‹ Les écoles de Chartres au moyen-âgeChapitre 28 sur 107 · II. LES ÉLÈVES · texte numérisé non relu

II. LES ÉLÈVES

Des maîtres aussi fameux que ceux dont nous venons de tracer la biographie ne pouvaient manquer d'élèves, en un temps surtout où les étudiants avaient coutume de se rendre dans toutes les écoles renommées, et de suivre tous les grands professeurs. Aussi nous envoyons, autour de leurs chaires, un grand nombre accourus de tous les points de la France et même de l'étranger. Il en vint d'Angleterre et de certaines villes de France assez éloignées : les chanoines de Chartres naturellement en formaient la partie principale. Parmi ces jeunes gens studieux, quelques-uns entendirent peut-être nos maîtres ailleurs qu'à Chartres, par exemple à Paris; nous les compterons cependant comme membres de l'école chartraine.

^ L'Histoire litt., XI, 1-12, a publié une partie de ce poème de P. Belotin, et M. Victor le Clerc, t. XX, p. 18 du supplément, y a proposé plusieurs corrections.

^ Cart. de Josaphat, p. Lefèvre, fo 5, 152. Bibl. de Chartres. — Cart. de N.-D., I, 184. — Voir aussi pour les scriptores et pour Vorganista : Cart. de Jos., Bibl. nat., 10102, fo 81, 64, et Bibl. de Cli., Cart. de Beaulieu, p. 121. Cart. de Saint-Jean, 1, au milieu.

Section T*^. — Les élèves de Bernard de Chartres. — Les écoliers les plus éloignés étaient originaires d'Angleterre. Du temps de saint Ive, ils formaient une véritable colonie, et, par Feur intermédiaire, l'évêque entretenait des relations avec les évêques anglais. Il écrivait à Robert, évéque de Lincoln, mort en 1412 : « Si vous avez besoin de mes services, faites-le moi savoir par vos élèves, qui demeurent chez nous, et que nous aimons autant à cause de vous que pour leur honnêteté. Par leur moyen . nous vous satisferons et vous témoignerons notre amour ^ « D'ailleurs, la présence de ces Anglais n"a rien qui doive étonner. La princesse Adèle, comtesse de Chartres et de Blois, fille de Guillaume le Conquérant, demeurait chaque année quelque temps à Chartres et fréquentait saint Ive. L'impératrice Mathilde connaissait un disciple de Thierry, qui lui fit hommage de l'ouvrage de son maître. Le roi Henri I^^"" traversa plusieurs fois la ville et s'y rencontra en 1106 avec le pape Pascal IL Nous verrons plus tard Thomas de Cantorbéry et Jean de Salisbury *, son secrétaire, en prendre le chemin : ce dernier même y vint à titre d'évèque, élu par le suffrage unanime du clergé.

Quelques-unsont pensé qu'il y demeura en qualité d'étudiant, lors de son voyage en France, vers 1136 - : il a décrit avec détails, en effet, les cours de Bernard de Chartres; il a pris des leçons de rhétorique et de logique sous Thierry, des leçons de dialectique et de théologie sous Gilbert de la Porrée. Toutefois, il est certain, d'après son propre récit, qu'il entendit ces deux derniers à Paris ; il les cite dans la liste de ceux qu'il fréquenta dans cette capitale. Nous avons déjà montré qu'il connut Bernard de Chartres, par Guillaume de Couches et Richard l'Évêque, mais non par lui-même, puisque Bernard de Chartres mourut avant 1130, et qu(3 Jean de Salisbuiy ne vint en France qu'en 1136. Il n'est donc pas constaté qu'il passa quelque temps à Chartres même; mais il se rencontra avec nos maîtres et nos principaux élèves à Paris, et Ion voit qu'il reçut leur esprit et leur méthode avec une telle docilité qu'il peut être considéré comme un élève de l'école.

* Lettre de saint Ive, 278«. P. L., t. 16-2, col. 279.

- R. L. Poole croit qu'il vint à Chartres et (jii'ii y demeura longtemps, p. 206, 201). (>et auteur rrpètc souvrnl avec raison (jiie Técolc de Chartres a mar-

aué une profonde empreinte, par son humanisme surtout , sur le sljle de Jean e Salishurv.

La présence à Chartres de Guillaume de Couches* et de Richard VÉvêque* n'est pas non plus absolument prouvée. Mais, d'une part, il n"est pas douteux qu'ils furent les élèves de Bernard de Chartres; d'autre part, Ton n'a pas la preuve que celui-ci ait enseigné à Paris du temps de leur jeunesse. Il est donc plus probable qu'ils vinrent à Chartres même. VHistoire littéraire ' a pensé d'abord qu'ils entendirent Bernard, puis elle en a douté. Le texte de Jean de Salisbury cependant, bien compris, met ce fait au-dessus de toute discussion, Adhujus magistri formani prœceptores mei -. Ils enseignèrent, dit-il, comme Bernard : comment Tauraient-ils ainsi imité s'ils n'avaient été ses élèves? D'ailleurs ils sont souvent nommés avec lui, et M. B. L. Poole^ qui n'hésite pas sur ce point, remarque très bien que, par leur humanisme et leur philosophie, ils sont les disciples de Bernard et les représentants de l'École de Chartres.

