte et celui-ci n’est rien moins que le célèbre Pierre Puget ; l’admirable artiste travailla dans tous les genres et y excella : Très bon peintre, sculpteur incomparable, il fut aussi un somptueux architecte. Nous avons dit combien sa personnalité se dégage de chacune de ses oeuvres ; les caractéristiques de son architecture, que nous retrouvons dans les trois hôtels en question, sont d’abord, la réunion de plusieurs étages en un seul ordre d’architecture. On retrouve cette disposition dans l’ancien Château de Marly, construit à la même époque pour Louis XIV ; mais Puget employa pour l’ornement des angles des pilastres au lieu des bossages qui se trouvaient à Marly. (Il choisit naturellement l’ordre le plus riche, c’est-à-dire le corinthien.) Ses superbes pilastres à demi-chapiteaux grandioses et somptueusement fouillés jaillissent du sol en s’appuyant sur des bases plus ou moins hautes, montent jusqu’au sommet de l’édifice d’un seul jet et supportent comme dans les temples antiques des larges entablements à corniches appuyées sur de beaux modillons. Les corniches (et c’est la deuxième caractéristique que nous signalons) sont toujours très imposantes, formant une très grande saillie avec des retours prononcés aux angles des bâtiments. Sur chacun des côtés des vastes rectangles de pierres ces pilastres corinthiens se dressent superbement, largement cannelés pour leur donner plus de richesse encore ; entre ces pilliers magnifiques les étages se superposent avec une décoration très sobre, les fenêtres et portes étant simplement encadrées de moulures à garderons. Les portes ont particulièrement de magnifiques boiseries où se retrouve l’esprit inventif du génial décorateur qu’était Puget, sa large facture ou celle de ses élèves. Le plus grand et le plus beau de ces trois hôtels fut peut-être le plus célèbre d’Aix. C’est aussi celui qui a eu le moins de chance ; et qui, après avoir connu la plus grande splendeur, est devenu de tous le plus misérable. Commencé vers 1675 sur des terrains achetés par Magdeleine de Forbin d’Oppéde, veuve de Vincent de Boyer Seigneur d’Eguilles (Boyer-Malherbe), qui prit le nom et reçut l’héritage du fameux poète quand il eut perdu son fils tué en duel misérablement; il fut élevé dans la rue Espariat, et atteignit le maximum de sa richesse et de sa splendeur pendant la vie de son fils, le célèbre artiste et collectionneur Jean-Baptiste
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de Boyer, graveur et peintre de talent, ami de Puget. Nous décrirons sa vie au dernier chapitre de ce volume. Il demanda tout naturellement les plans de l’hotel construit pour sa mère, à son ami et son maître Pierre Puget. On se figure ce que devait être, pendant sa vie, ce magnifique hôtel au bel escalier, aux statues superbes, aux majestueux plafonds peints et aux murs duquel était suspendue une collection de tableaux qui vaudrait de nos jours des millions. Ce n’est plus maintenant hélas qu’une ruine deshonorée par une fabrique de pâtes alimentaires avec d’infâmes superstructures et une cheminée qui noircit de sa fumée tous les alentours. Son portail grandiose par où entraient les carosses parlementaires, semble actuellement d’une antiquité des plus reculée avec les herbes et les plantes qui poussent entre ses pierres disjointes d’une si extraordinaire patine. Les piédestaux brisés des vases qu’ils supportaient se devinent à peine encore, ainsi que les larges sculptures dont il était revêtu. Sa porte rapiécée baille dans le plus triste état sur une cour sale, encombrée de caisses et de tas de charbons. Le soir, au clair de lune, c’est encore une superbe et mystérieuse demeure. On croirait voir alors un de ces anciens portiques de Venise s’ouvrant sur un canal abandonné et que l’on découvre parfois en retrait de deux façades. J’en connais sur les bords de l’Adriatique qui sont ses contemporains et que bien des artistes ont crayonnés au passage. Celui-ci vaut aussi le coup de crayon. Il appelle encore mieux la pointe sèche et l’eau forte. Mais mon Dieu que cet étage de platras qui surmonte la magnifique corniche de Puget est donc pénible à voir de jour.
