II. LES ELEVES
Section l^^. — Les écoliers et les personnages lettrés originaires de Chartres. — Immédiatement après les maîtres, il faut placer les chanoines qui jetèrent quelque éclat dans les lettres, et dont la plupart sans doute furent élèves des écoles chartraines : nous citerons d'abord ceux qui étaient originaires de Chartres même, nous passerons ensuite aux étrangers.
Nous empruntons les premiers Chartrains à la curieuse collection des Lettres de Pierre de Blois '. Ce personnage fut constamment en relation avec notre église, et c'est par lui que nous connaissons, au point de vue littéraire, le doyen Geoffroi^ l'archidiacre Gilles, l'oftieial Guillaume, le chanoine Simon, le chantre Crespin de Dreux^ et d'autres encore. Geoffroi fut si éminent qu'il eut été élu évéque contre Guillaume de Champagne, sans l'intervention du roi. Doyen de 1165 à 1201, il donna de nombreuses chartes, obtint des bulles pontificales, et contribua pour sa grande part à rassembler dans le Chapitre des hommes savants. Pierre de Blois, archidiacre de Bath, était son ami, et se plaignit près de lui. dans sa 49'' lettre, de ce que de méchants collègues lui avaient ravi sa prévôté-.
Pierre do Blois s'adressait en même tempsà Gi^Zc^, archidiacre de Blois, de 1183 à 1193. Celui-ci, d'après son obit^ «était prudent dans les conseils, habile dans les choses séculières. » Sans doute il avait, comme tant d'autres, étudié le Droit.
G., probablement Guillaume, oflicial de Tévèque de Chartres, était aussi un des correspondants de Pierre d-e Blois, et un homme très versé dans le Droit canonique et toutes les sciences ecclésiastiques. C'est même à cause de son savoir que Pierre l'exhortait à quitter l'officialité. Après la lui avoir dépeinte
' Cnrt. (Ir y.-D.. 1. 187, 211. — ^ 111, 18.
sous les plus noires couleurs, il ajoutait : « Je vous verrais plus volontiers dans cette administration que vous avez usurpée, si vous n'étiez éminent dans la connaissance des lettres. Les causes et les jugements, dans lesquels vous vous êtes immiscé imprudemment, pour ne pas dire impudemment, se décident plutôt par le Droit coutumier et séculier que par le Droit ecclésiastique. Non, un homme de lettres, un homme d'église comme vous, ne devait pas s'embarrasser ainsi dans les affaires séculières ^»
Le chanoine Simon s'attirait de Pierre de Blois les mêmes reproches que le précédent. Après avoir achevé ses humanités, il voulait retarder de deux ans l'étude de la théologie, et dans cet intervalle convoiter une charge lucrative. Son correspondant l'en détourne en lui vantant les douceurs de la sagesse et en lui proposant l'exemple de Carnéade, qui avait passé quatrevingt-dix ans à étudier, a Mais vous, lui dit-il, vous avez à peine passé quatre ans dans les écoles, et laissant là les études, vous vous jetteriez dans les affaires temporelles ! Je sais que vous convoitez la richesse, mais on ne peut convoler ensemble à la science et à la fortune. » Puis il lui citait sur ce sujet des vers d'Horace et de Juvénal, des passages de Gicéron, de Valère Maxime et de saint Jérôme. Il concluait : « Puisque Dieu vous a donné abondamment de quoi continuer la milice des écoles, je vous en prie, poursuivez vos heureux débuts -. » Qu'était-ce que ce chanoine Simon ? Etait-ce le même que Simon Ghardonel, mort vers 1206 ^, ou que celui qui donna ses maisons du cloître au Chapitre '*. Nous ne le savons. Mais ce n'est assurément pas ce Simon de Poissy, qui enseigna la philosophie et particulièrement la théologie avec réputation, et compta parmi ses disciples Jean de Salisbury.
Crespin de Dreux et Payen reçurent aussi une lettre de Pierre de Blois ^ Si on l'en croit, ils étaient tous deux conseillers de Renaud de Mouçon, fonction qu'il leur enviait beaucoup. En effet Crespin (il se surnomme toujours Drocensis, de Dreux) signe dans une charte de 1189 à 1193 ^, Crispinus episcopi : il était sans doute clerc de l'évêque. Chantre en 1194 à la place de Richer, il vit ce pontife augmenter considérablement les
^ Pétri Blés, opéra, lettre 25. — - Lettre 81. 3 Cart. de N.-D., III, 8a. — ^ III, 200. ^ Pétri Blés, opéra, lettre 20.
6 Cart. de N.-D., I, 211.