Giiillamne est la gloire de la Normandie, écrivait un de ses admirateurs: Ejus prœclaret natu Normayinia\ ((Pourquoi ai-je un esprit si obtus, disait-il lui-même, une mémoire si peu fidèle, une élocution si fautive, c'est que je suis né sous le ciel épais de la Normandie, pays des béliers'. » Né à Couches, près d'Évreux, vers 1080, il entendit Bernard de 1110 à 1120, puis il ouvrit une école à Paris, vers 1122. Il la dirigeait encore avec éclat, de 1139 à 1141, quand Jean de Salisbury, quittant Albéric et Bobert de Melun, vint s'asseoir aux pieds de sa chaire. (( Je me suis tourné vers le grammairien de Couches , dit-il, et j'ai écouté son enseignement pendant trois ans. En même temps, j'ai lu et je ne regretterai jamais ce que j'ai fait alors ^. » Il professait une haute estime pour sa science grammaticale, et le proclamait le plus abondant grammairien depuis Bernard de Chartres \ post Bernardum Carnotensem opulentissimus grammaticus. Il faisait aussi grand cas de sa philosophie et la communiquait plus tard à Pierre de Celles, qui la discutait avec Nicolas de Clairvaux.

^ Hist. lilt., Kll, 455. — Haurcau, H'ist. de la pliil. scoL, 187^2, 1, 432.

2 Métal., I, 24.

3 K. L. roole, p. 124-132.

^ Du Boulay, Hist. Un. Par., 11, 743.

' Haiiréau. Singul. histor., Paris, 1861, p. 231.

fi Métal., 11, 10.

Les Cornificiens attaquèrent violemment Guillaume avec les autres maîtres de Chartres, parce qu'il accordait trop d'importance et de temps aux études grammaticales. Plutôt que de leur rendre les armes, il aima mieux quitter sa chaire un •loment. Enfm . il devint précepteur d'Henri Plantagenet et mourut vers 1154. M. Charma, son biographe, croit avoir retrouvé sa tombe près d'Évreux : mais elle était plutôt à Paris, si l'on en croit cette épitaphe vraiment trop élogieuse :

Gallia suspirat, radio privata sereno,

Fit sine Guilkhno, fit sine sole dies.

Flevit Apollinem sua Grœcia, Roma Maronem,

Gallia GuiUelmum luf/et ntique parem.

Ejus prœclaret natu Nonnannia, vietu

Gallia, Parisius corpore, mente poliis '.

Guillaume a gardé la marque de son vieux maître dans sa philosophie, nous le verrons plus tard; il a quelque chose aussi de Bernard de Tours et de Thierry dans ses ouvrages. Il a écrit des gloses sur Priscien, sur le Timée de Platon, sur le De consolatione de Boéce : il a composé trois livres intitulés: Philosophia minor, secunda, tertia, tout inspirés de l'esprit scientifique. Enfm il a publié un dialogue intitulé: Dragmaticon philoiophiœ : ce dernier travail est une rétractation de certaines propositions renfermées dans les écrits précédents, propositions que les moines, et surtout Gautier de Saint- Victor et Guillaume de Saint - Thierry , avaient réprouvées et dénoncées -.

Richard de Contances, surnommé V Evêque* , avaitaccompagné Guillaume de Couches, son compatriote, à l'école de Bernard. Comme lui, il éleva une chaire à Paris vers 1122 ; comme lui, il imita la manière d'enseigner de Bernard ; comme lui enfin, il eut pour auditeur Jean de Salisbury, de 1139 à 1141. « Après Robert de Melun, écrit celui-ci, j'ai suivi Richard l'Évéque, cet homme, qui n'est étranger à aucune science, qui a plus de fond que de forme, plus de savoir que de faconde, plus de solidité que d'éclat, plus de valeur que de vanité. J'ai tout revu sous

< Du Boni., 11, 713.

- K. L. Poolc, p. 338-359, disserte sur ses ouvrages. On ne sait si le Marpia de naturi.s philosophia est une suite ou une partie des autres Philosophia. — V. ifauréau, Sini/ularih's hislorir/ues, cli. de (luillaunie de Couches. .M. Jlauréau, 'Hist. lill. XXIX. |i. 572 cite l'auteur anonyme d'une glose sur les six premières satires de .luvénal BihI. iiat. n» :200l), qui rapporte des paroles de Guillaume de Conches et de Berniud.

lui, et j'ai appris différentes choses du Quadrivïum que j'ignorais, ne l'ayant que fort peu étudié sous l'allemand Hardewin. » Le jeune anglais conserva toujours des relations avec son maître ; en 1167, il lui écrivit ^ « Faites-moi transcrire les livres d'Aristote que vous avez et vos notes sur Marc^ le tout à mes frais. Annotez aussi les endroits difliciles d'Aristote. » Après avoir été archidiacre de Goutances, Richard devint évèque d'Avranches (1171). Rohert du Mont lui a consacré ces lignes : « Aujourd'hui (29 juillet 1182), est mort Pvichard, notre père, évéque d'Avranches, homme très versé dans la littérature tant séculière que divine, et, pour les mœurs, orné de l'innocence baptismale. »

