‹ Les écoles de Chartres au moyen-âgeChapitre 40 sur 107 · le Sali.sbunj : Lettres 85, 189, 190, 195, 197, etc · texte numérisé non relu

le Sali.sbunj : Lettres 85, 189, 190, 195, 197, etc

4 Leit. 119, -230.

à sa disposition, non seulement sa table et ses ressources, mais encore ses livres. Réunis, ils s'entretenaient des lettres. Séparés, ils s'écrivaient, s'en voyant mutuellement leurs ouvrages: Jean de Salisbury donnait son De niigis curiaUinn, Pierre de Celles son De panihus. La sollicitude de Pierre suivit Jean de Salisbury jusque sur le siège épiscopal de Chartres, et, sur certains rapports, il lui adressa de pressantes remontrances. Il n'avait pas besoin de l'encourager à favoriser les savants, car, sur la recommandation du premier Pierre de Blois et de Guillaume de Champagne, Jean conféra une prébende au second Pierre de Blois, ce qui permit à celui-ci d'achever son Spéculum jiirls ; il eut aussi l'intention de favoriser l'autre Pierre de Blois ; mais une forte cabale l'en empêcha.

Avant son épiscopat, il avait beaucoup écrit. En 1155, parut son Polycratique ou De nugis curialium, ayant pour objet les mœurs de la cour et du monde ; on Fa fait précéder d'un poème latin de sa composition, Sip\)elé Entheticus, qui roule sur les divers systèmes des philosophes. Suivit en 1159 le Métalogique, qui est un plaidoyer en faveur des anciennes études classiques, et un violent pamphlet contre leurs détracteurs, ces Cornificiens que l'école chartraine tout entière repoussait. Citons encore sa Vie de saint Anselme, si bien écrite qu'elle décourageait Pierre de Blois d'en entreprendre une seconde, sa Vie du B. Thomas Becket, faite, dit-on, par ordre du Pape, pour la canonisation de ce saint, son traité De septem septenis et ses Commentaires sur Saint Paul. Citons encore sa curieuse Historia pontipxalis (1161), si intéressante pour l'histoire d'Arnauld de Bresce et de Gilbert de la Porrée : on lui attribue aussi un traité de procédure, mais on lui a retiré un Pénitentiel qui a été restitué à Thomas de Cabham, sous-doyen de Salisbury. A tous ces écrits il faut ajouter ses Lettres, monument d'une importance incomparable, surtout pour l'histoire de lAngleterre, et divers ouvrages perdus. On sait aussi, par Pierre le Chantre, qu'il prononça quelques paroles au concile de Latran , en 1179, pour s'élever contre les nouvelles prescriptions : on ne peut douter qu'il n'ait appliqué l'ordonnance de ce concile portant la création d'un maître de théologie dans chaque cathédrale.

La liste des livres qu'il légua au Chapitre a été conservée l/^ par le Nécrologe. Après avoir rapporté que c'était un homme de grande religion, brillant de tous les rayons du savoir.

aimable pour tous par son éloquence et ses vertus, son obit énumère ses donations. Il laissa sa bibliothèque entière, dont, ajoute-t-il, une partie a été détruite par le temps et le reste dilapidé par une cupidité criminelle. Il signale en particulier, outre son Polycratiqiie, plusieurs traités de saint Jérôme sur f Écriture Sainte, d'autres de Saint Augustin, de Denys VAréopagite . d'Origène, de Lactançe, de Rahan Maur, de Hugues de Saint-Victor. Il indique Pierre Lombard sur les Psaumes, Lanfranc sur l'Eucharistie, la Chronique de Sigebert, les Histoires de Jean de Tours, VHistoire d'Eutrope. Valère^ Végèce, les Questions naturelles de Senèque, les Devoirs et V Orateur de Cicéron , les Homélies du pape Léon sur la Bénédiction et la Collecte. En un mot, il possédait beaucoup de traités d'Écriture Sainte, quelques-uns d'histoire, un petit nombre d'ouvrages de liturgie et de pastorale; le reste concernait la philosophie ou la théologie ^

