Tome XI. M
du Cartulaire de X.-D. ^ Peut-être faut-il les placer après Jacques Yignoli ?
Le chancelier suivant fut Jacques Blnet -. En 1482 on lui donne le titre de Decretorum doctor, et on le trouve près de Sixte IV en qualité d'ahhreviator Camerae apostolicae -K II quitte la chancellerie le 9 avril 1483^ pour être nommé grand archidiacre par l'évêque. Ce changement fut annoncé au Chapitre par l'un de ses parents, Beatus Binet, qui remit en même temps les sceaux de la chancellerie sur la tahle capitulaire, en réclamant une décharge. Les sceaux furent provisoirement confiés à AVastin des Feugerais que Ton pria de remplir aussi toutes les fonctions spirituelles et temporelles de la chancellerie ^.
Mais bientôt ce chanoine les transmit à Florent d'IUiers, seigneur de Chaverny-le-Petit, licencié en Décrets, qui fut installé le 8 mai par procureur, enregistré le 28 juillet*^ et reçu en personne le 9 août. Le 29 août suivant, on lui donna l'ordre de rembourser à son prédécesseur les frais faits par lui dans les vignes et autres cultures de la chancellerie *, dont il devait, d'ailleurs, garder les fruits. En 1484 il répara une maison et en construisit une autre près de la porte Saint- Jean ^: il eut quelques difficultés avec Jean de Roca et G. Blandin. parce qu'il tardait à leur remettre certaines lettres scellées dont ils avaient besoin. Ceux-ci le menacèrent de le faire frapper de suspense : mais TafTaire s'arrangea ^ Florent était fils du célèbre Florent dllliers, chambellan de Charles VII : il avait pour frères, Charles d'Illiers, doyen du Chapitre, prévôt d'Ingré, vicaire général d'Erard delà Marck, Jean dllliers, rainé de la famille, et René dllliers qui devint évêque de Chartres après la mort de Miles dllliers leur oncle '°. Ce Florent mourut le 24 septembre 1493, après avoir obtenu le grand archidiaconé que Jacques Binet lui avait autrefois ravi. Ses frères fondèrent un anniversaire à son intention le 16 novembre 1493 ".
Esprit de Harville, son successeur en 1494, était maître
' IIL 1X8.
^ Cont. G. 161), f. 73 v.
:« Ref/. rnp., Um \, il déc. 118-2.
* Conl. G. 17-2, f. 7:2 v.; 17(î, f. 59, 78. — ^ 177. f. -209 v. « Reg. cap., I(MJ9/I , f. iHÎ, 9X. — " F. 101 . — « F. 102 v. — ^ F. 15:. v. '0 Mrmoiirs é- la Soc. nrch. d'E.-et-L., I, 273. — Cart. de N.-D., III, 184. — SoucIr'I, III, iiO. — Fisquet, France pontificale^ p. 1G3. <« Cont. G. 13i, f. 217 V.
ès-arts et bachelier ès-lois, quand il fut reçu ciianoine en 1482 à la place d'Antoine d'Éhreduno ^ ; il continua d'ailleurs ses études et retourna pour ses affaires à Paris". Son père, Guillaume de Harville, était seigneur de Palaiseau -^ : lui-même était seigneur des terres et seigneuries de Ghamphoudry, Lerable, Voyse et Millemont^: en 1497, on le nomma échevin : il fut curé de Saint Germain de Lezéau en 1501 ^ de Villemeux en 1518, de Saint-Germain-en-Gâtine en 1519.
Chancelier, il obtint le petit sceau pour 54 liv., et résigna sa dignité pour celle de sous-doyen en 1506 ^ Il attaqua les Dominicains au Parlement dans le but de revendiquer sa juridiction sur leurs écoles. C'était un chanoine pieux : en 1496 , il fonda une procession en l'honneur de la sainte Trinité ' ; en 1500, il donna plusieurs vitraux "^ à Notre-Dame SoQS-Terre et plus tard une lampée II établit aussi son service annuel àGasville "•; enfin, en 1516, il fonda son obit et la sonnerie de ÏAngeius à midi ' ' .
