CHAPITRE III LES GHARTRAIxXS AUX UNIVERSITÉS
Avec la liste des chanceliers s'achève le tableau du personnel constituant les écoles chartraines : mais pour donner une idée complète des études, il nous faut suivre les jeunes étudiants qui, après avoir fréquenté les petites et les grandes écoles, s'en allaient prendre leurs grades aux grandes Universités. Nous reviendrons avec eux pour étudier le mouvement littéraire qu'ils rapportent, les livres qu'ils lisent ou composent, les hommes distingués qui se voient dans leurs rangs.
C'était en effet la coutume depuis le XII« siècle d'aller dans les grandes Universités : là seulement on conquérait les grades qui donnaient droit à des bénéfices. Tous les Clercs ne s'y rendaient pourtant pas, et quelques-uns restaient à Chartres pour y achever leurs études supérieures sous la direction des maîtres en Théologie, en Droit, en Médecine, que nous avons nommés plus haut. Ainsi Georges de Milan (de Mediolano), curé de Luray, obtint (1309) de Pierre de Narbonne, sonprébendier, la permission d'étudier aux écoles de Chartres, tout comme s'il fût allé dans les grandes Facultés^, ut studeret Carnoli in scolis ac si studeret alibi in scolis. Robin Guibel, désirant toucher les gros fruits de sa prébende à Tournay, obtint, en 1401, de Pierre Guete, l'ancien chanoine de Chartres et de Tournay, des lettres testimoniales de scolarité en Théologie chez les Frères Mineurs de Chartres '.
* Cont. G. 156, f. ^21 v. — 2 njy^ |- <j5 3 Ri'fj. cap., 1007 1, f. li!i.
* Cont. G. 157, f. m.
Mais la plupart n'hésitaient pas à se rendre dans les centres intellectuels fameux. Plusieurs demandaient chaque année au Chapitre licence d'aller, comme on disait, ad scolas ou peregre ou in curia romana^ et dans ce cas ils allaient le plus souvent aux écoles. En partant, ils constituaient en pleine assemblée capitulaire leurs procureurs. Quelquefois le Chapitre envoyait lui-même d'office aux études. Alors il faisait à ses protégés une pension de 100 sols au moins, et ordinairement de 10 livres les premières années, de 20 livres ensuite: c'est ce qu'il accorda à plusieurs de ses enfants de chœur. Ainsi à Jean de Moreto, qu'il tint à l'Université d'Orléans de 1325 à 1338, il donna d'abord 10 livres de pension par an (et, en 1326. cent sols d'aumône), puis, à partir de 1333, 20 livres, et enfui en 1338, toute la taille d'Ingré ^ — De même il alloua : en 1306 à Geoffroi de Vendôme (de Vindociiio), 10 livres pendant 5 ans - : en 1318. à Guillaume Grandlioux, pareillement 10 livres ^ : en 1342. à Colin de Moutiers (de Monasteriis), il affecta aussi la taille d'Ingré ^ Aux chanoines étudiants il laissait les revenus de leur prébende et les distributions extraordinaires attachées aux anniversaires, aux fondations et aux processions. Il remplaça ces distributions variables par une somme fixe qui était de 40 livres en 1381, et fut plus tard de 30 livres ^ Il comptait en effet le séjour dans une Université, ratione studii^ comme résidence ^ et même comme stage, à moins que dans ce lieu où il étudiait, le chanoine ne possédât déjà un bénéfice; dans ce cas, sa résidence en ce bénéfice ne lui tenait pas lieu de résidence à Chartres, et conséquemment ne lui donnait pas
' Reg. cap., 1008/i, f. 201, 208, 218, et 1007/2, f. 34 v. et 47. — -' 1007 '1, f 49, 64 V. et 189. — ^ 1007/2, f. 9.
■^ Reg. cap., 1007/2, f. 109. En 1314 il fit une aumône aux pauvres écoliers de Saint-Honoré des Bois et leur octroya des lettres de quête.
^ 1381, Reg. cap., 1007/3, f. 58 v. Capitulum de gracia speciali concessit mag. Stephano Brocha rd quoi insistendo in scolis paris, a die insinnacionis per eum super hoc fade usque ad annum habeat iÙ libras loco distributionum per Capitulum eidem solvendas : ita quod si venerit ad ecclesiamanno durante nihil percipiet in distributionibus, vesperis duntaxat excepfis, si vero per majorent partem anni in scolis residei'it et voluerit ad ecclesiam redire et feccrit juramentum quod propter defectum victuahum vel causa infirmitatis redierit, habebit distribuciones ut prius, excepta lampreda, et e dictis iO libris eidem jiet satisfactio pro rata portione. De même on assigne 40 liv. en 1383 à J. de Sarraponte, 1007 '3, f. 63, mais on ne lui en donne oue 30 en 1384, f. 67.