Son ami Pierre de Celles*, nommé sans doute sur sa recommandation et celle de Guillaume de Champagne, hérita de son siège, de son savoir, et de ses vertus. P^levé à Saint-Martin-des- Champs. puis abbé de Celles et enfin de Saint-Rémy de Reims, il eut toujours un grand goût pour l'étude : (( J'avais, dit-il, un insatiable besoin d'apprendre ; mes yeux ne se lassaient point de voir des livres ni mes oreilles d'entendre lire. » A Saint-Rémy, il réunit une bibliothèque, et s'occupa des écoles, qu'il affranchit des prétentions d'un écolâtre... Il composa plusieurs ouvrages, entre autres 96 sermons, tous très populaires ; il prêcha les uns sur l'invitation des évéques de Paris et de Cantorbéry, les autres chez les moines de Saint-Bertin de Rading. Demandés de tous côtés, ses sermons étaient, disait-il, dispersés aux quatre coins du monde. On a encore de lui neuf livi'es de Lef^'es, dont Jean de Salisbury faisait grand éloge; quelques-unes d'ailleurs lui étaient spécialement adressées, d'autres étaient écrites à saint Bernard, ou à son secrétaire Nicolas de Claiivaux, à r.irchevéque Thomas de Cantorbéry, à Tabbesse de Fontevrault, Mathilde, à Tabbé de Lagny. Nicolas de Clairvaux le consultait sur l'immortalité de l'Ame : l'archevêque réclamait des sermons; l'abbesse de Fontevrault demandait un Recueil de Sentences; et Tabbé de Lagny un autre ouvrage. Le pape Alexandre III, auquel le légat Pierre de Pavie avait signalé Pierre de Celles comme l'un des grands

« Cart, de N.-D., 111. -201. — Hisl. lill., XIV, 162.

savants de France, ne dédaigna pas de lui recommander les clercs romains qui allaient étudier en France, et l'invita spécialement à se rendre au concile général de Latran.

Outre ses Sermons et ses Lettres, Pierre de Celles rédigea des traités mystiques, moraux, exégétiques : leDepanihus, où il étudie tous les pains dont parle l'Écriture Sainte : le De tabernaculis, où il décrit de même tous les tabernacles et spécialement celui de Noé : le traité de la Conscience, qu'il composa pour Alcher, moine de Clairvaux: celui de la Discipline claustrale, dédié à Henri le Libéral et à Richard son frère : enfin un Commentaire de Ruth, encore inédit, et jadis conservé à Clairvaux.

Tous ces ouvrages sont antérieurs à son épiscopat. A Chartres, il s'occupa beaucoup des besoins matériels de son peuple ; il releva les murs, répara les rues, et s'attira par sa charité la vénération des fidèles qui couvraient de leurs baisers ses restes mortels ^ Il n'oublia point les lettres cependant; outre ses chartes, nous avons ses discours synodaux. Dans l'un d'eux il rappelle à ses prêtres l'obligation de l'étude, et leur trace un programme dont voici les titres : prœferenda est instructio Dei de fide... de spe... de charitate... de legenda scriptura.., de prœceptis Dei... de proniissis Dei... de Sacramentis ecclesie... de eleem^osyna... de unitate, pace et concordia... de omn'i honestate morum... C'est toute une somme de théologie pastorale. Il recommande encore à son clergé d'étudier pieusement et à la lumière de la foi : plus studeat devotioni quarti disputationi : non plantet nemus quœstionum et niultarum argumentationwin juxta hoc altare. Pierre de Celles est donc de l'école des modérés, de ceux qui préférèrent au syllogisme effréné le profit moral de la doctrine ; il met en avant la Sainte Écriture. « Lisez-la donc, vous, prêtres, dont les lèvres gardent la science, parce qu'elle est utile pour instruire les ignorants, convaincre les hérétiques, reprendre les pécheurs, instruire les pénitents. Dieu vous a préparé cette table chargée des pains de proposition, pour que le désir d'apprendre, de lire, de savoir, ne sente pas la faim sans bonheur, et que le goût de la science ne détruise pas le plaisir de la satiété, mais pour que l'étude augmente la soif du savoir et que cette soif augmente l'étude. » De pareilles paroles nous feraient deviner sa prédilection pour les savants. Comme Guillaume de Champagne et Jean de Salisbury, il les favorisait. Nous en avons un

