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CREATION DES NOUVELLES PROVINCES

Cependant ces territoires, où nos compatriotes ont tant souffert, grandissaient par l’immigration et la richesse du sol, et le moment vint où ils pouvaient marcher avec le reste de la Confédération comme des provinces libres et autonomies.

Le 21 février ( 1905 ) sir Wilfrid Laurier proposait aux Communes une loi divisant les territoires en deux provinces, l’Alberta et la Saskatchewan, qui devaient par ce même bill recevoir leur autonomie définitive. Une clause de la loi, la clause 16, rétablissait dans l’Ouest la loi de 1875, donnant aux nouvelles provinces les écoles séparées telles que nous les avons ici dans la province de Québec et telles qu’elles avaient été établies dans l’Ouest lors de sa prise de possession par le Canada.

Le discours du premier ministre en cette circonstance fut un des plus beaux de sa vie et fut accueilli avec une faveur marquée par la députation anglaise ministérielle. Le chef de l’opposition, M. Borden, ne prit pas d’attitude définie, réservant son jugement pour plus tard.

DEMISSION DE SIFTON.

Sur les entrefaites le ministre de l’Intérieur, M. Clifford Sifton, revint du Sud où il était allé pour sa santé.

Il avait eu connaissance de la loi avant son départ, mais, depuis, d’autres incidents s’étaient produits et la réputation publique et pri-

vée du ministre de l’Ouest était plus ou moins compromise. Dans l'obligation de sortir â brève échéance du cabinet, il saisit au bond l’occasion de se refaire un semblant de popularité en démissionnant pour ane question de principe.

Il prétendit qu’il ne pouvait accepter une loi qui rétablissait dans l'Onest le système des écoles catholiques, et, couvert du manteau antifrançais et anticatholique, il sortit du ministère pour le terroriser.

La démission de M. Sifton fut suivie de quelques marques de mauvaise humeur de la part du ministre des Finances, M. Fielding. La crise était grave, mais aurait-elle été fatale au gouvernement ? Je ne le crois pas : la grande, l’immense majorité des libéraux ang,ais était prête à suivre le premier ministre, et je crois qu’il aurait fait voter sans misère la loi intacte.

Ou bien il aurait été battu à la Chambre, en aurait appelé au peuple et serait revenu au pouvoir. Car les provinces anglaises ne sont pas aussi fanatiques que le “Soleil’’ et le “Canada’ veulent bien le dire ; la grande masse de la population considérait avec mépris les appels incendiaires des journaux fanatiques, et aurait accepté la mesure de justice et de liberté qui lui était proposée. Ou bien — ce que je ne crois pas — sir Wilfrid aurait été battu par le peuple aux quarante-centièmes catholique, il serait revenu chef d’une très forte opposition pour tenir tête à la majorité fanatique du gouvernement Borden.

Et voici ce qui serait arrivé : j’emprunte les paroles mêmes, de M. Sifton expliquant pourquoi il avait fait certaines concessions aux catholiques.

“Supposons, disait-il, que l’honorable chef de l’opposition formât un gouvernement exclusivement protestant sur cette question, qu’arriverait-il ? Le commerce et les aifaires du pays seraient paralysés pendant un an, deux ans, cinq afis, six ans peut-être, mais au bout d’un an, deux ans, cinq, six ans, vous seriez obligés de rendre justice aux catholiques et vous n’auriez réussi qu’à paralyser le progrès du pays pendant ce temps-là.”

Et on peut en conclure que, si le gouvernement avait été battu sur cette question, il s’en serait suivi une telle agitation dans le pays qu’on aurait finalement été forcé de rendre justice aux catholiques ; tandis qu’aujourd’hui, faute de lutte, nous avons dépouillé les nôtres de leurs droits les plus sacrés.

Au lieu des beaux combats que l’on avait droit d’espérer de la part des députés 'canadiens-français et catholiques, ils furent pris de panique.

La députation libérale s’assembla et conseilla à sir Wilfrid Laurier de céder, plutôt que s’exposer à tomber, à lui faire perdre la patronage et les douceurs du pouvoir.

Mais ce que je puis vous dire, c’est que ce n’est pas là l’ attitude que sir Wilfrid attendait de nous. Il espérait une députation ferme qui lui dirait: “Sir Wilfrid nous ne pouvons pas céder et nous ne vous suivrons pas dans cette voie.” Et sir Wilfrid se fût retourné vers ses collègues anglais, et avec sa grande' influence eût ramené à lui les récalcitrants. Mais devant l’attitude de faiblesse et de peur de nos propres compatriotes, que pouvait-il faire? Il dut céder et l’ amendement Sifton fut annoncé.

D’abord la presse ministérielle chercha à leurrer la province de Québec. On dit “que l’amendement était un triomphe pour les catholiques, qu’il contenait la même chose que la loi primitive,” jusqu’au jour où, après la campagne de mon ami le député de Labelle et la lumière jetée par lui sur cette misérable proposition, cette même presse fut obligée d’avouer “que l’amendement contenait de regrettables concessions”.

On s’en aperçut bientôt: l’amendement, si favorablement accueilli d’abord* contenait la réédition des ordonnances, c’est-àrdire du système d'e persécution et de tyrannie dont les nôtres avaient tant souffert dans l’Ouest et que je vous ai expliqué tout à l’heure.

Mon opinion peut ne pas vous paraître bien concluante ; aussi vous citerai-je celle du ministre de la Justice, M. Charles Fitzpatrick, expliquant la différence entre la première clause 16 et la seconde (amendement Sifton), devant la Chambre des Communes, au mois de mai dernier ( 1905 ) .

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