‹ Les écoles de Chartres au moyen-âgeChapitre 13 sur 107 · Tome XI. M · texte numérisé non relu

Tome XI. M

politesse et rien n'oblige à le prendre au sens étroit. Ils allèguent les relations de Fulbert avec le même Ébale, devenu archevêque de Reims, et avec Adalbéron , évèque de Laon. Ils oublient que Fulbert put très bien les connaître à l'école de Çeitjert '.

Plus volontiers on déclarerait Fulbert originaire de Chartres, comme le font les historiens du pays -. L'on voit en effet à Chartres, trois de ses neveux, Fulbert, Bernard, et Rodulfe^ Celui-ci épouse Geila, fille du prévôt Haldric, vers 1030, et reçoit à cette occasion de l'abbé de saint Père, Arnoul , un douaire consistant en huit arpents et demi de terre. Le nom de Fulbert se trouve répété plusieurs fois dans nos Cartulaires et semble être assez commun dans le pays. Mais ces raisons ne sont pas elles-mêmes très solides; d'une part, ce nom se rencontre aussi en Normandie, dans le nord de la France et en Allemagne ; d'autre part, les neveux de Fulbert purent fort bien le rejoindre après son épiscopat. Puisqu'Arnoul donne à l'un d'eux un douaire, c'est qu'il n'avait point de propriété sur le sol chartrain.

Nous adoptons l'opinion de Mabillon et des auteurs de VHistoire littéraire \ d'après laquelle Fulbert était originaire de Rome ou de l'Italie. Comme eux, nous l'appuyons sur la lettre à Einard, intitulée : Domino suo Einardo , s'ihi semper venerando^ Fidhcrtus exiguus"^. Dans cette lettre, Fulbertus exiguus parle d'un manuscrit qu'il avait apporté de son pays natal , et qu'il ne retrouvait pas : an mihi adhuc codicem dlum unum haberem quern ex natali patria devexeram. Ce manuscrit, ditil plus bas, il l'avait emprunté à la Bibliothèque de Rome: dum ego codicem... a Romano scrinio prolatam perlegam . Ce Fulbert était donc romain, mais doit-il s'identifier avec le nôtre? M. Pfister ne le veut pas. Mais il se trompe, et nous

• IMislcr, p. 21.— I^oiir Hildcgairc, /'. A., col. 2GG. .lui. Havi-t. Adclmanui Carmen, dans \es jSotices et Documents publiés par la Société de l'Histoire de France, à l'occasion du 50° anniversaire de sa fondation, p. Ho.

- Aubert, Pintard, Soifrhet. Doyen, Chevard. Les deux premiers s(mt inédits et conservés à la Hibliotlièque de Chartres : aucun ne mérite particulièrement d'être cité.

•" Pour Fulbert, Cart. N. D., I, 02; pour Bernard, id. ; pour Rodolphe, Cnrt. S. Père. 271.

* Mabillon, Annales 0. S. B. IV. 79. — Hist.. lift., XI. xxv, revenant sur son opinion du tome Vil, 262.

6 /'. L.. t. lil, col. 192.

montrerons plus tard ^ , par un argument certain, que cette lettre à Einard est vraiment de lui, et que, par suite, sa patrie était Rome ou l'Italie. Notre argument n'a pas été signalé .par les Bénédictins, et il apporte une force nouvelle, décisive même, à leur opinion.

Fulbert naquit vers 960. Adelman dit qu'il était un vieillard quand il mourut en 1028 - : lui-même rapporte qu'il était jeune lorsqu'il fut élevé à l'épiscopat :

Et juvenem perduxU ad hoc ut episcoptis essem, ^.

La Cln^onique de Fontenelle précise davantage en le disant élève de Gerbert, à Reims, avec le roi Robert : or Robert vint aux écoles vers 984'' : en supposant qu'à cette époque Fulbert avait un peu plus de vingt ans, on arrive à reporter les années de sa naissance vers 960.

Il a pris soin lui-même de nous dire que sa famille était obscure et pauvre :

Sed recolens qiiod non opibiis neqiie sanguine fretus Consce7idi catliedram pauper de sorde levatus :

qu'il fut élevé par l'Église, sans doute par l'église de Rome, et que son enfance fut formée par d'excellents maîtres.

Te de paiiperibus natum suscepit alendum

Cf iris tus,

Nam puero faciles providit adesse magistros ^.

Quels étaient ces maîtres? On l'ignore. Baronius a supposé que Fulbert fut moine et écolier de Saint-Père de Chartres ; d'autres l'ont mis à Fleury sous la discipline d'Abbon. Cave et Lelong, nous ne savons pourquoi, l'ont fait abbé de Ferrières ^ Quelques-uns l'ont cru, d'après une de ses lettres, condisciple d'Odilon, abbé de Cluny. Toutes ces hypothèses n'ont d'autre base que ses relations amicales avec ces religieux et ces iijonastères, et se détruisent mutuellement.

^ Voii' plus bas : Œuvres de Fulbert.

- Notices et Documents... Julien Havet. Adelmanni Carmen , p. 83.

3 P.L., t. lil, col. 347.

* Voir Olleris, Œuvres de Gerbert^ Reims, 1867. — De Schola Remensi, Péchenard, 1875.

•^ P. L., t. Ui, col. 346, 347.

^ VHistoire littéraire, VII. 262, cite ces auteurs et les réfute. Baronius, Annales, 1007 ; G. Cave. Script, hist. litt., 518-519; Leloui?. Bibl. Sacra., II, 736.

