VI. — Vers Y'Abime
Province réfractaire. C'était abandonner inutilement out Je terrain si péniblement gagné depuis cinq ans. Mais un groupe de fanatiques venait de l’abandonner. Ces dix-huit ou vingt renégats de la Constitution n'allaient-ils pas, en s'unissant aux libéraux, rendre vaine toute tentative de législation réparatrice et compromettre inutilement le sort du ministère en déplaçant la majorité ?
Les ministres canadiens-français, devant cette hésitation, comprirent que leur place n'était plus “dans le ministère ; qu'y rester plus longtemps était trahir les intérêts de leurs coreligionnaires et de leurs compatriotes, puisque tous les retards ne pouvaient que rendre plus difficile le redressement de leurs griefs. Ils donnèrent leur démission. C'était un bel exemple. Ils auraïent dû ne point reprendre leur portefeuille, avant que le ministère n'eût préparé et présenté son projet de loi. Malheureusement deux d'entre eux crurent devoir accepler la ‘promesse : solennelle de leur chef s’engageant, comme ie déclarait solennellement au Sénat, à présenter 1 une loi réparatrice au nom du gouvernement à la “prochaine s session, si la législature provinciale ne rendait pas elle-même justice à la minorité. La promesse était sincère.
Seul, M. . Angers, ne voulut point rentrer dans un, ministère qui semblait consulter les caprices de l'opinion au lieu de la diriger et de lui imposer ses volontés. Il se dit que ce n'était pas en doutant de lui-même que le gouvernement inspirerait la confiance et entraînerait la majorité, et qu'il valait mieux tomber en défendant le droit et la Constitution, que de tomber quelques mois plus tard pour n'avoir osé ni les trahir ni les défendre, Disons à l'honneur de nos députés conservateurs canadiens-français que pas un d’entre eux ne voulut prendre dans le conseil la place laissée vacante par la retraite de M. Angers.
Le gouvernement, pour convaincre ses partisans que son action était inévitable, et que sans elle la Constitution ne se-
rait jamais respectée, tenta de négocier av avec la Province réfractaire. Il poussa la” condescendance jusqu'à abandonner virtuellement la forte position qu'il occupait, et à s’en remettre au bon vouloir de ceux qu'il avait le droit et le devoir de réduire, leur laissant à eux-mêmes de déterminer ce qu'ils voulaient et pouvaient accorder à ia justice et à la Constitution. Triste politique qui mettait le ministère dans la plus inconséquente et la plus ridicule position! Car, d’une part, il affirmait à une législature en révolte contre la justice et la Constitution qu’elle ne serait pas tenue d’obéir complètement à cette Constitution et qu’elle pourrait pratiquement annuler le jugement du plus haut tribunal de l'Empire; et, de l’autre, il promettait plus qu'il n'avait le droit et le pouvoir de faire. Dans l'espèce, le gouvernement fédéral n'avait nulle mission ni pouvoir de” négocier “un traité plus ou moins avantageux aux catholiques du Manitoba; il n'était ni leur représentant ni leur chargé d’ affaires, enccre moins leur plénipotentiaire; il n'était plus que le mandataire de la justice et de la Constitution. Il n'avait que le droit d'entendre ou de rejeter l'appel; de l’admettre, s’il était fondé en droit; de le rejeter, s’il n'était ni juste ni raisonnable. La Constitution ne lui donnant le droit d’agir que pour redresser tous les griefs dont on se plaignait à son tribunal, il n'avait que le droit d'agir pour les redresser totalement ou de ne pas agir. Recourir à des demi mesures impolitiques et inconstitutionnelles, c'était perdre volontairement la confiance et la considération des deux partis.
Cette tentative de négociations eut le sort qu'elle méri. tait. Le ministère Greenway la prit pour ce qu’elle était : une marque évidente de “faiblesse . et d’irrésolution et un sacrifice fait aux agitateurs fanatiques de l'opinion anglaise et protestante. Aussi répondit-il (21 déc. 1895) qu'il rejetait
positivement et définitivement toute proposition d'établir, sous
Pour tenir s ses engagements, le ‘gouvernement “at convoquer
le Parlement en session spéciale pour présenter son projet de loi réparatrice.
