Tome XI, M
Guillaume, prévôt de cette sainte église; ses œuvres, mieuxque toute parole, montrent quels bienfaits, quels honneurs il rendait à l'Église : il donna aux chanoines l'aleudeBretonnaux, il revêtit d'argent l'antiphonaire ; il fit écrire avec soin un Missel et un Martyrologe, et durant sa vie, il fit beaucoup de bonnes œuvres de cette sorte ; en mourant, il légua à l'église de Notre-Dame tous ses biens pour en jouii' après la mort de son héritier'. » Ce Guillaume était donc ami de la liturgie, et nous avons émis l'hypothèse que le Martyrologe donné par lui ne serait autre chose que le manuscrit de Saint-Étienne sur lequel nous avons publié une étude: il l'aurait fait copier d'après un ancien Nécrologe, en 1027; du moins il est le premier à qui l'on attribue un livre de ce genre.
Dans la dispute des Chartrains contre Bérenger, il se montra plus vif que tous les autres. « Il est venu à moi, écrivait Bérenger, cet aveugle, chef d'aveugles : oij donc est l'honneur de l'Église et le soleil de la justice, si Ion admet comme guide dans les choses religieuses un personnage déclaré infâme par les évêques eux-mêmes, un vil bouffon, un homme plein de vices, sans autorité, que n'accepteraient point les tribunaux séculiers. Il est venu à moi, dis-je, avec une troupe d'ignorants comme avec des bâtons et des épées, et il ma obligé de parler -. » Dans une autre lettre à un clerc de Chartres, Bérenger se plaignait de ce que Guillaume lui avait prêté différentes propositions sur FEucharistie et la juridiction qu'il faisait semblant de répudier ^
Ce clerc chartrain, correspondant de Bérenger, était Ascelm, surnommé le ^/-efo/i. Chanoine de Notre-Dame, il est signalé dans les chartes de 1029 à 1080. Sonobit rapporte qu'imitateur de Guillaume et d'Arnoul, il laissa au Chapitre des livres et des biens, (c Le 4 avril, mourut Ascelin le Breton, prêtre excellent qui donna à cette église une grande quantité de livres, et sa maison pour en jouir après la mort de son neveu Herbert ^ » C'était donc un homme studieux et très instruit. Bérenger réprouva, car Ascelin sut répondre à sa lettre par une autre que nous avons encore, où il lui reprochait avec amitié, mais avec force, son opiniâtreté dans son erreur. L'Histoire littéraire
< Cari, de ^'.-U., Uf l-iO.
- lierenfjarius Turonensis, p. 209. — Rev. des Quest. hist. X\, j). 136.
3 L:il)l)p. Cotic. IX, p. 1056.
* C'a/7, de i\.-D . III. SI.
l'apprécie très favorablement. (( Elle est bien écrite et capable de donner une idée fort avantageuse de son auteur », disent les Bénédictins. On y remarque qu'à l'exemple d'Arnoul, Ascelin supplie son condisciple Bérenger de revenir à ce chemin droit et battu, que nos maîtres, dit-il, si saints, si sages, si catholiques, nous ont montré *. Allusion à l'enseignement de Fulbert que nous retrouverons bientôt, presque dans les mômes termes, sous la plume d'Adelman. Ce serait ici le lieu de parler d'Ive et d'Ingelran, adversaires eux aussi de Bérenger, si nous n'avions fait leur biographie au chapitre des chanceliers et des maîtres.
3» Le troisième groupe des élèves chartrains comprend ceux qui, s'étant fait moines, nous sont connus surtout par des chroniques monastiques. Sigon de Saumur, Arnoul, Hugues de Langres, prirent l'habit religieux, mais nous en avons déjà parlé à un autre point de vue.
Le premier et le plus fameux d'entre eux est Albert* qui fut d'abord doyen du Chapitre, puis abbé de Marmoutier. On le trouve à la tête des chanoines dès 1022 ; pendant le voyage de Fulbert à Bome, il écrivit deux lettres que nous avons encore, l'une à l'évêque de Lisieux, l'autre à l'archevêque de Tours 2. Il appartenait à la grande famille de la Ferté, très puissante et très répandue alors ^ Sa noblesse et ses qualités le firent élire évêque après Fulbert, en 1028, par la majeure partie du Chapitre, mais le roi Bobert imposa Thierry , bien que les chanoines eussent prié l'archevêque de Sens, ses suffragants et Odilon, de soutenir leur candidat ^. Pour le bien de la paix, Albert se retira à Marmoutier, dont il fut abbé en 1032. Son règne fut l'âge d'or de ce monastère, et dom Martène, qui ne sait pas l'origine chartraine d'Albert, consacre de longues pages au récit des fondations , des donations, des professions célèbres qui se firent sous son gouvernement ^. Les religieux de Souvigny l'appelaient rafe?>é des abhés; Orderic Vital ditque sa réputation s'étendit jusqu'aux pays les plus éloignés ^ Les
^ Hist. litt., VII, 554. Voir la lettre d'Ascelin dans le man. 9376, f. 34, de la Bibl. nat., et dans Labbe, IX, 1056. Du Boulay, Histor. Un. Par., I, 430, etc.
^ P. L., t. 141, col. 263, 264.
3 Cart, de N.-D., I, 92, 95.
* P. L., t. 14L col. 275,
s Histoire de Marmoutier, I, 273-350.