Fulbert aima les moines, mais il ne fut pas bénédictin : s'il avait suivi la règle monastique il l'aurait révélé soit dans ses lettres, soit dans ses vers sur lui-même : de se ipso '. Il appelle Odilon son père, son archange, archangelum nostriim, et se dit son serviteur, servulus, il écrit à Abbon comme s'il était son disciple, ut aliimnus ; ce sont des expressions uniquement dictées par l'humilité et le respect -. Dans sa réponse, Odilon le traite non comme un serviteur, mais comme un admirable docteur, auquel il ne manque pour être parfait, dit-il, que la profession i*eligieuse. En invoquant la cJiarité fraternelle d'Abbon en faveur de Saint-Père, Fulbert lui donne la liste des religieux ; son nom n'y figure pas. Il intervient dans leurs affaires, seulement en qualité de chanoine, délégué par le Chapitre. D'ailleurs, s'il avait appartenu à Saint -Père, le moine Paul, qui écrivait cinquante ans après, n'eût pas manqué de le rappeler, à la gloire de son monastère. On pourrait plutôt se demander s'il ne fut pas sous l'obéissance de cet Adéodat ^ auquel il adressa une lettre sur la Trinité, le Baptême et l'Eucharistie, pro œdificandis fratribus, hifirtnis atque novitiis. Mais après un examen attentif, l'on ne voit rien dans ce traité qui soit spécial à la vie monastique : il n'est pas certain que cet Adéodat ait eu des religieux sous lui et que ces termes de frères et de novices doivent se prendre rigoureusement ; bien plus, si Adéodat fut abbé, rien ne prouve que Fulbert lui ait été soumis : ils étaient amis et avaient des entretiens intimes ; inter hesterna et sécréta colloquia : c'est la seule conclusion que ce texte autorise.

Contentons-nous des détails que Fulbert nous raconte luimême sur son enfance, dans sa lettre à Einard *. Il apprit, ditil, les premiers éléments des sciences, en remplissant les fonctions sacrées, près d'un évèque d'Italie, dont il était clerc, et qui lui conféra les premiers degrés de la hiérarchie. Il nous rapporte l'un de ses entretiens avec ce prélat, à l'occasion d'un prêtre récemment ordonné, qui eut le malheur de perdre des fragments d'une hostie consacrée. Cette hostie lui avait été remise, selon un ancien usage, par le prélat consécrateur, et pendant quarante jours il devait en détacher une parcelle et la

' P. A., t. Ul, col. 347.

- Lettre à Abbuii. P. L., t. Ul. cul. 190. — Lettre d'Odiloii, t. 142, col. 831.

3 P. L.. t. lil. col. i96.

* P. L., t. Ul. col. PJ-2.

communier. L'évêque, irrité de sa négligence, l'en punit sévèrement, et, de plus, infligea une pénitence à tous ses confrères. Fulbert était du nombre, a. A cette occasion, dit-il, je crus devoir demander à mon évêque, s'il ne serait pas permis, à son avis, sans violer les lois religieuses, de consommer tout entière dès le premier ou le second jour, cette hostie consacrée. L'on ne pouvait, sans de grands risques (il le voyait bien), la prendre par parcelles pendant un si long temps, d'autant plus qu'ils étaient très rares, comme il le savait, ceux qui, dans cette afîaire, apportaient un soin vigilant. Mais il me reprocha la lenteur et la faiblesse de mon esprit, et me répondit qu'on pourrait sans doute agir de cette manière, si Jésus- Christ ressuscité, voulant affermir la foi de ses apôtres, ne leur avait conservé pendant quarante jours, comme une précieuse nourriture, la vue de son corps glorifié. Or l'évêque, ajoutaitil, est le vicaire de Jésus-Christ et les prêtres tiennent la place de ses apôtres : voilà pourquoi il doit aussi leur donner l'hostie dont ils communieront pendant quarante jours, afm qu'ils se rappellent leur ordination et les célestes apparitions par lesquelles Jésus-Christ réjouissait et soutenait les siens après sa résurrection. » Cette ^réponse ne satisfit pas Fulbert. « Aussi, dit-il, je me prévalus de la familiarité que le pontife voulait bien me permettre, pour lui demander curieusement si l'hostie consacrée chaque jour par le prêtre lui-même ne représenterait pas aussi bien ce mystère. » A cette objection, l'évêque fit une réponse paternelle, mais subtile, dans laquelle il appelait Fulbert, son fils, et lui expliquait comment l'hostie, donnée par le pontife, signifiait spécialement la présence de Notre Seigneur au milieu de ses apôtres pendant les quarante jours qui suivirent sa résurrection, tandis que l'hostie consacrée tous les jours par le prêtre à la messe représentait sa présence dans l'Église jusqu'à la fm des siècles. Cette réponse était longue et difficile ; pourtant Fulbert se la rappelait encore longtemps après et priait son correspondant de s'en contenter jusqu'au jour où il aurait relu le manuscrit qu'il avait apporté de la bibliothèque de Rome : a romano scrinio prolatum.

Ce dernier trait nous apprend que Fulbert sortit de l'école épiscopale pour se rendre à Rome, et qu'il fut attaché à la bibliothèque romaine. A quel titre? Fut-ce comme gardien, archiviste, notaire, simple secrétaire : nous ne le savons. Ce qui est certain, c'est qu'il avait des livres à sa disposition. Ne serait-ce pas là qu'il prit le style élégant et châtié qui lui est

propre, et qu'il connut le pape Jean IX avec lequel il fut plus tard en correspondance ^ ? C'est aussi là sans doute qu'il entra pour la première fois en relations avec son maître (?erbert.

