Tome XI. M
cliartes plusieurs clercs chartrains de ce nom ; celui qui nous occupe est sans doute marqué au 11 octobre en ces termes : Ohiit Hildegarus siihdecanus et magister scolaehnjus ecclesiae, cujiis anima potiaiur aeterna requie : personnage, maintenant bien connu dans le monde des lettres, depuis que M. Hauréau lui a consacré plusieurs études dans les Comptes-rendus de V Académie des Inscriptions et Bclles-letlres \ dans les Mémoires de r Académie, dans les Notices et Extraits des manuscrils.
Adelman de Liège, dans le chant funèbre qu'il a consacré aux élèves morts de l'école chartraine, lui a donné le premier rang, et nous a appris qu'il était compatriote du prélat, qu'on l'appelait sa impille, parce qu'il était petit de corps, vif d'esprit et supérieur à tous ses condisciples. Il ajoute qu'il poussait le culte de son glorieux maître jusqu'à imiter ses attitudes, ses gestes, sa voix, et qu'à son exemple, il excellait dans la médecine, la musique et la philosophie-. Ces dilîérents traits nous peignent au vif son caractère, et nous les compléterons plus tard à l'aide de sa correspondance avec Fulbert. Ici nous nous contenterons d'esquisser sa biographie.
Hildegaire ou Hildier était donc romain comme son évèque : ce qui explique un voyage qu'il lit plus tard à Rome en compagnie d'un certain Eudes, seigneur de Dol et de Bourges '. Dès son enfance, il s'était pieusement attaché à Fulbert.
Il le suivit sans doute d'Italie à Reims; c'est là qu'Hildegaire connut Kbale, qui devint archevêque de cette ville, en 1020, et Adalljéron, évèque de Laon, auxquels il écrivit plusieurs fois*. Il suivit son maître à Chartres, où nous croyons l'apercevoir comme témoin dans les chartes à partir de 990^.
' Voir Mémoire sur queUjues chanceliers de l' Eglise de (Iharlrcs, XXXIl, "1^ \)MÙe, 1<S81 77-<SG . — Notices et extraits des manuscrits. XXXII, !2" partie, 1887. — (lomptes-rendus, I, 187:^. 7! t. — Histoire de la philosophie scolasfirjue (187:^;, I, cli. IG.
- Voir ic chant tlWdeliiiaii, plus bas. en tète ilii chapitre suivant.
3 /'. L., t. lil, col. -27-2. Orderic Vital, /'. A., t. 188, col. 415, dit qu'il se fit moine à Saint-Evroult en 106G.
* P. L., op. cit., lettre 118.
^ D'ailleurs il y eut plusieurs autres Hildegaire en ce temps : dans le \^^ Nécroloue avant 1121 on en trouve cinq: voir tlart. de A'.-D.. 111, p. 23, 17-i, 175, 205. 210. De même dans les chartes : il y a un Hilder/arius levita vers 970 (Gallia christ. VIII, col. 292 iieri Instrumenta, puis un autre archidiaconus, dans la cliarle 17"^ du cart. de Marmoulier 1072-1081, dans la 89^ de Saint-Père, avant 108(1, dans celle de la dédicace de ré,dise du monastère de Saint-Denis de N(»iîent-le Ilolniu. 1077-109(1 etc., etc. Ces persomiages sont différents du nôtre: il y eut aussi un Hildeijariu^ subdecanus à la consécration de la Trinité de Vendôme, en lOiO, Mansi, XIX. col. 591 : il est distinct de celui qui nous occupe.
Bientôt il fut chanoine, et se signala par son amour des offices liturgiques et des exercices scolaires. Secrétaire du pontife avec Sigon, il fut chargé d'envoyer à Ébale, encore simple comte de Roucy, et à l'évèque de Laon, certains remèdes et la manière de les prendre '. En l'année 1024, il fut délégué à Poitiers pour y gérer la trésorerie de Saint-Hilaire que le duc Guillaume d'Aquitaine avait conférée à l'évèque de Chartres. Cet éloignement, qui lui coûta beaucoup, et dura jusqu'en 1026 environ, nous a valu une série de lettres fort intéressantes entre le maître et l'élève -. Nous y voyons qu'Hildegaire devait prendre soin du temporel, de l'instruction, et de la formation morale des chanoines de la collégiale : il lui fallait cultiver le verger, le jardin, être laboureur et vigneron, faire les récoltes : grande charge, d'autant plus que, parmi ses prévôts, l'un était sûrement prévaricateur, les autres sujets à caution. Encore, si Fulbert lui avait envoyé un intendant, comme le proposait Tigrinus, mais il n'avait personne à lui offrir qui fût propre à cette besogne. Sur les revenus de la trésorerie, il prélevait une part pour l'évèque, qui l'appliquait à la reconstruction de son église récemment incendiée en 1020, et il affectait l'autre à la nourriture et à l'habillement des Frères : car, il suivait fidèlement le programme qui lui avait été tracé : « Adonnez-vous avec activité, lui écrivait Fulbert, à l'institution des Frères, sans négliger le soin de leur corps, de peur que la fatigue matérielle n'émousse la vigueur de leur âme : veillez à ce que vos disciples ne souffrent ni de la faim ni de la nudité 3. »
Hildegaire dirigeait en effet une école annexée à sa collégiale. Il enseignait aux plus jeunes élèves Donat et Porphyre. Aux plus grands, il remettait saint Gyprien, les Vies des Pères, et d'autres ouvrages qu'on lui envoyait de Ghartres. Pour cette besogne, il aurait encore désiré un collaborateur, un sousmaître, mais Fulbert lui répondit qu'il n'en avait point, parmi ses clercs, d'assez grave et d'assez âgé pour cet emploi, et il lui conseilla de s'en choisir un parmi ses écoliers.