Quittons vite ce lieu de désolation et dirigeons-nous vers les deux autres demeures dont les plans sont du même maître et qui, plus heureuses, n’ont subi aucune mutilation. Quel dommage que le magnifique Hôtel de Grimaldi Régusse le plus important après le pauvre sacrifié, soit dans une rue étroite comme celle de l’Opéra. Nous n’avons pas de recul pour l’admirer comme il le mérite. C’est une des plus grandioses habitations qu’on puisse concevoir. Sa frise du côté du jardin et de la petite rue qui descend à droite est constituée par une suite de mascarons séparés par des denticules, semblable à celle qui couronne l’Hôtel d’Espagnet. La porte de cet hôtel est surtout une merveille, nous l’étudierons ultérieurement. Regrettons seulement que comme celle de l’Hôtel d’Espagnet elle ne soit pas au centre de la façade. Il fut construit pour la famille de Laurans vers 1660. Le troisième hôtel est dans la rue de Saporta et vient d’être acquis par Mlle Marie d’Etienne de St-Jean et on ne saurait trop la féliciter de nous avoir conservé cette belle demeure qui fut édifiée pour ses ancêtres. Plus petit que les deux précédents il a sa porte au centre du rez-de-chaussée. Il est par conséquent sans imperfection aucune. Cette porte mérite pour sa beauté une description spéciale au chapitre boiserie. Les caractéristiques architecturales sont celles déjà décrites. L’escalier a une fort belle rampe en fer forgé et l’ensemble est dans un excellent état de conservation. Puget est encore l’auteur des plans de l’Eglise de St-Jean du Faubourg; à l’originalité de la forme de ses chapelles latérales on reconnaît la facture du maître. La façade dont l’exposition est au levant a malheureusement beaucoup souffert et son ensemble ne peut être vu que du haut des toits des dernières maisons élevées à l’Ouest de la Ville.
Pour en finir avec le XVIIe siècle nous n’avons plus à étudier que quelques types
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isolés d’hôtels ayant des caractéristiques qui ne permettent pas de les rattacher aux types précédents.
Sur la place de la Madeleine, formant l’angle Est du sommet de la rue Thiers, se trouve un hôtel qui peut rivaliser avec la plupart de ceux que nous avons déjà considérés. Il fut construit en 1676 et ressemble par certains points à l’Hôtel de Boisgelin ; peut-être est-il aussi de Pierre Pavillon, en tous cas les cariatides de sa porte intéressante ne sont sûrement pas de Rambot. Il a cinq fenêtres de façade sur la place et deux étages, il n’a pas d’ordres d’architecture décorant chaque étage; la beauté de la façade est surtout due au bel encadrement des fenêtres, celles du premier étage ont des bases à consoles d’appui semblables à celles de la Mairie, mais elles sont plus simples de décoration. Par contre elles sont surmontées d’un entablement auquel se superposent des frontons alternativement elliptiques et triangulaires. Les fenêtres du deuxième étage sont à croisettes. A l’angle de la place et de la rue Thiers, l’hôtel est étayé jusqu’au premier étage par un pillier à bossages surmonté d’une niche (même disposition que pour l’Hôtel de Forbin et d’Espagnet). L’entrée d’un balcon en ferronnerie, se trouve au centre du rez-de-chaussée, sur la place. Elle est remarquable par les cariatides de sexes différents qui soutiennent le balcon avec un culot central un peu lourd et sans accompagnement. Le rez-de-chaussée est abimé par des boutiques. C’est l’ancien Hôtel d’Âgut.
Le dernier hôtel dont nous étudierons la façade en détail n’est pas à proprement parler du XVIIe siècle. C’est l’Hôtel de Peyronetti que l’on crut longtemps avoir été l’ancienne maison de ville et sis rue Aude. Il ressemble beaucoup comme architecture à l’Hôtel du Comte Bernard Schio édifié par Palladio en Italie au XVIe siècle. Tous ceux qui pourront faire la comparaison sur la planche de son célèbre ouvrage, seront, je le crois, de mon avis. Ce sont exactement les mêmes proportions, les mêmes ordres; et les motifs de décoration sont presque semblables. Cet hôtel quand il fut construit devait être extrêmement harmonieux de lignes avec son seul étage et son toit élevé, à mansardes. Il a été malheureusement surélevé et il est actuellement dans son rez-de-chaussée déshonoré par un magasin. La façade de ce rez-de-chaussée, si belle a été odieusement recouverte d’une couche de peinture à l’huile vert foncé1, c’est une véritable profanation ; la porte seule a été respectée : elle est superbe avec ses montants à bossages verniculés, et sa boiserie du XVIIe siècle, une des mieux conservées d’Aix. Ce rez-de-chaussée formait base ; d’ordre Toscan ou rustique avec des voussures en ogive surmontées de petits masques délicieusement sculptés, hélas recouverts aussi par l’infàme badigeon ; sur ce rez-de-chaussée s’élevait un ordre dorique dont les pilastres deux par deux entre chaque fenêtre soutenaient la frise ; absolument adorable sculptée par un maître inconnu, c’est incontestablement la mieux travaillée d’Aix avec ses bucranes (armes des Peyronetti) et son motif central ; nous en reparlerons au chapitre suivant. Les fenêtres ont reçu au XVIIe siècle de beaux balcons en fer forgé. Le vestibule d’entrée avec sa voûte à caissons est du pur XVIe siècle. Ses niches sont malheureusement vides comme tant d’autres à Aix.