Ce grand écolâtre vint une première fois à Rome avec révêque Hatto de Vich et le comte Borel, vers 968, et le pape Jean VIII, de concert avec l'empereur Othon, l'invita à donner, dans les écoles romaines, aux lévites et aux nobles, des leçons de mathématiques, d'astronomie et de musique. Gerbert y consentit. Mais, vers 970, il se liad'amitiéavecGéranne, archidiacre de Reims, qui était venu comme ambassadeur du roi Lothaire près de l'empereur Othon. Ce français lui fit un grand éloge des écoles de son pays et lui olfrit de lui enseigner la logique s'il voulait lui apprendre les mathématiques : bref, il lit si bien qu'il Temmena dans sa patrie. Ce départ de Gerbert, quittant les écoles romxaines pour celles de Reims, fit concevoir aux Italiens une haute opinion de celles-ci ; cette estime fut encore fortifiée, lors du second voyage de Gerbert au delà des Alpes, en 973, par la discussion victorieuse qu'il soutint contre le fameux Othric. A partir de cette époque, les hommes les plus distingués voulurent être ses disciples et ses amis : les uns lui écrivirent et lui envoyèrent des livres, car il en recherchait partout : les autres firent plus, et, avides de l'entendre encore, le rejoignirent à Reims même. C'est ainsi qu'on vit aux pieds de sa chaire des prêtres romains comme Théophylacte, Laurent Malfitain, Brazuit, Jean Gratien, qui furent les maîtres de Grégoire VII.

Fulbert avait sans doute entendu Gerbert lui-même ou connaissait au moins sa renommée, et, comme les prêtres cités [)lus haut, il franchit les Alpes. Il dut arriver à Reims presque en même temps que le roi Robert, dont il était l*aîné et dont il fut, au dii'e du chroniqueur de B'ontenelle, le condisciple et l'ami -. R.obert, né vers 974, fut confié à Gerbert, vers 984, et demeura sous sa discipline jusqu'en 987 au plus lard, car cette dernière année est celle de son sacre. Fulbert ne resta pas longtemps après lui ; il dut repai'lir vers 987, à moins (ju'il ne soit demeuré jusqu'à

' /'. L., I. lil , cul. ilï\.

- La chronique de iMailIczais dit que Fidln'it l'ut élève de (lerbert. Celle de Kftiitciielle le dit aii>si fondiscipie à Reims, sous Gerbert, du roi Robert et d'Herbert, de Chartres. V. Lauiiuv, De schnlls cek'brioribus, Opp., t. IV p. ii.

rélévation de Gerbert sur le siège épiscopal de Reims, en 992 '.

Mais où aJla-t-il ? C'était l'époque où plusieurs étudiants de Reims se rendaient à Chartres : Héribrand s'y était déjà transporté et y enseignait la médecine. Richer, en 991, allait l'y rejoindre et suivre ses cours sur Hippocrate et la Concorde de Gcdien, Hippocrate et Sorin. Herbert y avait aussi porté l'éclat de sa voix mélodieuse. Il y avait donc dans cette ville un groupe de lévites ayant fait leurs études à Reims, dont quelques-uns, comme Herbert, avaient été les condisciples de Fulbert. Quoi de plus naturel de penser qu'ils l'attirèrent à leur suite, comme Héribrand attira Richer. Peut-être Fulbert avaitil aussi le désir de perfectionner ses connaissances médicales sous un maître habile. Il vint donc à Chartres, soit à la mort du chancelier Sugger, vers 987, soit vers 992, après le passage de Richer qui ne le mentionne pas.

La protection du roi Robert et son propre savoir lui ménagèrent assurément un excellent accueil du clergé chartrain. Dès son arrivée, il dut être nommé maître et chancelier ; on n'en voit pas d'autres dans les documents entre Sugger et lui. En 1004, il était diacre et chanoine. Délégué du Chapitre, pour calmer les troubles de Saint-Père, il écrivait en son nom à l'abbé de Fleury, Abbon -. Comme le soin d'écrire les lettres de l'évêque ou du Chapitre appartenait au chancelier, on peut être assuré qu'au moins dès 1004, Fulbert avait ce titre. Il était maître depuis beaucoup plus longtemps. Sigon raconte, en effet, qu'il était jeune encore, jiivenis, quand il instruisit ses nombreux disciples dans les sept arts libéraux, ou, en d'autres termes, quand il devint écolâtre. Il ne serait pas téméraire de fixer le commencement de son enseignement plusieurs années avant l'an 1000.

Elu évêque par la faveur de Robert, il fut sacré, sur la lin d'octobre ou au commencement de novembre 1006, par l'archevêque de Sens, Leothéric, un autre de ses condisciples de Reims. Nous ne parlerons point de ses craintes et de ses soucis : il les a lui-même dépeints avec émotion dans ses vers sur lui-même, de se ipso, etlesaconfiés à l'abbé de Gluny, Odilon ^. Nous laisserons aussi de côté son administration diocésaine, son action

' Puur le programme de l'Ecole de Reims, voir Pfister, Etudes sur le roi Robert, liv. 1, chap. I^r^ et Richer, Historix iib. III, 45.

'- P. L., t. 141, col. 190

3 P. L., t. 1-il, col. 346. Letlrcs à l'abbé Odilon, ^252, 253.

politique. Signalons seulement ses relations avec Guillaume duc d'Aquitaine, qui le nomma trésorier de Saint-Hilaire de Poitiers, sa reconstruction de la Cathédrale incendiée le 7 septembre 1020 *, et son voyage à Rome, en 1022 -.