1 Cart. de iV.-D., 111, 46.

exemple dans Tun des amis de Pierre de Blois. auquel, sur sa recommandation, il accorda une prébende. Ce trait nous permet d'affirmer qu'il n'oublia point les écoles, leurs maîtres et leurs disciples; cependant on n'en a pas de preuves positives. Il en est de même pour Renaud de Mouçon. Cet évêque fut un • administrateur habile, parfois peu délicat; ce fut un liomme d'entreprise : il releva sa cathédrale, telle que nous la voyons aujourd'hui, avec le concours de Philippe Auguste, son parent, et du Chapitre ; il alla à Jérusalem en 1199, à Rome en 1202 ; il accorda de nombreuses chartes pendant son long règne. Il ne paraît pas cependant avoir négligé les hommes de lettres. Pierre de Blois et Etienne de Tournay lui écrivirent ; il lit venir un chancelier fameux, Pierre de Pvoissy. Toutefois nous n'avons pas de traces de son intervention dans les écoles. Comme ses prédécesseurs, il s'occupait surtout de fonder à côté d'elles un corps de clianoines lettrés, formant une sorte d'académie ; quant aux écoles mêmes, il en laissait la direction aux chanceliers et aux maîtres.

Section II. — Les Chanceliers^. — Les chanceliers de cette période le cèdent à peine à ceux de la précédente. Ce sont aussi des personnages importants et très instruits.

Celui qui remplaça Bernard de Moëlan continua la tradition savante de ses prédécesseurs. Il s'appelait Robert et se trouve dans les chartes de 1156 à 1173. D'après son obit ', il était pleinement instruit dans les divines Écritures et les arts libéraux, tamâivinarum scripturarum quam liheralhun arlium disciplinis ad plénum erudiliis. Il enseignait donc encore ; de plus il était fort attaché à sa dignité. Aimant et vénérant son église de toutes ses forces, dit le Nécrologe, il lui fit différentes donations, par l'intermédiaire de son neveu Alcher, les unes pour la fondation de son anniversaire, les autres pour la restauration des cryptes ; mais il en fit aussi pour la dotation de la cli.incellerie. Celle-ci fut même grevée d'une rente annuelle pour son anniversaire, qui fut lixé au 17 septembre. C'est le premier exemple de fonds légués à la chancellerie et annexés à sa prébende.

Bouchard, qui vint après lui. ;i toute une histoire. Désireux d'obtenir l'archidiaconé d'Orléans, il sollicita d'Alexandre III des lettres qui lui réservaient cette dignité, pour le jour où son

' CnrI. de A.-D., III, 187, -ili>, 17(1.

titulaire, un certain Herbert, viendrait à la résigner. L'évèque d'Orléans, Manassé, se bâta, à la mort d'Herbert, d'investir de l'arcbidiaconé, Henri, comte de Dreux, qui fut trésorier de Reims, puis évêque d'Orléans, et cela même avant que Bouchard eût pu lui présenter de nouveau les lettres pontificales. Déçu dans son espérance, le malheureux chancelier lit appel au légat, Pierre de Pavie, cardinal, son ancien condisciple à Chartres, et en même temps il partit pour Rome. D'autre part, Henri de Dreux envoya des messagers au Pape, et l'évèque d'Orléans lui adressa un rapport sur cette alïaire. Bouchard soutint si bien sa cause en face des envoyés de Henri de Dreux qu'Alexandre III eut pitié de lui. Pour le consoler des tergiversations de Manassé, il l'investit lui-même de l'archidiaconé par l'anneau d'or, puis il écrivit à Henri de Dreux de renoncer à ses prétentions, et lui conféra la trésorerie de Reims '.

Hélinand, moine de Froidmont, rapporte un curieux épisode du voyage de Bouchard à Rome, épisode que racontait ce même Henri de Dreux, après l'après l'avoir appris lui-même d'un chanoine d'Orléans, nommé Jean -. « L'archidiacre Bouchard, surnommé du Puiset, de Pisiaco, allait partir pour Rome, disait celui-ci ; il me pria de lui donner, comme compagnon de route, un certain clerc nommé Noël, économe de ma maison, parce qu'il excellait dans l'administration des choses temporelles, et qu'il était, chose bien rare, un économe habile, fidèle et prudent. Il le désirait donc, moins par amitié que par avarice, parce qu'il avait peur pour son argent. Moi, je ne pus le refuser à une personne si noble, qui de plus était mon archidiacre. J'ordonnai donc à mon clerc Noël d'aller avec lui et de lui obéir en tout comme à moi ; ce qu'il fit avec peine, tant il craignait le caractère de Bouchard, dont il n'ignorait pas l'avarice. Or, Noël et moi, nous avions conclu un pacte absolument secret ; celui des deux qui mourrait le premier reviendrait s'il le pouvait, dans les trente jours, vers l'autre, sans 1 eiï'rayer par son apparition, en l'avertissant doucement et en le prévenant de son état. Ils approchaient de Pvomè, quand un jour Bouchard demanda compte au clerc Noël de ses dépenses quotidiennes, et exigea de lui qu'il lui expliquât par le menu