L’escalier est à balustres de pierre, et à longs retours. Ce devait être une bien belle demeure, elle reprendrait facilement son caractère avec un peu de bonne volonté et quelques dépenses. Souhaitons que le propriétaire actuel, M. Bergeron, après fortune faite, le débarasse de sa superstructure et surtout de son affreux badigeon. On aurait alors en refaisant le toit à l’ancienne un vrai bijou d’architecture du XVIe siècle, le seul vraiment intéressant qui soit à Aix.
1 La jolie maison XVIIIe siècle qui fait à Marseille Pastré a reçu le même outrage et le même ton le coin de la rue Armény et de la place Estrangin- de couleur!...
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Voici pour terminer cette première partie, la liste des hôtels du XVIIe siècle qui mériteront notre visite au cours de ce volume.
Archevêché d’Aix.
Hôtel de Chàteaurenard, i65o.
» de Saporta, i65o.
» d’Estienne Dorves, 1659.
» d’Arbaud, 1693.
» de Fonvert, rue Littera.
» du Cours à côté de l’Hôtel de Gantes. » du Cours actuellement la Sous-préfecture, i65o.
» de Raousset-Boulbon, 1 658 .
» St-Marc, cours.
» de Venel, rue Venel.
« de Saisieu construit par Daret, rue du 4 Septembre.
Hôtel de Carces 1669, rue Emeric David.
Hôtel de Ravel, rue Cardinale.
» rue des 3 Ormeaux.
» de Valbelle 1695, (gendarmerie).
» rue des Epinaux.
» d’Isoard Vauvenargues, Cours.
» rue Thiers, 17.
Eglise des Ursulines.
» des Jésuites.
Chapelle des Andrettes, (Lycée.)
Eglise de la Madeleine.
Musée d’Aix.
Hôtel rue Peiresec.
» rue Mignet (de Gassier).
Maison Bouteille, 1 1 rue Mignet.
Hôtel Montagne, rue Ville-verte (ancien Hôtel de la Chateigneraie).
XVIIIe Siècle
Commençons par le plus important des édifices de ce temps, la Halle aux grains, terminée en 1760 et qui occupe toute la partie sud de la place de l’Hôtel-de-ville.
Comme les nombreux bâtiments construits à cette époque, il présente sur un rez-de-chaussée formant base d’ordre Toscan, un ordre Ionique moderne formant motif central qui comprend les deux étages qui le constituent. Il est flanqué de pilliers d’angles à bossages comme ceux de la Mairie. Les fenêtres ont de beaux et simples encadrements moulurés, chacune est surmontée d’un vigoureux mascaron ; ce qu’il y a de plus remarquable dans cette façade c’est le fronton qui occupe le milieu de l’attique qui circule autour de son faîte. Ce grand fronton triangulaire contient une allégorie sculptée par Chastel dans de la pierre de Calissane blanche :
Hôtels et place d'Albertas ( angle à pans coupés)
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l’effet de ce blanc patiné sur le jaune foncé de la façade en pierre de Bibemus n’est point désagréable. Les deux figures de Chastel sont imposantes et les fruits qui les accompagnent, ainsi que les gerbes d’épis sont d’une facture large en même temps que d’un précieux fini. Ce qui distingue presque toutes les constructions que nous allons étudier, y compris la Halle aux grains, de celles du XVIIe siècle, c’est la forme des fenêtres et l’absence de belles frises1. Les fenêtres sont généralement terminées en arcs de cercle, pleins-cintres ou demi-cintres. Tous ces cintres sont décorés à leur sommet de mascarons, coquilles ou palmettes. Ceux du rez-de-chaussée de la Halle aux grains sont décorés d’impostes en ferronnerie d’un beau travail. Il est triste de les voir lamentablement s’effriter sous la rouille, faute de soins et d’un peu de noir ferronnier. Tout l’édifice est dans un déplorable état d’abandon. On tolère l’affichage sur ces murs d’une si belle couleur jusqu’au-dessus du premier étage. Les mascarons sont fort dégradés. La façade sud qui donne sur la place du Marché, est abimée par une grande marquise qui rend service aux marchands, mais qui est d’une monumentale laideur. Elle empêche de bien distinguer les détails d’une jolie porte qui s’ouvre sur cette façade. Celles de l’Ouest et de l’Est sont un peu moins sacrifiées. Ce bel édifice mériterait de la sollicitude des pouvoirs publics une toute autre affectation que celle qu’il a aujourd’hui ; il lui faudrait une réfection intérieure complète. On pourrait y construire un grand amphithéâtre ou une salle de fêtes et de concerts qu’il serait possible de louer à des sociétés, à des particuliers, ou de réserver pour de grandes cérémonies publiques. On pourrait y transférer la Bibliothèque Méjannes fort à l’étroit à l’Hôtel de Ville où l’incendie la guette; mais il faudrait beaucoup d’argent et ce sont les fonds qui manquent le plus à notre pauvre chère cité. Il serait tout au moins décent d’en conserver les belles façades extérieures et de ne pas les laisser insulter de toutes façons.