6 Ord. Vital, Hist. eccles., 1. 111, ch. 11.
religieux de Saint-Germain-des-Prés et de Saint-Bénigne de Dijon inscrivirent son nom dans leur Nécrologe. Les Chartrains ne l'oublièrent point. Thierry et Agobert contractèrent avec lui une affiliation spirituelle dont l'acte existe encore. Agobert lui %ccorda même une prébende dans la Cathédrale, et lui permit d'établir des prieurés à Chuisnes, à Orchaize et à Mantes. Il attira près de lui plusieurs chartrains, entre autres un certain Gautier, qui lui donna sa fortune et s'attacha au prieuré de Ghalonnes, un jeune homme de race noble, nommé Ratherius. un chanoine appelé Raoul Mala Corona, dont nous parlerons plus tard. C'est peut-être par suite de son influence que R.obert de Tours fut évêque de Chartres après l'intrus Hugues, et que l'on imposa aux religieux de Saint-Père, comme abbé, un moine de Marmoutier, appelé Thierry. Lorsqu'il mourut, en 1062, on inséra son obit à la date du 20 mai, dans le Xécrologe*.
Outre les lettres qu'il écrivit comme doyen en 1022, il laissa un Recueil des Coutumes de son monastère, dont ceux qui l'avaient vu dans son intégrité vantaient la profonde sagesse -.
Cet Albert avait été contemporain de Fulbert; ceux qui suivent ne purent guère que l'entrevoir, si toutefois ils ne vinrent pas après lui : il s'agit de Goisberr et du prévôt Foj(c/te/', qui. après avoir étudié et vécu à Chartres , se firent ensemble moines à Saint-Évroul. Orderic Vital en parle plusieurs fois dans son Histoire '.
(( Ce Goisbert, dit-il, était de Chartres: c'était un homme de grande taille, de mœurs obligeantes et affables, généreux et magnanime. Il était très-habile dans la médecine, aussi avait-il beaucoup de relations et d'amis. » Il fréquenta d'abord les cours des princes, et s'attacha particulièrement, comme médecin, au service de Raoul de Couches, fils de Roger de Toeni. Dans cette charge, il était déjà le bienfaiteur de Saint-Évroul. En partant pour l'Espagne, son maître, qui l'aimait beaucoup, le reconmianda aux religieux. C'est alors, dit Orderic Vital, qu'il se convertit à la vie monastique : il vendit la belle maison qu'il possédait à Chartres pour trente livres chartraines et en apporta triomphalement le prix au monastère.
* Cart. de A'.-D., III, 115.
= Hist. lilt., VII, 55:J.
3 Ord. Vital. Hist. eccles., l. 188. col. -290, 415, 417, 4-26, 433, 435,
Il n'en continua que davantage à procurer aux religieux de riches aumônes. Quand il fut revenu d'Espagne au bout de quelques années, son maître l'emmena en Angleterre, et, sur sa prière, fit don à Saint-Évroul de deux mansiones en ce pays. Ayant obtenu en 1076 la permission de visiter ses compatriotes et ses amis en France, et d'exercer son art au profit des indigents et de ceux qui réclameraient ses soins, il sut en profiter pour susciter de nouveaux bienfaiteurs à son abbaye.
Lorsqu'on n'utilisait pas son talent dans la médecine, on se servait de lui comme architecte, et on le constituait prieur dans les localités où il y avait des églises à bâtir. C'est ainsi qu'il en construisit de nouvelles à Parnes et à Manlie.
Mais il préférait l'exercice de la médecine : sur sa demande, on lui permit de recommencer ses tournées médicales près des chevaliers; elles furent encore très fructueuses en donations et surtout en conversions.
Parmi les hommes notables dont il capta la bienveillance, Orderic Vital cite un illustre et savant chartrain, nommé Foucher K Ce personnage, qu'il ne faut pas confondre avec l'historien de la première Croisade, était noble et riche : nohilitate chiehat et j^f^trhnonio sno magnani possessioneni hahehat : il était chanoine de Notre-Dame et tout à fait instruit dans les lettres : Utterlsque affatim imhutus sancte Dei genitricis canoniciis erat. Orderic Vital ajoute que lui-même fit la charte de la donation de Saint-Évroul, et que Robert Andréa un scribe excellent, l'écrivit, tandis qu'il la dictait avec beaucoup d'art et d'aisance : ipse... chartam fecit, Ipsoque suhtiliter et facete dictante, Robertus Andréas scHptor egregius. hoc modo adnotavit. Cette charte, qu'Orderic Vital donne tout au long, et qui est vraiment élégante, commence ainsi : Ego Fidcherius, Gerardl filius, B. M. Carnotcnsis ecclesiœ indignus qualiscumqiie canonicus.
Ce Foucher, fils de Gérard, est signalé plusieurs fois dans le Cartulaire de Saint-Père de 1070 à 1075 , une fois entre autres avec le titre de primiceriiis -; on le trouve aussi dans le Cartulaire de N.-D. ^ Son obit, dans le Nécrologe du Chapitre, énumére tous ses titres : Et Fulcherius , filius Gerardi, canonicus et primicerlus et prepositus Sanctœ Mariœ^ qui, ad
^ Ord. Vital, np. cit., 126.