"Le Parlement à : peine convoqué, cinq des ministres anglais abandonnèrent leur chef et manquant à la parole donnée à leurs vollègues se retiraient du ministèret, Trahi, mais non découragé, Sir MacKenzie Bowell se remit à l'œuvre, reconstitua son ministère et se présenta devant le Parlement avec son projet de loi réparatrice. Mais deux mois de retard avaient été la conséquente de cette crise ministérielle; le Parlement ne pouvait plus légalement se prolonger au delà du 28 avril, et le gouvernement, affaibli par ces divisions et ces crises, ne commandait plus la même confiance à la députation et ne pouvait plus guère compter sur une majorité compacte et puissante. L’acte réparateur aurait pu être voté cependant
avec le concours loyal de l'opposition. ! Si M. Laurier eût été sincérement dévoué à la cause de la minorité du Manitoba; si seulement il eût été un véritable homme d'Etat, il ne l'eût point refusé. Il aima mieux n’écouter que ses ambitions, trahir les intérêts des siens et se faire le complice ef le soutien des oppresseurs et des violateurs de la justice et de la Constitution, que de perdre une occasion d'affaiblir le gouvernement conservateur et peut-être de le renverser.
Cette session de 1896. Ganvieravril) donna au pays un étrange s spectacle ?. Pendant ‘que les miristres conservateurs, orangistes quelques- -uns, protestants et anglais pour la plupart, pour obéir aw jugement du Conseil Privé d'Angleterre, demandaient au Parlement du Canada de rendre à une minorité catholique et française les droits que lui garantit la Constitution et dont elle a été injustement dépouillée par un gouvernement libéral, inique et oppresseur des faibles, on vit le chef de l'opposition, canadien-français de naissance, catholique par le baptême, libéral de profession, se liguer avec les plus
fanatiques ennemis du nom français et catholique pour em. LE TS M
1. Janvier ‘1896. ic 8. C'est Péditeur qui met en italique ce qui suit.
pêcher le triomphe des droits de la conscience catholique et française, et cela au mépris de la justice souveraine du pays et. des instances, et de l'action unanime de la hiérarchie catholique du pays tout entier.
Le chef libéral voulaitil seulement et avant tout arriver au pouvoir, dût-il pour cela sacrifier sûrement ou mettre en très grand péril les écoles catholiques et françaises? Voulaitil plutôt par conviction et par principe perdre cette cause pour laquelle il n’a manifestement aucune sympathie? Il est. assez difficile d'en juger sûrement, tant il y a d’incohérence et d'inconséquence dans son action et ses paroles, parfois dans. un même discours. Quoi qu'il en soit, ce fut lui qui se leva dans le Parlement pour attaquer l'acte réparateur présenfo par le gouvernement. Après ün long discours qui est un chef-d'œuvre d'inconséquence, où il admet que la minorité manitobaine à des griefs, qu’elle a le droit d'appel au gouvernement fédéral, que le gouvernement a le droit d'entendre cet appel et de présenter des arrêtés réparateurs, que le Parlement a le droit de voter une législation réparatrice, il propose le renvoi à six mois du projet de loi, c’est-à-dire la condamnation par la Chambre du principe même de la loi. Etaitil pour le principe de la loi? Il l'a dit en parole et nié en action, et tout son parti avec lui, sauf sept. députés, dont cine canadiens-français, les seuls qui votèrent avec Ia majorité pour la deuxième lecture.
Le gouvernement commandait encore ‘une majorité suffi. sante pour se maintenir et pour assurer le sort de la loi. Pour conserver cette majorité, pour l’augmenter peut-être, disent « les uns, pour éviter, disent les autres, un conflit avec une autorité qui n'a point coutume d'intervenir directement dans les affaires et d'imposer ses vues personnelles au gouvernement responsable qui a la confiance et l'appui du Parlement, l'Exécutif fédéral crut devoir faire le sacrifice d'aller au devant du ministère manitobain, et de tenter un compromis;
mais, Loutefois, ‘avec l'entente que ‘cette démarche ne retar-
derait en rien la discussion du projet de loi ni, le cas échéant, son adoption par la Chambre des ‘Communes.