En même temps, Hildegaire avait à cœur la bonne exécution des offices liturgiques. Il se souvenait des cérémonies chartraines et en demandait des nouvelles, il voulait en reproduire
^ P. L., lett. 5 et 118.
- Id., lett. 25, 66, 112, 113, 64, 65, 63, 128, 125, 126, 132, 60, 134, 109. Nous suivons Tordre chronologique adopté par M. Pfister, sans le garantir.
3 P. L., t. 141, lettres 63 et 64.
la splendeur dans sa collégiale. Dans ce but, il adressait différentes questions à son maître sur le nombre des psaumes à chanter dans les jours de jeûne, sur la signification des vêtements sacerdotaux, questions auxquelles celui-ci répondait pir des passages du liturgiste Amalaire et par divers conseils ; il lui rappelait spécialement de veiller à Ja propreté des ornements sacrés pour les fêtes pascales.
Tout en s'occupant de ses chanoines et de ses élèves, Hildegaire nouait des relations d'amitié et d'études, avec les personnages notables des environs, avec l'évêque de Limoges, et celui de Poitiers, surtout avec le duc Guillaume. Ce prince, ami des lettres et des savants, consultait Fulbert sur différentes difficultés de l'Ecriture Sainte, par exemple, sur la mort de Salomon ; il lui demandait certains ouvrages à copier. Hildegaire servait généralement d'intermédiaire entre les deux illustres correspondants : c'était lui qui remettait au duc soit les livres, soit les réponses explicatives de l'évêque; et il y avait entre lui et Guillaume un échange de lettres pleines d'enjouement ^
Malgré tout, il brûlait du désir de retourner à Chartres, où Fulbert lui réservait la chancellerie quittée par Evrard et d'autres dignités meilleures encore, le sous-décanat sans doute -.
Il revint donc vers 1026, et reprit ses fonctions près de son évêque. Fier de se dire son disciple : Hildegarins domini Fulherti discipulus (c'était le titre d'honneur qu'il se donnait dans ses lettres) il lui servit comme autrefois de secrétaire avec Sigon ; il lit aussi la classe aux étudiants chartrains. Il en gardait même plusieurs dans sa demeure, entre autres Herbert, neveu de Rainaud, l'un de ses amis de Poitiers, et Sigefroid, plus tard chapelain du comte Richard'.
Lorsque Fulbert fut mort, le 10 avril 1028, il resta fidèle à sa mémoire et à ses enseignements. Rainaud l'avait consulté sur l'Euchai'istie et la manière de chasser les pensées délicates, il répondit par la doctrine de son regretté maître : a ita sentiehai charissimus pater noster Fulberlus*. Il le suivit d'ailleurs d'assez près dans la tombe, et moins de cinq ans après, avant
' r\ L., op. cit., G5, 59, 119, 1:20, 71, 72.
2 /'. L., op. cit., Ict. GO, col. 231.
3 /\ A., op. cit., lettre 139, et charte de Marmoutier, col. 354-. M\ L., ul., col. 275.
1033, Adelman lui consacrait les plus belles strophes de son chant funèbre.
En dehors de ses lettres il n'a rien laissé qu'une prière touchante dont nous parlerons plus bas ^ . Nous n'avons plus les livres qu'il avait reçus de Fulbert ou transcrits de sa propre main, ni ceux qu'il envoya à Rainaud; ceux-ci, du reste, n'étaient pas de lui, mais du grand évêque. Il composa un opuscule qu'il soumit à la correction de son maître : rogatus opuscuhim meum corrige ". Mais ce travail était-il un véritable ouvrage ou simplement un exercice d'école? nous l'ignorons : quoi qu'il en soit, nous ne l'avons plus.
Après lui, vers 1032 ou 1033, la chancellerie fut occupée par un second Evrard, dont l'obit, au 29 décembre, est ainsi conçu : Obiit Ehrardus, levita, subdecaniis ac cancellarius , litteris eriiditus et facundus eloquio. Il était aussi sous-doyen, comme Hildegaire ; sa science et son éloquence furent remarquables, puisqu'on en fit une mention spéciale dans le Nécrologe. Malheureusement, on n'a point d'autres renseignements sur lui. M. Hauréau ne l'a pas cité dans son Mémoire sur quelques chanceliers de Chartres. D'ailleurs il ne resta pas longtemps à la tête des écoles; il signait encore en 1034 la charte de fondation de Pontlevoy : Evrardus^ suhdecanus ac cancellarius % mais le 29 décembre de la même année, il mourait, car, dès 1035, il était remplacé comme sous-doyen par un autre Hildegaire, différent de celui dont nous avons parlé plus haut\
Qui fut chancelier à sa place ? Ce titre n'apparaît plus qu'en 1050, où il est porté par Ingelran ; mais dans l'intervalle, on retrouve celui de magister scolae, donné une première fois àSigon, en 1040, une seconde fois à Ingelran lui-même. Il est donc très probable que ces deux personnages furent chanceliers en même temps que maîtres, après Evrard.