MicJiel Mainterne le remplaça dans la chancellerie le 15 juillet 1506 '■-. Il était né en 1453, possédait une maison à Nogentle-Roi, avec la terre et seigneurie de Beaurouvre (paroisse de Blandainville) qu'il céda le 9 juillet 1513 à Michel Laîné, marchand d'Illiers^-'^. Docteur en Théologie du collège de Navarre en 1487, curé de Néron et de Calicurnia en 1501 et 1504 '^ sous-chantre le 9 février 1506 '% curé de Nogent-le-Roi en 1517, il fut aussi doyen de la Faculté de Théologie de 1510 à 1517 et reçut de cette Faculté comme du Chapitre dont il était chancelier de nombreuses missions '^ Les chanoines le chargèrent, en 1508, d'assister à la publication de la Coutume de Chartres ^', en 1509, d'informer sur une effusion accidentelle du précieux sang à Voves, en 1510 de prendre part à l'Assemblée d'Orléans et au concile de Tours réuni pour tranquilliser la conscience de Louis XII dans sa guerre contre le Pape '^ La même
^ Reg. cap., 1009/1 , f. 33. — ^ F. 206.
3 Souciiet, III, 441, 443.
^ Cont. G. 183, f. 57 V. — 5 180, f. 312. — « 294, 15 juillet. — ' 179, f. 172.
^ Voir le Catalogue dit Cabinet des Estampes, par Bouchot, u»^ 3548, 3571, et Procès -Verbaux de la Soc. Arch. d'E.-et-L , t. III, 240.
9 Cont. G. 180, f. 618, 619. — '« 180, f. 230. — " 134, f. 221. — ^2 294. — '3 183, f. 208. — ^^ 180, f. 406, 408, 313. — '^ 294. ^^ Launoy, Navarrae gymnasH Par. hist., 1732, t. IV, p. 728. ^■^ Lépinois, Hist. de Ch., II, 149.
'8 Lépinois, II, 152. - Souchet, III, 490.
année, il fut envoyé à Paris avec trois autres chanoines et deux religieux deThiron pour collationner l'inscription funéraire de Simon de Perruche dans l'église des Innocents ^ En 1511, il était à rassemblée de Lyon et fit son rapport au Chapitre, le 14 mai ; en 1514, il fut invité à rédiger le plan des sujets des groupes historiés du tour du chœur -, et enfin en 1516. on lui demanda de dresser un mémoire : de defectihus et usibus et exactionibus qui sunt coinmissi in episcopatu Carnoiensi.
Pendant ce temps il gardait le petit sceau en prétriére, sauf en 1514. oij il le sous-loua sans doute à son chapelain Guillaume François •^; déjà en 1510, pendant une de ses longues absences, on avait désigné quelqu'un pour écrire les lettres du Chapitre à sa place. Comme doyen de la Faculté, il fut chargé de saluer, au nom de l'Université, la reine Claude à son entrée à Paris, le 12 mars 1517. Mais la Reine répondit qu'elle voulait voir les Docteurs plus commodément. Ils retournèrent près d'elle le 15 et cette fois ce fut Boussard qui porta la parole \ Michel Mainterne mourait le 15 juillet suivant.
Le Chapitre élut après lui l'un des hommes les plus fanieux du temps, Jérôme Aléander, qui fut nonce en Allemagne, au moment où naquit le Protestantisme, et qui fut si favorable aux humanistes. Il fut reçu le 19 août par procureur, et le 10 septembre en personne \ Le 4 novembre il était à Rome, d'où il écrivit à ses confrères les chanoines, sans doute pour s'excuser de ne pouvoir résider. Ceux-ci lui accordèrent un délai jusques à Pâques.
Mais Jérôme Aleander avait de trop hautes destinées pour se confiner dans l'humble église de Chartres : il donna sa démission en faveur de Jean de Tucé, le 14 décembre 1517 ♦'. Jean de Tucé ne résida pas plus que lui, et le 14 avril 1518, le Chapitre déclara la chancellerie en déport, faute de résidence ". Alors le légat Jérôme Aleander, nomma le 8 mai 1518, François de Tassé, parent du précédent, qui avait été chanoine à la
< Cart. de N.-D., I, 25.
