VII. — Vers l'Abime
.« Enfin, s'écrie notre confrère de Saint-Boniface, après six années d'attente et de soutfrances, nous avons Îiou d'espérer que l'heure de Ta justice ne tardera pas'4 Sonnër.
» Aussi, c'est le cœur gros d'émotion et d'inquiétude que nous suix débats des Communes dans lesquels va se décider une cause qui touche au plus intime de notre âme.
» Nous n'hésitons pas à le déclarer, l'acte r réparateur contient en. substance tous les principes essentiels au bon fonctionnement e nos écoles. Nous avoñs Ie droit de croire que tous les députés soucieux de leur devoir l'appuieront de leur vote, « Etant données les limites de la juridiction fédérale, une étude attentive
et les désillusions persistantes. Sir W. Laurier s’est aventuré parmi eux entouré des honneurs et de la considération dus à son rang. En Jui rendant leurs hommages respectueux, les catholiques en général, et les Canadiensfrançais immigrés en particulier, attendaient des paroies réconfortanfes, capables de ranimer l'espérance dans leurs cœurs attristés; car ils n’ont pas plus oublié leurs malheurs, qu'ils n'ont négligé de remémorer leurs griefs pour interrompre la prescription. Îls savent et redisent que W. Laurier est la cause première de leurs infortunes: qu’il leur avait promis dans les six mois de son arrivée au pouvoir, le redressement des torts dont ils souffraient : mais qu'il avait oublié ses promesses comme les dénis de justice qu'il avait rendus possibles envers ses compatriotes et coreligionnaires.
Hélasi l'homme à la conscience facile, aux souvenirs bornés, à la parole inconsistante, le traître, comme le disent tous les échos du Manitoba et du Nord-Ouest, n'a soufflé mot de ce qui pesait sur tous les cœurs, il parla de toute autre chose, et des difficultés de frontières par surcroît et laissa les esprits inquiets et les consciences opprimées. Il partit et ce fut le tort qu'on eût de le laisser partir comm il était venu : l'ennemi dans Manitoba sans l'avoir acculé à des déclarations claires comme à des actes réparateurs. Oui, « il est très malheureux, disent les Cloches, qu'on ait laissé partir Sir Laurier de la province du Manitoba sans qu'il ait exprimé son opinion sur le « règlement » fait avec cette province au sujet du traitement réservé aux Catholiques en ce qui regarde l'éducation. Les décisions anormales rendues par le plus haut tribunal de l'Empire — l'une déclarant que la province avait agi dans la limite de ses pouvoirs en abolissant les écoles séparées, l’autre reconnaissant que le gouvernement fédéral avait le pouvoir et l'autorité d'adopter une loi remédiatrice — ont été peu profitables aux Catholiques, ef surtout à ceux de Winnipeg'et de Brandon qui, dans les conditions actuelles, sont obligés de supporter le fardeau d'une double taxe. Quel qu'ait été l'esprit du pacie ou de l'entente Laurier-Greenway de 1897, l'application de cet arrangement est très injuste à l'égard des Catholiques än Manitoba. Nous ne recherchons pas de privilèges, nous ne demandons pas de faveurs. Les Catholiques du Manitoba sont et ont toujours été disposés à payer pour l'éducation religieuse de leurs enfants, mais ce qu'ils demandent et ce à quoi ils ont un droit de commune justice, c'est une part raisonnable dans les revenus provenant des taxes en vue de l'instruction publique.
