‹ Les écoles du nord-ouestChapitre 10 sur 62 · LA LOI EN COMITE GENERAL · texte numérisé non relu

LA LOI EN COMITE GENERAL

Je crus alors pendant quelques temps que le ministère, rassuré par son écrasante majorité et par les défections conservatrices, ne proposerait pas l’ amendement Sifton. Une fois de plus le manque de courage et d’énergie de Québec firent leur œuvre. Il était encore temps, et si alors nos députés canadiens-français eussent fait une résistance quelconque, la loi primitive eût pu être maintenue.

Us n’en firent d’aucune espèce, et sir Wilfrid proposa à la Chambre de substituer à la clause 16 primitive l’amendement que je vous ai expliqué tout-à-l’heure et qui détruisait pratiquement l’école catholique dans l’Ouest. La peur, cette passion contagieuse, avait fait son œuvre.

C’est alors que M. Henri Bourassa, député de Labelle, et M. Bergeron, député de Beauharnois, proposèrent leurs sous-amendements, qui, s’ils eussent été votés, rétablissaient les écoles confessionnelles dans toute leur intégrité.

Et l’on vit le triste spectacle des députés canadiens-français, è l’exception de sept, donner la main aux Sproule et autres chefs du mouvement orangiste, pour arracher du sol le petit rameau de leur race qui allait refleurir et grandir dans ces lointains pays. Ces motions furent écrasées.

Plus tard, M. Monk, député de Jacques-Cartier, proposa que la langue française, qui n’avait pas été abolie devant les tribunaux de l’Ouest, fut continuée dans cet usage officiel, et M. Bourassa proposa à son tour que la langue française fût réinstallée dans tous les droits qui lui étaient garantis par la constitution. Alors on vit de nouveau

les libéraux canadiens-fïançais et les orangistes s’unir pour écraser notre langue et les motions Monk et Bourassa furent repoussées.

Je vous le demande, en refusant de voter avec eux, et en suivant mon honorable ami de Labelle, ai-je exprimé vos sentiments ? Ou bien m’ aviez-vous envoyer à Ottawa pour demander l’ abolition de l’usage du français, de cette langue chérie que nos pères nous ont conservée ici au prix de leurs larmes, au prix de leur sang ?

Entre le patrimoine national et l’esprit de parti, devais-je hésiter?

J’aurais pu voter contre les droits de la langue des ancêtres, mais ne me serais-je pas déshonoré moi- même, n’aurais-je pas déshonoré les patriotes du comté de Montmagny ?

Quelques-uns diront peut-être et quelques-uns ont dit : “Qu’est-ce que cela nous fait, que l’Ouest ne parle plus le français ?”

La minorité de l’Ouest n’est-elle pas de la même race que nous ? Ne sont-ils pas là-bas, ces malheureux que nous laissons persécuter, la chair notre chair, les os de nos os ?

En les affaiblissant, nous nous affaiblissons nous-mêmes et nous nous préparons de terribles jours pour l’avenir, jours de deuil et jours de vengeance divine à cause de notre faiblesse et de notre égoïsme.

AMENDEMENT LAMONT.

Mais je dois dire en justice qu'un peu de courage était revenu à nos gouvernants. La campagne de mon ami M. Bourassa avait montré dans toute sa laideur la loi que l’on voulait imposer à la. minorité et déjà des voix s’élevaient, demandant une amélioration, un adoucissement à son triste sort.

Sur les entrefaitesi M. Oliver avait été élu dans Edmonton comme ministre remplaçant M. Sifton ; M. Hyman et M. Smith, malgrél une campagne de fanatisme, avaient remporté de brillantes victoires, qui démontraient le peu d’effet des attaques orangistes. dans T Ontario.

Je l’ai dit : le gouvernement reprit un peu de courage, et, voyant la situation misérable qu’il faisait aux catholiques dans les districts où ils étaient la majorité, puisque la loi Sifton ne leur garantissait rien, il fit présenter par M. Lamont, député de la Saskatchewan, un amendement permettant à la majorité de tout district de décider par ses commissaires d’école qu’une demi-heure d’enseignement religieux, conforme à la croyance de la majorité, serait donné, entre trois heures et demie et quatre heures.

Cet amendement était bon en lui même, je l’ai approuvé ; mais permettez-moi de vous le dire, il est loin d’être parfait. En effet il ne

contient rien pour les districts! où les catholiques ne sont ni la majorité ni la minorité, et il ne contient rien pour assurer renseignement du français.

Le député de Labelle vit l’objection et s’adressa au ministre de 'la Justice pour savoir ce qui arriverait dans le cas où les catholiques ne seraient ni la majorité ni ^la minorité, et s’ils auraient droit à une école séparée. M. Fitzpatrick répondit qu’il n’en savait rien.

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