- Mémoires de la Soc. Arch. d'E.-ot-L., VI, i7:2. •^ Coût. G. lS-2, f. 137 V. 169.
* Dom Liroii, Singularités historiques, 111. 71. - Vuir aussi Brillon, cahier 0, p. 21, aux archives, au mot Chaiiceher.
* Brillon, cahier 0, archiv. p. 21 .
6 Cont. G. 173, f. 145 V.
' Brillon, cali. 0, p. 15.
place de Jean Maignon et résidait'. Main levée lui fut donnée le 28 juin.
Jean Naniier le remplaça le 44 juillet 1522. Né en 1488, il mourut le 24 octobre 1557, et fut. inhumé chez les Jacobins. Chanoine au lieu de Jacques Faye, le 3 septembre 1511 -, prébendier de Saint- Aubin-des-Bois •\ le 30 juin 1520, prieur de Digny^ curé de Saint-Espin, diocèse de Tours S il était de plus seigneur de Montainville et portait pour armoiries : écartelé au 1 et 4 de sables à 3 lézards de sinople ou au naturel au 2 et 3 d'azur, à 3 fanons cendres d'or. — Comme Mainterne, le Chapitre l'envoya aux assemblées d'Orléans et de Lyon ^ En qualité de chancelier, il revendiqua ses droits sur les écoles, exigea qu'on eût sa permission pour enseigner, aida la ville en 1542 à fondre les écoles de paroisse en un seul collège, et dans ce but défendit en 1557 d'en ouvrir une dans le cloître pour d'autres élèves que pour des enfants ^ Il aima beaucoup les enfants de chœur, et leur laissa en mourant 3 jardins près de la chancellerie, (dont l'un fut loué 40 livres en 1572), à la condition que les enfants chanteraient chaque vendredi à son intention le Stahat après Complies^
Le 5 janvier 1558, Nantier ayant résigné sa dignité en cour de Rome, Jean Bourguyneau, fut reçu chancelier ^ Chanoine, le 28 mai 1508, prieur du prieuré commendataire de Maintenon en 1517 '", prévôt d'Auvers le 18 mai 1521, au lieu de Philippe de Mornay, échevin en 1539, il semblait qu'il ne dût point avoir de compétiteurs à la chancellerie. Cependant, Gabriel le Seneux, qui avait été sous-chantre le 19 novembre 1548, fut nommé chancelier par l'Ordinaire le 24 janvier 1558 ". Dans cette alternative, le Chapitre mit, le 26 janvier, la chancellerie en déport. Mais Gabriel le Seneux étant tombé malade, Jean Bourguyneau fut reçu de nouveau le 20 avril '2. Le 2 mai on ouvrait le testament de son rival et le 23 mai on lui confirmait la jouissance de sa dignité. Il apparaît ensuite aux chapitres généraux de 1557 à 1564 ^'-K Le 4 décembre 1562, il offre une lampe de 6 écus d'or pour brûler dans les cryptes aux cinq
< Cont. G. 294, f. 8. — -^ 294. — ^ 185, f. 301. — * 184, f. 293. — 5 183, f. 340.
« Brillon. cah. 0, p. 3. — ' Gah. 0, p. 12.
8 ConL G. 134, f. 227. — Brillon, 0, p. 21.
9 Cont. G. 294, p. 23. — '« 185, f. 34. — '< 294. ~ «^ 294, p. 23. — <3 297, f. 41, 56.
fêtes de la sainte Vierge '. Il résigna la chancellerie, le 24 janvier 1563 -.
Son successeur fut Mari ?î de la Tour, dont on ne sait qu'une chose, c'est que d'après le Predicator Camuteus ^, il fut inhumé aux Jacohins en 1588. Viennent ensuite Jérôme Je Beaii , de 1587 à 1621^, Félix Vialart, chancelier jusqu'en 1622, Pierre Fougeu de 1622 à 1638, et enfin Marin Le Maire, docteur en théologie et curé de Saint-Aignan ^.