Il y eut, à cette époque, trois Sigon*^ dans le Chapitre de Chartres : l'un, qui fut grand ami de Fulbert, comme
^ Elle est dans le manusc. de la Bibl. iiat. 14167.
-P. I., op. cit., lett. 25, col 212.
3 G allia Christian a, VllI, il2, 413. — Fulbert, dans une de ses lettres (38*-'), parle d'un autre Evrard sous-doyen, qu'il appelle scientem et religiosum virum; il fut tue en 1018 par des gens de Rodolphe évêque de Sentis et son obit est au Nécroloi^^e, Cart. de N.-D\ III. .19.
"* Cart. S. Père, p. 124. charte fixée vers 1037 par le G allia ; c'est le même Hildegaire que nous avons signalé plus haut en 1040, à l'occasion du chanceher Hildegaire.
Hildegaire, et demeura chantre jusqu'à sa mort ; l'autre, qui fut archidiacre et prévôt jusqu'en 1080 ; le troisième, qui se fit moine à Marmoutier et devint abbé de Saint-Florent de Saumur, en 1055. Lequel des trois fut chancelier et maître en 1040? Les deux premiers Sigon doivent être certainement éliminés. L'ami de Fulbert ne fut jamais que chantre; car son obit ne lui donne que ce titre, et pourtant il n'aurait pas manqué de lui attribuer celui de chancelier, s'il l'avait vraiment obtenu *, d'ailleurs ce Sigon était déjà mort en l'année 1040, puisque, dans une charte de cette année, paraît un autre chantre nommé Arnoul -. Le second Sigon, archidiacre et prévôt jusqu'en 1080, doit être aussi écarté, puisque de son temps, à partir de 1050, le titre de chancelier était attribué à des personnages bien connus, dont nous parlerons plus bas. Reste donc le Sigon de Marmoutier et de Saint-Florent de Saumur.
C'est lui, en effet, qui fut le magisler scolae de 1040, après Evrard. Le Nécrologe de Notre-Dame ne lui donne pas ce titre et relate seulement que de clerc il devint moine, puis abbé de Saumur'. Mais la Chronique de Saint-Florent ne laisse aucun doute sur son identité avec notre écolâtre : parlant d'un office en l'honneur de saint Florent composé par Rainauld, écolâtre d'Angers, « disciple de Fulbert, )) elle dit que le chant en fut fait par ((Sigon, diacre de l'église de Chartres, élève aussi dès son enfance, comme tant d'autres, du même Fulbert. » Sigo vero^ Carnotensis ccclesie diaconus , ipsiusque Fidberti cum ceteris a puero discipidiis, cantiim fecit, et ce Sigon est le même dont elle raconte au long, quelques lignes plusl)as, l'histoire comme abbé de Saint-Florent *.
Cette liistoire est intéressante par les détails qu'elle révèle sur le savoir et la sainteté de notre Sigon; elle nous console du silence que les documents chartrains gardent su rhii, silence qui s'explique par son rapide départ à Marmoutier. Ce fut probablement Tabbé Albert, ancien doyen de Chartres et abbé de ce grand monastère, qui l'attira près de lui. Il s'y
< Curt. (le ^.-D.. 111. 11 juillet. — AVcro%c rlr S. /V/r, au 1^2 juillet , Bibl. commun., 1037, 1038.
- C'est la rliarto de la fondation de la Trinit«' de Vendôme , citée plus haut.
3 Cart. (le N. Z)., 111, 1^27.
■* Historia monaslcrii S. Florentii Salinuricnsis, dans Martène, Amplissima colledin, V, IKU), 1121, 1125, et dans la Société de rHistoire de France, 1869. (Ihronitjues (V Anjou, p. 287, 206.
trouvait entre 1041 et 1048, car il y signa deux chartes données dans ce temps. Une députation de religieux, conduite par Frédéric, avait récemment fondé l'abbaye de Saint-Florent; ceux-ci, lorsque leur premier abbé fut mort, désignèrent unanimement Sigon pour le remplacer. Leur choix fut ratifié par l'abbé Albert, par Geoffroi comte d'Anjou, et par Eusèbe Bruno, évêque d'Angers; cette élection se fit le 4 des kalendes de novembre 1055.
Dom Marténe, dans le long chapitre qu'il a consacré à Sigon, abbé de Saumur * , le proclame l'un des plus illustres disciples de l'abbé Albert, et même l'un des plus grands hommes de son siècle. La Chronique de Saint-Florent fait le plus bel éloge de sa personne et de son administration. « C'était, dit-elle, un homme vénérable, doué d'une simplicité colombine, versé dans les arts libéraux, la grammaire, la rhétorique, la dialectique, l'arithmétique, la musique et les autres arts. Il était très habile à lire le grec et l'hébreu. Il corrigea et amenda soigneusement notre Bible, le Psautier, les Missels, les textes de l'Évangile, les Épîtres de saint Paul et les Actes des Apôtres ». Elle détaille les ornements d'or et d'argent dont il fit présent à l'église de l'abbaye, peint sa sainteté sous de vives couleurs, et lui attribue même plusieurs miracles.