» Nous prétendons, et avec justice, que si notre gouvernement accorde
de cette loi démontre qu’elle accrle aux catholiques du Manitoba uné Organisalion aussi complè.e et aussi indépendante que possible,
et qu'elle les garde d'une maniere etfective contre le mauvais vouloir du gouvernement provincial. Uerles, nous n'ignorons pas que à préparation de cette 101 présentait bien des difficultés aux: quelles il fallait parer. Il ne s'agissait pas de façonner d'un seul jet une loi quelconque, qui pût satisfaire la minorité catholique. Il fallait bien également tenir comp'e des lois scolrires de Manitoba adoptées avant 1890. Nous ne pouvions prétendre à plus de droits que ceux que nous possédions à cette époque, ef échapper au contrôle que le gouvernement provincial exerçait alors. » C'est
une aide pécuniaire à l’éducation profane d'an côté, il devrait faire la même chose pour tout le monde. Agir autrement, c’est montrer un indigne esprit de partisannerie et infliger le caractère absolument inavouable d'une législation de caste à la loi qui consacre une pratique de ce genre.
» Telle est la situation à l'heure actuelle. Dans nos écoles catholiques on. suil le programme des écoles publiques et on y passe les examens prescrits par les autorités provinciales.
» Or les résultats de ces examens ne jettent aucun discrédit sur la qualité de l'instruction donnée sur les sujets profanes dans une école catholique; c'est même un fait admis que cette instruction est d'ordre supérieur.
» Mais les Catholiques sont obligés de payer de leur propre argent l'enseignement donné à leurs enfants, et en même temps ils sont forcés de maintenir un régime scolaire qui n’a rien de mieux à offrir en fait d’enseigne ment sur les mêmes matières.
» Si les écoles catholiques de Winnipeg et de Brandon disparaissaient tout à coup, les municipalités ne seraient-elles pas obligées de construire des édifices capables de recevoir les enfants qui assistent actuellement à ces écoles et de leur fournir un corps de professeurs ?
» S'il y avait quelque avantage pour les enfants dans la sécularisation des écoles catholiques, on pourrait tirer de ce fait un certain argument en faveur du système des écoles publiques. Mais il n'y en à absolument aucun. Dans n'importe quel concours, les écoles catholiques figurent avantageusement avec les écoles publiques dans n'importe quelle branche de l'instruction profane. Le seul but visé serait done l'exclusion de la religion, dont la nécessite devient de plus en plus évidente aux penseurs et aux éducateurs de toutes les parties de ce continent.
» Le règlement de cette question incombe au pouvoir local et au pouvoir féderal. Le pouvoir local a cyniquement détruit et désorganisé nos écoles lorsqu'en 1890 il vota leur abolition. Sir Wilfrid fit une tentative de règlement avec le gouvernement local en 1897; mais, comme le dit notre vénérable Archevêque, la question ne sera jamais réglée tant qu'elle ne le sera pas selon la justice et l'équité. C'est pour cette raison qu'il ne serait ni sage ni rratique pour les Catholiques de rester inactifs. Leur unique ambition devrait être d'obtenir le changement de cette situation d'infériorité dans laquelle ils se trouvent, et aucun effort ne devrait être épargné afin d'atteindre ce ut. »
Voilà ce que les Manitobains réclament encore en 1910, ils le demandent sans relâche depuis 1890, sans succès, mais non sans espoir.
ainsi, par exemple, que force nous est de laisser à l'Exécutif du Manitoba Ia nomination des membres du bureau d'éducation et du Surintendant. Ce dernier a toujours possédé ce droit. « Le lui enlever eût élé entacher l'acte réparateur d'inconstitutionnalité et nous exposer à tout perdre pour avoir voulu trop exiger. »
» Des règlements faits par le Département en violation des droits accordés par la section 4 seraient certainement ultra vires et illégaux.
» Il en est de même de l’article 3 de l'acte réparateur, qui déclare que le département d'éducation peut adopter des règlements pourvoyant à l'organisation générale des écoles séparées. Cet article est une copie exacte de ce qui était contenu dans notre statut 'antéricurement à 1890.
» Il ne contrôle, d'ailleurs, en aucune façon les pouvoirs et les attributs du, Bureau d'éducation, et n’empiète nullement sur ses attributions qui sont clairement définies par l’article 4. C'est un principe de droit élémentaire qu'une clause générale ne restreint point le sens d’une autre particulière, spécifique, et qui descend dans les détails. Celte dernière prévaut toujours dans tout ce qu'elle détermine nommément. Or, la clause 4 nous donne le contrôle absolu de tout ce qui touche à l’enseignement et à l’organisation de nos écoles. Vouloir épiloguer sur ces deux points, c'est cerlainement nous rendre mauvais service. « Une loi fédérale qui eût omis les clauses 1 et 8 aurait été nécessairement ulira vives.