^ Epislol. Roman. Pontif. imdilœ^ Lœwenfeld, Lipsiœ, 1885, Lett. 291 et

- Hélinand, P. I., t. 212, col. 731.

à quels usages, à quelles personnes avaient passé ses moindres deniers. Noël n'avait pas coutume de me rendre des comptes aussi minutieux, car je me confiais à lui comme à moi-même. Furieux de voir un homme aussi noble être d'une avarice si sordide, et incapable de rendre le compte qui lui était demandé, il se recommanda, chose horrible à entendre, aux démons. Le même jour, comme ils passaient tous deux un gué, Noël se noya. La nuit suivante, j'étais éveillé dans mon lit : une lumière brillait dans ma chambre; voilà que mon clerc Noël se tint devant moi, revêtu, me semblait-il, d'une chape très belle, couleur de plomb. Je ne fus nullement effrayé et le reconnus parfaitement. Je commençai à le féliciter de son prompt retour d'au-delà des Alpes. « Noël, lui dis-je, vous êtes le bienvenu, est-ce que l'archidiacre est rentré? — Non, Seigneur, me dit-il, je suis revenu seul, selon notre convention, car je suis mort. Ne craignez pas, je ne vous ferai pas peur, mais je vous en prie, secourez-moi, car je suis dans de grands tourments. — Pourquoi, lui dis-je ? Vous avez mené près de moi une bonne vie. — C'est vrai, seigneur, dit-il, je serais heureux, si un jour, pris dune colère subite, je ne m'étais voué aux diables. Je vous prie d'avertir tous ceux que vous pourrez de ne jamais le faire. Celui qui se livre aux démons leur donne pouvoir sur lui comme je l'ai fait moi-même, malheureux que je suis; ils ont eu le pouvoir de me submerger, et c'est pour ce motif seul que je suis torturé; car je m'étais bien confessé de tous mes péchés et je n'étais retombé dans aucun. — Alors moi : Comment avez-vous une chape si belle, si vous êtes dans les tourments? — Seigneur, répondit-il , cette chape qui vous paraît si belle m'est plus pesante et plus lourde que si la tour de Parme me pesait sur les épaules. Sa beauté vient de l'espérance que j'ai de mon pardon, à cause de ma confession, si cependant l'on vient à mon secours. — Alors je lui dis : Certes je vous secourrai autant que je le pourrai , mais je vous en prie, dites-moi si vous êtes enrôlé dans V armée qu'on appelle d'HeUequin. — Mais lui : Non, Seigneur, cette armée ne court plus, elle a cessé; car elle a Ihii sa pénitence. On l'appelait d'Hellequm par une corruplion du nom de Charles Quint ; cet empereur a fait une longue pénitence de ses péchés, et il vient d'être délivré par l'intercession de saint Denis ; m.nis vous, je vous en prie, ayez pitié de moi. Kt il s'éloigna en pleunmt. »

Nous avons traduit toul ;iii long cette histoire, bien qu'elle ne se rapporte pas totalement à Bouchard. Elle nous fait

connaître son caractère porté à l'avarice, elle nous révèle un trait plus important-encore, la haute noblesse de sa famille. Il était, dit Hélinand, surnommé de Pisiaco, c'est-à-dire de ]a famille du Puiset. Et, en effet, il était fds de Hugues le jeune et d'Agnès, et frère d'Evrard du Puiset, vicomte de Chartres (1189), de Galeran, de Gilduin, de Raoul, comme on le voit d'après différentes chartes de 1129 à 1179 ^ L'une de ces chartes ferait croire qu'il avait été marié dans le monde et qu'il avait eu un lils nommé Henri ; les témoins y signent dans cet ordre: Ebrardus de Puteolo, Burcardus , cancellarius Carnotensis, Henncus filius ejas ; cependant, cet Henri peut bien être le fils de son frère Evrard. Cette noblesse et cette puissance de sa famille expliquent les prétentions de Bouchard à larchidiaconé d'Orléans, et son influence près du pape, capable de contrebalancer celle du neveu du roi. Mais elles ne permettent guère, jointes à son ambition et à son avarice, de croire qu'il s'occupa beaucoup de l'enseignement dans les écoles.