La Chronique raconte ensuite les nombreuses aumônes et fondations faites au monastère sous son gouvernement. (( Les puissances du siècle, les moines, les évêques, les abbés, les principaux clercs l'honoraient et l'admiraient, comme un homme prudent, doué d'une vraie simplicité; Hugues, abbé de Cluny, le regardait comme son maître. Sa renommée volait partout, en France, en Aquitaine, en Italie. De son temps, notre abbaye s'étendit beaucoup en acquérant des propriétés et des églises. Des nobles, ecclésiastiques et laïques, quittaient le monde, attirés par notre réputation et celle de notre monastère. » Il eut, en effet, des disciples célèbres, entre autres saint Éven, qui fonda Saint-Mélaine, près de Rennes, et fut sacré par Grégoire VU lui-même archevêque de Dol. Sigon mourut le 2 des ides de juin 1070, jour auquel est marqué son obit dans le Nécrologe de Chartres-. Il avait dirigé les moines de Saumur
' Histoire de Marmoutier , p. 356. Dom Martène ignore que Sigon était originaire de Chartres. V Histoire littéraire, VII, 56, ne sait pas non plus son pays, VIII, 38; elle fidentifie à tort avec le Sigon cité dans la complainte d'Adelman.
^ Cari fie N.-D.. III. 1:27.
14 ans 7 mois 10 jours. On l'inhuma prés de Frédéric devant l'autel du Crucifix, et, 18 ans après, lorsqu'on ensevelit Guillaume, son successeur, on trouva son corps absolument intact et ses vêtements sans aucune atteinte.
IngeJran, qui le suivit, joua un grand rôle dans les écoles, et fut mêlé aux controverses et aux agitations de son temps. Son obit, au 19 mai ^, dit qu'il fut doyen, prévôt fidèle, et utile chancelier de l'église. En effet, il paraît comme magister scolœ sous Thierry, un peu avant 1049-, puis sous Agobert en 1050: il se donne une première fois le titre de signator^, une seconde fois celui de cancellarius ' ; il garde ce dernier jusqu'à sa mort en 1084, mais en y joignant, depuis 1072, celui de doyen. Deux fois en 1074 et en 1084, il prend ces deux titres ensemble^. Il leur adjoint mémecelui de prepositiis. Il était en relations avec Bérenger et Lanfranc, et, vers 1050, il leur servait d'intermédiaire ^ En 1076, il accompagnait à Rome, près de Grégoire VII, l'évéque Robert et lui servait de témoin. Dans ce voyage il s'était fait suivre d'un maître des écoles : Iro tune magister sco~ larum, qui signa avec lui la pièce authentique du serment de Robert. Cette présence simultanée à Rome du chancelier et de 1 ecolàtre prouve qu'Ingelran avait sous sa direction plusieurs maîtres et professeurs, et, en efi"et, outre cet Ive, on voit, de son temps, av. 1084, un autre magister scolarum appelé Gausbert'.
Tous deux étaient des suppléants du chancelier dans les écoles. Ive, que nous avons vu magister scolarum, en 1076, était apj^elé clcricus et prcpositus, vers 1050, et grammaticus, en 1060'. Il avait conservé des relations avec Bérenger, auquel il rapporta certaines paroles de Drogon, son ami, paroles que celui-ci se hâta de démentir dans une lettre à l'hérésiarque". On se demande pourquoi il n'a pas son obit dans le Xécrologe.
' (lart. de .V.-D,. III, p. 115. Ohiit Infjelrannus, hujus ecclesix decamis et prepositus fidelis et cancellarius ulilis.
-' Cart. S. Père, p. l-2i.
3 Cart. de N.-D. de Pans, 1, 319.
* Cart. de Mannoutier pour le Danois , charte 11 1'-. — Mabilloii, Ann. 0. S. Pk. IV, Toi, 11. LXXX... — Bereufjarius Turonensis , ^. 116,211.
5 Cart. de S.-D. p. 93, 95. — Gullia Christiana. VIH, 303, 30i.
^ Bcrenfjarius Turonensis, p. 10. Du Boiilav. Labbe, Hardouin, Lessing, de Iioye, sont citrs par Sudendorf à cette occasion.
" Cart. S. Père, p. 215,561.
« Cart. de N.-D. de Paris, I, 319 et Mabillon, Annales, loc. cit.
' Berengarius Turonensis, p. 116.
Gaushert, qui est aussi donné comme maître sous Ingelran dans deux chartes de 4078 *, n'a pas laissé non plus de traces bien certaines dans l'Obituaire. On y voit plusieurs personnages de son nom : mais aucun n'a le titre de magister scolae. L'un d'eux est appelé diaconus et custos Sancte Marie : un autre est dit frère d'Ive. Mais on n'a rien de précis.
