‹ Les écoles de Chartres au moyen-âgeChapitre 23 sur 107 · ET DURANT LA PREMIERE MOITIÉ DU XII^ SIECLE · texte numérisé non relu

ET DURANT LA PREMIERE MOITIÉ DU XII^ SIECLE

Le Xh siècle . que nous venons de parcourir, est tout entier dominé par le grajid nom de Fulbert : c'est encore le nom d'un évêque qui remplit l'histoire de nos écoles dans la première moitié du XII<^ siècle. Ive de Chartres se dresse , au seuil de cette période, comme un phare lumineux, qui éclaire de ses rayons l'Église et la France, mais surtout sa ville épiscopale. Grâce à lui, les écoles chartraines, un moment ébranlées par la controverse eucharistique et les changements d'évêques, reprennent une vigueur nouvelle; elles tiennent une place éminente au milieu des autres écoles contemporaines et rivalisent même avec celles de Paris.

Nous avons dit que, dès le XI^ siècle, elles constituaient une véritable académie ; leur organisation persévère et se développe. La valeur de leurs chanceliers et de leurs écolâtres, dont la suite se continue avec une gloire ininterrompue, l'importance et l'éclat de leurs doctrines théologiques ou philosophiques, en font des écoles à part, ayant leur cachet et leur individualité particulière. « L'intérêt qu'elles présentent, dit R. L. Poole, n'est pas seulement d'un ordre théologique ou philosophique, leur caractère est celui d'un humanisme anticipé '. » Elles avaient les mêmes tendances sous Fulbert, mais le mouvement qui s'est emparé de toutes les écoles au XII^

^ R. L. Poole, p. 112.

siècle, et spécialement l'impulsion de saint Ive et de ses puissants écolâtres, va les accentuer plus encore. Ces idées philosophiques et dogmatiques dont nous avons vu la première éclosion à l'occasion de Bérenger et de Pioscelin, se formuleront; «lies rayonneront autourd'ellesjusque dans les écoles voisines, et entreront en lutte avec les opinions contraires, même avec la foi. Des deux grands courants qui se partageront les esprits, l'un, le courant réaliste, aura pour champions principaux les écoliers chartrains.

Malheureusement, Paris ne tardera pas à exercer sur eux une irrésistible attraction, et ils iront étaler leur savoir dans les grandes chaires de la capitale. Ils prépareront ainsi la fondation de la glorieuse Université de Paris ; mais, du même coup, ils amèneront la décadence de leurs propres écoles. A partir de la moitié du XII"-' siècle, celles-ci seront éclipsées, quoique non détruites, par la redoutable concurrence de leurs puissantes voisines, les écoles de Paris.

Nous allons étudier cette période de gloire qui va de l'avènement de saint Ive (1090) jusqu'au milieu du XIP siècle. Nous suivrons le plan jusqu'ici adopté. Un premier chapitre sera consacré à la biographie des utaitres et des élèves, un second au tableau de leurs mœurs, un troisième au programme de leurs études.

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