Ce qui nous intéresse en lui, c'est récolàtre chartrain. Les soucis de l'épiscopat ne lui firent point abandonner la direction des écoles. Au contraire, cette haute dignité ne donna que plus de relief à son enseignement. Il professa comme avant d'être évéque : ils nous dit lui-même qu'il cessa seulement de pratiquer la médecine ; encore envoyait-il des remèdes à ses amis 2. Le tableau de ses œuvres et de ses élèves nous montrera quel fut son talent, quel fut son succès.

Il siégea, nous dit Sigon dans son Tumulus, vingt-et-un ans et six mois, et mourut le 10 avril 1028 \ La France tout entière le pleura, rapporte le biographe d'Odilon , comme si l'étude de la philosophie et la gloire des prêtres avaient péri avec lui. Ses disciples, surtout ceux qu'il avait principalement chéris, les Adelman . les Sigon, les Hildegaire, lui élevèrent de pieux monuments. Adelman composa sur lui et son école un chant funèbre dont nous parlerons bientôt. Sigon lui érigea un magnifique tombeau avec une fort belle épitaplie. Bien plus, il inséra son Obit dans le Martyrologe, au jour de sa mort, comme s'il eût été un saint. Hildegaire, de son côté, répandit son culte à Poitiers, où il fut tellement vénéré qu'au XIP siècle on le représenta avec une auréole sur une fenêtre de l'église Saint-Hilaire^.

L^s œuvres littéraires de Fulbert. — Les œuvres littéraires prêtées à Fulbert se rangent en quatre catégories : 1" les Vies de Saints, 2» les Sermons, 3" les Pièces poétiques, -4° les Lettres. Toutes les Vies de Saints qui lui sont attribuées sont douteuses. Celle de saint Aicadre, que le catalogue de la Bibliothèque nationale a mise sous son nom'^, est assignée, par Mabillon,

' Voir Un manuscrit chartrain, (l(3!it la seconde partie est tout entière consacrée à la Catiiédrale de Fulbert.

- Ce voyage est attesté par le moine Paul, Cart. S.-Pïtc, p. 1 10.

3 P. L., t. lU, lettres 4 et 118.

■* Le Tumulus est la pièce citée dans le Manuscrit Chartrain du XP siècle, p. \~ . M. .IuliL'ii llavct.dans \c^ Notices et 'locumcnts publirs par la Sucièté de r Histoire de France, p. 7I>, a drtinilivenient li\é au 10 avril U^'IS la mort de Fulbert.

5 Un portrait de Fulbert au A7/c siècle, par Lecocq, Mémoires de la Soc. arch. d'Eure-et-Loir, VI, 339.

^ Fonds latin. 0615.

Surius et les Bollandistes, à Fulbert le Pécheur, moine de Saint-Ouen '. Celle de saint Gilles a été retrouvée par les Bollandistes dans des manuscrits du X^ et même du IX" siècle : Fulbert en a tiré mot à mot certains passages pour l'office de ce saint dont il composa le chant; ce qui a donné lieu à plusieurs de le déclarer auteur de la vie elle-même, mais à tort-. Celle de saint Autbert fut rédigée, disent les Gestes des Évêques de Cambrai, sur l'ordre de l'évêque Gérard, par un de ses clercs Fulhertiis, doctov carissimits, qui n'a de commun avec notre prélat que le nom ^ Il n'est même pas probable que Fulbert ait jamais composé des Vies de Saints : le moine Paul lui attribue des agiographa; mais ce mot grec doit s'entendre dans son sens étymologique de tout écrit pieux et non d'écrit hagiographique, comme l'a fait M. Pfister. Du Cange cite un texte de Notker où ce mot est appliqué au Psautier.

A défaut de Vies de Saints, Fulbert a laissé des Sermo)is\ Neuf sont dans les manuscrits et les imprimés. Plusieurs ont été prononcés pour la fête de la Nativité, solennité qu'il vulgarisa dans les Gaules, entre autres celui qui commence par ces mots: Approhatœ consuetudinis, lequel se retrouve souvent. D'autres semblent n'être que des plans, plus ou moins retouchés par les copistes, et n'ont rien de particulier. Il faut y joindre une homélie sur un passage du chapitre XII des Actes des Apôtres, prononcée peut-être à Saint-Père, et trois Traités contre les Juifs, que tous les auteurs mettent sous son nom ^

Parmi ses pièces de poésie % les unes roulent sur les saints ou les fêtes; nous en étudierons plus tard le mode et la valeur. Les autres, au nombre de quinze à peu prés, sont, pour la plupart, des vers mnémotechniques composés pour les écoles sur la rhétorique, la philosophie, le comput, l'arithmétique, les maximes de la morale pratique. Quelques-unes, non les moins intéressantes, sont des autobiographies. M. Pfister a complété certaines d'entre elles et en a publié quatre, inédites jusqu'ici,

' Mabillon, A. SS. 0. S. B., Sœc. II, p. 953.

2 Voir Un manuscrit chmirain du Xh siècle, et le Calalogus codicum liagioqraphiconmi latinorum Bibl. piibl. civitatis Carnotensis , Analecta Bollandi'ana, VIII, 1889, p. 10^2.

^ Pfister: De Fulherti Carnotensis vita et operibus, p. 15.

^ P. L., t. 141, col. 318-340.

d'après un manuscrit fort intéressant de la Bibliothèque nationale (fonds latin, 14167 . De même M. Hauréau, d'après le Ms. 18801, en a corrigé deux et publié deux nouvelles ^ ^ Les Lettres sont au nombre de 128, toutes d'une grande utilité pour l'histoire. La plupart sont authentiques, conservées dans des manuscrits fort anciens, entre autres dans le manuscrit cité plus haut, qui remonte au XI*" siècle, et appartint à Saint-Père -, et dans un manuscrit très estimé du Vatican.