Deux hôtels qui se rattachent à ce type d’architecture vont maintenant attirer notre attention. Ce sont les Hôtels d’Oraison rue du Grand Séminaire et l’Hôtel de Caumont ou mieux de la Tour d’Aigues, rue de la Poste. Ils ont tous deux fort grand air. L’Hôtel d’Oraison est du commencement du siècle. Placé dans cette rue étroite on ne peut en examiner convenablement la belle façade faute de recul. La fenêtre centrale, encadrée d’un ordre d’architecture et d’un fronton triangulaire bien classique, est ornée d’un balcon de fer forgé qui a la caractéristique des maitres ouvriers de la Régence; cette demeure devrait être isolée dans un parc. On en admirerait alors les lignes sans peine et sans regret.
L’Hôtel de Caumont commencé en 1720 est encore plus beau et plus riche dans ses détails d’architecture. Malheureusement ayant tout ce qu’il fallait pour produire le plus grand effet, il se trouve être tombé dans les plus mauvaises mains. Son propriétaire, en a loué une partie à l’Administration des postes d’Aix et son rez-de-chaussée est occupé par une société financière. Les postes pour s’agrandir ont construit dans sa cour une annexe qui détruit sa symétrie et sa noble ordonnance. Examinons-le quand même, car il en vaut la peine. On pénètre dans cette cour qui donne au Nord sur la rue Mazarine et l’Ouest sur la rue de la Poste par un beau portail à carosses. C’est le plus intéressant que nous connaissions à Aix de cette époque avec l’entrée de la caserne Forbin. Nous étudierons ce portail au chapitre suivant quand nous parlerons des mascarons de Bernard Toro qui le décorent. La façade se présente imposante avec ses ordres d’architecture et les deux frontons du motif central, le premier demi-cintré, le deuxième triangulaire. L’ordre est dorique pour le rez-de-chaussée ; les pilastres en sont surmontés d’une belle frise à rosaces et à métopes délicieusement sculptés de sujets variés, trophées, carquois,
' Exception faite pour celles des Hôtels de Caumont, d’Arbaud-Jouques et de Bonnet de la Baume.
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vaisseau, etc. Cette frise se rattache directement par les consoles au balcon de la fenêtre centrale du premier étage qui est indépendant de la porte. Celle-ci a un encadrement simple et du meilleur goût avec au sommet un délicieux mascaron. Le balcon est à mon avis le chef-d’œuvre de la ferronnerie du XVIIIe siècle à Aix. La rampe du grand escalier est aussi remarquable. Le grand fronton triangulaire qui surmonte le centre de la façade au-dessus de la fenêtre du second étage est supporté par des pilastres qui ont des consoles pour chapiteaux ; aux angles de cette façade sont des pilliers à bossages semblables à ceux de la Halle aux grains.
Cet hôtel terminé en 1760 est un des plus riches et des plus importants du XVIIIe siècle. Ses fenêtres ont de forts jolis balcons en fer forgé.
L’architecture de l’Hôtel d’Arbaud Jouques est bien différente de celle que nous venons d’étudier. Il date de 1700, et s’élève sur l’emplacement de la plus grande partie de l’ancien hôtel de Valbelle (côté Nord du cours à l’Ouest de la sous-préfecture).
Sa belle façade d’ordre dorique pour le rez-de-chaussée, ionique pour le premier
étage.
une suite de
pilastres encadrant chaque fenêtre au rezde-chaussée et soutenant une frise interrompue et à saillies différentes à toutes les deux fenêtres ; elle est fort belle, à triglyphes et à rosaces; mais seulement sur une partie de l’entablement, les autres parties restent lisses. L’ordre du premier étage a ses
Hôtel de Panisse-Passis
pilastres plus espacés de deux en deux fenêtres. Le deuxième étage n’a pas d’ordre. Toutes les fenêtres sont à encadrement, à dessus cintrés et à mascarons comme dans tous les hôtels précédents. Elles ont aussi de jolis balcons de ferronnerie, alternativement droits et bombés, celui de la fenêtre centrale, le plus remarquable est à table renflée en son milieu. Nous le décrirons en temps et lieu. Il est soutenu par un culot imposant en forme de tête de lion qui interrompt la frise du rez-de-chaussée. L’Hôtel comme ceux d’Espagnet et de Forbin sur le Cours, a huit fenêtres de façade. C’est le plus grand de ceux de ce côté du cours. Il est encadré à l’Est par l’hôtel de la sous-préfecture et à l’Ouest par la maison reconstruite et sans caractère qui fait l’angle de la rue de la Masse. Sa porte est a l’extrémité de la façade côté Est, nous étudierons au chapitre VI sa somptueuse boiserie.
