VII. — Vers j’Abime
vent à l’école, ils ne soignent, ni personnellement ni par d’autres, leur instruction religieuse ?
C'est pourquoi on ne peut rien faire de plus opportun pour promouvoir la foi chez les peuples, surtout dans ces temps où Nous la voyons assaillie par une véritable tempête d'erreurs, que d'implanter, de cultiver et de fortifier la religion et la piété dans les tendres âmes des enfants au moyen des écoles catholiques, en sorte que, avec les rudiments des lettres et l'enseignement classique, ils soient profondément pénétrés des règles de la vie chrétienne, pour les observer fidèlement ensuite dans tout le cours de leur existence. Celui qui aura consacré à cette fin son zèle et ses efforts, aura justement et excellemment mérité de la religlon.
Or, ces inébranlables principes sur lesquels se sont toujours appuyés les Evêques canadiens avec tant de constance, enga: gent aujourd'hn celle Sacrée Uongrésation à oNement recommEnder à leur zèle manifeste la défense des droits catholiques de la province dé Manitoba concernant l'éducation rehgteusé de leûts ‘enfants, afin -que ces droits, comme la justice de la cause le fait espérer, soient sauvegardés, et que l'Eglise soit préservée d'une grave injustice.
En attendant, je vous baise très humblement les mains.
De Votre Eminence, le très humble et très dévoué serviteur,
(Signé): M. Card. Lepocrowskt, Préfet.
(Soussigné): A. Arch. de Lanisse, Secrétaire.
Voilà l'opmion de Rome : pas d'équivoque. Faut-il en rapprocher les arguties de L. O. David? C'est lui faire beaucoup d'honneur, mais orner de fleurs les comes d'un tel adversaire est œuvre équitab'e. Donc, dans son appréciation de cette campagne électorale, le peu scrupuleux, et encore moins véridique L. O. David, nous parlera abondamment de l’infervention de” l'épiscopat canadien et nous affirmera, par exemple, sans la moindre preuve à l'appui ét contre toute vraisemblance, que sir Ch. Tuffier, chef des conservateurs, fit appel au clergé canadien, et mérita ettre pastorale des évêques, comme une
ceinture de sauvetage au cours d'un nautrage. M. David fai.
sait ainsi volontairement erreur, ne voulant pas publiquement
reconnaître, qu'en élevant la voix les évêques ne se rendaient
qu'à l'appel des catholiques du Manitoba avec ksquels ils étaient parfaitement solidaires; que, de plus, ils n ’écoutaient,. pour le devoir à remplir, que la voix dé Tür conscience et les . directions pontificales très précises à ce sujet. C'était bien assez pour les déterminer et pour les juslifier; ce. n’est pas, du moins, en ce faisant, qu'ils engagèrent les premiers des hostilités dont les libéraux eussent, dans la suite, à se venger. . Au contraire, si les cœurs avaient été à la hauteur de.la situation et les intentions aussi droites qu'on le disait dans tous les rangs catholiques, le cri d'alarme des évêques, leurs revendications nécessaires et légitimes, leur appel pressant en faveur des frères opprimés auraient dû être des causes de ralliement, la raison d’être d'üuné ‘ünidn Téconde. Pourquoi eu fut-il ETC sens
Vous venez de lire le mandement des évêques. Est-ce bien là, comme sir W:' Laurier à teint de le croire, et comme ses partisans, obéissant À’Son mot d'ordre, allaient le répétant à. tous les échos; est-ce bien là une déclaration de guerre au parti libéral? Si celui-ci se sentait atteint, à qui devait-il s'en prendre dé Se trouver morveux ? ou à ses défaillances répétées, à ses manœuvres indignes; ou bien à la détresse des minorités sacrifiées par lui? |
Que tous les évêques signataires du mandement qui précède, l’aient signé avec plus ou moins d'enthousiasme, je ne: m'en préoccupe pas; dans un conseil d'évêques aussi bien que dans un conseil d'administration quelconque, où bien de gouvernement, s'il est bien composé, chaque membre a. son point de vue propre, son opinion libre qui prête à l'éclair. cissement, d'où discussion en vue de l'entente finale-qui seule importe pour d'autorité des décisions à prendre. Or, les évé. ques ‘ont: signé le\mandement collectif de leur plein gré et T'ont fait appliquer avec sagesse selon Posoins ot: circonstatices avec l'approbation de Rome. Cela nous suffit.