Le chancelier, qui succéda à Ingelran, fut son neveu Gaiislin, que nous trouvons dans deux chartes, écrites de sa main. Tune en 1086, l'autre en 1087 -. Ces chartes se terminent par une formule nouvelle, employée une seule fois avant lui par son oncle, et comprenant toutes les références chronologiques usitées dans la suite par les chancelleries. L'une d'entre elles est ainsi conçue : Haec car ta tradita est a Gausllno cancellario IIIP nouas marciiy indictione VIIIP, anno ah incarnatione Dominirnillesimo LXXXVII, regniaidem Pliilippi régis XXVP. Nous n'avons aucun autre détail sur Gauslin; il est le dernier des chanceliers du Xl^ siècle se rattachant à l'école de Fulbert. Il en dépend encore par son oncle Ingelran qui avait été l'élève du grand docteur. Son successeur, Anselhis, est déjà contemporain de saint Ive et appartient à la période dominée par ce pontife, à la période du XII*^ siècle.
Ainsi, depuis Fulbert, huit chanceliers ou maîtres, dont la suite est presque ininterrompue, dirigent l'école épiscopale et capitulaire de Chartres ; ce sont, avec leurs datesapproximatives :
Evrard, de 1023 environ à 1024;
Hildegaire, de 1024 à 1032 environ;
Evrard , de 1032 à 1035 environ ;
Sigon , de 1035 à 1048 environ ;
Ingelran, de 1048 à 1084, avec Ive et Gausbert comme
écolâtres ; Et Gauslin, de 1084 à 1090 environ.
Cette liste est précieuse par elle-même et par les noms qui la composent. Complète, elle prouve la persistance et la vitalité des écoles pendant tout le XI<^ siècle : formée d'hommes pour la plupart éminents, elle démontre leur grande prospérité.
' Cart. S. Père, X, 215, 561. Cart. de N.-D., 111, 3i, 43, 55, 204. 2 Cart. S. Père, 216, 252.
11° DES ECOLIERS CHARTRATNS
Section h^. — Coupd'œil généra l. — Des maîtres, passons aux élèves de l'école chartraine au XI*' siècle. Ici notre tâche grandit encore. Trois auteurs ' ont répété, presque dans les mêmes termes, que Fulbert avait été le grand instituteurdeson siècle, et que la plupart des savants de cette époque se vantaient d'avoir suivi ses leçons. Rien n'est plus vrai. Le nombre des élèves de Fulbert, dont l'histoire a conservé les noms, se monte à plus de cinquante, et si l'on y joint ceux qui, sans être déclarés expressément ses disciples, ont certainement subi son influence, par exemple les membres instruits du clergé char train, on arrive à plus de soixante-dix. Il faut vraiment que son école ait réuni dans son sein des foules considérables d'étudiants pour qu'après huit siècles, il y en ait tant dont les noms ont échappé à l'oubli.
Pour donner immédiatement une juste idée de cette aflluence et jeter un peu de lumière sur cette partie complexe de notre sujet, nous publierons d'abord un texte fondamental pour l'histoire de nos écoliers, et nous le ferons suivre d'un tableau complet, où figureront tous ceux qui nous sont connus ; après ce coup d'œil général, les biographies se liront plus facilement.
Ce texte n'est autre que le poème rythmique d'Adelman de Liège, élève de Fulbert, sur plusieurs de ses condisciples défunts. Bien qui! ail été déjà plusieurs fois édité -, et récemment d'une manière définitive à l'aide d'un nouveau manuscrit^ jiar M. Julien Havet, on comprendra qu'il a sa place naluielle dans ce travail ; car il nous fait connaître douze de nos écoliers, et sera souvent cité dans la suite.
Nous publierons la première rédaction, celle du man. de Copenhague, et nous ajouterons en note les variantes de la seconde rédaction empruntée au ms. de Gembloux. M. .lui. Havet a très ])ien démontré les rapports qui existent entre
' I/aiitfiir (le la Chronique d'Aiitîers, Aiielnian, Durand de Troarn ; voir au (•|iai)ilr(' di' KiillnTf.
- Maliillon : Vrtcrd .\n(ilccta,\. I, l()75. in 8", p. ïiHK — Mailène et Durand, Tlipsaurus ?^'()V(jnn>i Anrrdolontm, t. IV. 1717, in. fol., col. 113, Tonl publiée daprès un man. de (ieinbloux de Druxclles, Dild. roy., n° 551)5, f° 163.
" Man de Copenhague. Dihl. roy, n» 11)05 in 1°.
ces deux éditions, et surtout il a prouvé que la plus ancienne avait été faite entre 1028 et 1033, et que la seconde avait été remaniée vers 1048 : ces indications chronologiques nous serviront à dater les personnages mentionnés dans cette pièce.
Armonicse facultatis aspirante gratia ^ Stat referre summos viros , litterarum lumina, Quos recenti recordatur mens dolore saucia.
Bestiali feritate mors acerba seviens , In scolares conjurata velut hostis pestilens . Passim dédit dirse stragi, plus quam modo insolens '-.
Carnotense decus urbis , memorande pontifex, Te primum, pater Fulberte, dum te conor dicere , Sermo fugit, cor liquescit, recrudescunt lacrimae 3.
Deploranda singillatim milita quidem memini Utpote convictor senis, herens sepe lateri, Aure bibens oris fontem aureum melliflui.