De ses écrits nous n'avons rien conservé, et nous ne connaissons que les Annotations sur sœmt Marc et celles sur Aristote dont parle Jean de Salisbury ; son enseignement, nous venons de le voir, embrassait le Trivium, le Quadrivium et même la théologie. A l'exemple de Bernard, il insistait beaucoup sur les lettres et y passait beaucoup de temps ; mais, sous la pression des Gornificiens, il se retira, comme Guillaume de Gonches, de l'enseignement plutôt que de diminuer ses leçons-.

Deux lettres des comtes Galeran de Meulan et Robert de Leicester, adressées au doyen Samson de Mauvoisin (1119- 1124), nous font connaître un autre étudiant de nos écoles, originaire de l'Angleterre ou de la Normandie. (( Nous vous prions, disaient ces seigneurs au doyen leur ami, d'aider notre clerc Richard'', s'il a besoin de votre libéralité pendant son séjour à Ghartres pour cause d'étude, dum ajjud Carnotum causa studii moram fecerit ^ « Ge Richard est le même personnage que celui dont VHisloire littéraire * fait la biographie d'après Orderic Vital. Ses résidences, ses fonctions, son époque, son nom, tout rend cette identification incontestable. Les Bénédictins disent que Richard, né en Normandie, passa à Leicester, où il fut 16 ans chanoine. Il revint ensuite à Meulan. Pendant longtemps, il y fut l'avocat, le conseiller, le familier de Robert de Meulan. Plus tard, il se fit moine à Saint-Évroul, où il devint prieur, sous l'abbé Guérin. puis abbé en 1137. A son retour du concile de Latran, en 1139, il se rendit en

' J. de Salisbury, lettre 211.

-^ Métal., I, U.

^ Lettres d'ive de Chartres, par L. Merlet.

* Hist. litt., XI, 714.

Angleterre et y mourut le 9 mai 1140. « C'était, dit Orderic Vital, un homme lettré, religieux, éloquent et bien doué, sacliant l'anglais et le français. Il avait composé un ouvrage indiqué dans le catalogue de Saint-Évroul sous le titre de ^ententiœ Ricardi ahbatis. et il avait coopéré au Missale de son prédécesseur '. )) Dans ce Missale, que l'on possède encore, Orderic Vital a inséré une longue pièce de vers, en l'honneur de cet abbé, mais il n'y parle pas de son séjour à Chartres -.

C'est au groupe de Bernard qu'il faut rattacher if t/gr» es Métel^ le condisciple de Hugues de Saint-Jean, qui étudiait avec lui le Songe de Sclploii. Ses biographes disent seulement qu'il fut l'élève de Tiécelin en Lorraine, et d'Anselme de Laon. Il aurait pu rencontrer son ami à l'école de ce dernier. C'est peu probable cependant, car à Laon, on étudiait plutôt l'Écriture Sainte que Macrobe, tandis qu'à Chartres on lisait celui-ci avec délices. Peut-être fit-il comme Gilbert, et vint-il à Chartres, soit après, soit avant son voyage de Laon. Quoiqu'il en soit du lieu où il rencontra Hugues de Saint-Jean, le portrait qu'il trace de ses études de jeunesse, correspond bien à celles que l'on faisait à Chartres. « Jeune autrefois, disait-il, j'ai combattu sous les enseignes d'Aristote avec avantage. Ceux avec qui j'entrais en lice ne manquaient guère de succomber aux arguments captieux que je leur proposais, à moins d'être extrêmement sur leurs gardes. Me rencontrais-je avec des grammairiens? La façon dont j'expliquais les règles de la belle élocution leur apprenait que je n'étais nullement étranger dans leur art. Parmi les rhéteurs, je m'escrimais de même sur les figures de la rhétorique. Je faisais aussi ma partie avec les musiciens. Je calculais dans la compagnie des arithméticiens ; je mesurais la terre avec les géomètres ; je m'élevais aux cieux avec les astronomes, j'en parcourais la vaste étendue des yeux et de l'esprit, j'observais les mouvements des astres, je suivais les sept planètes dans leurs courses irrégulières autour du zodiaque. Autrefois je disputais sur la nature et les propriétés de l'âme... Autrefois, je faisais en esprit le tour du monde, ayant même pénétré jusqu'à la zone torride, où je plaçais des liabitants... Je pouvais en me tenant sur un seul pied composer jusqu'à mille vers ; je pouvais faire des chants

' Orderic Vital, P. L., I. 188, col. 949, 958, 976. - bibl de rEcole des Chartes, t. 34, p. 275.

rimes de toute espèce, j'étais en état de dicter à trois copistes à la fois sans me troubler. »