» Nous le répétons, la loi présentée devant le parlement »st très accepiable. Ëlle renferme tous les principes de vie et Tous 7 les rouages nécessaires pour permettre aux catholiques du Manitoba d'organiser leurs arrondissements scolaires et les faire fonctionner.
» Certains journaux, conirariés de ce que lPattitude ferme du gouvernement fédéral leur entevait la question scolaire qu'ils se préparaient à exploiter pour leur propre avancement, se sont pris tout à coup d’un beau zèle à notre endroit.
» Eux qui avaient dénoncé d’abord le gouvernement d'Ottawa pour ses lenteurs à amener la loi réparatrice, et qui avaient ensuite insisté sur une commission d'enquête, se mettent maintenant en frais de grossir à dessein les difficultés qu’elle renferme. S'ils veulent sincèrement nous aider, que ne cherchentils à les apla- nir® Ine Sagit pas de susciter de nouveaux embarras par des 7dénonciations déraisonnables et qui sentent trop le dépit pour être sérieuses
» Nous le répétons, la loi telle que soumise au parlement est acceptable, et 1a minorité catholique du Manitoba l'acçente, tout en se réservant de faire modifier en comité de la chambre certains détails qui laissent à désirer.
» Nous demandons à tous ceux qui sont vraiment nos amis de ne pas bat're en brèche une loi dont les grandes lignes nous sont si favorables et vont aussi loin dans la voie de la justice que la juridiction du parlement fédéral le permet, sous le faïlacieux prétexle que tout n'est pas aussi paif it que nous pourrions le désirer.
> Certains journaux ont Vivement critiqué l'article 74, qui consacre notre droit à la part des octrois législatifs, parce qu'il ne nous confère aucun moyen d'arracher des mains des ministres provinciaux les deniers auxquels nous avons droit. « Il faut bien le confesser, le parlement fédéral ne possède aucun moyen de mettre cet article à exécution. Toutefois, il n'y a aucun doute que le parlement devra amender l’ac'e des terres scolaires de manière à nous donner notre part des deniers à même les fonds qui en proviennent. » Ces terres ont été aflectées au soutien des écoles du Manitoba, telles que reconnues par la constitution.
» Elles* sont pour ainsi dire hypothéquées à cette fin. Or, la décision du Conseil Privé lie les mains du parlement sous ce rapport. Les écoles de Manitoba, qui ont droit au partage de ces deniers, sont les écoles séparées tout comme les écoles publiques.
» Nous avons un droit acquis à ces deniers. Il n'est pas loisible au gouvernement fédéral de donner notre part au gouvernement provincial. Il est le gardien en fidéi-commis de ces terres, et les décrets du Conseil Privé lient l'Exécutif dans l'administration qu'il doit en faire.
» La conclusion nécessaire, qui découlera de l'adoption de F'article 74, Sera un amendement à la loi des terres scolaires autorisant l'Exécutif fédéral à nous donner notre part des deniers provenant de cette source.
» L’attitude ferme et équitable du gouvernement fédéral envers la minorité catholique nous donne le droit de croire qu'il n’hésitera gas de compléter de celte façon la mesure de justice dont le Parlement du Canada est en ce moment saisi. »
Mais l'injustice scolaire allait se consommer au Manitoba. Le Conseil Privé de la Reine était cependant loin de favoriser l'attentat projeté contre les droits de la minorité catholique ;
AE a Mn
car, sur recours recevable, le gouvernement fédéral avait élaboré la loi de séparation dont TES Mäñifobäins détlaraient pouvoir s'accommoder en attendant mieux.