2 Cari. S. Père, p. 195, 206, 220, 231.
3 Cart, de N.-D., I, 92, III, 210.
ultimum ^ Deo annuente, factus est monachus. C'était donc un primicier et un prévôt, et des recherches récentes ont montré qu'il appartenait à la fameuse famille des Boël, dont les membres étaient porte-étendard et plus tard vidâmes du Chapitre *. titons un trait particulier concernant Foucher. Dans la charte qu'il dicta lui-même pourSaint-Évroul, il mentionne ses fils et sa femme Alpes ; il était donc marié, comme le prévôt Ive, son contemporain, sans doute avant d'être chanoine, ce qui prouve que les laïques à cette époque fréquentaient aussi nos écoles chartraines.
4° D'ailleurs nous allons en apporter de nouveaux exemples en parlant du quatrième groupe des ccoliers, de ceux qui restèrent dans le siècle; nous leur adjoindrons les personnages illustres de Chartres ou des environs, qui paraissent avoir eu quelque connaissance des lettres; il est probable que la plupart étudièrent aux écoles épiscopales.
Les quatre principaux savants de ce temps sont trois médecins et un musicien. Celui-ci signait en 1061 une charte sous le nom de Guillemus citharedus -, les autres s'appelaient Geoffroi, Guiszo, et Jean*. Geolïroi paraît en 1069 % Guiszo et Jean dans une charte donnée par le vicomte Gilduin en 1046 *. Nous n'avons aucun renseignement sur le premier, mais le second nous est plus connu. En 1049, il apparaît comme témoin d'une charte à la suite de tous les membres du Chapitre*. A l'instar de Goisbert il était architecte et médecin. Son obit rapporte qu'il construisit le trésor où sont les châsses et bâtit le vestibule du côté di'oit de l'église ^ Sa réputation de médecin le fit nommer médecin du roi Henri I^"": celui-ci mourut, disent Orderic YitaF et Guillaume de Jumièges% pour avoir enfreint son ordonnance; au lieu de la potion commandée, le roi, dévoré par la soif, but de l'eau qu'il s'était fait apporter secrètement par son serviteur. Le lendemain, il était mort. En racontant
* Voir Un manuscrit charlrain du A/'^ siècle, |». 1:23, ["li.
2 Cart. S. Père, p. 189.
3 Cari. S. Père, p. 206.
^ Cari. S. Père, p. 161 .
s Cart. de JS.-D., I, 92.
6 Cart. de N.-D. III, 2.
7 Ord. Vital. P. L.. l. 188, col. 265.
« Giiill. de .luiniègcs P. L., l. U9, col. 868.
ce fait, Guillaume de Juiniégesdit que Jean était le plus habile des médecins, )ned'icoruiu peritissirnicin.
Mais ce qui a le plus illustré le nom de Jean, c'est la fondation de la secte des Nominalistes. Une chronique anonyme citée par du Boulay la lui attribue, et nous tâcherons de prouver qu'il en est vraiment le père : Roscelin aurait été son disciple. S'il en était ainsi , la controverse des Universaux aurait pris naissance dans les écoles de Chartres. C'est un titre de gloire que nous n'aurons garde de laisser dans l'ombre. Jean mourut assez tard, sur la fin du XI^ siècle.
Rappelons, en terminant, les grandes familles du pays où les lettres étaient certainement cultivées. Les comtes de Chartres et de Blois prenaient part au mouvement intellectuel suscité par les écoles. Le comte Eudes, mort en 1037, coopéra à la restauration de l'église incendiée, son frère Odo fut chanoine '. Les vicomtes de la famille de Breteuil créaient des monastères ; Gilduin fonda celui de Breteuil avecle chancelier Evrard. Valeran son fils se retira près de Verdun, et c'est là que son père et son frère, l'évêque de Langres, le rejoignirent. Son troisième fils se fit moine de Marmoutier, après avoir eu deux enfants dont l'un fit profession près de lui, et l'autre à Saint-Évroul -. Les vidâmes ne le cédaient point aux autres. Renaud, contemporain de Fulbert, eut deux fils, dont l'un nommé Hilduin, fut chanoine, et dont l'autre, du nom de Hugues, est appelé fidelis ecclesiœ^. L'entrée des Boël comme porte-étendard dans la famille des vidâmes ne put qu'accroître leur culture littéraire. Rappelons encore les seigneurs de Châteaudun qui donnèrent à Tours l'archevêque Hugues; ceux de Gallardon et ceux de la Ferté, qui comptèrent entre les leurs l'abbé Albert de Marmoutier; citons enfin parmi les seigneurs d'alors, le jeune Ratherius^ de la famille des Montigny, cousin du trésorier Ganelon, lequel, en 1038 ou 1039, donna ses biens à Marmoutier, et s'y retirai On ne peut douter qu'il n'y en ait eu
' Cart. de N.-D., 111,209, 61.
- Abréfjé de l'Histoire de Breteuil, par dom Wuvart, Amiens, 1883, p. 25. — Cart. de N.-D. de Cli., 1, 91, 111, 127, 157. — Martèiie, Histoire de Marmoutier, I, 452. — Société arcliéol. d'E.-et-L., t. 9, p. 7. Mémoires.
3 Cart. de N.-D., 111, 86, 196, 97.
^ Singularités historiques. Hameau, p. 212. — Murtèue, Hist. de Marmoutier, I, 309. — Cart. de Marmoutier pour le Dunois, préface. — Cart. de N.-D., 1, 109.
beaucoup d'autres '. Car les grands d'alors n'étaient pas aussi ignorants qu'une fausse science l'a fait croire : mais leurs faits d'armes ont généralement éclipsé leur talent littéraire.