Hugues Métel se fit chauoine régulier de 1115 à 1120, et écrivit des poésies fugitives et cinquante-cinq lettres : nous avons cité celles qui furent adressées aux abbés Hugues et Etienne de Saint Jean. Il mourut vers 1157 ^

Section il. — Elèves de Gilbert de la Porrée. — Un autre normand fut disciple de Gilbert de la Porrée : c'est Rotroii de Bemimont* , fils de Henri, comte de Warwick. Gilbert l'invoqua comme témoin en sa faveur, avec Ive, aux conciles de Paris, en 1147, de Reims, en 1148 ; il l'avait compté parmi ses élèves à Chartres même, avant son départ pour Paris. En effet, Rotrou fut archidiacre de Rouen peu après 1137, puis évêque d'Evreux en 1139. Il monta sur le siège de Rouen, en 1165, et mourut le 26 novembre 1183. L'Histoire littéraire - raconte son voyage à Rome en 1159, son intervention dans les affaires politiques et dans les démêlés d'Henri II et de Thomas Becket. Dans ces démêlés, il écrivit 17 lettres que nous avons encore. Pierre de Blois l'estimait beaucoup et correspondait avec lui. Dans sa lettre 47«, il le félicite de ce que le roi Henri lui avait contié l'éducation de son fils en raison de sa science, cum ipse litteratus sis. D'ailleurs, le Cartulaire de Notre-Dame de Chartres^ renferme deux chartes octroyées par lui, et il y en a beaucoup d'autres dans les Cartulaires de Normandie.

D'après le manuscrit de Saint- Amand, contenant ses Cornmentaires sur Boèce. Gilbert eut quatre autres élèves, un anglais, Jordan Fantosme, deux picards, Jean Beleth, Nicolas d'Amiens et Ive de Chartres *. Voici ce que disent de ce manuscrit Martène et Durand : « Parmi les livres de Théologie (manuscrits) de la Bibliothèque de l'abbaye de Saint- Amand, nous vîmes les Commentaires de Gilbert de la Porrée, évéque de Poitiers, sur les livres de la Trinité de Boèce. Son portrait est à la tête, avec cette inscription : Magister Gillebertus Pictavensis episcopus^ altiora Theologicœ philosophiœ sécréta, diligentibus, attentis et pulsantibus referens^ discipulis quatuor, quorum, yiomina suscripta sunt,

' Huy;iies d'Estival : Sacrae Antiquitatis monumenta, p. 312-412, voir lettres 21 , 34 , 55. — Hist. Hit., XII. 493.

2 Hist. lia. XIV, 295-300. — Gallia christ., XI, 48.

3 Cart. de N.-D., I, 164, 166, 197, 198, 231. ^ Martène et Durand, Voyage littéraire, III, 99.

quia digni sunt. Au-dessous de ce portrait on voit celui de trois de ses disciples. Celui du quatrième est dans la lettre initiale. Au-dessous de ces trois portraits, on lit : Jordanus Fantasma, Ivo Carnotensis decanus, Johannes Bel et ; hi très * ille quartus intensiore studio attentif mentis acie perspicatissimi et sola verîtatis spec'ie coarti, sub Pictavensi episcopo viguerunt discipuli : quorum animœ requiescant in pace. L'inscription de celui qui est représenté dans la lettre initiale est conçue en ces termes : yicolaus, qui pro dignitate sua arcanis Pictavensis episcopi sententiis. ut digni intromittantur ad eas, lucem plenœ expositionis infudit.

Jordan Fantosme est signalé comme clerc de l'église de Winchester, en 1158, sous l'épiscopat d'Henri de Blois (1129- 1171), fils de la comtesse Adèle, si dévot à Notre-Dame de Chartres. Il est probable qu'il était chancelier, car il lit un procès à maître Jean Joichel, qui avait usurpé, sans sa permission, le droit d'enseigner dans la ville. Arbitre dans cette querelle, au nom du pape Adrien. Jean de Salisbury se prononça en faveur de Jordan. Il rendit compte au Pape de sa sentence et des débats dans sa lettre lO'^, mais Jean en appela au Pontife et partit pour Rome. Nous ne savons quelle suite eut TafTaire. Jordan Fantosme composa un poème en laisses monorimes, plein de renseignements intéressants sur la guerre d'Henri II avec le roi d'Ecosse, en 1173 ' : il mourut en 1174. Avait-il entendu Gilbert de la Porrée à Chartres plutôt qu'à Paris? Nous sommes porté à le croire à cause des condisciples avec lesquels il est nommé.