Reg. cap., 1007 1, f. 200.
droit aux fruits de sa prébende. C'est ce qui fut décrété en 1318'. En 1361-, on décida de tenir aussi pour résident le chanoine qui, étant aux écoles, pourrait aller et venir des écoles à Chartres, et assister ainsi en partie aux offices. En 1332 ^, on déclara que la résidence et le stage pouvaient se faire non seulement dans les Universités, chez les Dominicains et Franciscains, mais aussi chez les Augustins et les Carmes. Mais en quelque lieu que l'on se rendît, le Chapitre exigeait toujours des attestations d'étude et des certificats de présence délivrés par les recteurs des Universités, les gardiens des Couvents, les officiaux et les chanoines. Nous en avons encore plusieurs in extenso, dont une de l'Université de Paris en 1379, une autre d'Orléans, une troisième du Chapitre de Tours, une quatrième de l'évéque de Terracine (1314) % une cinquième de Toulouse (1316).
Ces lettres étaient visées en séance, car le Chapitre surveillait ses écoliers. L'un d'entre eux, Jean Breton, neveu de
' Reg., cap., 1008, f. 63. Présent ibus viris venerabilibus et discretis domînis P. subdec , etc.. Declarata sunt per Capiiulum que scquuntur. Xotum facimus quod licet usque nunc fuerit in nostro Capitulo Carnotensi dubitalum de fado et de jure ^ super quadam consuetudine dicte ecclesie qua cavctur quod canonicus Carnotensis beneficialus alibi, ubi est studium Fredicatorum vel Minorum. non potest suam facere residenciaw in loco, licet scolaris existât ibidem : — quibusdam dicentibus habere locum consuetudinem predictam, quando in bénéficia suo deserviret. quod si in beneficio suo non deserviret. residenciam suam posset facere ibidem pro bewficio et canonicatu ecclesie (larnotensis : — Aliis coulrarium dicentibus et asserentibus, quod deserviat vel non deserviat in beneficio, residenciam facere non potest in ipso loco. racione studii ubi beneficiatus existit. — Nos ad omnem dubietatem removendam imposterum, dictam consuetudinem sic esse intellifiendam et lenendam declaramus , et ita slatuimus, quod virtute dicte consueludinis si quis canonicus (larnotensis residenciam suam relit facere in studio, ad hoc ut percipere debeat fructus prébende sue Carnotensis, residenciam facial in studio in loco ubi beneficiatus existit; quod si in loco ubi beneficiatus existit, stndeal et resideat per tempus residencie deputatum, sive deserviat in beneficio suo sire non, nullalenus pro résidente habeatur. Si vero usque nunc a qitoqiiam in conirarium factuin est. tnUeramus racione dicti dubii, ner didum seu ruipam ascribimus seu ascribi volumus in futurum si residenciam fecerit contra declarationcm memoratam presenlem aut declarationem, sed statulum ad preferifa trahi nolumus quoquomodo.
-' Reg. cap., 10072, f. 201.
3 Reg. (jtp., 1008/1, f. 11)1. (lapitulum declaravif quod sicut de statuto et consutuedine ecclesie Carnotensis canonici studentes et scolares existentes pênes Fratres Predicatores et Minores, in (juibnscinnque locis ipsi Fratres habeani conventum, fhriant slagium suum, ita eciam studcndo et scolas frequentando pênes Augustinos et tlarmclitas sine fraude suum slagium facere videantur.
* Reg., cap. 1008, 1, f. 13.
Robert d'Etampes, ayant été poursuivi pour sa vie désordonnée, le Chapitre le réclama d'abord, le mit en prison, puis le livra au procureur de l'Université, en 1317 ' : au lieu de
10 livres qu'il accordait aux autres, il lui donna 100 sols. Il n'acceptait pas de confiance les lettres testimoniales qui lui étaient présentées. Il refusa en 1318 celles qui furent délivrées à P. de Faziaco, parce qu'on le soupçonnait d'avoir mal vécu ^.
11 se montra aussi difficile pour Jean, curé de Grespiéres, écolier à Paris ' en 1351. Celui-ci intima à Philippe, officiai, la sauve-garde et le certificat de l'Université. On n'en tint pas compte, parce qu'il n'était pas prouvé qu'il eût demandé licence d'étudier en Droit canonique et qu'il était considéré comme curé vaoabond et non comme vrai étudiant. Même il remplissait indignement son office de prêtre en traînant à travers les places et les rues.