Deux d'entre elles cependant, celles qui sont signées Fulbertuf> extginis, et sont adressées à Einard et a Adéodat. sont rejetées par MM. Plisler et Auvray, bien qu'elles aient été publiées par tous les éditeurs. Il est vrai qu'elles ne se trouvent point dans le manuscrit lil67, mais elles se rencontrent dans d'autres sous son nom, et leur authenticité n'est pas douteuse 3.

Elle est établie pour la lettre à Adéodat, par un texte de Durand de Troarn, que n'ont pas remarqué ces critiques. Dans son traité contre Bérenger^ (v. 1060) cet écrivain, qui connaissait très bien, nous le verrons, les écoles chartraines et leur maître, invoque l'autorité de Fulbert, et cite de lui un passage qui est précisément tiré de sa lettre à Adéodat, sur les Trois choses utiles au ijrofjrès de la relir/ion. Cette lettre est donc bien authentique, et son authenticité entraîne celle de la lettre à Einard % qui est, comme la précédente, signée de Fulhertus exignas, et en est toujours rapprochée. On se rappelle que cette lettre à Einard atteste l'origine romaine de Fulbert.

Ces lettres sont très souvent suivies d'un dialogue sur un miracle arrivé à Saint-Martin de Tours, en 1008. dialogue tenu en 1012 entre Hugues, archidiacre de Tours, et un cei'tain Fulbert. Celui-ci y est traité en des termes tels que M. Plister ne peut y reconnaître le grand Fulbert ^ Et comme il le

' JSntices et l'xlraits de quelques manuscrits latins de la Bibl. nat.. VI, 1893, p. \i}.

- Catalogue général des Manuscrits... Chaitres KXXII.

3 /'. L.\ t. îil, col. 19-2-201.

* P. A., t. 119, col. Ii05.

^ Crt Einard est-il Ainard de Dives au sujt't duquel Orderic Vilal dit.auliv.i : Gerhertus i>ans ihtwlc Gerardus] Fontanellensis, Ainardus Divensis ac Durandus Troarnensis quasi fies stellx radiantes in firmamento cœli. D'après VHistoire littéraire. Mil, io. il fut alihé de Saint-Pierre-sur-Dives en 104^6 et mourut eu 1077.

« Pfister. !•. \i. \:Hisl. Iilt.. Ml. i':;i. reste indécise.

suppose identique au Fulbert a s cx/(/«(iis des lettres précédentes, il refuse ces lettres à notre évêque. Mais il ignore que l'attribution de celles-ci, étant prouvée par le témoignage de Durand de Troarn, ne dépend nullement de ce dialogue. Il faut au contraire juger par ces deux lettres de ce dialogue et du Fulbert, qui y intervient.

A ces œuvres déjà publiées de Fulbert, nous pouvons ajouter le titre de quelques autres qui sont perdues. Ainsi le catalogue de Saint-Père au XI^ siècle (ms. 65), sous le n° 21, indique un Pastoralis episcopl Fulberti pro nosiro... Etait-ce des sermons, un pastoral, comme celui de saint Grégoire, ou bien un simple pontifical pour le monastère? On ne le saurait dire : d'ailleurs ce manuscrit était indiqué comme perdu dès le XV^ siècle. Les registres capitulaires du XIV*^ siècle mentionnent dans la bibliotbèque du Gbapitre un PsaUermm episcopi Fulberti et un autre ouvrage commençant par ces mots : Ego Fiilbertus ^ . Nous avons retrouvé ce dernier ; c'est un fragment du traité de Fulbert contre les Juifs. Mais qu'était-ce que le Psalter'nim? Etait-ce un commentaire des psaumes ? ou un simple psautier, comme celui que Fulbert envoya à Hildegaire? Nous ne le savons.

Telles sont les œuvres de Fulbert- que l'antiquité nous a transmises : ce serait peut-être le lieu de faire l'histoire des manuscrits où elles se lisent encore. Mais nous renvoyons pour ce point au premier chapitre de M. Pfister ^. Disons seulement que deux manuscrits de la Bibliothèque de Chartres, les n°s 100 et 111, renferment quelques-unes de ses poésies techniques.

Section IIL\ — Les évèques successeurs de Fulbert : Thierry, Agobert, Hugues, Robert, Arrald, Geoffroi. — Venons aux évèques qui lui ont succédé jusqu'à saint Ive et qui ont dirigé les écoles après lui. Nous ne nous étendrons pas beaucoup sur chacun d'eux : l'histoire ne leur prête pas de

* Chartres, Catalogue général, IV, IX ; ils sont cités en 1309 et 1345.

- M. Pfister. p. 15, note, retire à Fulbert la prodamalio, que Dunod lui attribue {Hisloire des Scquanes el de l'Er/Use de Besançon, preuves LVlll, en Migne , col. o5ij parce qu'il ne s'y agit point de Cburtres. Mais il a tort, croyons-nous, car elle se trouve, non-seulement dans le man. du Vatican 383^2, mais encore dans le Manuscrit charirain du XI"^ siècle^ p. '231.

^ Sii^nialons les manuscrits suivants : Hibl. nat. fonds latin Jil67 (XI*^ et Xlle s.); Bibl. nat. fonds latin 2872 (Xl« s.); Vatican, R. Christine, 278 (XII" s.), et un autre à Durham, en Angleterre.

relations spéciales avec les étudiants cliartrains : toutefois, nous savons qu'ils enseignèrent dans la mesure où le permettait la charge de l'épiscopat, et pour ce motif, nous mettrons en lumière leur côté littéraire et intellectuel.