Üne commission fédérale se rendit donc à Winnipeg pour constater que, si le gouvernement d'Ottawa était assez faible pour faire des concessions à l’iniquité et abandonner quelques.uns des droits qu’il était chargé de protéger et de défendre, celui de Manitoba n'avait pas assez le sens de la justice ni le respect de la Constitution pour réparer lui-même dans la moindre mesure les torts qu'il avait faits par ses lois iniques et oppressives de la minorité. Cette tentative, la troisième faite inutilement pour régler la question des
écoles sans une loi fédérale réparatrice, ne put empêcher toute la presse libérale de crier toujours qu’elle ne pourrait jamais l’être que par la conciliation.
Sans espoir de ce côté, le gouvernement poussa la loi aussi vite qu'il put. ut. Votée en d en deuxième lecture par une majorité ” 112 contre 94 la loi fut référée au comité général de la Chan. bre pour l'étude de ses détails (20 mars 1896). C'est là que s'oganisa cette obstruction systématique qui paralysa tous les efforts du gouvernement. Au 22 avril sur les 112 clauses de la loi, quinze seulement avaient pu être étudiées et acceptées en comité. — Le Parlement expira et les députés revinrent devant les électeurs.
M. Laurier restait à la tête du parti libéral, sans programme bien arrêté sur cette importante question, si ce n'est peut-être celui de changer de programme suivant l’opportunité des temps et des lieux.
Après avoir reproché pendant trois ans au gouvernement de ne pas agir, dès que le gouvernement avait voulu agir, il n'avait cherché qu’à entraver son action et à la rendre impossible. Il avait reconnu le droit d'intervention du gouvernement par une loi réparatrice el, dans la même séance, voié contre le principe même de la loi. IL affirmait les griefs de la minorité manitobaine, puis les mettait en doute, et demandail une enquête pour en faire la preuve devant le Par-
lement. Aux élections générales dernières, dans les provinces anglaises, ses partisans faisaient la lutte au nom de > l'autonomie des Provinces qui n'était pas en cause, ‘et prétendaient que l'Exécutif fédéral ne devait pas forcer le Manitoba à observer la justice et la constitution. Dans” la . Province de Québec, ils allaient © criant partout qu'ils avaient voté contre la loi réparairice, ‘parce qu'elle ne rendait pas assez complète justice, et'qu'eux "seuls Voudraient et sauraient ren. dre tous leurs droits à nos frères opprimés.
De son côté, le nouveau chef conservateur, Sir Charles Tupper, qui s était dist Ünguë dans la discussion par son énerge et Son éloquence au service de la cause des catholiques, avait réorganisé les forces de son parti. Son premier acte fut d'appeler auprès d6 lui M'Angers, "qui, à Son tour, ne vou. lut dans le ministère que des compatriotes sur l'énergie et la fidélité desquels il pût compter. Le chef conservateur s’engagea solennellement devant les électeurs à rendre pleine et entière justice aux opprimés du Manitoba, par une loi fcdérale qui mettrait leurs droits à l'abri de toute contestation.
Qu'allait faire la Province de Québec? C'était sur. elle surtout que comptait la minorité du Manitoba. Son vote aurait une influence décisive sur le règlement ‘de cette question. Si tous les députés de celte Province s'étaient rendus aux désirs et aux instantes prières de leurs frères du Manitoba, déjà justice eût été rendue. — Si maintenant la Province trompée par les mensonges quotidiens d’une presse sans principe et sans conscience, et par les fausses représentations de politiciens sans scrupule allait donner un vote qui pût être interprété comme hostile aux écoles catholiques et françaises, quel espoir resterait-il d'obtenir enfin justice à Ottawa ? Et si l’on abandonnaïit les droits des catholiques dans cette Province, si clairement définis par la Constitution et le jugement du Conseil Privé, et admis déjà en principe par le Parlement du Canada, qu'arriveraitil ensuite dans les autres Provinces où les catholiques sont en minorité? Qui donc
allait faire comprendre au peuple de notre catholique Province l'étendue de sa responsabilité et le grave devoir qu’il avait à remplir envers le pays et la religion menacés dans leurs plus chers intérêts? Quelle voix, s'inspirant non des in. térêts terrestres qui passent et varient, mais des intérêts éternels qui ne changent pas, parlerait à sa conscience le langage de la justice et de la vérité? Qui donc avait mission pour éclairer le peuple et autorité pour le diriger, si ce n’est ceux qui ont été constitués de Dieu pour être ses maîtres ef ses guides? Tous les yeux se tournèrent vers les évéques.