Section III. — Les écoliers originaires du Sud-Ouest : Orléans, Aiigers, Tours, Poitiers, Montmajour. — Les élèves originaires du Sud-Ouest se partagent entre les villes d'Orléans, de Meung, de Micy, d'Angers, de Tours, de Poitiers, de Montmajour.
Adelman en signale trois d'Orléans : Raoul, Engelbert et Lambert, auxquels on peut joindre Gérard : il sont tous dans sa 1"^'' édition et moururent avant 1033.
Raoul, paraît-il, était plus ami des lettres que lettré; néanmoins il amassa de grandes richesses, et ses vertus le firent passer de l'obscurité à la splendeur. On trouve de son temps un Raoul, doyen de la Cathédrale, en 1027, un autre Raoul, fidèle de l'évêque, mentionné dans une lettre de Fulbert, en 1022, un chanoine R..., économe de Sainte-Croix d'Orléans, à qui ce même évêque adresse la lettre 67^. Avec lequel des trois faut-il l'identifier ? Peut-être avec le dernier : en eftet. ses fonctions durent le rendre riche; de plus, il consultait Fulbert comme son maître, et celui-ci rendait hommage à son savoir : Salveto... vir optinie qui... duni prudenter interrogas hene doces -.
Engelbert et Lambert amassèrent aussi de grands biens, mais en faisant payer leurs leçons, ce qui les fit taxer par Adelman d'hommes retors et âpres au gain. Lambert passa plus tard à Paris, où il fut écolâtre et chancelier. Quant à Engelbert, on a pu dire avec vraisemblance qu'il eut pour élèves à Orléans Gérard, maître de Baudry de Bourgueil, et Odeleric, père du chroniqueur Orderic Vital ^.
On ne sait pas exactement la patrie de Gérard : Adelman dit seulement qu'il mourut à Vei*dun, lorsque, revenant des lieux saints, il regagnait les bords de la Loire. Peut-êlie était-il aussi écolâtre d'Oi'léans, car on trouve dans cette ville un certain
* Cari, lie S. Père, p. 118. Aitard , firrr du Yicuuile d'Esy : hanc carlnm feeil.
- .1. Havet. Poème rythmique d'Adelman, p. 88.
2 Enseifjncment des lettres et des sciences dans l'Orléanais, M"° de V'illaret, p. 88.
Gérard qui composa l'épitaphe d'Hugues, fils du roi Robert ', mort le 17 septembre 1025.
Meung possédait un écolâtre du nom d'Hubert, à qui Baudry de Bourgueil adressa plusieurs de ses lettres. Du Boulay se demande s'il fut disciple de Fulbert : nescio an sit Huhertus Fulherti discïpulus. L'Histoire littéraire ne se prononce pas davantage, mais ne rejette point cette hypothèse -. Il se pourrait, en effet, que cet Hubert fut le même personnage que le moine de ce nom, élève des écoles de Reims, à qui Fulbert accorda des lettres de recommandation pour l'archevêque Ébale ^ Les éloges extraordinaires que lui donne l'évêque de Chartres correspondent assez à ceux que lui décerne Baudry de Bourgueil dans ses lettres, et surtout dans une complainte de six strophes composée à l'occasion de sa mort. Ce que Baudry rapporte aussi de ses préférences pour la philosophie platonicienne est assez conforme aux tendances de l'école chartraine^
La ville de Micy, proche d'Orléans, nous fournit le nom de cet André qui, sur l'ordre de Sigon, écrivit dans le Martyrologe, en lettres majuscules et coloriées, l'obit de Fulbert, et peignit trois superbes miniatures en l'honneur de ce prélat. Sur ce point, aucun doute n'est possible ; car il a signé son oeuvre: Andreœ manihus hœc pinxit Miciacensis... Il ne faut pas le confondre avec André, moine de Fleury , qui composa, de son temps, plusieurs ouvrages, entre autres une translation de saint Benoît; mais on peut se demander s'il ne serait pas identique, soit à ce Rodbertus Andréas, egregius scrijjtor . qui servit de secrétaire au primicier Foucher, soit à cet André du Nécrologe, qui laissa quelque argent pour la construction du vestibule de l'église ^
Angers envoya deux de ses plus illustres écolâtres se former sous la discipline de Fulbert : c'était Bernard et Rainaud. .
« P. L, t. 141, col. 935.
-' Hist. litt., VII, 16.
3 P. L., t. lit, lett. 45^
* Baudry do Boiiri^Lieil , P. L., t. 161 , col. 1198. — Voy. aussi Baudry de Bourgueil, par l'abbé Pasquier, p. 25.
^ Cart. de N.-D., III, 186. — Nous ne rangeons point parmi les élèves do Fulbert Mediolanus do Fleury. Ce moine fut simplement envoyé par Abbon à Fulbert pour lui demander une relation des troubles de Saint-Père ; il ne fit que passer. Mediolano discipulo quod precatus es facio, quaeque tibi scribenda petisti, en omnia fere juxta fîdem exarata transmitto. Voir P. L , t. 141, col. 190.