Allons maintenant rue Esparia regarder les deux hôtels qui se font face et qui furent construits successivement par les d’Albertas, formant la ravissante petite place qui porte leur nom. Cette place est encombrée par une fontaine empire prétentieuse et sans intérêt.
Le premier de ces hôtels construit en iy3o sur l’ancien emplacement de celui de la famille parlementaire des Seguiran est le plus considérable d’Aix, comme surface occupée, avec celui des Valbelle (Gendarmerie). Tous deux ont une vaste cour intérieure. Celui que nous décrivons fait l’angle de la rue Esparia et de la rue Aude. La façade principale est sur la rue Esparia, remarquable par les consoles et les mascarons de ses fenêtres. Ici nous ne trouvons ni frises, ni pilastres d’ordres. Les fenêtres à plein cintre pour le premier étage, à cintre elliptique pour les rez-de-chaussée et deuxième étage, ont leur bases de balcons soutenus par d’élégantes et légères consoles. Dans la façade du rez-de-chaussée s’ouvrent deux portes d’inégale importance. La première, une fenêtre après l’angle de la rue Aude, est cochère, elle est surmontée d’un grand balcon soutenu par de petites cariatides, La deuxième porte, symétriquement placée à l’Est de la façade, est plus simple et également surmontée d’un balcon dont les consoles à mascarons sont dit-on sculptées par Bernard Toro. Je n’en serai pas étonné, car elles ont une grande analogie avec d’autres qui sont sûrement de ce maître. Considérons en terminant le pillier d’angle à bossages qui soutient l’Hôtel du côté de la rue Aude; il est à pan coupé et se raccorde en ogive cintrée avec le premier étage. Cette disposition d’angle est originale et ingénieuse donnant plus de place au trottoir. Ce vaste hôtel a un superbe escalier en fer forgé et d’admirables décorations intérieures. Il faut lire son histoire dans Roux Alpherand. Il est triste que depuis la Révolution ses légitimes propriétaires aient vu leur situation s’amoindrir. Cette ancienne famille parlementaire des d’Albertas qui jeta un si vif éclat au XVIIIe siècle, a subi malheureusement de grands revers de fortune et leur somptueuse demeure s’en est ressentie et s’en ressent encore tous les jours.
Au moment de leur prospérité, les présidents d’Albertas firent construire pour donner de l’air et embellir les abords de leur domaine, ce ravissant hôtel demi-circulaire qui dessine la place dont nous avons parlé. Il rappelle par sa pureté de style et l’élégance de ses façades, les chefs-d’œuvre de l’architecture parisienne du XVIIIe siècle. — Cette petite place d’Albertas est une réduction en miniature de la place Vendôme. — Le rez-de-chaussée de l’hôtel forme base et les deux étages qui le surmontent ne constituent qu’un même ordre d’architecture ionique moderne à chapiteaux pleins d’élégance. Les fenêtres ont les caractéristiques classiques du XVIIIe siècle ; les mascarons sont finement sculptés ; les balcons en fer forgé sont d’un très joli travail. Par sa couleur et l’élégance de ses proportions, cet hôtel est des plus séduisant, pourquoi faut-il qu’un magasin de modes se soit emparé de la partie centrale de son premier étage et se soit cru obligé de le déshonorer par une enseigne du plus mauvais goût. C’est toujours la même histoire. Les malheureuses et patriciennes
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demeures, semblent devoir inévitablement devenir la proie desphilistins et des boutiquiers; qui naturellement les arrangeront au mieux de leurs intérêts, c’està-dire au détriment de leur beauté et de leur caractère.
En quittant cette jolie place sur cette triste réflexion, allons admirer sans restriction et réjouir nos yeux de la vue de ce qui est, à mon avis, le bijou architectural du XVIIIe siècle à Aix ; je veux parler de cette exquise habitation qui fut l’Hôtel des Marquis de Panisse Passis jusque vers le milieu du XIXe siècle. Ceux-ci l’ont abandonnée, je ne sais pourquoi. Ils ont eu bien tort ; car c’est une chose unique, une demeure qui comme le pavillon de Vendôme son aîné, ne se retrouvera nulle part.