T/iier/-?/* (1028-1048) n'était pas un ignorant, idiot a m, comme le représentaient les chanoines partisans du doyen Albert, son concurrent, dans leurs lettres au métropolitain de Sens, à ses suffragants, et à l'abbé Odilon ^ Il restaura magnifiquement la cathédrale de Fulbert dont l'incendie avait consumé, en 1030, les parties supérieures à partir des vitraux, et il aima les livres. 11 donna à Saint-Père un Sacramcntaire de saint Grégoire qui existe encore à la Bibliothèque de Chartres (577) et porte son nom : c'est l'un des quinze manuscrits connus de ce précieux ouvrage, dit M. AYarren, dans sa dissertation sur le Missel de Léofric. A l'Eglise de Chartres, il légua de nombreux ornements et une grande quantité de livres : ce dernier trait prouve qu'il ne resta pas indifférent aux grandes écoles "-.

Son successeur, Agobert (1048-1060), avait grandi dans le clergé chartrain, sous Fulbert sans doute et sous Thierry. Ses fonctions d'archipreshyter ou capcllanus (1040j et de souschantre (1048), supposent en lui une certaine science du chant et de la liturgie. Une lettre de Bérenger à Drogo (1054) nous le montre préoccupé de l'hérésie sur l'Eucharistie, qui agitait depuis 1050 les esprits. Il en disputait sans doute au milieu des disciples de Fulbert, que les chartes nous montrent, à ses côtés, dans les hautes charges de l'Église. En effet, les écoles chartraines semblent avoir, de son temps, cultivé de préférence les sciences théologiques, pour faire face aux objections de Bérenger : elles furent, nous le verrons, le théâtre de rudes combats-'.

L'avènement de l'évêque intrus, Hugues de Chartres, qui, doyen depuis 1038, usurpa le siège episcopal , en 1060, jeta le trouble pendant plusieurs années. Condamné par Alexandre II, en 1063, il ne put être expulsé qu'en 1065, et encore fallut-il que le pape chargeât les archevêques de Reims et de Sens de pousser les rois et les seigneurs à cette

' /'. L., t. m, col. 275.

- Ont. S. Père, p. lH. — Carlul. de M.-D. 111, 15 avril : haiic ecclesiam librorum copia et multimodis ornmnentis decoravit. Voir aussi une charte où il signe sous Fullicrt comme capicerius. P. L., 355.

^ Berenf/ariu6 Turonensis, p. 215.

besogne. Pendant son court passage, il pilla les monastères et fit des ordinations que Rome cassa ensuite : il inspira tant d'horreur que toute trace de son règne fut supprimée et que son nom même resta ignoré jusqu'au jour où nous l'avons retrouvé dans le Cartulaire de Saint-Père et les lettres inédites des papes ' .

Son successeur, Robert de Toi^rs* (1065-1069), paraît s'être plus étudié à réparer ses dévastations qu'à relever les écoles. Les Cartulaires et Nécrologes de Saint-Père lui prêtent des donations d'objets d'art, mais c'est tout. Ajoutons cependant qu'il restait entouré des vieux disciples de Fulbert qui signent avec lui dans les chartes. Il mourut en revenant de Rome -.

11 fut remplacé par l'un des plus curieux et des plus savants personnages de son temps. Arrald* (1069-1075), avait été successivement moine à Vendôme, où il avait des propriétés, religieux à Cluny, où il assistait l'abbé Odilon à son lit de mort, en 1049 3, prieur à Payerne en Suisse, abbé à Rrème, près Pavie. Il avait servi de guide au cardinal Pierre Damien dans son voyage à Cluny, en 1063. « C'était un homme instruit dans les lettres, habile dans les arts, religieux dans ses actes, admirablement éloquent dans ses discours, dit le moine qui les accompagnait. Au premier abord, il paraissait rude et sévère, mais aussitôt qu'on avait pénétré dans son intimité, on le trouvait, au contraire, comme s'il eût changé, bon, prudent, obséquieux. (( Ce moine ajoutait qu'il passait en Italie pour libéral et magnifique, mais que malheureusement il fut le seul à ne pas profiter de sa munificence. Il disait enfin que Pierre Damien lui avait remis la conduite de son voyage et que l'abbé Hugues de Cluny ne faisait rien sans le consultera Tous ces détails sont confirmés par Pierre Damien lui-même dans son opuscule 34, chapitres 5 et 6, où il rapporte deux miracles que lui raconta, le long du chemin, le prudent et religieux abbé de Rrème ^ »

* Lœwenfeld. Epistolœ imditœ. pontificum Romanorum. Lipsiaî, Weit, lettres 95 et 100. Cart. S. Père, p. 31. — Nous avons publié sur Hugues de Chartres un article dans le Bulletin critique, !«•' mai 1886. Notre hypothèse s'est trouvée depuis confirmée par un catalogue des évêques de Chartres datant du X^ siècle, où son nom se trouve explicitement. Ce catalogue a été pubhé par M. R. Merlet.

2 Cart. S. Père, p. 13. — Cart. de N.-D., III, 224.

3 Vita S. Odilonis, P. L., t. U4, col. 928.

''P.L., t. 145, col. 871.

^ Id., col. 578. Dom Lhuillier, dans sa Vie d'Hugues de Cluny, résume ses passages, p. 149, mais ne semble pas savoir qu'Arrald devint évêque de Chartres.