Bernard* était de l'Anjou : l'un de ses frères nommé Robert fut abbé de Cormery de 1047 à 1060. 11 vint à Cbartres de 1006 à 1012 environ, et, dans une lettre, il rapporte quelques-uns de ses souvenirs de jeunesse: « Lorsqu'autrefois, âit-il, je jouissais de votre douce compagnie, il m'arrivait souvent de me rendre, pour écrire ou pour prier, dans la petite chapelle deSainte-Foy, qui est située hors des murs de la ville. Je me rappelle que nos conversations tombèrent quelquefois sur cette sainte et sur les miracles que Dieu opérait toujours à Conques oij ses reliques sont vénérées... Peu à peu je conçus le désir de visiter son tombeau et d'examiner par moi-même ce qui s'y passait. » Bernard fit même le vœu de faire ce pèlerinage à une époque fixée et pour ne pas l'oublier il en prit note dans son petit Codex : bi manuali codicillo \
Sur ces entrefaites, son évêque, Hubert de Vendôme, le rappela pour diriger les écoles d'Angers. Il dut attendre tiois ans avant de pouvoir réaliser sa promesse. Mais alors il partit, visita le monastère et l'église de Conques, lieu du pèlerinage, et lit une enquête minutieuse sur les miracles qui s'y opéraient. Le résultat de cet examen fut une Relation des miracles de Sa'inie-Foy . qu'il adressa avec une lettre dédicatoire à son maître Fulbert-.
Mais ce premier pèlerinage fut suivi de plusieurs autres, à la suite desquels il composa de nouvelles relations. Ces récits de miracles eurent un grand succès: on en lit même une traduction en vers romans^: il en fut pris de nombreuses copies, ce qui donna lieu à tant d'interpolations ou de variantes qu'on a peine à discerner le texte primitif. Cet ouvrage n'est pas le seul que Bernard ait donné au public. En revenant de Conques, pour la troisième fois, il passa par Notre-Dame du Puy, et lit le récit de ce pèlerinage. Que devint-il ensuite? En 1040, lecolâtre d'Angers s'appelait Jean : Bernard n'enseignait donc plus alors. Le chapelain du comte d'Anjou GeolTroi Martel s'appelait Bernard : faut-il l'identifier avec le nôtre? nous ne le savons. Il mourut, d'après quelques-uns, en 1054.
Ra'inaud* d'Angers, qu'il ne faut pas confondre avec Rainaud de Tours, est expressément désigné comme disciple de Fulbert
' /'. /.., 1. m. col. \'1\\.
- A. SS., oct. 111, "IC)?,. — V. pour les Ant^rvins : M. Céleslin Port, Dict., hibliofjrap., les Chruuiquos d'Anjou par .Mabille, 1861), et l'abbé flangeart Ilist. (le rUniversilé d'Aiif/ers.
3 /y/à/. ////.. vu. (1(1. iiitrod.. «t Vil. :{Û8.
parla Chrojiiqiie de Sauit-Florcnt de Saumur. Il assista en 1040 à la dédicace de la Trinité de Vendôme, en qualité d'archidiacre d'Outremaine, avec le scolastique Jean, cité plus haut, et avec Bérenger '. Dans des documents antérieurs à 4057, il prit le titre de chancelier, et le conserva jusqu'en 1075, époque oi^i il eut pour successeur le fameux Marbode.
Il eut la gloire d'avoir pour élève, peut-être Marbode luimême, mais certainement le poète Baudry de Bourgueil. Celuici lui consacra trois épitaphes en vers latins, pleines d'éloges pour sa vertu et sa science : dans la seconde , il dit que ses mœurs étaient rehaussées par son talent :
At decus hoc morum ditarat llttera multa, Copia quam torrens extuUi ingenii'-.
C'est à cause de son savoir et de sa loyauté qu'il fut invité deux fois à vérifier l'authenticité de titres douteux, et une autre fois à formuler le serment qui devait être prêté avant l'épreuve de l'eau brûlante. La Chronique de Saint-Florent rapporte une autre occasion où les moines de cette abbaye mirent à profit les connaissances littéraires et musicales qu'il avait acquises à Chartres. « Comme il se faisait, depuis longtemps, de nombreux miracles, prés de Saint-Florent, l'abbé Frédéric chargea Bainaud, maître des écoles d'Angers et disciple de Fulbert, d'en faire le récit avec une petite préface. Ce même Bainaud refit les répons édités sous l'abbé Bobert, parce qu'ils ne lui plaisaient pas, et leur substitua un texte nouveau. Sigon, diacre de l'Église de Chartres, et disciple lui aussi de Fulbert dès son enfance, en composa le chant. Bainaud fit de plus deux nouvelles hymnes ^\ ))
D'Angers à Tours il n'y avait pas loin : cette dernière ville compta aussi plus d'un représentant à l'école de Fulbert. Nommons Hugues^ Girard^ Rainaud. et le fameux Bérengtr.
Hugues est cet ecclésiastique qui dédia à l'évèque de Chartres un dialogue sur la rareté des miracles de saint Martine Dans une lettre à l'abbé de Fleury, Abbon, Fulbert s'était plaint de
' Cari, de la Trinité de Vendôme., p. 01. 2 P. L., t. 166, col. 1186.
^ Martène, Amplissima collectio, t. V, 11:21, ou les Clironiques d'Anjou, dans les publications de la Société de l'Histoire de France, 1869, p. "287. — Rainaud composa aussi la Chronique de Saint-Maurice , pour la partie qui va de D76 à 1075.