Jean Bcleth**, dont le nom est aussi anglo-saxon (il y eut pourtant alors un Beleth, évéque d'Autun), suivit les leçons de Gilbert, à Chartres même. Une charte de Tiron, donnée par l'évèque Geolîroi. en 1135, porte expressément son nom : Jean Beleth -. Plus tard, il fut prolesseur à Paris, en même temps que Pierre Lombard ; enhn il fut attaché à l'église d'Amiens. Il composii des Ser)no)is, des Eclaircissements sur quelques passages difficiles de rAncie)i et du Nouveau Testament, un opuscule sur les Sybilles, un Commentaire de Pierre Lombard, un traité des Sept vices et des sept vertus, enfin un Traité des Offices divins, qui renferme de curieux détails sur

' Liller. française au M. A., Gaston Pari^. 1888, p. *So. 2 Cari, (le Tiron. L -220.

les offices liturgiques d'alors ^ Trois fois au moins, dans ce dernier ouvrage, Beleth cite l'opinion de Gilbert de la Porrée, son maître-. Ce traité, que Lauriman a latinisé, et qui se retrouve dans 25 manuscrits de la Bibliothèque nationale , plus complet que dans les imprimés, renferme beaucoup d'usages propres à l'Église de Chartres. Ce trait est une vraisemblance de plus en faveur de l'éducation chartraine de Beleth. Trithème l'a grandement vanté. (( C'est, dit-il, un théologien unique, habile dans l'Écriture Sainte, très instruit de la philosophie séculière, d'un esprit vif, scolastique dans son style, bien placé parmi les docteurs de son temps ; par ses écrits et ses controverses, il a transmis un nom glorieux à la postérité ■\ »

Outre Beleth, Amiens envoya au cours de Gilbert un autre de ses clercs, nommé Nicolas*''. Le manuscrit de Saint- Amand dit que, très au courant de la théologie de l'évêque de Poitiers, il la mit à la portée de ceux qui étaient capables de la comprendre, par une exposition lumineuse. En effet, il a composé une somme de théologie : De arce fidel. h' Histoire littéraire, après l'avoir attribuée à Alain de Lille, la lui a ensuite restituée. Il en reste deux manuscrits. Ce qui la rend intéressante, c'est qu'elle est un essai purement rationnel des vérités de la foi contre les sectateurs de Mahomet. Elle est dédiée au pape Clément III (1187-1191). Dans ce temps, plusieurs traités avaient paru déjà contre les Arabes, entre autres, ceux de Pierre le Vénérable : on peut croire toutefois que Nicolas suivait, en composant le sien, l'influence de l'école de Chartres, laquelle était en contact avec les Musulmans d'Espagne, par l'intermédiaire des traducteurs du Midi.

Gilbert de la Porrée compta plusieurs autres partisans. Nous ne saurions affirmer que tous furent vraiment ses disciples , et qu'ils vinrent à Chartres ; cela paraît cependant assez probable. Tels furent : Guillaume Corborensis, qui lui dédia une Explicatiç quoramdam vocahulorum gvœcorum. (Bibl. nat. v. f. 1100^);

• Hist. lilt., XIV. 218. — V. Notices et extraits des Manuscrits, L XXXiI«>, 2"^ p. — Notice sur le w» 994, par Hauréau.

-^ V. chap. 54, 130, 147.

3 P. L., t. 202, col. 9.

'' Hist. litt., XVII. 1-5. — Somme de Théologie, p. Simler, p. 49. •

^ Documents inédits concernant f Histoire littéraire de la France, 1875. Lettre de Dom Colomb, 14 Juin 1758 : Guillelmi Corborensis explicatio quorunidam vocabulorum fp'œcorum ad Gilbertum, episcop. Pictaviensem. Ne serait-ce pas Giiill. de Combourg, abbé de Marmoutier ?

Etienne d'Alinerra , clerc dllenri, comte de Champagne, chanoine de Beauvais et de Saint-Quiriace j)rés Provins, qui, d'après HéHnand^ n'aimait pas saint Bernard, l'adversaire de Gilbert, et était très exercé dans les finesses de la langue latine et française. — Tel était encore cet auteur du Liher de vera philosophia (après 1179). mis en lumière par M. Paul Fournier, qui s'attaquait violemment aux ennemis de Gilbert et défendait sa doctrine -. — Tel était encore Hugues de la RocJicfoHcauld, qui, d'après V Histoire des Pontifes et Comtes d'Angoulême, fut élu (mais non sacré) à la place de Geoffroi du Loroux, archevêque de Bordeaux % parce qu'il était habile dans les arts, et qu'il avait fréquenté les cours de Gilbert, surtout ses cours de théologie. — Tel était ce jeune Geoffroi, qu'un moine appelé G. recommandait à Gilbert, croyons-nous: (( Je vous ai prié, lui disait celui-ci, pour l'amour de Dieu et de nous, d'accepter dans votre École pour l'instruire, un enfant, mon cousin, nommé Geoffroi: vous me l'aviez promis; vous aviez même proposé de lui prêter vos livres, si c'était nécessaire. Maintenant que je suis éloigné de vous, j apprends qu'il est exclu de votre école et qu'il reste oisif; c'est pourquoi je recours à votre charité et vous supplie de tenir votre promesse, au moins jusqu'à ce que je revienne à Chartres''. »

Section III. — Élèves de Thierry de Chartres. — D'autres étrangers illustres furent attirés par le grand savoir de Thierry et suivirent ses leçons, soit à Chartres, soit à Paris. Lui-même nous dit, dans son Commentaire sur la Rhétorique de Cicéron, qu'il ne tenait pas au nombre, mais à la qualité des élèves. Nous avons déjà nommé Jean de Salisbicry, qui l'entendit à Paris de 1139 à 1141 ^: citons-en deux autres, aussi très fameux, qui le fréquentèrent un peu plus tôt : Herwann le Dalmate* et