Ils le sont aussi par* les Nécrologes de Notre-Dame ' et de Saint-Père -. qui vantent ses riches présents, la beauté de ses objets d'art et sa grande éloquence. « C'était un homme très éloquent, éclairé des rayons de la science, » dit le Nécrologe du Chapitre. Le moine Paul, qui ne lui est pas favorable, ^st contraint de reconnaître son talent : « Cet abbé de Brème était si rusé, dil-il, que, si Télégance de sa parole n'eût voilé sa finesse, il eût passé pour la finesse même plutôt que pour un habitué de la ruse. Cette ruse était en lui si grande qu'il essayait souvent de la faire prévaloir par un discours sacrilège, même aux yeux éclairés de la véritable lumière. » Les moines de Saint-Aubin l'accusèrent aussi devant le pape d'aimer la chicane. Bref, ses amis et ses ennemis, qui étaient surtout les moines, furent unanimes à vanter son éloquence : d'autre part, il conserva près de lui les disciples de Fulbert". On ne saurait douter qu'il n'ait encouragé les écoles et ne les ait fait profiter de son savoir et de l'expérience qu'il avait acquise à Cluny et dans ses voyages.

Sous ce rapport, Robert de Grantemesnil (1075-1076), son successeur, ne dut pas lui être inférieur. Orderic Vital ^ rapporte que, dès son enfance, il avait très bien appris les lettres, et s'était fait remarquer, parmi ses condisciples, par la ténacité de sa mémoire. Ne serait-il pas venu à Chartres, où son frère Raoul Mala Corona était chanoine? D'abord écuyer du duc Guillaume I, pendant cinq ans, puis chevalier, il se fit moine à Saint-Evroult, quand son père fut mort, en 1050. Pour mieux connaître la vie monastique, il passa une partie de son noviciat à Cluny. sous l'abbé Hugues, puis il revint à Saint-Evroult, où il éleva de grandes constructions, et contraignit l'abbé Thierry d'abdiquer. Devenu abbé, il encourut la colère du duc, et fut obligé de se réfugier à deux reprises en Italie, à Rome et en Apulie. En 1075, le roi Philippe l'appela au siège de Chartres : soupçonné de simonie par Grégoire YII. il dut se purger devant lui par serment : ses deux témoins étaient le chancelier Ingelran et l'écolAtre Ive qui se trouvèrent à Rome avec lui en 107(). Revenu en France avec eu.\, il fut condamné

' Cari, de N.-D., 111, IJÎ).

^ iMi-l. S. l'ère, p. ]:î.

3 Cari. N -D. [., \K \)ï.

^ Onlcric Vilal parl»^ Ijeaiicoup ih.' lui. /'. L., l. J88, col. -245, :255, 502, 204, 260, 267, 269, 429 : col. 2i5, il dit : in infantia lifteras afj'alim didieit ijuarnm ialer sudales tenaci mcmoria iiisif/niler riguit.

par le légat à céder son siège à Geofïroi, comte de Boulogne, neveu de l'évêque de Paris : ce qu'il fit de bonne grâce; puis il se retira dans la Fouille en son monastère ^ Cet homme était évidemment trop occupé de ses affaires pour suivre de près les écoles : toutefois le choix du chancelier et de l'écolûtre comme témoins prouve qu'il ne les oubliait pas : d'ailleurs il était d'une famille cultivée: l'un de ses neveux, à Saint-Evroult, était habile chantre et enlumineur : il était lui-môme fécond en ressources.

Geoffroi (1077-1089), ne siégea pas assez pour laisser sa trace dans les écoles de Chartres. Soutenu par Grégoire VII, qu'il avait convaincu de son innocence, il fut déposé par Urbain II, et remplacé par saint Ive. Cependant, celui-ci l'appelait plus tard, \q pédagogue^ par allusion sans doute à son enseignement-.

Ainsi, pendant tout le XI« siècle, les écoles furent gouvernées par des évêques fameux, et bien qu'elles aient traversé différentes crises, sous l'intrus Hugues et sous les derniers pontifes, elles n'ont jamais rencontré de prélats ignorants et ennemis des lettres.

Section IV^. — Les Chanceliers et les Ecolâtres. — Elles avaient d'ailleurs des chanceliers et des ecolâtres qui, par leur présence assidue, suppléaient aux absences des évêques , et, par leur enseignement, entretenaient l'amour et le culte des arts libéraux d'une façon ininterrompue. Ces personnages sont Evrard, Hïldegaïre^ Sigon^ Ingelran, Ive, Gaushert et Gauslin.

Nous avons vu qu'après la mort de Sugger, vers 987, la chancellerie fut occupée sinon par Héribrand ou Herbert, du moins par Fulbert lui-même, récemment arrivé de Reims. Celui-ci, après son épiscopat, se nomma des successeurs; citons d'abord Evrard. Le Nécrologe nous donne tout le cursus honorum de ce dignitaire. On y lit, au 5 des nones de mai, ces mots qui s'appliquent à lui : Ohiit Ehrardus, prhno devotus wMris Del canonicus ac studiosiis cancellarius^ post vero totius ohedientiae monachiis, et ahhas assidue evangelizans omnibus. Evrard fut donc d'abord chanoine et chancelier : on le trouve, en effet, avec le titre de g rammaticiis vers 1020 3. puis, en 1022,

^ Voir dans Jaffé, Rerjesta Pont. Rom., deux lettres de Grégoire VII à son sujet, en 1077.

-^ P. L., t. 162. Lettre 6«.