'■* Mabillon : Vetera analecta, nouv. éd. :213-217. — Hist. Utt.^ Vil. ^231,
ce que le grand thaumaturge semblait oublier ses serviteurs. C'est à ce reproche que paraît répondre le Dialogue en question. Hugues, archidiacre de Tours, y justifie saint Martin en racontant à son interlocuteur, nommé Fulbert, un miracle arrivé lors de la consécration de l'église faite par le trésorier Hervé (1008), et révélé quelques années plus tard (i01'-2). On a mis en doute que ce Fulbert fut l'évéque de Chartres, à cause du ton peu respectueux dont Hugues se sert envers lui. Mais nous avons déjà constaté que cet ouvrage était toujours rapproché des lettres de Fulbert à Einard et à Adéodat. Les copistes pensaient donc qu'il s'agissait dans le Dialogue, connue dans les lettres, du même personnage. En conséquence, on peut regarder Hugues comme un correspondant, sinon comme un disciple de Fulbert. L'inconvenance de son langage, quoique surprenante, peut s'expliquer par leurs relations antérieures et la dureté des mœurs du temps.
Girard vint-il à l'école épiscopale? En partant de Chartres, où il avait séjourné quelque temps, il emmena, sans l'avoir entièrement payé, le cheval d'Adéodat, serviteur de l'évéque. Celui-ci le déféra au sous-doyen de Tours, nommé H..., en l'appelant violateur des lois : legum < onlortor ^. Peut-être insinuait-il par cette qualification que ce Girard avait torturé les lois sur les bancs de fécole avant de les enfreindre dans la pratique.
Quoiqu'il en soit d'Hugues et de Girard, on ne peut douter que Rainaud et Bérenger n'aient été des élèves de Fulbert. Adelman cite Rainaud dans sa première rédaction, preuve qu'il inoiu-ut avant 1033 : alors il le regardait comme le roi pai" excellence de la philosophie dans les écoles, depuis la mort de Fulbert. Dans sa seconde rédaction, il restreignait ses louanges : (( Rainaud, dit-il, était le concitoyen de saint Martin, mais non l'imitateur de sa tempérance : il avait la parole facile, le style abondant ; c'était un fort grammairien. » A son retour de Chartres, Rainaud tint les écoles de Saint-Julien, tandis que Tun de ses homonymes était sous-maître de celles de Saint- Martin. Gozechin de Liège le cite parmi les grands maîtres du XI« siècle -. La Chronique de Saint- Julien loue grandement son amour des lettres et des arts ainsi que sa munificence. « Rainaud, dit-elle, fut très utile à son église de Saint-Julien :
' /'. /... t. \\\, cul. -205.
^ /'. /.., t. Ii3, col. 885.
i»\. WICHAEL'S COLLe-"-
il copia des livres (optimi lihri ah eo conscripti) acheta des ornements précieux, fit faire des chaînes d'or, des phylactères, des tables d'autel. Il instruisit les enfants, parmi lesquels étaient ses neveux, Hugues, Evrard, Géraldetbeaucoup d'autres, qu'il serait trop long d'énumérer. Il construisit une église en l'honneur de la sainte Trinité, devant le monastère de Saint- Julien, et retrouva, dans une châsse très antique, les reliques d'un grand nombre de saints, cachées avec les souliers de Notre-Dame. Il acquit le monastère de Saint-Pierre de Reuillé et fit confirmer cet achat par le roi Robert ^ . »
Lorsqu'il mourut, Bérenger* commençait à se faire connaître. Né vers l'an 1000, il fit ses premières études sous la conduite de son oncle Gautier, trésorier de Saint-Martin : tout jeune encore, adolescentuliis, il vint à Chartres, probablement de 1020 à 1025. Il ne tarda pas à fixer l'attention de l'évêque et de ses condisciples. Guitmond raconte, avec partialité d'ailleurs, que dès lors Bérenger montrait beaucoup de suffisance et d'orgueil, méprisant les avis des autres, et tranchant toutes les questions par lui-même, sans souci de l'autorité et de la tradition. Il se donnait aussi de grands airs d'importance et prenait des poses doctorales-. Quoi qu'il en soit de ce portrait, il semble que Fulbert conçut dès ce moment des inquiétudes pour l'avenir de ce jeune étudiant, et, si nous croyons Adelman, il le prenait à part avec quelques amis, le soir venu, pour lui recommander ainsi qu'aux autres, de marcher toujours dans la voie droite des Pères et de ne dévier ni d'un côté ni de l'autre'. D'après Guillaume de Malmesbury, ces paternelles exhortations demeurèrent sans résultat : (( Lorsque Fulbert fut à ses derniers moments, dit-il, un si grand nombre de personnes vint le visiter que sa demeure se trouva trop petite. Le mourant, ayant jeté les yeux sur la foule qui l'entourait, aperçut Bérenger et aussitôt donna l'ordre de le faire sortir. Fulbert déclara ensuite qu'il avait vu près de Bérenger un démon épouvantable qui invitait de la main plusieurs personnes à prêter l'oreille à ses paroles ^ . »
En quittant Chartres, Bérenger se rendit à Angers, où une charte signale sa présence en 1030 : il y remplissait en 1040
^ MdLïiène, Amplissima collectio. V. Hist. monast.S. Juliani Tur., p. 1078. — Salmon. Recueil des chroniques de Touraine. 229. 1850, in 8°.
- Migne. Cours de théol. t. 5, p. 72.