Bouchard ne fut pas remplacé immédiatement. En 1187, dans une charte du comte Thibaut pour l'abbaye des Vauxde-Cernay, la chancellerie est déclarée vacante- : elle Test encore, en 1193, dans une charte donnée par Guillaume, archevêque de Reims, à Beaulieu 3. C'est seulement vers 1200 que l'on aperçoit le chancelier Denys. Son nom ne se trouve pas sur le premier Xécrologe fermé en 1130 au plus tard, ni sur le second clos vers 1182, mais seulement sur le Compte de 1230^; il vécut donc entre ces deux dernières dates, et l'on ne peut lui trouver d'autre place qu'au commencement du Xnr- siècle. Du reste, l'on ne connaît que ses deux obits, portés au 27 avril dans le Nécrologe de Notre-Dame et dans celui de Saint-Père \ Le premier dit qu'il était prêtre et chancelier de Notre-Dame, le second mentionne une rente qu'il

' Cart. de N.-D., I, :202. — Mémoires de la Soc. arciiéol. irEure-et-Loir, t. 9. Le Puiset aux J/« et A7/« s., p. 32. — Cart. de Tiron, 1, 128. — Cart. S. Père, p. 112, — Archives de la Maison -Dieu de Chdteaudun , p. 18. — Cart. de Marmoutier pour le Danois, charte 189°, en 1178. — Marmoutier pour le Blésois, charte 185, en 1186.

- Cart. des Vaux-de-Cernay, p. 98-99.

^ Cart. de Beaulieu, p. 70.

* Ms. 1057, 2e partie des man. de la Bibl. de Chartres, fo 32.

5 Au 27 avril , ms. 1037 de la Bihl. de Chartres.

avait faite à Saint-Père, pour son anniversaire, sur des maisons situées prés du pont Saint- Hilaire. On faisait encore cet anniversaire en 16!26 '.

Son successeur, Pierre de Pioissy, fut beaucoup plus célèbre, mais nous en parlerons dans le livre consacré au #XIIP' siècle.

Vers cette époque, on aperçoit deux chanceliers d'évéques : l'un est signalé en 1166 par une lettre insérée dans un Dictamen de la Bibliothèque de Bruges ( n" 549), composé peut-être à Chartres; il signe ainsi : Subxcripsi, ego Wilhelmus cancellarius episcopi : l'autre signe aussi une charte de Jean de Salisbury, en 1178, et une cliarte de Renaud, en 1186; dans la première il s'appelle : Huyo. capellaniis et cancellarius Joannis epUcopï. Mais ces chanceliers servaient Tévêque et non le Chapitre : ils n'entraient pas dans les écoles, et celles-ci, pendant la vacance de la chancellerie, devaient être tenues par les maitres.

Section III. — Les « Magistri ». — Dans cette seconde moitié du XIP' siècle, le titre de « maître)) commence à se multiplier. Toutefois, comme le fait remarquer VHistoire littéraire -, loin d'être purement honorifique, il désigne ceux qui prirent leur maîtrise dans les Universités. La maîtrise était la licence même d'enseigner. Nous pouvons donc, en toute confiance, considérer comme des professeurs la plupart de ceux qui, dans nos chartes, ajoutent ce titre à leurs noms. Du reste, ils signent ordinairement à une place d'honneur, quelquefois même avant les dignités secondaires : leur rang ferait croire que souvent ils remplaçaient les chanceliers. Et s'ils n'étaient pas des êcolàtres, c'étaient des élèves ou des hommes instruits, et ils rentrent quand même dans notre sujet.

