‹ Les écoles de Chartres au moyen-âgeChapitre 30 sur 107 · DANS LA PREMIERE MOITIÉ DU XIF SIECLE · texte numérisé non relu

DANS LA PREMIERE MOITIÉ DU XIF SIECLE

Nous avons vu défiler devant nous les maîtres et les élèves chartrains ; dans quelles conditions se trouvaient-ils? Quelles étaient leurs relations et leurs ressources? En un mot, quelle était la vie hiténeure de nos écoles?

Section I. — Les maîtres. — La situation morale et matérielle du chancelier était excellente. Il occupait au chœur et dans l'assemblée capitulaire le sixième rang : il venait après le doyen, le chantre, le sous-doyen, le sous-chantre et le chambrier. Il jouissait, de plus, d'une prébende particulière, qui, avec les produits du sceau capitulaire et le casuel des écoliers, lui assurait une certaine aisance. M. Hauréau a cru en trouver la preuve dans le passage où Jean de Salisbury dit que Guillaume de Conches était, après Rernard de Chartres, le plus opulent des grammairiens, opulentissimus. Ce mot, croyons-nous, qui correspond à cette autre épithète, exmidantisslwus, appliquée par le même auteur an niénir écolàtre, ne doit être pris

< Orcl. Vital, I. IX, y. L., t. 188, col. 085.

comme Je second, qu'au figuré et dans un sens littéraire. Mais on a d'autres indices de la richesse des chanceliers : ce sont surtout leurs legs et leurs présents à l'Église de Chartres. Bernard lui laissa 24 livres, Thierry 45 environ, et Gilbert lui donna deux bassins d'argent. Les deux immenses volumes de VEptateuchon de Thierry devaient coûter une somme considérable : il est vrai que ce chancelier fut aussi archidiacre, et qu'à ce titre il fut en possession de beaux revenus ; on se rappelle encore que l'archevêque Albéron le combla de présents. Les simples maîtres n'étaient pas aussi favorisés. Quelquesuns fîgiiraient parmi les chanoines, mais à titre de lévites et de clercs, dans un rang inférieur, et astreints, sans doute, à tous les offices liturgiques. Ils étaient dotés d'une petite prébende, et percevaient les différentes distributions attachées à leur assistance aux cérémonies fondées par des bienfaiteurs de FÉglise. Lorsqu'ils étaient titulaires d'une chaire, comme le maître de Châteaudun, ils pouvaient jouir d'une certaine abondance ; ils pouvaient s'écrier comme lui : « Je suis dans un excellent castel, riche de tout bien, apud Castridunum , castrum perohtimum et omni opulenium. hono^ enfin Tannée précédente, Tannée de misère, s'est enfuie : Mars, ,oui. Mars s'est envolé, et voilà revenue la bénigne étoile de Vénus. » Ils pouvaient dire encore, comme Gilbert à Poitiers : (( La fortune me sourit, » ou, comme Hugues de Chartres : (( Largent affluait de plus en plus vers moi. » Mais auparavant, ils devaient fournir des preuves de leurs talents, surtout s'ils étaient étrangers, et, pendant leur stage, s'ils n'avaient pas de patrimoine, ils sentaient les angoisses de la misère. « Le vieillard de Chartres, dit Jean de Salisbury, était quelquefois pressé par la pauvreté. Alors il répétait ce vers :

Fata viam invenient, aderitque vocatus Apollo ^

La plupart d'entre eux étaient des personnages fort graves. Ansel devint peut-être évêque de Beauvais et fut chaudement recommandé par Ive son maître. Vulgrin imita l'exemple de saint Gilduin, mort récemment à Saint-Père, et refusa obstinément Tévêchéde Dol. Bernard est toujours appelé le vieillard, et représenté comme le modèle des écolâtres de son siècle. C'était un maître sentencieux et expérimenté : Salisbury le cite souvent. Sur les qualités nécessaires aux progrès dans les

' Enéide, III, 395. ~ Polyc, II, 22.

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