Quand donc M. David, avec l’imperturbable aplomb du mystificateur à gage qu'il était, vient nous raconter à-cé -propos:
que plusieurs des évêques signataires ne firent cette démonstration qu'à leur corps dérendant, el violérent eux-mêmes les prescriptions de leur léltre pastorale, donnant ainsi l'exemple
de la révolte contre les sages ordonnances contenues dans ce document et contre les décrets du Saint-Siège, il se fait illusion, nous trompe impudemment. Si l'accusation de M. David est forte, heureusement elle est gratuite; l'imposteur, à l'appui de sa diffamation, de sa calomnie, ne produit pas une parole, ne signale pas un acte, n'indique pas ‘une démarche d'évêque qui pût apporter dans le débat un argument en faveur de ses imputations aventures. Tout au plus, ec combien déplorable fût- fût-elle! verrons- s-nOUS, ous, je le répète, Mgr Merry dei Vai, délégué ué apostolique, & étranger alors aux Choses canadiennes et à “peine débarqué parmi Les politic ciens intéressés et retors qui “surent “l'accaparer et user, lancerat1l quelques télégrammes inconsidérés dont les libéraus Bart Dre Ur
paru immense, JU rti immense, jusqu à assurer par à Teur succes immédiat
et affirmer leur st affinmer leur politique » pour un long avenir.
D'ailleurs, la lettre pastorale m'avait rien à prescrire aux évêques, qui ne pouvaient, conséquemment, rien transgresser; elle détermine les devoirs particuliers des fidèles sur le point d’agir en citoyens. La circulaire qui: l'accompagne dit aux prôtres, et non aux évêques, leurs devoirs respectifs dans des circonstances déterminées.
L'extra-lucide David y vit autre chose et même des obligations que les évêques se seraient imposées à eux-mêmes! Mais les gen: extra-lucides opèrent généralement en foire et au dépens des nigauds qui les écoutent, parmi lesquels David voulut, mais vaguement, classer tous ses contemporains. Qui fautil plaindre?
À bien lire la lettre pastorale collective, on voit clairement qu'il ne s'agit pas pour les évêques, comme le fit croire sir W. Laurier, de porter une atteinte quelconque à ce que, avec une emphase un peu ridieule et la bouche singulièrement arrondie, les Hbéraux appelaient : l’inviolabilité et l'indépendance ahso-
lue du député et de l'électeur en matière civile et politique. Comme si cela le dispensait de l'honnêteté!
Dans le Manitoba. on avai avait sacrifié des drous scolaires inviolables et “sacrés, ait attentat q qui mettait en danger [a foi et es MmŒUTS rs di une ‘minorité catholique, opprimés éé dé paru pris. Cela cessait, il me semble, d'être une matière exclusivement polir que et civile; mais devenait éminemment une matière mo. raje et religieuse, en laquelle l'autorité épiscopale ne pouvait s'exercer qu'avec vigilance et tenacité. Sur ce domaine réservé, toute conscience catholique leur devait respect et soumission; ce à quoi, et pour son propre compte, David n'aurait pu contredire. L'obéissance, en cette occasion, était d'ailleurs imposée À l'électeur chrétien de par droit divin; d’où obligation grave, qui excluait bel et bien l'application pratique laissée à la libre appréciation des particuliers susceptibles d’en abuser. Les évêques disaient donc comment et pour qui il fallait voter avec l'intention d'obtenir respect pour le droit, justice pour l’opprimé. ‘
. Le mandement collectif qui le visait et ne faisait pas, par cela même, le bonheur de tous, fut de prime abord, accueilli avec ‘un apparent respect, même par ceux qu'il déconcertait; ce fut un concert unanime d'éloges pompeux : que c'est sagement pensé, avouait M. David luimême.
Mais les libéraux se bornèrent à cette admiration platonique, estimant qu'au nom de la légalité et de la politique, ils pouvaient penser ainsi et agir différemment.