Malheureusement nous avons peu de renseignements sur leurs personnes, et nous serons obligés de nous borner à une liste sèche, mais aussi complète que possible, de leurs noms. En dehors de maître Rolfcrt le Petit (Parvus), signalé en 1144 et 11 i7, de maître Guillaume de Modalibas (des Muids), et de inaitre Garin^ déjà cités, nous en trouvons environ quatorze,, de 1150 à 1200.

' Archn'. d'K. cl-L., C. 'AXl

1° C'est d'abord maître Robert Amaiiri, neveu de Gislebert, archidiacre de Vendôme : il apparaît en 1178 '.

2° Maître Heniaud de Poucet, signalé dans une charte de l'évêque Robert à Saint -Gheron, 1160, et dans une autre de 1159 ^.

3° Maître Rainaud de Vieuvicq, donné comme clerc de Jean de Salisbury, en 1178 % et comme simple maître en 1196 \

4° Maître Lambert, nommé peut-être dès 1134 ^ et certainement en 1169 '', avec la qualité de simple prêtre; il apparaît en 1181' et en 1188 '^ avec celle de magister. Le Nécrologe ^ dit que ce Lambert, vlr bonœ memoriœ, laissa au Chapitre deux maisons avec jardin près de la porte Drouaise, une autre maison bâtie par lui avec un autre jardin, près du moulin des Prés. Il ajoute qu'il donna pour le service de l'Église un Graduel et un Tropaïre.

5» Maître Guillaume d'Ivry [Wilhehnus de Iveriaco), cité avec le simple titre de presbyter et de sacerdos en 1165 et 1169 '^, puis en 1181, sous Pierre de Celles '*, avec le titre de maître. Il se rencontre, dans cette dernière pièce, avec maître Pierre de Blois (Petrus Blesensis), dont nous parlerons plus longuement, et avec ^naître Lambert. Le Cartulaire des Vaux-de- Cernay ^-, en 1186, signale aussi un maître Guillaume, chanoine et prêtre de Chartres.

6° Maître Auduin, diacre, donné comme témoin en 1183 ' % n'a qu'une petite mention au Nécrologe '% où il est appelé : levita et canonicus.

7° Maître Pierre; ce maître qui devint archidiacre de Dreux, se voit en 1171 ^% en 1186 ^^, et aussi dans une charte de 1183 à 1193''. Il faut sans doute le distinguer de Pierre de Blois comme de Pierre de Pavie.

^ Cart. de Marmoutier pour le Blésois., 184.

2 Cart. de N.-D., 1, 168.

^ Cart. de Marmoutier pour le Blêsois, p. 164.

^ Cart. S. Père, p. 663.

5 Cart. de N.-D., I, U2. — ' 1, 180.

' Id., I, 207 et V. de Cernay, I, 81.

« Cart. de N.-D., I, 217. — ^ m, 154. — '« I, 164, 180. — " I, 207.

'S Cart. de N.-D. de Paris, II, 532.

'^ Cart. des Vaux-de-Cernay, I, 97, et de Marmoutier pour le Blésois, charte 185.

'■^ Cart. de N.-D., l, 211.

8" Maître Jean du Coin (Joannes de Cuneo). indiqué dans une charte de 1188 * et dans le Xécrologe - en ces termes ; Et magister Joannes de Cuneo, concanonicus noster et diacontis^ hujus sanctœ ecclesiœ servitio dévolus et assiduus : il avait pour frère maître Robert du Coin-du-Mur, de Cuneo-Muri. * 9'' Maître Hervé de GaUardon, dont le nom et le titre sont signalés dans une enquête de 1194, où il fut appelé en témoignage ' : il y est qualiJié de subdiaconus ecclesiœ Carnotensis^ clericus, non canonicus. Il se distingue très nettement des autres Hervé de ce siècle, appartenant à la famille des seigneurs de Gallardon.

10° Maître Herembert . diacre. Celui-ci nous est aussi connu par cette enquête de 1194, dans laquelle on a inséré textuellement ses paroles. Il y est décoré près de dix fois du titre de niagiMer.

iV Maître Payen (Paganus). Distinct de Payen Belotin, (Paganus Belotinus) dont nous avons parlé plus haut, et de l'archidiacre Payen {Paganus), des chartes de 1138 et de 1159^: il était clerc de l'évêque Renaud, en 1196, avec Geoffroi GhardoneP. C'était aussi l'ami de Pierre de Blois: celui-ci lui écrivit en même temps qu'au chantre Crespin, vers 1188", pour se plaindre de ce que tous deux l'avaient mal soutenu près de l'évêque Renaud, que des langues envieuses avaient détourné de lui conférer la prébende promise.