"Mais il y avait alors entre les conservateurs, en majorité orangistes, protestants et Anglais, et les Jibéraux, pour la pupart canadiens-frança s, une arden!e compétit on pour l’exer-
cice du pouvoir suprême.
Les conservateurs voulaient se maintenir par la justice relative envers les minorités, même celles opprimées ou délaissées par les leurs.
Les libéraux voulaient parvenir à force de concessions et d’équivoques, et aussi en agitant la question toujours brüûlante des nationalités. Ils étaient catholiques, certes, les coryphées des franco-canadiens, — le moyen de ne pas l'être ! — mais, avant tout, ils étaient libéraux à la mode anglaise, tenant, avec sir W. Laurier que ni Pape, ni évêque n'avait
de droit d'intervention, de direction en matiere politique et législative; ils se déclaraient progressisles; sé montraient op
"7"portunistes, toujours disposés à céder une dé'icatesse de leur conscience contre un avantage substantiel, palpable, immédiat; à l'exemple des politiciens qui ont voté les lois scélérates de spoliation en France, ils croyaient expédient de demander d’abord à leur parti tout ce qu'il pouvait donner, quitte à ne mendier qu'à la porte du cimetière ce qu'accorde Dieu aux repentis du lendemain...
De ces repentis, disait récemment Mgr Dadolle, de Dijon, nous n’en parlons pas; et, à la suite des sénateurs Guvyot- Dessaigne et Ricard, le clergé français laisse s'en aller sans prières, sinon sans espérance, tous les renégats opiniâtres. Le clergé belge agit ainsi depuis des ‘années, et le clergé'canadien, en l'espèce, ne manque pas d'énergie. Mais, mieux vaut prévenir le mal que sévir en manière de redressement, et cr fut pour empêcher de plus grandes défaillances électorales, avanteouiières de piies calamités qui Ta vale des déc tions p énérales de 1896, l'épiscopat canadien publia la lettre
pastorale collective que voici, relative à la question scolaire du Manitoba.
NOUS, PAR LA GRACE DE DIEU ET DU SIÈGE APOSTOLIQUE, ARCHEVÊQUES :ET ÉVÊQUES DES PROVINCES ECCLÉSIASTI- QUES DE QUÉBEC, DE MONTRÉAL ET D'OTTAWA. ,
Au clergé séculier et régulier et à ious les fidèles de nos diocèses respectifs, salut et bénédiction -en Notre-Seigneur. mn fUu
x " ar Nos TRÈS CHERS FRÈRES If |
Appelés par la volonté même de notre divin Sauveur au gouvernement spirituel des Eglises particulières confiées à leurs soins, les Evêques, stccesseurs des Apôtres, n’ont pas seulement la mission d'enseigner en tout temps la vérité
catholique et”d’en Inculquer les principes salutdires dans lès
âmes, ils ont encore, en certaines circonstances en certaines circonstances critiques et et
cérilleuses, le ‘droit et le d et le devoir d'élever la voix, soit pour pré pour pré munir les s fidèles contre contre les dangers qui menacent leur Fo,
soit pour es diriger, er, les stimuler ou les soutenir dans là juste revendicaiion de droiis impres-11pibles manifestement mécon nus et violés.
"Vous connaissez tous, N. T. C. F., la position très pénible : faite à nos coreligionnaires du Manitoba par les lois injustes qui les privérent, 11 Y 4 SiX añs, dù Système d'écoles séparées dont ils avaient joui jusque-là en vertu même de la constitution du pays, système d'écoles si important, si nécessaire, dans une contrée mixte, à la saine éducation et à la formation des enfants d'après les principes de cette foi catholique qui est ici-bas notre plus grand bien et notre plus précieux héritage,
Nous n'avions, certes, pas besoin, N. T. C. F., des décisions des tribunaux civils pour connaître toute l’iniquité de ces
lois manitobaines, attentatoires à la liberté et à la justice :
mais il a plu à la Divine Providence, en sa sagesse et en siDOnté, de ménager aux catholiques l'appui légal d’une
autorité souveraine et irrécusable, en faisant reconnaitre par
le plus haut tribunal de l'Empire la Tégitimité de leurs grieis |
et la légalité d'une mesure fédérale > réparatr:C CR
2e remets mg re mr mer mue
En présence de ces faits, l’Episcopat canadien, soucieux, avant toutes choses, des intérêts de la religion et du bien des
âmes, ne pouvait se dissimuler Îa gravité du devoir qui s'imposait à sa ‘sollicitude > pastorale et qui l'obligeait à réclamer juslice, comme il l'a fait.