3 Adelman. P. L., t. 143, col. 1279.
* Guill. de Malmesbury, liv. 3, de Gestis Anglorum.
les fonctions d'archidiacre, et, à ce titre, il accompagnait l'évêque Hubert à la dédicace de la Trinité de Vendôme, où il rencontra ses condisciples chartrains Arnoul, Sigon, Agobert, Hilduin le Jeune. Peu après, il était écolâtre à Tours, sans (Ssser d'être archidiacre d'Angers, car Eusèbe Bruno, évêque de ce lieu et son élève, le maintint dans cette dignité. Sa réputation grandit bientôt et vola jusqu'à Paris. Un archidiacre de cette ville, nommé Drogo, vint le visiter, et s'en retourna plein d'admiration pour sa science de la médecine. (( Qui n'admirerait, lui écrivait-il, votre talent qui surpasse celui des médecins de profession. Je n'ai qu'un regret pour vous, c'est que le monde ne connaisse pas assez votre savoir ^ » Drogo n'était pas moins émerveillé de son érudition dans les Écritures. Ce serait à cette époque, si l'on en croit Guitmond, que Bérenger, jaloux de Lanfranc, qui réunissait plus d'élèves que lui, et l'avait vaincu dans une dispute philosophique, commença de mépriser ouvertement les Arts libéraux, et de cherclier dans l'Écriture et les Pères des doctrines nouvelles et curieuses. Vers 1046, il se mit à dogmatiser publiquement sur l'Eucharistie. Aussitôt tous ses anciens condisciples de Chartres se soulevèrent contre lui. Nous raconterons plus tard tous les détails de leur intervention.
Disons seulement que si Bérenger contrista l'école par ses erreurs, il lui lit honneur par ses talents littéraires : sa belle Prière à Jésus, en vers latins, ses difTérentes poésies sont dans le rythme spécialement pratiqué et enseigné par Fulbert-. Ses lettres rappellent l'aisance et l'élégance des œuvres épistolaires de ce pontife. Seul son traité De sacra cœna sent une autre in.spiration. Qui sait si le souvenir du vénérable maître, évoqué si éloquemment par Adelmanetses autres condisciples, ne contribua pointa le convertir. Il dut se rétracter, avant de mourir en d088, car ses amis et ses élèves lui consacrèrent de très belles épitaphcs et son tombeau resta longtemps honoré '.
Nous reviendrons avec détail sur les relations de sa doctrine avec l'enseignement donné dans les écoles chartraines.
* Beretujarius Turonensis, p. 200.
- Marlùiie, Thésaurus Anecdoiorum , t. IV, p. ii5.
^ Pour son liistoirc, voir de Rove , Vita , hœresis, pœnitentia lierengarii ^ Angers, 165G. — \)r Cvozixh, Bérenr/er, Paris, 1877. — Rcv. drs Qucst.histor.^ X\ , HT), etc. — V. son épi(a|)lie par Baudn deBouritueii : Recueil des histor. de France, t. XI., p. ôOO.
Poitiers était plus éloigné que Tours et Angers, néanmoins cette ville compta quelques étudiants auprès de Fulbert; ce qui s'explique par l'amitié de Guillaume V d'Aquitaine pour ce prélat et par la présence en cette ville du célèbre Hildegaire. Il est probable que Rainaud, doyen et trésorier de Saint-Hilaire après ce dernier, vint jusqu'à Chartres ; car en réponse à ses consultations, Hildegaire lui rapportait les doctrines de Fulbert en l'appelant notre très cher père, carissimus épater noster, comme si Rainaud avait été aussi son fils spirituel. Mais s'il y a lieu de douter pour lui, on ne le saurait pour son neveu Herbert. Ce jeune homme étudiait à Chartres et demeurait près d'Hildegaire, qui le gardait en considération de son oncle: c'était de 1028 à 1033 <.
Montmajour était encore à une plus grande distance que Poitiers. C'est pourtant de cette ville que vint le moine Domnus. Une chronique envers, publiée par Mabillon, rapporte qu'il apprit les sept arts libéraux sous Fulbert et qu'il resta neuf ans dans son école :
Post hinc Fiilberti gliscit sub puppe doceri : Artes perciplens septem sua pectorci replet : Novem continuas in scholls cleguit annos -.
Domnus paraît môme avoir fait partie du groupe des élèves privilégiés. C'est à lui en effet que dut être adressée la lettre charmante par laquelle l'évêque console l'un d'entre eux, nommé D. .., de ses apparentes froideurs. En dehors de Domnus nous ne connaissons aucun autre écolier chartrain dont le nom commence par cette initiale ^.
Section IV. — Les écoliers originaires du Nord-Ouest : Paris, Mantes, Beauvais, Sentis, Rouen, Evreux, Saint- Leufroy. — L'Ile-de-France, la Bretagne, la Normandie avaient leurs écoles : elles envoyèrent cependant plusieurs élèves à Chartres.
Paris attirait plutôt en son sein des écoliers et des maîtres qu'il n'en donnait au dehors. Aussi nous n'affirmerons pas qu' Engelhert et Lambert en fussent originaires, bien qu'Adelman nous signale leur présence en cette ville. Tout ce que
^ P. .L, t, 141, col., 278.
- Mabillon, Annal. 0. S. B., 1. LUI, n^ 15.