Nos Chartrains n'allaient guère aux Universités étrangères ; ceux que l'on y voit étaient généralement d'origine italienne ou allemande. Tels étaient /acgwes Ursi, fils de Mathieu defliiis Ursi, pour lequel Boniface VIII attesta qu'il avait étudié, en 1305 et 1306, au studium générale de Rome ^ : Barthélémy de Trehis, qui en 1314 présenta une lettre de l'évêque de Terracine, attestant qu'il étudiait la théologie dans cette ville chez les Frères Mineurs. Nous trouvons, à Montpellier, pour le Droit, Visian de Cardillac, qui fournit des certificats d'étude en 1328 et 1330^ : à Toulouse en 1366, G. de Rupistagno^ et Thomas de Janua\ chapelain du Pape et sous-chantre, qui présente
* Reg. cap., 1008/1, f. 58 v. — ^ F. 61 v.
3 Cont. G. 151, f. 83 V.
^ Rpfj. cap., 1007/1, f. 152. — » 1008/1, f. 155 v., 260. — « 1007/2, f. 245 V.
'' Beg. Cap., 1008/1 , f. 33. Item dicta die (Veneris pnst festum beatorum Pétri et Pauli) ven. et discretus vir Mag. Petrus de Insula. Carnotensis canonicus, presentavit et exhibait in Capitulo litteras tenorem infrascriptum continentes : Venerabilibus viris providis et discretis decano et Capitulo Carnot. ac aliis ad quos présentes littere pervenerint, Mag. Guillelmus La Casa rector studii Tholosani. Frater Berengarius de Maloboseo custos conventus Fratrum Minorum Tholose , Bartholomeus guardianus predicti conventus , salutem et sinceram in Domino caritatem : Vobis et vestrum cuilibet scire facimus per présentes quod Dominus Thomas de Janua Sedis apostolice Capellanus , succentor (?) Carnotensis et rector ecclesie S^ Andrée de Monte Guiscardo diocesis tholosane. est m studio Tholosano et fuit a die S. Baptiste anni D^ M^ CCC^ quint idecimiusque ad festum Pasche resurrectionis,et continue intravit scolas Fratrum Minorum et fecit residenciam in studio prelibato. In cujus rei testimonium nos predicti Mag. Guillelmus La Casa sigillum quo utitur rector studii Tholosani, Berengarius de Malobosco, Bartholomciis guardianus dictiordinis, sigilla nostri officii duximus apponenda. Datum Tholose die XVaprilis anno Di MCCC sextodecimo.
une lettre du gardien des Frères Mineurs et du directeur de l'Université, et, en 1329, Guill. de Cyneriis, bachelier, qui présente aussi les lettres de l'official de Toulouse ^ : à Tours, Parceval de Targeys^ qui se propose d'étudier 7 ans la théologie dans l'un ou Tautre des couvents de cette ville, et (1401) fait appuyer sa demande par le Chapitre de Saint -Martin -. Mais Angers. Orléans et Paris furent, de toutes les Universités, les plus fréquentées : elles étaient aussi les plus proches.
Nous donnerons en appendice d'après les Registres de rÉglise de Chartres et du Vatican la liste chronologique des élèves chartrains qui fréquentèrent ces diverses villes. Qu'il nous suffise ici de signaler le certificat d'étude accordé à Jehan Béhuchet par l'Université d'Orléans ^ et de rappeler qu'en 1321 on crut devoir promulguer dans les écoles de cette ville l'accord conclu entre l'évéque de Chartres et son Chapitre \
Les élèves d'Angers se trouvent surtout dans les Rotuli présentés au Pape par cette Université en 1378 et 1393. Ceux de Paris sont très nombreux, soit dans les Registres, soit dans les
' Rnj. cap., 1008/1, f. 162 v. — ^ 1007 3, f. 130 v.