Car, si les Evèques, dont l'autorité relève de Dieu lui- même,
chrétienne, la eligion et la morale : s'ils sont les chefs reconnus d’une société parfaite, souveraine, supérieure, par sa nature et par sa fin, à la société civile, il leur appartient, lorsque les circonstances l'exigent, non pas ‘seulement d'éxprimer vaguement leurs vues et leurs désirs en toute matière religieuse, mais encore, de désigner aux fidèles ou d'approuver les moyens convenables pour arriver à Îa fin spirituelle, qu'ils se proposent d'atteindre, Cette doctine est bien celle du grand Pape Léon XIII dans son Éncyciique Immortale D&:"«Tout ce qui, dans les choses humaines, est sacré à un titre > quelcoñque, out ce qui touche à au salut des âmes et au culte de Dieu, soit par sa nature, soit par “rapport à à son but, touf cela est du ressort de l'autorité de l'Eglise.
Nous tenions, N. TC: F: 4 rappeler briévement ces principes inhérents à la constitution même de l'Eglise, ces droits essentiels de l'autorité religieuse, pour justifier l'attitude prise par les membres de ia hiérarchie catholique dans la présente question scolaire, et pour mieux faire comprendre l'obligation où sont les fidèles de suivre les directions épiscopales.
S'il y a, en effet, des circonstances où les catholiques doi-
vent manifester ouvertement envers l'Eglise tout le respect et tout le dévouement auxquels elle a droit, c’est bien lorsque, comme dans la crise actuelle, les plus hauts intérêts de la foi et de la justice sont en cause et réclament de tous les
hommes de bien, sous la direction de leurs chefs , un COnCOUrs
efficace. ” ee
Nous avions espéré, N. T. C. F., que la dernière session du Parlement fédéral mettrait un terme aux difficultés scolaires qui divisent si profondément les esprits : nous avons été lrompés dans nos espérances. L'histoire jugera elle-même des causes qui ont retardé la solution attendue depuis si longtemps.
Quant à nous, qui n'avons en vue que le triomphe des éternels principes de religion et de justice confiés à notre garde, nous qu'aucun échec ne pourra jamais désespérer ni détourner de l'accomplissement ‘de cette mission qui fut celle des Apôtres eux-mêmes, nous sentons, en présence de la lutte électorale qui s'engage, qu'un impérieux devoir nous incombe : ce devoir, c’est d'indiquer à tous les fidèles soumis à notre juridiction et dont nous avons à diriger les consciences, la seule ‘ligne de conduite à suivre dans les présentes élections.
PP Ge à ape me ne
Devrons-nous tout d'abord vous rappeier, N. T. C. F., combien le droit que vous accorde la constitution de désigner par vos suffrages les dépositaires du pouvoir public est noble et important ? Tout citoyen digne de ce nom, tout Canadien qui aime sa patrie, qui la veut grande, paisible, prospère, doit s'intéresser à son gouvernement. Or, le gouvernement de notre pays, de ce peuple jeune encore, mais capable d'occuper une place distinguée parmi les autres nations, sera ce que vous l'aurez fait vous-mêmes par votre choix et votre vote.
C'est dire, N. T. C. F., qu’en règle générale et sauf de rares exceptions, c'est un devoir de conscience pour tout citoyen de
Yoter: devoir d’autant plus grave et d'autant plus pressant
que les questions débattues sont plus importantes et peuvent avoir sur vos destinées une influence plus décisive.