Quand on monte la rue Emeric David, un peu trop étroite malheureusement pour que l’on puisse le considérer dans toute sa beauté, on est saisi d’admiration devant cette petite merveille de style régence construite en 1739 pour Thomas marquis de la Garde. S’il n’a pas l’ampleur et le grand air des Hôtels de Gaumont et d’Arbaud Jouques, ses contemporains, cet hôtel a une grâce et une originalité exquises. Ses proportions moyennes le rendent comme le pavillon de Vendôme extrêmement agréable à habiter. Cette façade est seule de son espèce à Aix. Elle n’a pas d’ordre d’architecture, mais il semble que les Bérain et B. Toro se soient réunis pour en dessiner l’ordonnance et les détails délicieux. C’est une tapisserie de pierre à fond d’or d’après les dessins de ces deux maîtres aux décoratives fantaisies. Par quel architecte a-t-il été construit? Je l’ignore, mais ce fut certainement un des plus intéressants artistes du XVIIIe siècle. Je ne me lasse pas de regarder quand je passe devant, le ravissant motif décoratif formé par sa porte, le balcon qui la surmonte avec sa forme ventrue et sa belle ferronnerie et le mouvement de sa fenêtre centrale si original et si heureux. Nous étudierons aux chapitres suivants : ses mascarons expressifs, ses bases de fenêtres et surtout la boiserie de sa porte et son splendide escalier en fer forgé.
Hôtel de Villeneuve d'Ansouis
(dans le fond frises à modillons et ferronneries de l’Hôtel de Boisgelin)
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L'hôtel du Poet que nous retrouverons au haut du Cours sur un emplacement des mieux choisis pour jouir de la beauté de cette avenue, est un grand bâtiment presque carré à trois étages et d’une belle ordonnance classique. Ce qu’il nous présente de plus intéressant, ce sont les pendentifs et les consoles à tètes de lions qui supportent son grand balcon au premier étage, formant sur trois fenêtres le motif central en saillie, cher aux architectes du XVIIIe siècle ; signalons aussi l’encadrement de ses fenêtres qui dessinent la séparation des étages par la suite de leurs moulures supérieures, et la jolie forme des fenêtres du troisième avec leur sommet à palmettes. Cet hôtel est historique. Il faut lire dans Roux Alpherand les lignes qu’il lui consacra dans son chapitre du Cours.
Après avoir contemplé cette correcte, mais à mon avis, un peu froide architecture, descendons la rue du 4 septembre et arrêtons-nous devant celle que nous trouvons séduisante du bel Hôtel de Villeneuve d'Ansouis. Il fut construit vers 1740. Remarquable par sa division en trois parties, deux de deux fenêtres aux angles, et un motif central, séparées par des colonnes doriques; il n’a au lieu de frises, que des bandes sans sculptures. Son balcon central au premier étage a la forme ventrue de celui de l’Hôtel de Panisse Passis, mais la ferronnerie se prolonge sur toute la façade en épousant le mouvement en saillie de ses angles. Les fenêtres sont surmontées par des mascarons au rez-de-chaussée et des écussons aux autres étages. Il se raccorde sans lui nuire et sans se nuire à lui-même à son puissant voisin l’Hôtel de Boisgelin, au Sud. Au Nord il forme l’angle de la rue du Bœuf. On prétend que ces hôtels à fenêtres bombées ont été exécutés par des architectes espagnols, (j’en doute fort pour ma part). Quittons cette intéressante demeure pour suivre
cette rue du Bœuf et nous arrêter une soixantaine de mètres plus loin, face au Nord devant une cour au portail monumental dont les montants sont surmontés d’énormes chapiteaux, qui devaient supporter de beaux vases ; ceux-ci ont disparu comme tant d’autres. En pénétrant dans cette cour, nous avons devant nous la plus grande façade Louis XVI d’Aix (dix fenêtres) ; elle est fort belle dans sa simplicité rehaussée d’une patine merveilleuse.
Ce qu’il y a de plus intéressant dans cet hôtel, c’est d’abord sa porte avec ses montants à consoles Louis XVI, sa boiserie et le motif d’architecture qui le surmonte. Il est formé d’un Bucrane d’où partent deux guirlandes qui festonnent et se terminent en deux chutes de pierre fort élégantes. En second lieu, c’est la frise à rinceaux qui court sous la corniche de son toit, soutenue à un angle par des pilastres d’ordres. C’est la copie de la célèbre frise de la maison Carrée de Nîmes. Elle est digne de celle-ci et d’une grande beauté d’exécution. Cet hôtel fut terminé en 1780 et élevé pour la famille parlementaire des Bonnet de la Baume.
Hôtel de Villars
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Elle ne l’occupa pas longtemps ayant du émigrer pendant la Révolution. Cet hôtel appartient aujourd’hui à M. le docteur Latil et fut habité par M. de Coriolis en i83o. Nous terminerons ce chapitre par l’étude des façades de l’Ecole de droit et de la faculté des lettres ainsi que par une promenade dans le même quartier au Pavillon Sec.
L’Ecole de droit a sa façade principale sur la place de l’Université. C’est un édifice constitué par un rez-de-chaussée formant base d’ordre dorique, surmonté d’un ordre ionique central, qui encadre les deux étages supérieurs. Le rezde-chaussée a une frise à triglyphes surmontée d’une corniche denticulée. Dans ce rez-de-chaussée, s’ouvre au centre et en saillie une
grande porte, elle est encadrée par des doubles colonnes comme celle de la Mairie1, supportant le balcon de la fenêtre centrale du premier étage en belle ferronnerie.