3 P. L., t. lil, lett. 19°.
nous savons, c'est qu'avant 1033 ils y enseignaient tous deux. (( Apres et retors au gain, ils sortirent de leur pauvreté, et se créèrent une fortune sur les bords de la Seine. » Nous avons vu parla seconde rédaction d'Adelman qu'Engelbert passa ensuite fie Paris à Orléans. Mais Lambert demeura dans la capitale et y devint bientôt chancelier du Chapitre. Une charte del'évêque Francon, datée du 26 mai 1026, lui donne ce titre et nomme son vice-chancelier : eJle se termine ainsi : Harduinns scripsit alque recansnit vice Lcndherti cancellarii. Le Xécrologe de Notre-Dame de Paris renferme son obit au XIIL' des kalendes de juillet (avant 1033) ^
Non loin de Paris, Mantes, avait donné le jour au B. Géraud*. La Chronique de Fonlenelle raconte que ce jeune homme, issu d'une famille noble, vint à Chartres pour y faire ses études, avant l'épiscopat de Fulbert, du temps qu'Herbert y professait encore. Il suivit celui-ci dans son monastère de Lagny, et embrassa la vie religieuse sous sa direction : il devint lui-même abbé de Crespy-en-Valois, puis, en 1008, abbé de Fontenelle en Normandie ; il m.ourut dans cette al)baye, tué dans son lit, le 29 novembre 1031 -.
Beauvais donnaàl'écolechartraine son fameux Foulcoie*^ qui devint sous-diacre à Meaux. Ce poète fécond, disent du Boulay et Lebeuf% mérita d'être comparé à Fulbert par sa culture littéraire: ils ajoutent qu'il en fut peut-être le disciple. L'Histoire littéraire fait observer avec raison qu'ayant vécu de 1020 à 1090 Foulcoie ne put entendre Tévèque de Gbartres mort en 1028. Aussi croyons-nous qu'il fréquenta les écoles quelque temps après, lorsqu'elles étaient tenues par ses amis et ses successeurs. Ce qui rend cette opinion très vraisemblable, c'est que parmi les èpitaphes gravées sur sa tombe, il s'en trouve une des écoliers cliartrains avec ce titre : Carnotus siio Fidcoio. Si Chartres le revendiquait comme sien, c'est qu'il y était allé, comme à Beims. dans le désir d'étudier. Ses œuvres littéraires si nombreuses prouvent qu'il y avait bien prohté.
< Cfut. (le ^.-h. de l'avis, I, 327, iV, 87.
- Ikcueil des Hist. de France^ X, p. 'A^li, ou Mabilloii, Acia, M, t. 136.
' Lebi'ut", Dissertation sur iHist. eccl. et civile de Paris, II, ;218, T/J. — Hist. litt., Vill, 113. — Aualecla Uollandiana : V/> en vers de S. Blandin, publiée par k' P. Pouceiel, t. VII, 115.
A côté de Beauvais, Senlis fournit peut-être des recrues à- Chartres, qui lui avait donné en ce temps l'évêque Rodolphe. Ne serait-il pas un écolier, originaire de ce pays, ce clerc recommandé si gracieusement par Fulbert à Gui, successeur de Rodolphe, et appelé par lui son parent : propinquus noster? '
La Bretagne se cantonnait chez elle : nous avons déjà signalé Ascelin le Breton et son neveu Herbert le Breton, qui lui appartenaient par l'origine de leur famille : en dehors d'eux, nous ne connaissons que l'écolâtre de Fougères, Hardouin : il fut disciple de Fulbert ; c'est tout ce que nous en savons -.
La Normandie, plus proche, fut aussi plus féconde en écoliers, bien qu'elle possédât déjà le monastère de Saint- Évroul et l'école du Bec. Nous ne citerons point parmi ses délégués à Chartres, ni Lanfranc, ni Guitmond, ni Ansfroid de Préaux. Nous avons combattu ensemble dans les écoles, disait Lanfranc à Bérenger ; mais il faisait allusion dans ce texte aux discussions publiques qu'ils soutinrent devant les scolastiques , et non à des études communes qu'ils auraient faites sous le même maître. Guitmond rapporte, il est vrai, de grands détails sur l'attitude de l'hérésiarque lorsqu'il étudiait à Chartres ; mais il a très bien pu les apprendre de la bouche de ses condisciples ^ Ansfroid de Préaux était sans doute l'ami de Bérenger qui lui rendit visite ; il vint même à Chartres pour protester contre ses doctrines devant les clercs chartrains ^ : mais rien ne prouve qu'en dehors de ces relations il ait eu quelque point de contact avec les écoles.
Au contraire, Foulques de Guarleinville . doyen du Chapitre d'Évreux, fut certainement des nôtres. Orderic Vital rapporte que « ce doyen fut disciple de Fulbert et posséda, par héritage de son père, un fief de chevalier. Selon la coutume de ce temps, il prit pour compagne une femme noble, nommée Orielde, dont il eut une nombreuse famille. )) L'historien normand donne la liste et les noms de ses enfants, au nombre de huit garçons et deux filles, et, à cette occasion, il explique
< P. L., t. Ul, col. 249.
- Dom Liron, Bibl. Chartrai?ie, 1719, p. 341. — Martène. Anecd., t. I, p. 253.
3 Darras, Hist. de l'Eglise, XXI, 182, va trop loin en le disant disciple de Fulbert.
^ Revue des Quest. hist., XX, p. 133-134.