Eheu ! quanta dignitate moralis industrise , Quanta rerum gravitate , verborum dulcedine , Explicabat altioris archana scientiae !
Floruere , te fovente , Galliarum studia ; Tu divina , tu humana excolebas dogmata ; Nunquam passus es urgeri virtutem penuria ^
Gurges altus ut in amnes scinditur multifidos, Ut in plures fundit ignis se minores radios ^, Sic insignes propagasti per diversa plurimos.
Hildigerum, quem Pupillam nuncupare soliti, Quod pusillus esset , immo perspicacis animi ; Caeterorum princeps atque communiceps praesuli,
^ Manuscrit de Copenhar/ue , Bibliothèque royale, Gl. kgl. Saml., n^ 1905, in-4o. — Texte écrit probablement à Liège entre 1028 et 1033.
2 In scolares efferata tanquam leo ru^iens
Passim dédit stragi dirae plus ciuam aer pestilens.
3 Fugit sermo , cor liq
'* Nunquam passus obscurari virtutem desidia
5 Gurges altus ut minores solvitur in alveos, atque magnus ex se multos fundit ignis radios^ Sic
ïs magistrum referebat vultu, voce, moribus, Ypocratis artem jungens Socratis sermonibus, Nec minus Pytagoreis indulgebat lidibus.
Karitate litterarum plus quam ipsis preditum Te, Raduife. nudum texit hospitale Genabum, Te virtutes efFecere ex ignoto splendidum '.
Libet et vos meminisse, nodosi lucripctae, Engelberte cum Lamberto , qui de nido paupere Late caput extulistis circa ora [s] Sequanae -.
Martini quoque concivem, Reinbaldum Turonicum, Quem credebam, post illius syderis occubitum, Inter cellas singularem regnare philosophum '.
Xec tua, gibbe Gerarde, te fraudabo nenia : Liggerin liavum rcvisens ^ ab Jordane et Solima, Occidisti propter Mosam sub Virduni mœnia.
O ! et te discerpsit atrox Remulorum factio : Postquam mensus es Europam, flagrans acri studio, ^lultas artes compilasti, Gerberte Burgundio * ;
Proh ! si nunquam revertisses fatale Vesontium^, Quanta nunc auctoritate decorares Latium Docens quicquid revexisti ab hortis Hesperidum !
Quis autem te, magne , «atis persepe defleverit, Cujus scola tôt tyrones tam spectatos edidit. Quorum quisque pre se tulit quod usus non habuit? [sic] ^
^ Karitate Sigo noster pleniis atque gratia Milita prebens urc^ manu, advenis solalia Singularis organati regnabal in musica.
^ Lambertus Parisiacum, Engelbertus Genabum Occupabant lectionuin otio vcnia'ium, Questum joube de Francorum captantes non modicum.
3 Martini quoque concivem, sed nonc que subrium , Dignum duco memoratu liainaldinn Turonicum, Promptum lingua ^ stilo largum. valentem grammaticum.
* Xec tua, Girarde gibbe, te fraudabo nenia Ligcrim flavum revisens
^ 0 ! et te dira peremit emutorum factio : Postqumn mensus es Europam perftagranti studio. Scolas multas expilasti, Waltere liurgundio ;
•J Proh ! si nunquam revertisses ad fines Allobrogum ,...
7 Quis te tandem, sacer héros, satis sepe fleverit, Cujus [h\us et multos ptures officina protulit , Quorum quisque prx se tulit, quod te usus fuerit ?
Reinbaldus Aggrippinas , vir prestanti ingenio , Saevam Reni pubem frenans Latiari imperio , Notus arces ad Romanas ab usque Patavio V
Situs est in urbe nostra, longus hospes, Legia : Legia , magnarum quoiidam artium nutricula , Non sic, o! nunc dominante virtuti pecunia-.
Très michi, Camena dives, memora de pluribus : Illum , quem prociil extinctum transalpinis febribus Lugent arces , liigent urbes ciim viris illustribiis ^ ;
Vix amissum qucreremus, Odulfo superstite, Alestanum, quamvis esset veteris scientiae Sicut hi, quos enutrivit, satis florent hodie^ ;
Xerampelinos ornatus cum paucis jugeribiis Presul durus denegarat : at tu , Mittis profugus , Multos illic opes nactus , Gerarde, es et conditus ■\
Yppogei[s] sub antique clausi matris gremio Omnes uno funerati dormiunt quinquennio : Pace aeterna perfruantur, te, Christe, propitio ^ !
Zelo vestri cor accensus , numeris funebribus Adelmannus vos perornat his exequialibus, Ter quaternos , quatersenis minus uno versibus".
1 Reginhaldus Agripinas , vir potens ingenio, Barbaras aures Lalino temperans eloquio , Notus arces ad Romanas ab usque Oceano.
-Situs est in urbe noslra longus hospes, Leggia : Legia. magnarum quondam artium nutricula, Sub Wathone, subque ipso, cujus hœc sunt ritlimica.
3 Très michi, Camena, cives memora de pluribus : Illum , procul quem extinctum transalpinis febribas , Lugent artes, lugent urbes cum suis primatibiis :
* Vix amissum quereremur, Odulfo supertite Alestanum, quamvis erat [sic] veteris scientix Sicut hi, quos erudivit, satis pollent hodie;
^ ...at tu Metti profugus Multas illic opes nactus Warine, es et conditus.