Or, ce pauvre David, qui était surtout un esprit auquel on pouvail souhaiter plus de bonheur que celui d'être éclairé par un théologien (?), sans titre, qui rendait des oracles dans l'Electeur, particulièrement dans le numéro du 12 Février 1896, était comme l'Eve ingénue qu'un autre avait trompé. David ne savait plus ce qu'il disait; car il ignorait tout du pouvoir et de la mission du Rédempteur; et, par suite, tout aussi de la mission des évêques et des limites de leur au‘o’ité. David ne sa. vait rien, et si d'autres ont entrepris d’illuminer les ténèbres
‘de son entendement, chaque lecteur ne saurait s'imposer une
tâche aussi ingrate, devenue du reste inopportune : Rome
l'ayant condamné pour l’éclairer tout à fait.
1. Le 12 février 1896, l'Electeur publiait, à propos de la lutte électorale de Charlevoix, "ün afticle Soigneusèment élaboré, au ton doctoral et sentencieux, tendant à nier à l'Episcopat canadien tout droit d'ntervent:on dans la question d'une législation remédiatrice relative aux affaires scolaires du Manitoba.
Nous avons lu et, comme bien d'autres, non sans un sentiment de surprise, la thèse développée dans les colonnes de l'Electeur par un théologien que la Rédaction, dans le numéro du 14, se plait à appeler l'un des plus éminents de la Province ecclésiastique de Québec. Cette thèse, hâtons-nous de le dire, contraire aux droits des Evêques, et se rattachant, à l'insu sans doute de l’auteur, aux principes mêmes du libéralisme catholique, est fausse, pernicieuse et absolument condamnable.
Pour nous conformer aux désirs de l’autorité ecclésiastique de ce diocèse, et ävec son approbation formelle, nous dirons quelques mots des doctrines téméraires émises dans l’article du journal libéral et ferons voir en quoi pèche l'ar- .gumentation de l’auteur de cet écrit.
Tout d'abord, qu'on le sache bien, nous nous plaçons ici en dehors de toute considération ou préoccupation purement politique. Car il ne s’agit pas pour nous d'un intérêt de parti, mais d'une question de doctrine et de droit public ecclésiastique de la plus haute portée religieuse et nationale.
En second lieu, nous voulons défendre contre toute prétention contraire la légitimité juridique et morale, ainsi que l'opportunité de l'intervention épiscopale dans les conditions mêmes où cette intervention s’est produite à Char-
: levoix, c'està-diro dans l'hypothèse que la mesure remédialrice, proposée
Lt
par le gouvernement, sera de nature à mériter le suffrage des Evêques. ‘Inutile dome d'en appeler contre nous, pour étayer ‘une thèse chancelante, à la défectuosité de l'acte remédiateur, si défectuosilé il y a; ce ne serait là qu'une échappatoire.
Ceci posé, abordons l'argument principal sur lequel repose la doctrine €hère à l'Electeur, si l'Eglise a le droit d'exiger que la question des écolcs du Manitoba soit réglée conformément aux principes de la justice, ïl ne lui
-apparlient pas cependant de déterminer ni d'approuver un moyen plutôt qu’un
autre entre ceux que la politique suggère. — Nous nions cette assertion et voici nos raisons :
‘L'Eglise étant, à cause de sa fin, une société essentiellement supérieure
* à l'Etat, l'Etat lui est subordonné en tout ce qui touche aux intérêts reli-
gieux : c'est un principe clair et certain. Aussi, en vertu de ce principe, reconnaît-on que l'Eglise jouit d’une juridiction véritable sur le pouvoir sécu-
“lier jusque dans les questions d'ordre temporel, pourvu toutefois que ces ma- ‘ tières aient un rapport de nécessité ou d'utilité réelle avec la fin de la s0-
ciété religieuse. C’est l’enseignement de Léon XIII, formulé dans la proposition suivante que nous extrayons de l'Encyclique ‘Immortale Dei: « Tout ce qui dans les choses humaines est sacré à un titre quelconque; tout ce qui touche au salut des âmes et au culte de Dieu, soit par sa nature, soit
bar sapport à son but, tout cela est du ressort de l'autorité de l'Eglise. »
C'est pourquoi, bien que, étant donnés deux moyens politiques également aptes de toutes manières à favoriser dans toute leur étendue les intérê's de