3 Cari. S. Père, p. 401.

avec celui de sacriscrimus , c'est à dire de gardien des reliques et des archives '. Hildegaire, le protégé de Fulbert, l'avait tait nommer chancelier vers 1023 et lui écrivait de Poitiers peu de temps après, pour lui demander s'il était content de cet emploi : cola mUii scribas carissime, quam hene tibi procédât scolasticit m %fficmmy a domino iiico praesulc^ rogaiu »?eo, nuper tibi commissum-. Lorsqu'Évrard se fit moine, en 1024, Fulbert promit à Hildegaire sa succession. « Frère Evrard, disait-il, s'est fait moine, je vous réserve la férule de Técolàtre et les tablettes du chancelier »; c'est à dire les deux fonctions de graminaticus et de sacriscriniiis exercées par lui -K Evrard entra au monastère de Saint-Père où il se lia avec les moines les plus réguliers, et surtout avec Tabbé Arnoul. Sa renommée le lit bientôt choisir (1030) par Drogon, évéque de Beauvais, et Gilduin, comte de Clermont, vicomte de Chartres, seigneur de Breteuil, pour premier abbé du monastère de Breteuil nouvellement restauré. L'historien de cette abbaye, Dom Wuyard ^ ignorait d'où venaient les premiers religieux : le GalUa ^ ne savait ce qu'était cet Evrard qui en fut le premier abbé. C'était l'ancien chancelier de Fulbert, comme le prouvent les Nécrologes de Saint-Père et de X.-D., où son obit porte cette mention : Evrardiis. abhas Britugllensis^'.

A l'époque où il fut nommé abbé ', le monastère de Saint- Père était plein de troubles. Sur la dénonciation du moine Gautier, l'évéque Thierry en avait expulsé les moines les plus réguliers, et même Evrard, qui s'y trouvait encore \ L'abbé Arnoul, après huit jours de patience, suivit ses moines, à Jusiers. Evrard les rejoignit aussi, et c'est alors (4 février 1031) qu'avec Gilduin, il alla trouver Robert à Poissy, et en obtint, pour l'église de Notre-Dame une charte qu'il rédigea en Tabsence du chancelier Baudouin ^ Au bout de quelque temps, il revint à Saint-Père avec l'abbé Arnoul, et il y demeurait encore, quand,

' Cart. S. Père, p. 110.

2 P. L, t. 141, col. -271.

3 P. L., lue. cit. col. -23i.

* Abrégé de l'histoiie de l'abbaye de Breteuil, écrite par F. Ilolicrt Wuyard, reliii:i('ux de ce couvent, en 1G70, Amiens. 1883. pp. 21. 22, 23. 5 Gallia christ., IX, 799.

^ Cari. N.-D., III, 105. — AVcro/.(/e5. Pèrt%no 1037, au5 desnonesdemai. ■ En 1030 et non en 1040, comme dit Dom Wuyard. » Cart. S. Père. p. 120, 121.

9 Cart. de y.-D., \., 87-89.

en 1032, celui-ci accorda à Robert, archevêque de Rouen, des lettres d'affiliation. Mais il avait regagné son monastère de Breteuil;, lorsque, le 8 mars 1033, Arnoul mourut ^ : le saint religieux lui apparut au bout de trois jours, et lui dit : ce Sache, mon ami, que je suis délivré des agitations de ce monde et que je jouis d'un doux repos ; mais ceux qui m'ont haï ne seront pas longtemps heureux; » en effet, dit le moine Paul, ils moururent bientôt ou tombèrent dans la misère. Imitateur d'Arnoul, Evrard fit fleurir la régularité à Breteuil. Dom Wuyard rapporte que sa compagnie et celle de ses religieux était le plus suave délassement du comte Gilduin, lequel, entre autres bienfaits, lui donna le corps de saint Constantin, dont lui avait fait présent son cousin Avesgaud, évêque du Mans. Evrard mourut le 3 mai 1053, d'après dom Wuyart.

Ce qui le rendit plus célèbre encore que la restauration de l'abbaye de Breteuil, ce fut son rôle dans la découverte des Manichéens d'Orléans, en 1022 -. Il était alors sacriscrinius du Chapitre de Chartres. Le chevalier Aréfaste, familier du duc de Normandie, qui avait conçu le projet, de concert avec ce duc et le roi , de démasquer les hérétiques, passa par Chartres, en se rendant de Rouen à Orléans, pour y consulter Fulbert; mais celui-ci était en pèlerinage à Rome. A son défaut, il s'adressa à notre clerc Evrard, et lui demanda une ligne de conduite. Celui-ci lui recommanda d'aller chaque matin à l'église, d'y prier, d'y méditer, d'y communier ; ensuite, armé du signe de la croix, il pénétrerait intrépidement dans les conciliabules des hérétiques, comme un de leurs disciples les plus convaincus. Le conseil fut de point en point suivi ; ces malheureux, grâce à la ruse d'Aréfaste, furent saisis et condamnés au feu ; c'était la première fois que cette peine était appliquée en matière religieuse. Peu après cet événement, qui fit grande sensation en France, Evrard se retira à Saint-Père, où il fut bientôt rejoint par son ami Aréfaste ; et c'est à leur sujet que le moine Paul raconte cette histoire tout au long et même d'une façon très dramatique.

Nous avons déjà vu que la succession d'Evrard avait été promise à Hildegaire*; il est probable qu'elle lui fut dévolue en réalité par l'amitié du grand Fulbert, avec la charge de sous-doyen. On voit dans Fobituaire de Notre-Dame et dans les

< Cart. S. Père, p. 120.

? Cart, S. Père, 109-115.

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