3 1 337 , Ri'ff. cap., \ 008 1 , f. 212 V. Presentate fiimint in Capitula pro fructibus Johannis Bucheti.preposiii de Yngreio, que dam litière sir/illo Universifatis Aurelianensis sigillate, formam que sequituv continentes : Universis présentes litteras inspeduris. Hector et Collegium Universitatis studii Aurelianensis salutem in eo qui est sciejitie mirificus dispensator — Notum facimus quod nos condiciones et mérita personarum in nostra Universitate prefata conversancium oculis débite et juste intuentes illas laudabilis testimonii commendacione prosequimur. quihusad ni propria mérita suffragantur. Volentes igitar. prout decet et ex débita astringimur. veritati testimonium perhibere. sinceritati vestre connotescimus per présentes, quodvir ven. et discretus Johannes BehU'cheti, ranonicus et prepositus de Yngreio in ecclesia Carnotensi, a duobus annis rum dimidio rirra in nostro generali Aurélia iiensi studio, studuit continue, honeste et laudahiliter conversando. srularis et auditor venerabilis et circumspecti viri domini Joliannis Boalini, lerjum professoris, una nobiscum in dicto studio ordinarie actu regentis, intrando diebus legibilihus et horis compétent ibus et leet ion ibus more studentis solliciti intendendo et nunr studet, et quod prout ipse personaliter asseruit coram nobis. in proposito continuandi Deo propitio studium supra dictum. Que tam ex ejus as^aercione quantum ad dictum propositum quam aliter ex relatione et testimonio plurium fided>gnorum certissime nobis constant. Quod omnibus quorum interest aut interesse potesl et poterit in futurum truorc presencium intiniamus, ad finem qund fruclus, redditus, et proventus omnium beneficiurum suorum eccle.siasticorum que in quibusvis ccrlesiis obtinet sive locis. quotidianis distribution ibus duntaxal excepti.s, lucretur et percipiat integraliter, in dicto studio re.sidendo. — Juxta tenorem et mentem privilegiorum a sede apostolica nobis super hoc légitime concessorum. Datum elactum Aurelie sub sigillo nostre rectorie in testimonium premissorum presentibus hic appenso. Anno Domini M» (XO^ AA'AIV/" die XIX mensis Decembris.
Reg. cap., 100S/1, f. 96 v.
Roluli, et ils forment la grande majorité. On se souvient que l'Université d'Orléans enseignait spécialement le Droit civil et celle de Paris, les Arts, la Théologie, le Droit canonique.
Nous avons vu dans cette liste quelques étudiants en Droit et d'autres es arts, d'autres en Théologie : mais ordinairement on ne dit pas quelles branches chacun cultivait. Y en avait-il qui suivaient les cours de Chaldéen? Le Chapitre, en 1324, donna une somme pro eo qui legit Parishts Chaldœimi ' ; il s'agit là sans doute de l'école orientale fondée au XIII<^ siècle par les Papes à Paris.
Signalons à part les enfants de chœur qui furent envoyés par les chanoines eux-mêmes aux écoles, afin d'y compléter leurs études. Nous avons déjà vu à Orléans Jean de Moreto, à Paris, en 1306, Geofiroi de Vendôme (de Vindocmo), en 1318, Guill. Grand Houx, qui revint pour être ordonné sousdiacre en 1331 ad titulum ecclesie -, en 1342, Colin de Moustiers (de Monasteriis) . Nommons encore, en 1353 : Jean de Châteaudun (de Castridimo) ■\ en 1362, Guillaume Fabri \ en 1363, Robinet Boucher (Carnificis) \ qui reçoit de la Fabrique 12 deniers par jour et son émolument d'heurier matinier. Mais ces trois derniers avaient une mission spéciale : celle d'apprendre à toucher l'orgue pour les offices de la Cathédrale ^ Cet instrument est déjà mentionné sous saint Louis, en 1269% mais on en plaça un nouveau au XIV« siècle. On installa les grandes orgues en 1350'' et les petites orgues en 1357 \ Elles étaient tenues en 1392 par Couturier, le greffier de l'official Barthélémy, qui recevait 100 sols à cet effet par trimestre'", et, en 1403, par Jean Léger (Lige ni) ^ à qui le Chapitre promit de garder toutes ses distributions, sauf celles des processions, si voluerit adiré scolas organorum in Parisiis, de la Chandeleur à l'Annoncia- .tion ' ' .
' Reg. cap., 1008/1, f. 115. — ^ F. 17^2 v. — ^ K)07/2, f. 1(U. — ^ F. ^21.— ^ F. 220 V.
^ Cont. G. 15i, f. 187. On dit que la réparation des orgues (1372) coûta 3i fr. En 1350, 1007/2, f. 148. Cap. ordinavit qiiod fiant organa in ecclesla Carn. et f/uod legatinn factum fabrice ecclesie per D. Stephanum Beloti una cum 100 libris de pecunia fabrice reponantnr in eniplione seu rcfectione dicton/m orqanorum : qiia die Ù. Lucas de Urbe veteri promisit 10 libras, Erurdus de Diciaco 20, in usus dictorum organorum.
■^ Cart. deN.-D., t. II, p. 187.
« Reg. cap., 1007/2, f. 148. - » F. 181. . '0 Cont. G. 157, f. 202, 107.
^' Reg. cap., 1007/3, f. 138.