' P. L., t. 512, col. 10^^58. Honim dunnim mafjisirorum, Peiri videlicet Abelardi et (ilsleberli Porrelœ quidam discipiili nimium zelatiles prn ipsis, Bcrnnrdo cl loti tlislerciensi ordini posteu dctrahc.rc cœpemnt. Quorum unus magister Siephanus cognommto de Atinrrra dixit milii seipsum i nier fuisse illi liemensi roncitio et liernardum uoslrum nihil adversus Gisicbertum suuni pncviduisse... Erat fiutem isic Siephanus... exercitalissimus in omni rjenere faceliarum ulriusque linijuie Laliuœ et Gallix.

2 Un adversaire inconnu de saint Bernard rt dr P. Lombard. Ribl. de, TEcole des Charte.s, t. 47, J886.

=^ Du Houlay. Hist. Un. Par. II, 280. — Historiens de France, XII, 399.

* Lcll. d'Ive de (Chartres et d'autres personnages de son temps, XXIll.

^ Métal., II. 10.

Robert de Rétines*. Ces deux savants, dont le second paraît avoir été anglais, Retinensis, poussés par l'amour des sciences, surtout des sciences astronomiques, parcoururent, à l'exemple d'Adélard de Bath, les principales écoles d'Europe, de Grèce et d'Asie : ils allèrent jusqu'en Espagne, et y perfectionnèrent leurs connaissances, sinon parmi les Maures eux-mêmes, au moins parmi les chrétiens savants de ce pays. Ils y furent rencontrés par Pierre le Vénérable, abbé de Gluny, qui les employa tous deux, avec un arabe et un juif converti, nommé Maître Pierre, à traduire le Coran en latin. C'était en 1141. La dédicace porte le nom de Robert, mais l'œuvre est commune aux quatre traducteurs, comme il résulte du Prologue de Pierre le Vénérable dans son traité Contra sectam et hœresim SaracenorumK c( Je me suis adressé, dit-il , aux hommes habiles dans la langue arabe, et je les ai persuadés, par mes prières et mes présents, de traduire le Coran : à ces chrétiens, j'ai adjoint un sarrazin ; les chrétiens s'appelaient Robert de Rétines, Hermann le Dalmate, Pierre de Tolède; le sarrasin se nommait Mahomet. Ils ont fouillé la bibliothèque de cette race barbare, et ils ont édité à l'usage des latins un gros volume. C'était l'année que j'allai en Espagne, et que j'eus un entretien avec Alphonse le Victorieux, c'est-à-dire en 1141. » Le Le Statu Saracenorum qui accompagne la version du Coran paraît avoir été composé par eux dans la même occasion.

Mais ils s'occupaient encore d'autres écrits. (( Ces interprètes, versés dans les deux langues, ajoute Pierre le Vénérable, je veux dire Robert de Rétines, actuellement archidiacre de Pampelune, et Hermann le Dalmate, étaient tous deux des écolâtres très fms et très lettrés. Je les ai trouvés en Espagne, sur les bords de l'Ebre, s'adonnant à l'astrologie. » Ils rapportèrent, en effet, différentes traductions latines d'ouvrages arabes sur l'astrologie et sur l'astronomie -.

Citons d'abord le Planisphère de Ptolémée, qu'Abul Casim Maslama {\ en 1007) avait transporté du grec en arabe. On a dit que Rodolphe de Bruges, disciple d'Hermann le Dalmate l'avait mis en latin : il est possible, en effet, qu'il l'ait traduit sous la direction et la dictée de son maître et de

' P. L., t. 189, col. 671

- Recherches sur les anciennes traductions latines d'Aristote, 1843, p. 101.

I" interprète ' ; mais c'est Hermann qui en lit, avec Robert de Rétines, la dédicace à Thierry de Chartres, en 1144 : c'est même à lui que le manuscrit 7377 B. attribue cette œuvre: <on y lit, en effet, cette rubrique: Planispherium Ptolemei Iranslatum de arahico m latïnum per Hermanninn secundum. Nous avons encore la lettre dHermann à Tiiierry : « L'astronomie, cette base des sciences, à qui pourrais-je mieux l'offrir qu'à vous, qui êtes dans notre temps, l'ancre première et souveraine de la philosophie seconde (c'est-à-dire du Quadrivium), le soutien immobile des études ballotées par toute sorte de tempêtes, à vous, mon très diligent maître Thierry^ en qui, je n'en doute pas, revit Vâme de Platon , descendue des deux pour le hoyiheur des mortels, — à vous, le vrai Père des études latines... Considérant votre vertu, mon illustre compagnon, Robert de Rétines et moi, nous avons voulu vous imiter-... » Hermann insinuait encore qu'il avait composé d'autres traités astronomiques.