12° Maître Guismond Perl. Ce chanoine, fils d'Isabelle, a été confondu avec Guismond. archidiacre de Dreux et fils d'Elisabeth, et avec Guismond Fouaille, tous deux ses contemporains. D'abord simple diacre', puis archidiacre de Blois en 1194^ et en 1198^ il passa dans le Chapitre de Paris. Le Nécrologe de Notre-Dame de Chartres et celui de Paris fixent tous deux son obit au 3 des ides de janvier et s'accordent à vanter son savoir. C était un homme très lettré, dit le premier '", vir multipUciter litterutus: il donna une bibliothèque très belle, valant 30 livres parisis, dit le second: il avait d'ailleurs fondé son anniversaire dans les deux églises : de plus, à Chartres, il avait établi celui de sa mère Isabelle et laissé une maison ^'.

« Cart. de .\.-D., I, 187. — - 111, iU). — ' 1, -242, — * I, U5 et 168.

^ Cart. de Marmoulier pour le Vendômois, cji. :203.

« P. L., t. -207, p. 71, lettre -20.

' Cart. de N.-D., l 180. - ** 1, 233, 213. — « I, 261. — ««^ III, 12. — " 111, 7U.

Il avait encore fait des acquisitions en commun avec le maître suivant ^ .

13° Maître Bonvalet (Bonevaletus), qui mourut vers 1212, comme le précédent, ne nous est connu que par son obit, où il est qualifié canonicus et diacomis, et où l'on raconte tout le bien qu'il fit à l'église -.

14» Maître Gui (Guido) ; dans quelques chartes, il est placé immédiatement après les dignitaires : il paraît dans l'enquête de 1194 et quelques années après 1200 ^ Son obit^ et celui d'Agnès, sa mère% « femme de bonne mémoire ». disent qu'il était chanoine et lévite. On dit aussi qu'il avait un clerc nommé Etienne ^

15° Maître Robert de Chartres (de Carnoto) : il faut le distinguer d'un Robert de Chartres, chevalier, (miles), très souvent cité dans ce temps ', dont il était sans doute parent. Etienne de Bourbon '' raconte à son sujet, sans le nommer, une assez plaisante histoire : (( Un grand maître de littérature, dit-il, avait pour disciple un personnage noble^ qui répétait souvent devant lui que les évêques de France étaient des aveugles, puisqu'ils ne donnaient pas une bonne prébende à un maître aussi savant. Devenu évêque lui-même, ce personnage appela ses neveux aux bénéfices ecclésiastiques et oublia son vieux professeur. Celui-ci profita d'une procession où l'évêque marchait en pleine lumière pour s'approcher de lui, deux torches à la main. Naturellement févêque lui demanda ce que cela signifiait. (( Seigneur, répondit-il, c'est pour chasser de vos yeux cet aveuglement que vous aperceviez dans les autres qui ne m'appelaient point aux prébendes : il vous a suffi d'acquérir les richesses et les honneurs pour ne plus voir ce que vous aperceviez si bien, quand vous étiez pauvre, avant votre épiscopat. )) Cette histoire n'est peut-être pas vraie, mais elle est bien vraisemblable. Ce défaut, Pierre de Blois le reprochait déjà, et pour cause, à Jean de Salisbury et à Renaud de Mouçon : c'est de ce dernier d'ailleurs qu'il doit être question dans le conte d'Etienne de Bourbon.

^ Cart. de N.-D., II, 67. — ^ III,' 23, II, 67. — » n IQ; T Ui. - ^ m, 137. -Mil, 163. - MI, 10.

■^ Voir Laisné, ms. D., Bibl. de Chartres, n» 1530.

^ Anecd. hist. d'Etienne de Bourbon, par Lecoy de la Marche, 1877, p. 365.

Tels sont les Ghartrains ayant porté le titre de maîtres pendant cette fin du XII« siècle : leur nombre prouve le mouvement intellectuel qui régnait autour de Jean deSalisbury et de Pierre de Celles.

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