Le premier étage et le deuxième contenus dans le même ordre, ont comme la plupart des hôtels du XVIIIe siècle un motif central en saillie. Celui-ci encadre la fenêtre à plein cintre, formant le centre du premier étage, de deux doubles pilastres ioniques montant jusqu’au faîte de l’hôtel Hôtel de Bonnet de la Baume
et supportant un entablement sans frise décorée ayant un grand fronton triangulaire. Il se rattache à la corniche denticulée qui se trouve sous le toit, étant lui-même orné de denticules. A l’intérieur de ce fronton, on a sculpté au XIXe siècle une allégorie sans intérêt, les fenêtres du rez-de-chaussée sauf la fenêtre centrale, ont un encadrement intéressant, celles du deuxième étage sont de simples lucarnes rectangulaires.
L’Hôtel de la Faculté des lettres existait bien longtemps avant le XVIIe siècle. Au XVIIIe les façades furent refaites sur la place de l’Université et sur la rue de Saporta. Elles ont d’harmonieuses proportions, les ordres supérieurs encadrent deux étages ; les pilliers d’angle sont intéressants.
Amusons-nous à contempler en terminant cette deuxième partie, le monument que la fantaisie d’un bourgeois du XVIIIe siècle sut faire sortir de terre pendant les années de la Révolution en lui donnant un aspect de demeure ancienne très particulière. Je veux parler du Pavillon que se fit construire Joseph Sec, marchand de bois enrichi, vers 1789, et où on édifia son curieux tombeau. Il ne fit montre de mauvais goût, quoiqu’on en dise, que dans la composition de ses inscriptions. N’en disons pas trop de mal, car c’est probablement grâce à cette civique littérature que ce petit chef-d’œuvre d’architecture pastichée fut respecté par la populace et les sans-culottes. Il y repose aujourd’hui sans avoir été aucunement dérangé dans son dernier sommeil, pendant ces
1 Et de l’Hôtel de Villars.
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temps d’insurrection. Je ne comprends pas la sévérité dont Roux Alpherand et après lui, mon éminent ami Monsieur J. -Charles Roux, ont fait montre vis-à-vis du monument Sec. Il faut en distinguer les deux parties : l’habitation et le tombeau ; l’habitation, petit pavillon carré, en forme de tour, a deux étages surmontés d’un toit pointu mansardé, recouvert de tuiles vernissées de couleur, il a été conservé intact comme celui du Pavillon de Vendôme. Au sommet de ce toit, une renommée en plomb, forme une très intéressante et curieuse girouette, elle était autrefois à musique. Le pavillon de la trompette, communiquait directement par un tuyau intérieur avec un orifice (assez mal placé au point de vue des convenances) dans l’académie du génie Victorieux; et le vent s’y engouffrant, produisait de bizarres sonorités, m’a dit l’actuel locataire de cette originale demeure, qui fit sans hésitation boucher l’orifice inférieur et réduisit de ce fait la pauvre girouette au silence.
Le tombeau séparé de ce gracieux pavillon d’habitation par un joli jardin rempli de belles choses est un pastiche probablement voulu du tombeau des Médicis à Florence; Chastel, selon la tradidion en serait l’édificateur. Je le trouverais harmonieux de forme, si ce n’était la fâcheuse comparaison que l’on est tenté de faire avec l’œuvre de Michel-Ange. Il est certain que les trois statues qui surmontent ses parties principales sont bien médiocres, par contre on ne peut se lasser d’admirer la finesse des ornements et particulièrement les panneaux enchâssés comme des pierreries dans les petites faces du tombeau. A mon avis, ces délicieux bas-reliefs sont très antérieurs comme exécution à la construction proprement dite, ils durent être recueillis par Joseph Sec en même temps que les belles statues et les urnes de pierre qui embellissent le petit jardin, et que nous étudierons au prochain chapitre, et doivent provenir comme ces statues de l’ancienne Eglise des jésuites qui fut détruite pendant la Révolution. Le seul fait de les avoir conservés, mériterait à Joseph Sec la reconnaissance de tous les artistes et curieux de choses anciennes. Quelle extraordinaire et bizarre mentalité avait pour son époque au goût iconoclaste, ce pauvre bourgeois gentilhomme dont on s’est tant moqué. Je salue respectueusement ce collectionneur des époques troublées, si favorables aux rares gens de goût qui surent recueillir et sauver tant de choses.
Nous donnons ci-dessous, les noms des hôtels du XVIII' siècle qui offrent un intérêt particulier, et a qui nous rendrons de plus ou moins longues visites.
Hôtel d’Arlatan, rue de l’Opéra.