C'est dire encore que votre vote doit être sage, éclairé, honnête, digne d'hommes intelligents et de chrétiens. Evitez donc, N. T. C. F., les excès si déplorables contre lesquels, bien des fois déjà, nous avons dû vous mettre en garde : Le parjure, l’intempérance, le mensonge, la calomnie, la violence, cet esprit de parti qui fausse le jugement et produit dans l'intelligence une sorte d'aveuglement volontaire et obstiné. N'échangez pas votre vote paur quelques pièces d'une vile monnaie : ce vote est un devoir et le devoir ne se vend pas.
Accordez votre tre suffrage non au premier venu, mais à © non au prenier venu, mais à ce celui
qu'en conscience et sous le regard de Dieu vous jugerez le plus apie par les qualités de son esprit la fennelé dé Sôn caractère, l'excellence de ses principes et de sa conduite, à remplir le noble ministère de législateur. E Et pour que ce
jugement soit plus éclairé et plus sûr, ne craignez pas de sortir du cadre restreint où les dires d’un journal et les opinions
d'un ami enchaînent votre esprit; consultez, quand il le fau-
dra, avant de voter, les personnes que leur instruction, leur rang, leurs rapports sociaux mettent en état de mieux con-
naître les questions qui s’agitent et de mieux apprécier la
valeur relative des candidats qui briguent vos suffrages.
Ce sont là, N. T. C. F., des principes généraux de sagesse et de prudence chrétienne qui s'appliquent à tous les temps et à toutes les élections auxquelles les lois du pays vous permettent de prendre part.
Mais dans les circonstances où nous nous trouvons à l’heure “actuelle, Te devoir des électeurs du Canada, notämment des électeurs s catholiques, revêt un caractère sp revêt un caractère spécial d’importance et de gravité sur lequel nous sommes désireux d’ap pelér” plus particuliérément votre attention. Une injustice grave a été commise envers la minorité catholique au Manitoba; on lui à enlevé ses écoles catholiques, ses écoles séparées, et l’on veut que les parents envoient leurs enfants à des éco-
les que leur conscience réprouve. Le Conseil Privé d’Angle-
terre a reconnu.le bien fondé des réclamations des catholiqués, la Rgiimité de Teürs griefs et Te dioi d'intervention des autorités fédérales pour que juslice Soit rendue aux opprimés. Il s’agit donc présentement pour les catholiques, de concert en cela avec les protestants bien pensants de notre pays, d'unir leurs forces et leurs suffrages de façon à assurer la victoire définitive de la liberté religieuse et le triomphe de droits qui sont garantis par la constitution. Le moyen d’atteindre ce but, c'est de n'élire à la charge de représentänis du peuple que des hommes sincérément ré60lus à 1avoriser de
toute leur infuence et à appuyer en Chambre une mesure pou vant porter un remède efficace aux maux dont SOIT. -
norité manitobaine.
"En vous parlant amsi, N. T. C.F., notre intention n’est pas de nous inféoder à aucun des partis qui se combattent dans l'arène politique: au coniraire, nous tenons à IéSeIVér n0tre liberté. Mais la question des écoles du Manitoba étant avant tout une question religieuse, intimement lite aux plus chers intérêts de la foi catholique en ce pays, aux droits naturels des parents, comme aussi au respect dû à la constitution du pays et à la Couronne Britannique, nous croirions trahir la cause sacrée dont nous sommes et devons être les défenseurs, si nous n’usions de notre autorité pour en assurer le succès.