En effet, il faut lui attribuer plusieurs autres ouvrages. Il envoya à Bernard Silvestre, le De utilitatïbus astrolahii, que l'on dit avoir été traduit par Rodolphe de Bruges : on possède encore sa lettre de dédicace^. Il composa, sans doute à Taide des traités arabes, le De mensura astrolahii*, que l'on joint toujours au précédent, et qui semble ne faire qu'un avec lui. N'est-il pas aussi l'auteur des Canons de Ptolémée ? Ces tables astronomiques apparurent alors , et elles sont citées souvent dans les deux traités précédents. La Bibliothèque de Chartres en possède deux copies du XII<^ siècle ^ Nous avons essayé de lui attribuer ces écrits faits d'après l'arabe dans un Mémoire auquel nous renvoyons ^ Enfin c'est lui qui adressa à Bernard Silvestre V Experimeutarius , conservé dans deux manuscrits anglais sous ces rubriques : Experimentarius

' Wiisteiifold : Die Uebersetz unffen arabischer Werke in das Lateinische, ilans les Ahhaitdluiif/en der K. Gesellschafl der Wissenscluiften zu Guttingen. Gœttingiie, 1871), in A^.

- Voir le texte de cette dédicace à la fin de notre brochure sur Y Enseignement des Arts libéraux h Paris et à Cliartres... d'après VEptateuchon de Thierry, 1889.

3 P. L., t. 143, col. 382.

^ kl., col. 390.

^ Man. du Xll« siècle n° 213, composé entre 1136 et IllO, voir fol. 135. — Man. de Tliierrv , XIl^ s., n° 498.

" \jEusei(inemenl des Arts libéraux... cité plus haut, et Hermann le Dalmale, Alphonse Picard. 1891.

Bernardi sive Bernardini Silvestris, et plus loin : Eorperimentarius Bernardini Sdvestris^ non quia inventor fuit, sed fidelh ab arahico in latinum inteiyrcs. Bernard Silvestre n'avait pas traduit cet ouvrage, mais il l'avait arrangé à la façon de son De mundi universitate, car ce traité est mêlé de prose et de vers et suivi de tables. C'était Hermann qui l'avait mis en latin ; d'ailleurs, dans un des manuscrits cités ci-dessus, il est représenté en face d'Euclide, un astrolabe à la main^

En dehors de ces ouvrages , Hermann eut sans doute part à ceux de Rodolphe de Bruges, surtout à ceux où ce traducteur se déclare son disciple. Rodolphe s'appelle lui-même Hermanni secnndi discipulus , dans un manuscrit de la Bibliothèque nationale (fonds de Sorbonne, 1759). De même, on lit ce titre dans un manuscrit de la Bibliothèque Cottonienne : Descriptio cujusdam instrumenti ciijus est usus in metiendis stellarum cursihus, per Rodolphum Brugensem Hermanni secundi discipulum. Ce traité, que nous n'avons pas vu, est peut-être identique au De utilitatibus astrolahii ; ce qui confirmerait notre hypothèse -.

Robert de Rétine*, qui connaissait aussi Thierry, fit les mêmes voyages qu Hermann. Il parcourut la France, l'Italie, la Dalmatie, la Grèce, l'Asie, et se fixa en Espagne, où il devint archidiacre de Pampelune. S'il est identique à Robert Castrensis, comme le croit M. Jourdain, il faut lui attribuer, outre la version du Planisphère, celle du traité arabe de Morieri : De compositione Alchymiae. Il adressa sa traduction du Coran à Pierre le Yénérable^ Il put rencontrer Thierry dans ses courses avec Hermann ; nous ne savons si ce fut à Chartres ou à Paris.

Nous sommes dans une ignorance plus grande encore, au sujet d'un compatriote de Robert, du fameux Adélard de Bath. Il eut certainement des relations avec Thierry et son école. Thierry possédait sa géométrie : on avait aussi de son temps ses tables Kharismiennes ^ : il a composé un poème philosophique, dans le style et la doctrine de Bernard Silvestre ^ Mais

1 Maître Bernard, Bibl. de l'Ecole des Chartes, t. LIV, 1893. M. Langlois a, le premier disions-nous, signalé cet ouvrage de Bernard Silvestre.

2 Jourdain. Recherches sur les anciennes traductions... 1843, p. 105, 104. 'P. L., t. 189, col. 653, 671, 1073.

* Bibl. de Chartres Ms. 498.

^ V. Jourdain, Recherches... p. !258 et 453.

nous n'avons rien de plus que ces rapprochements et ces ressemblances.