Mais il est inutile de poursuivre plus loin cette liste. Nous l'arrêtons à la fondation du collège, car depuis lors l'attribution scolaire du chancelier se trouve absorbée tout entière par le pouvoir épiscopal.
Comme on le voit les chanceliers avaient peu le temps de s'occuper des écoles. Ils restaient les agents du Chapitre, chargés de sa correspondance : ils le représentaient de temps en temps aux grandes assemblées : ils étaient délégués par lui ad negotia ecclesiœ ; encore letaient-ils plus souvent en raison de leurs mérites personnels que des privilèges de leur dignité. On leur confiait le petit sceau, ahsoliitionum et relaxationum super rxcownmnicalos auctoritate CapituJi ^, moyennant une certaine redevance qui était de 54 livres en 1505 et de 50 livres en 1515" : mais ils en étaient embarrassés: bien que quelques pièces scellées coûtassent jusqu'à 10 sols % ils le sous-louaient habituellement: en 1481 et 1482 ils le concédèrent à maître Bertheaud Cherbonneau pour 24 livres tournois"; mais plus tard ils durent le louer à un prix presque égal à la redevance : c'est-à-dire à 50 livres environ. Ainsi, dès 1402. Baudaille le louait pour ce prix à Jean de Vico ' '. Outre les revenus du sceau, le chancelier possédait la seigneurie de la chancellerie, située faubourg des Epars, et celle de Montainvillc et de Gasville. De plus le chambrier de Saint- Père lui devait en 1431, 8 paires de bottes de cuir, ou 15 sols par paire".
Au point de vue scolaire, les chanceliers avaient une charge encore en vigueur en 1607, celle de prêcher ou de faire prêcher
' Conl. G. 5U7. — -* -294, f. 30. — -^ F. 'liH. — * -2Ul, f. il .
5 L;i sci'i)^ des cliaiiceliers se continua jusqu'à la Uévolution. Citons seulement rérudit lirillon, au coniniencenient du XVlIi" siècle, et le dernier de tous, qui fut le fameux abbé Sii'tjès.
0 Rrrj. cap., lOOD'l, l 257 V.
■^ Conl. G. 310, f. 15. — « 16-2, f. 1 16 V.
^ Rcg. cf/j).. 1009,1, f -257.
«0 Cont. G. 161, f. -247. — " \\]i. f. -213.
la Passion, le vendredi saint. Ils avaient aussi des droits sur la profession d'écrivain et sur les écoles de campagne et de ville. Ils pouvaient interdire le métier d'écrivain et le bailli leur confirma ce pouvoir en 1606 contre Nicolas Parfait, qui avait voulu l'exercer malgré leur défense '. Ils régentaient les écoles de campagne : l'un d'eux, en 1507, défendit à un maître de faire la classe à Dammarie, avant d'avoir été installé par le Chapitre. Mais ils perdirent peu à peu leur influence sur les grandes écoles : en 1461 , le chancelier put obliger l'école de Saint-Père et celle des enfants de chœur à se limiter pour ne point porter ombrage à celles-ci: en 1515, Jean Nantier obtint la confirmation de ses droits à la direction des écoles et à l'approbation des maîtres -. Mais dès 1497 Esprit de Harville ne put faire sanctionner par le Parlement sa juridiction sur les écoles des Dominicains. Celles-ci et les autres purent impunément développer leur programme et augmenter le nombre de leurs élèves au détriment des grandes écoles. Les chanceliers, dans l'espérance de relever leur autorité scolaire, furent amenés à favoriser la fusion de toutes ces écoles particulières en une seule, qui succéderait, croyaient-ils, à leurs grandes écoles, et qu'ils dirigeraient eux-mêmes. Nous verrons à la fin de ce travail comment ils se trompèrent, et de quelle manière le collège mit fin à toutes les écoles précédentes, sans profit aucun pour le Chapitre et le chancelier, qui virent leur influence passer à la ville et à l'évêque.