6 Ypogeis et antiquse parentis in gremio Dormientes ^ excitandi mane mundi ultimo, Pace xterna pcrfruantur, te, Christe, te propitio.
' Zelo grandi cor accensus pro carorum funere Adelmannus hœc deflebat in Nemeti littore, Suas ipse idem illic observans cotidie.
Tel est ce poème singulier dans lequel Adelman chante onze élèves de Fulbert : Hildegaire, Raoul d'Orléans, Engelbert, Lambert, Raimbaud de Tours, Gérard, Gerbert de Rourgogne, Raimbaud de Cologne, Alestan, Odulté, Gérard de Liège, fiuxquels il faut ajouter Sigon qu'il a substitué à Raoul dans la seconde édition de son œuvre poétique.
A ces douze élèves déjà connus joignons tous ceux que nous fournissent les chartes et les documents, et ceux que nous avons cités comme chanceliers ou maîtres, et, pour plus de clarté, groupons-les selon leurs diocèses. Nous aurons ainsi un tableau général des élèves chartrains.
Nous avons pour Chartres :
qui furent chanceliers ou maîtres.
Hilduin \
Sigon II
Hugues, de Langres Guillaume
Arnoul l qui furent
Ascelin / élèves.
Goisbert Foucher
Jean, le médecin Guizo, le médecin Nous leur adjoindrons plusieurs autres personnages notables, ecclésiastiques ou laïques, ayant cultivé les lettres, quoique non qualifiés d'élèves, tels qu'Albert, abbé de Marmoutier, Ratherius, et différents autres membres des grandes familles seigneuriales du pays.
Evrard I Hildegaire Evrard II Sigon I Ingelran Ive
Gausbert Gauslin
pour Orléans . . .
Engelbert, Raoul, An-
dré de Micy.
Angers ....
Rainaud, Rernard.
Tours ....
Rérenger, Rainaud,
Hugues. Girard.
Poitiers. . . .
Rainaud. Herbert.
Montniajour .
Domnus.
Paris
Hubert de Meung,
Lambert.
Mantes ....
Géraud.
Beauvais . . .
Foulcoie.
Fougères . . .
Hardouin.
Ruuen et Normamlie
Sigefroi, Raoul Mala-
Corona, Fulco de
"Guarleinville.
Saint-Riquier . Angelran.
Besançon . . . Gautier.
Gemhlou.T. . . Olbert.
Liège Adelman , Alestan ,
Odulfe, Guérin. Rodolfe, Francon.
Cologne . . . Ragimbald.
Section H'-. — Les écoliers originaires de Chartres. — Pour obtenir plus d'ordre et de clarté, on peut diviser les étudiants originaires de Cbartres en quatre groupes : le premier comprendra les amis particuliers de Fulbert ; le second, ceux de ses disciples qui se signalèrent contre Bérenger ; le troisième, les chanoines qui se firent religieux en différents monastères ; le quatrième enfin sera consacré aux laïques chartrains qui fréquentèrent l'école, et, par extension, à ceux qui eurent quelque teinture des lettres sans qu'on sache en quel lieu ils l'ont acquise.
l'* Ceux qui forment le groupe des privilégiés de Fulbert eurent, pour la plupart, le bonheur de vivre longtemps avec lui : nous rangerions parmi eux, en premier lieu, le chancelier Hildegaire, si nous n'en avions déjà parlé. Viennent après lui Hildiiin et Sigon. Le premier était cher à Fulbert, qui l'appelait son fils, et à Hildegaire qui, de Poitiers, écrivait au prélat de le saluer, car il était, disait-il, la moitié de son âme, Hilduinum, animœ dimidium meœ '. Bonibert, évêque de Cinq- Églises, en Hongrie, le chargea un jour de" demander à Fulbert l'un de ses Priscien - : ce trait insinue qu'il entretenait avec les deux évêques des relations d'études ; nous ne savons quand il mourut. Le Nécrologe renferme les obits de quatre Hilduin, nous ne pouvons l'identifier avec aucun \
Sigon nous est plus connu, car l'amitié de Fulbert et d'Adelman, Ta immortalisé. « Notre Sigon, dit celui-ci, plein de grâce et de charité, encourageait les étrangers par ses paroles et ses bienfaits : il régnait sans rival dans la musique. » Le Nécrologe de Notre-Dame complète ce portrait. « Le 11 juillet, mourut Sigon, lévite, célèbre par sa sagesse,
^ P. L., t. 141, col. 271.