Seulement, M. David était jeune.alors ; 1l le disait'du‘moins, en exhibant sen biberon. Et c'est parce qu'il a cessé d'être jeune aujourd'hui qu'il
l'Eglise, celle-ci n'ait aucune raison de faire ellemême un choix, mais doive plutôt abandonner ce soin à la puissance séculière, il en va tout autrement lorsque l'un de ces moyens, au jugement unanime des premiers pas. teurs d’un pays et d’après la nature même des choses, offre des garanties d'efficacité et de stabilité que l'autre ne saurait offrir. Dans ce cas, en etfet, l'Eglise, dont les intérêts priment tout droit, Loute considération au toute aspiration politique quelconque, peut et doit exercer sa juridiction sur le moyen lui-même à prendre, sur la'voie à suivre pour arriver au but désiré. Ne pas le faire serait compromettre gravement la cause qu’elle défend. En le faisant, elle demeure dans sa sphère; car le moyen par elle choisi, quoique politique et temporel de sa nature, revêt néanmoins, à raison de sa destination et de sa supériorité relative, un caractère religieux excepliannel qui justifie parfaitement l'intervention de l'autorité ecclésiastique.
C'est le cas actuel.
Nos chefs spirituels, après avoir attendu pendant cinq ans avec une poignante anxiété le règlement d’une question si importante et si vitale au point de vue catholique, jugent, et à bon droit, qu'il serait imprudent de renoncer au bénéfice d’une décision portée en faveur de leur cause par le plus haut tribunal de l'Empire, pour remettre en question des droits si ouvertement reconnus. [ls jugent, et à bon droit, qu'il serait téméraire, dans une af faire aussi grave, de confier leurs espérances à un projet d'enquête qui amènerait inévitablement de nouveaux retards, et qui, faisant abstraction de l'intervention fédérale à laquelle ses promoteurs s'opposent, semetirait les catholiques à la merci de leurs persécuteurs.
Car, supposé même — ce dont il est bien permis de douter — que Le gouvernement manitobain, foncièrement hostile aux catholiques, et confirmé dans cette hostilité par sa récente victoire électorale, consentirait cependant, sur les instances d'amis politiques, à rétablir le système d'écoles séparées dont jouissaient nos coreligionnaires avant 1890, qui nous assurera que ces mêmes gouvernants ou d’autres, poussés. par les mêmes motifs de fanatisme ou d'intérêt, ne recommenceront pas tôt ou tard surice même terrain scolaire la guerre violente et injuste que nous déplorons aujourd’hui? Ne vaut-il pas infiniment mieux que le pouvoir central, puisqu'il en a le droit et l'occasion, élève dès maintenant contre tous les persécuteurs présents et futurs un rempart de justice et de protection religieuse, irrésistible à tous les vents et à toutes les tempêtes ?- À
J'ajouterai qu'étant donné l'esprit de parti qui divise si profondément nos hommes publics, ce n'est pas d'un groupe politique particulier qu'il faut attendre la force d'union nécessaire pour rallier dans une même pensée et sous un même drapeau tous les catholiques. L'Episcopat seul peut espérer de produire ce ralliement à ceux dont il dirige les consciences, de s'élever pour un moment au-dessus des intérêts temporels qui les agitent, d'oublier leurs dissensions politiques, et, prenant pour appui le jugement du Conseil Privé d'Angleterre, d'en faire la base ‘inébranlable d'une législation vraiment réparatrice,
Le droit d'intervention des Evêques, dans une affaire de cette nature, découle, du reste, assez clairement des enseignements contenus dans le
trouverait désormais incohérente son affirmation d'antan qui lui faisait dire étourdiment que sir W. Laurier et ses partisans, auxquels les évêques déclarèrent la guerre, avaient l'intention de donner aux catholiques du Manitoba bien plus que les conservateurs, si cependant ils arrivaient au pouvoir. Ils y arrivèrent surtout grâce à la perturbation que l'intervention inconsidérée du Délégué apostolique, Mer Merry del Val, jeta dans Îes esprits; trouble qui proita étonnemment aux libé.