Remarquez bien, N. T. C. F., qu'il n'est pas permis à un catholique, quel qu'il soit, journaliste, éleéteur, candidat, député, d’avoir deux lignes de conduite au point de vue religieux : l’une pour [vie privée, Tattre pour vie-publi que dt de fouler aux pieds, dans l'exercice de ses devoirs sociaux, les obligations que lui impose son titre de fils soumis de l'Eglise. C'est pour cela que Notre Très St-Père le
Pape Léon XIII, dans son Encyclique Libertas præstantissi- Mmum, condamne ceux qui «estiment que dans tout ce qui re
Concerne le gouvernement de la société humaine, dans les
institutions, les mœuis, les Lois, les fonciions publ.ques, l'instruction de la jeunesse, on ne doit pas plus faire altention à l'Eglise que si elle n'existait pas ». Pour la même raison, il dit ailleurs (Encyclique Immortale Dei): « Avant tout, il est nécessaire que tous Jes catholiques dignes de ce nom se déterminent à être et à se montrer les fils très dévoués de l'Eglise; qu’ils repoussent sans hésiter tout ce qui serait incompatible avec cette profession; qu'ils se servent des institutions publiques, autant qu'ils le pourront faire en conscience, au profit de la vérité et de la justice. »
C'est pourquoi, N. T. C. F., tous les catholiques ne devront accorder leur suffrage qu'aux candidats qui Ss’éngagéront for mellement et solennellement à voter, au Parlement, en faveur d'une législation rendant à la minorité catholique du Manttoba les droits scolaires qui lui sont re-onnus par l'honorable Conseil Privé d'Angleterre. Ce grave devoir s'impose à {out bon catholique, et vous ne seriez justifiables ni devant vos guides spirituels ni devant Dieu lui-même de forfaire à cette obligation.
Nous avons pu, jusqu'à présent, nous féliciter de l'appui sympathique d'un grand nombre de nos frères séparés; ils ont compris que, dans un pays de races et de religion différentes comme le nôtre, il est nécessaire, pour le bien général, d'user de cette largeur de vues qui sait respecter la liberté de conscience et tous les droits acquis. Nous osons faire un nouvel appel à leur patriotisme pour que, joignant leur influence à celle des catholiques, ils aident de tout leur pouvoir à obtenir enfin le redressement des griefs dont se plaint à si juste titre une partie de nos coreligionnaires.
Ce que nous voulons, c'est le triomphe du droit et de la juslice: c'est le rétablissement des droits et priviioges de la minorité catholique romaine en matière d'éducation, à nos frères du Manitoba; de manière à mettre les catholiques de cette province à l'abri de toute attaque et de toute législation injuste ou arbitraire.
Nous comptons pour cela, N. T. C. F., sur votre esprit de foi, sur votre obéissance. Nous avons la ferme confiance que, soumis d'esprit et de cœur aux enseignements de vos premiers pasteurs, vous saurez, s’il le faut, placer au-dessus de vos préférences et de vos opinions personnelles les intérêts d’une cause qui prime toutes les autres, de la cause de la justice, de l’ordre, de l'harmonie dans les différentes classes qui composent la grande famille canadienne.
Sera la présente Lettre Pastorale lue et publiée au prône de toutes les églises paroissiales et autres où se fait l'office public, le premier dimanche après sa réception et le dimanche qui précédera la votation.
Fait et signé, à Montréal, le six mai mil huit cent quatrevinpt-seize.
+ Édouard-Chs., Arch. de Montréal: + J.Thomas, Arch. d'Ot-. tawa; Ÿ L.-N., Arch. de Cyrène, admin. de Québec; TL.-F., Ev. des Trois-Rivières; Ÿ L.-Z., Ev. de Saint- Hyacinthe; Ÿ N.-Zéphyrin, Ev. de Cythère, Vic. Apost. de Pontiac; Elphège, Ev. de Nicolet; F André-Albert, Ev. de Saint-Germain de Rimouski; f Michel-Thomas, Ev. de Chicoutimi; f Joseph-Médard, Ev. de Valleyfield ; Ÿ Paul, Ev. de Sherbrooke; f Max., Ev. de Druzipara, coadjuteur de l’Ev. de Saint-Hyacinthe.
Par ordre de Nos Seigneurs :
ALFRED ARCHAMBEAULT, Chan., Chancelier,
Et voici la lettre circulaire au clergé qui accompagnait ce mandement :
Montréal, le 6 mai 1896.