» de Villars, Cours.
Hôtel de Simiane, rue Goirand.
» de Lagoy, rue Goirand.
» de Coriolis, rue Goirand.
» de Carondelet, rue Cardinal.
» de G. d’Agay, rue Cardinal.
» de Castillon, r. Roux Alpherand.
» de Baulieu, r. Roux Alpherand.
» de Monclar, rue Roux Alpherand.
Pavillon Sec — Tombeau
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Hôtel d’Aillault, rue Mignet.
» de Monvallon, rue Goirand.
Hôtel de Fili, rue Roux Alpherand.
» de la Caisse d’Epargne,
Cours.
» de Forbin d’Oppede,
Cours (Jourdan).
» de Valori, place du 4 Sep-
tembre.
» de Tournadre, rue Maza-
rine.
» Guillibert, rue Mazarine.
» de Ribbe, rue Mazarine.
» de Marignane, r. Mazarine.
» d’Estienned’Orves, Cours
» de Gras, place de la Made-
leine.
» Arbaud, rue du 4 sep-
tembre.
» de Barlet, rue Emeric-
David.
Montigny, rue des 3 Ormeaux.
Panisse Passis, rue Emeric-David.
Eglise du St-Esprit, commencée en 1691, finie en 1 703.
Maisons Bourgeoises
Nous ne pouvons ni ne devons passer sous silence, en clôturant cette étude des principales façades d’Aix, celles plus modestes de quelques maisons bourgeoises, dont plusieurs sont délicieuses. Signalons en particulier cette maison de la rue Aude, N° 5, qui est malheureusement badigeonnée en partie d’une horrible couche de peinture à l’huile. Les fenêtres du rez-de-chaussée ont une série de vigoureux mascarons et celles du premier étage sont surmontées de guirlandes. Elle a trois fenêtres et date du commencement du XVIIe siècle. Presque toutes les maisons bourgeoises n’ont qu’une, deux, trois ou quatre fenêtres de façade. On voit, que l’on ne se désintéressait nullement de l’art décoratif dans ce milieu. Nous pourrions en signaler beaucoup d’autres ornées de sculptures ou de ferronneries charmantes, dans les rues Charrier, Espariat, Roux Alpherand, place de la Madeleine etc., etc.
Mais nous avons hâte de décrire avec quelques détails, les deux plus intéressantes de ces maisons. L’une se trouve rue des Cordeliers1 et la seconde dans la rue des Marseillais. Elles ont toutes deux cette caractéristique, que les bases de leurs fenêtres, ont un joli mouvement renflé ; ces façades ondulées par ce mouvement des fenêtres, sont du meilleur goût dans leur grande simplicité. Je ne saurais trop recommander, aux personnes d’Aix, désireuses de se faire construire une maison ayant du caractère tout en restant abordable aux fortunes moyennes, de conseiller à leurs architectes, l’exacte copie de ces façades charmantes. Ils auraient ainsi de très jolies et artistiques demeures, tout à fait
' Elle a appartenu à la famille des Marquis de Félin-du-Muy.
Pl. II.
Pavillon de Vendôme Cariatide
dans le ton de la cité. La maison de la rue des Cordeliers a au-dessus de sa porte un beau balcon en ferronnerie du style de la Régence, supporté par deux socles fort élégants et presque semblables à ceux du second étage du Pavillon de Vendôme. Une tête de faune d’une grande beauté se trouve au milieu de la moulure supérieure de la porte.
La maison de la rue des Marseillais, quoique mal située dans une ruelle sale et fort étroite, fait les délices de tous les artistes qui la découvrent par hasard, en flânant à travers le vieil Aix. Elle a la même gracieuse disposition des bases de fenêtres ; mais celles-ci sont en plus, ornées de ravissants bas-reliefs, représentant des amours et des animaux. On dirait de grandes terres cuites de Clodion encastrées sous chaque fenêtre. Elles sont délicieuses de composition, de mouvement et d’exécution ; faisant de cette petite maison, abimée par de vilaines boutiques en son rez-de-chaussée, un véritable bijou d’art. Les fenêtres ont en plus des encadrements, semblables à ceux des boiseries du XVIIIe siècle, et, au lieu de mascarons à leur sommet, d’élégantes palmettes. Cette petite merveille doit avoir été faite pour l’artiste qui l’exécuta. Il serait intéressant de découvrir son nom. Je signale en terminant, la grande analogie qu’il y a entre ces amours et ceux des fontaines de l’Hôtel de Valori (Banque de France) et de Castillon. Un dernier et intéressant modèle de maison bourgeoise à signaler, nous est offert par la jolie maison élevée à l’angle de la rue des Marseillais et de la rue des Orfèvres. Son deuxième étage a des ordres d’architectures et une frise à oves très finemement sculptée quoique sans grand relief.