R. L. Poole nous invite à concéder quelque autorité à npe légende d'après laquelle Thierry aurait été le maître d^Ahélard. Ce fait intéressant ne se prouve guère par le témoignage d'Abélard lui-même: celui-ci était trop orgueilleux pour reconnaître des maîtres ; il a parlé deux fois dans ses écrits de Thierry et toujours d'une façon dédaigneuse *. Un manuscrit de Saint-Emmeran de Ratisbonne, actuellement à Munich, et contenant des écrits très rares d'Abélard, son Scito ieipsum et ses Sententiae, renferme sur lui une petite notice biographique. On y remarque qu'après avoir appris la grammaire, la dialectique, la théologie, et suivi pendant un an les cours de maître Roscius, évidemment Roscelin, il donna luimême à Paris des leçons de dialectique et de théologie. Mais il ignorait encore les mathématiques, et, pour s'en instruire, il s'adressa secrètement, dit le biographe, à maître Thierry : Qui cuni de quadrivio nihil audisset, clatn mayistro Tirrico in qnasdam malhemaiicas lectiones aures dabat, in quihus supra quam œstimaret obtenta difficultat'is intellectus resiliebal audientis. Oui semel affliclo et indigna)iti per jocum magister Tirricus ait : Quid canis plenus nisi lardum baiare consuevit? Baiare aiitem lingere est. Exinde Baiolardus appellari cœpit. Quod nomen lanquam ex defectu quodam sibi inipositum cum abdicaret, sub litteratura non dissimil'i Ilabelardum se notninari fecil, quasi qui haberet art'non apud se summani et adipem. — Ce récit ne paraît pas absolument indigne de foi, dit M. R. L. Poole-, il émane d'un disciple d'Abélard qui possédait ses écrits les plus secrets : il concorde avec le témoignage d'Abélard lui-mxème, qui avoue dans sa Dialectique son ignorance des sciences; avec Ihistoire de Thierry, qui, au contraire, les possédait spécialement, et qui, de plus, se lit le défenseur d'Abélard au concile de Soissons, en 1121, et fut rangé parmi ses fidèles dans la Metanio)pJiosis Goliae, en 1141. On peut rejeter le trait plaisant de la fin ; encore est-il conforme au caractère tranchant de Thierry : celui-ci put donner ces leçons, à Chartres, où Abélard put venir quand il s exila de

* Theologia christiana , 1. IV. P. L., t. 178, col. 1-286 et col. 440-151. D'après la Melamorphosis Goliae, il est rangé parmi ceux quorum plurimi professi suni Abelardiim.

- W. L. Poole. App. p. 363. — Thés. Anecd. nov. 3 diss. isagog. p. XXil ; 17:21. — Cousin : Ouvr. inéd. d'Abélard, 171.

Paris, et mieux à Paris même, où Thierry se trouva très longtemps.

R. L. Poole * nous a fait connaître un autre disciple certain de Thierry : Claremhaud*; archidiacre d'Arras. L'Histoire littéraire - signalait son Commentaire sur la Trinité de Boèce, où il attaquait Gilhert de la Porrée, Abélard, et défendait saint Bernard ; mais elle le croyait perdu. R. L. Poole la retrouvé dans les mss. du collège de Bailleul, à Oxford (cod. GGXGVI) : il a pu constater quil avait été écrit après la mort de saint Bernard (août 1153), puisqu'il y est dit : jocundœ recordacionis ahhas Bernardus . et que son auteur appelé Clarenhaldus avait été l'élève de Hugues de Saint-Victor et de Thierry de Ghartres : « Has causas mihi aliquantidum pertinaciter investiganti ^ doctores mei venerahiles , Hugo videlicet de Sancto- Victore et Theodericus Brito, reddidere. Magister vero Gillehertus, Pictavensis episcopus, verhis perplexis hanc causant reddidit; quœ. tametsi dispendiosa videri possunt ^ tamen in médium proferam, ne tam clarum doctorem, cum, famosis dociorihus ascrihere videar invidere. » Glarembaud fut prévôt de l'église d'Arras, en 1152 ou 1153, et comme son successeur apparaît en 1160, il est probable qu'il mourut avant cette date.

Terminons cette liste des élèves de Thierry par son disciple favori, qui adressa le De sex dierum. op^rihus à l'impératrice Mathilde, et composa un traité d'après ce modèle. Il appelait son maître le principal philosophe de toute l'Europe, totius Enropœ philosophorum, prœcipuus, et se félicitait de voir son livre reçu dans la Bibliothèque de Rome ^ Direxi igitur vestrœ Suhlimitati lihellum quem magister Theodoricus , meus doctor, de sex dierum operibus edidit, quem Rama jam suis commisit archivis. — Signalons enfin cet Orléanais, dont une lettre s'est conservée parmi celles de saint Ive. Ayant oublié ses livres, il écrivait à Denys de les lui rendre : « Envoie à ton ami d'Orléans ses livres par cet excellent G...; je te donne ce signe: nous regardions tous deux dans ma Dialectique certains caractères que tu ne pouvais distinguer suffisamment pour les copier. Donne de mes nouvelles au frère de maître B(ernard)*. »

' R. L. Poole, Append. X, p. 370.

- Hist. litt., XII. 445. — Coiitin. d'Henri de Gand, app. ch. 20.

^ Hauréau , Notice sur le n^ 647 des Mss. latins de la Bibl. nat. Notices et extraits, t. XXXII, 2° p., où sa lettre et l'ouvrage de Thierry sont publiés.

* Lettres d'ive de Chartres, par L. Merlet, Bibl. de l'Ecole des Chartes, 1855, 4*^ série, t. l^i', let. XVIII^

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