2 P. L., let. !••% col. 189.
3 Cart. deN.-D.,ni, Gl, 70, 196, t[2. — Cart. de la Trinité, \m3, ^. 91.
vénérable par ses mœurs, chantre très renommé de cette église : il était le fidèle secrétaire du pontife Fulbert pendant sa vie, et, après sa mort, il lui éleva un magnifique tombeau, ainsi qu'on peut le voir *. » Sigon encourageait donc %s études ; le Catalogne de Saint-Père du XI^ siècle signale 4 volumes donnés par lui à ce monastère : Hl sancti libri i///*"" quos domiiiiis Sigo dédit <S° Peiro -. Sa réputation de chantre est attestée simultanément par l'auteur de l'obit et par Adelman. Il vivait encore en 1033, puisque Adelman ne l'a point inséré dans sa première édition, mais il était mort en 1040, puisque cette année-là il était remplacé par Arnoul dans la chantrerie ^ Son décès se place donc entre 1034 et 1040 environ, et cela suffit pour le distinguer, ainsi que nous l'avons déjà fait, du chancelier Sigon qui était magister scolac en 1040, et mourait en 1070. Cette distinction n'a pas encore été faite jusqu'ici, même par M. Julien Havet.
2° Le second groupe comprend les clercs chartrains qui, à partir de i048, se signcdèrent contre leur condisciple Bérenger. Le plus noble et le plus jeune d'entre eux était Hugues*^ fils de Gilduin, comte de Breteuil et vicomte de Chartres. Chanoine de Chartres, il fut élevé, par la faveur de Robert et de la reine Constance, sur le siège épiscopal de Langres, en 1031. Il y resta plus de vingt ans, mais non sans commettre bien des fautes et subir bien des tristesses. Accusé de simonie, il fut déposé et excommunié au concile de Reims, en 1049. par le pape Léon IX. Il suivit alors le pontife jusqu'à Rome, nu-pieds, et en obtint son pardon dans un concile tenu en 1050. De retour en France, il tomba malade, se retira chez les religieux de Saint-Vanne, à Verdun, où était l'un de ses frères, et il mourut après avoir pris l'habit religieux, en 1051. Ce qui lui vaut une place de choix parmi les élèves de l'école de Chartres, c'est son attitude envers Bérenger. Aussitôt qu'il eut connaissance de ses erreurs, il se souvint qu'il était son condisciple et il accourut près de lui pour essayer de le convertir. N'y ayant pu réussir, il lui écrivit sa lettre : De corpore et sanguine Christi contra Bercngarium, la première qui ait paru dans cette querelle où l'on en vit tant d'autres. Elle fait un grand
< Cart. de N.-D., ill., 13(3.
- Cdtdlogue qenoral des Mss. Cliarires. XXIV. V. Mail. 'S>'8>.
" Gallia thristianu. Mil, il3.
honneur, sinon à son style, du moins à sa philosophie et à son orthodoxie ; on y sent même des réminiscences de Fulbert. Aussi les Ghartrains, malgré ses désordres et ses condamnations, l'inscrivirent dans leur Nécrologe. On lit, en effet, au YIII des ides d'août : Obiit Hugo^ episcopus Lïngonensls ecclesiœ^ misericoi'dissimœque Dei niatris Mariœ canonicus '.
Arnold* se signala aussi dans la controverse suscitée par Bérenger. Disciple de Fulbert, diacre, chanoine, il fut chantre vers 1040, et le demeura jusqu'en 1075 pendant près de quarante ans. En succédant à Sigon, il hérita de sa réputation dans la science musicale. Robert de Grantemesnil, abbé de Saint- Évroul, plus tard évêque de Chartres, le chargea de composer le chant de l'office de saint Évroul , et lui envoya deux moines de son monastère, Hubert et Raoul, pour en apprendre le ton de sa propre bouche : c'est Orderic Vital qui rapporte ce trait significatif -. Comme Hugues de Langres, il combattit Bérenger. Un jour que celui-ci passait par Chartres^ vers 1050, il l'obligea d'entrer en discussion avec les clercs de cette ville, bien que Bérenger eût prudemment résolu de garder le silence. Dans le cours de la dispute, Arnoul lui tint hardiment tête et lui opposa l'autorité d'Ansfroid de Préaux, des Anciens et des Ecritures. (( Laissez-nous donc, disait-il en terminant à son ancien condisciple, laissez-nous donc la foi que nos pères nous ont apprise. « Bérenger se retira plein de colère et dans deux lettres, adressées à Ansfroid de Préaux et à Ascelin de Chartres, il se plaignit amèrement des attaques d'Arnoul '\ Celui-ci se fit moine sur la fm de ses jours ; en prenant l'habit religieux, il laissa au Chapitre 10 arpents de vigne avec un pressoir et une maison sise dans le Cloître. Son obit est du 9 novembre ' .
Guillaume était l'ami d'Arnoul, et comme lui l'adversaire de Bérenger. Prévôt pendant cinquante ans, de 1034 à 1084, il amassa des richesses, dont il fit aussi profiter l'Église de Chartres. On lit dans le Nécrologe : (( Le 8 juin, mourut
< P. L., t. 142, col. 1321. — Car^.c/eiV.-Z)., t. III, 150. - Il fit une satire.
'^ Ord. Vital. P. L., t. 188, 1. 3, col. 273. Ipsam nimirum historiam (S. Ebrulfi) Arnulfus^ cantor (larnotensis, Fulberti episcopi discipulvs. secundum usum clericorum, hortatu Rodberti abbatis jam ediderat, et duobus juvenibus monachis Huberto et Badidpho a prœdicto pâtre Carnotum missis primitus cantaverat.
3 Berengarius Turoneiisis , p. 209.
4 CarL deN.-D., 111, 207.