‹ Les écoles de Chartres au moyen-âgeChapitre 47 sur 107 · CHAPITRE P^ L'ORGANISATION DES ÉCOLES · texte numérisé non relu

CHAPITRE P^ L'ORGANISATION DES ÉCOLES

Elles comprennent trois degrés superposés, qui se distinguent de plus en plus les uns des autres. Ce sont ;

1° Les cours supérieurs de Théologie , de Droit et de Médecine.

2° Les cours des arts libéraux ou d'humanités, qui consistent dans le Trivium et le Quadrivium, c'est-à-dire dans l'enseignement des belles-lettres et des sciences.

3° Les cours élémentaires de Grammaire et de chant, qui depuis environ un siècle se dessinent peu à peu et grandissent avec une physionomie spéciale.

Ces trois sortes de cours ne suivent pas le même développement. Les premiers, depuis la moitié du XlPsiècle, tendent à Tome XL M. 21

disparaître , sous la concurrence de plus en plus puissante de l'Université de Paris. C'est à Paris que l'on étudie de préférence la Théologie, le Droit, et même la Médecine. Bologne revendique aussi la spécialité du Droit, et Montpellier celle de la Médecine. Toutefois cet enseignement supérieur ne disparaît pas absolument à Chartres, mais il s'adresse peu à peu exclusivement à ceux qui. nourris dès l'enfance au service de l'Église, veulent y achever toutes leurs études, et il est donné, soit par un théologal dans la Cathédrale , soit par les religieux dans leurs monastères.

Le cours d'humanités lui-même décline plus encore qu'au siècle précédent : on ne parle des grandes écoles et de leur maître qu'une fois à la fin du siècle. Néanmoins celles-ci continuent de vivre et gardent les anciennes traditions.

Enfin le cours inférieur, qui comprend les petites écoles et réunit les jeunes enfants de chœur et les jeunes chanoines, pour leur apprendre le chant, les cérémonies, les éléments de la Grammaire, se maintient sous la haute direction du recteur des grandes écoles et du chantre. On s'y prépare sans doute aux études plus élevées qui se font dans les écoles que nous venons de nommer.

Les écoles monastiques intérieures, ayant pour but principal l'instruction des religieux, sont moins atteintes: elles enseignent toutes les sciences, même la Théologie. En effet, elles préparent surtout les religieux aux diverses obligations de leur profession ; fermées, elles subissent moins l'influence des grandes Universités. Cependant l'érection des studia generaUa prés des grands centres intellectuels les décapite quelque peu, en les privant de leurs meilleurs sujets. Quant aux écoles monastiques extérieures, elles sont obligées, à moins de privilèges particuliers, de subordonner leur programme à celui des grandes écoles capitulaires, auxquelles seules est réservé le monopole des humanités supérieures.

Les autorités scolaires, à ces divers degrés, sont à peu près les mêmes qu'au siècle précédent. Au sommet siège l'évêque, qui n'enseigne plus, mais nomme par lui-même le ciiancelier : Pïugues de la Ferté désigne pour la Chancellerie son ami Constantin. Le doyen, comme représentant du Chapitre, partage encore avec l'évêque un certain droit de surveillance et de protection. Il lui appartient, de concert avec les chanoines, d'assigner au chancelier ses fonctions capitulaires. De même,

le Chapitre donne ses ordres au grand maître des écoles , en ce qui concerne les offices et les enfants de chœur.

Au-dessous de lévèque et du doyen, le chancelier garde la direction immédiate des écoles. Comme jadis, il exerce deux sortes de fonctions , les unes juridiques, les autres scolaires: il est garde des sceaux et chef des écoles pour le Chapitre. En raison de son premier titre, il a le dépôt des chartes et des lettres données ou reçues par les chanoines. Elles sont conservées au Trésor où elles forment une section à part : le chancelier fait donc fonction d'archiviste capitulaire. Voici comment s'exprime un obit au sujet de certains contrats : (( On fit des lettres qu'on déposa près du chancelier après les avoir munies du sceau des chanoines et de l'officiaP. » En conséquence de cette garde, le chancelier est chargé de veiller sur les sceaux du Chapitre, de lire, en assemblée, les pièces dont on demande communication. En outre, il a le soin des autres papiers des chanoines, de leurs livres et de leurs manuscrits. Ceux-ci étaient, au début, réunis aux archives. Le chancelier était donc bibliothécaire au XIII^ siècle, comme il l'était du temps de Gilbert de la Porrée.

Au point de vue scolaire, il enseigne souvent lui-même. Les obits insinuent que Pierre des Champs professait la Théologie et Pierre de Roissy 1 Écriture Sainte. Plusieurs de ces dignitaires sont signalés pour leur connaissance du Droit, de la Médecine, de la Rhétorique. L'un d'eux est même appelé un Chrysostôme. Une de leurs charges était de prêcher chaque année le Vendredi saint.

Toutefois, ils tendent de plus en plus, comme autrefois, à confier à d'autres quelques-unes de leurs attributions pédagogiques. C'est pour cela qu'ils nomment avec le Chapitre les directeurs des grandes écoles : rectores magnaruni scolarum. Ceux-ci reçoivent pour mission de professer assidûment les arts libéraux, et de surveiller les enfomts d'aulhe, d'accord sans doute avec le chantre. Ils ont aussi l'ordre d'assister aux Matines des fêtes de neuf leçons.

A côté de ces différents personnages, on distingue encore ceux qu'on appelle les maîtres, magistri. Ils sont bien plus nombreux qu'au siècle précédent. Ce sont des étudiants ayant pris leurs grades dans les Universités, surtout dans celle de Paris, après leurs premières humanités faites sans doute à

' Carf. de ^.-D., III, 93, 102.

Chartres même. Il est probable qu'à leur retour un certain nombre d'entre ces maîtres se faisaient professeurs : souvent ils exercent des fonctions très honorables, comme celles d'official, de juges, d'arbitres; d'autres fois ils semblent se réunir autour du chancelier et former un corps particulier. ♦Quel que soit leur rôle, ce sont des hommes instruits; leur titre n'est pas seulement honorifique, il a une valeur officielle dans les écoles, et prouve qu'ils ont subi de véritables examens devant le chancelier délégué par le Pape : pour ce motif, ils ont un'e place marquée dans cette histoire.

On voit donc quelle était l'organisation de nos diverses écoles au XIII<^ siècle. Il nous reste à indiquer les maîtres et les élèves appartenant à chacune d'entre elles.

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