Unanimement, d'un bout du pays à l’autre, ils avaient ap. puyé à auprès du gouvernement fédéral l'appel “du vénérable archévêque de “Saint-Boniface ‘ei lde leurs frères opprimés du Manitoba. Cette influence avai avait compté pour quelque chose dans la décision de l'Exécutif. Rome, informée de leur ac-
tion unanime, les en avait hautement félicités E2 les avait exhortés à continuer de revendiquer avec le même zèle les droits de leurs frères jusqu'à ce que justice complète leur fût accordée. Se taire, ne pas intervenir à ce moment décisif, aux yeux de l’opinion, c'était manifestement se désintéresser de cette cause chère à l'Eglise et l’abandonner aux caprices de la politique où la justice et les principes ne sont souvent pour rien; c'était trahir les catholiques qui, dans le Parlement, avaient appuyé la loi réparatrice, demandée et approuvée par les évêques; c'était décourager, scandaliser peutêtre, ceux de nos frères séparés qui avaient sacrifié leurs intérêts, peut-être leur popularité pour nous rendre justice, ce qu'un grand nombre des nôtres, hélas! n'avaient pas su faire; c'était enfin trahir la confiance du Saint-Siège qui, comptant sur leur zèle et leur énergie, s’en était remis à eux pour {a défense et la protection des droits de l'Eglise et de ses enfants dans cette lointaine Province.
Depuis plusieurs mois la a, presse libérale avait publiquement et hardiment contesté au: aux Evêques x Evêques le d droit d'mterve.
nir dans cette question des écoles, qu’elle prétendait être une question poliüque. En vain le prineipal organe du parti avait, pour éviter une condamnation épiscopale richement méritée, désavoué un jour ses principes et sa ligne de conduite, quitte à les reprendre le lendemain; en vain un théologien autorisé avait au nom et par l'ordre de l’Archevêque, son Ordinaire, censuré cette doctrine libérale dans les journaux de Québec; on avait entendu M. Laurier en plein Parlement, pour justifier son altitude et celle de son parti et leur commune résistance aux vœux bien connus de l'Episcopat, réclamer sa pleine et entière indépendance de toute direction et de toute autorité, quelle qu'elle soit, en toute question qui intéresse la politique. Se taire, c'était donner raison aux docirinaires qui prétendaient fermer la bouche à l'Episcopat même dans les questions qui intéressent souverainement le bien de l'Eglise et le salut des fidèles; c'était abdiquer le premier droit et trahir le premier devoir de leur charge qui est de eonserver intacte l’autorité divine dont ils sont revêtus et qu'ils ne peuvent en aucun cas laisser amoindrir ou contester impunément sans se rendre coupables de prévarication et de félonie envers l'Eglise et son Divin Chef.
Les Evêques devaient donc agir et parler.
lis devaient affirmer leur droit d'intervenir dans toute question qui intéresse le salut des âmes et le bien de la 1eligion, non seulement comme autorité doctrinale qui se contente d'enseigner, mais comme pouvoir de gouvernement qui a le droit . de diriger et d'imposer sa direction à la conscience de tous ses sujets dans la vie publique comme dans la vie privée, qu'ils soient hommes politiques et chefs de parti, ou simples citoyens ne prenant part aux affaires publiques que par un vote donné tous les cinq ans.
La doctrine catholique ainsi rétablie, les Evêques devaient affirmer que la question des écoles catholiques est bien l’une de &eS questions qui intéressent au plus haut point le salut
us né era gs are gen des âmes of le bien de Ja société religieuse, et, par suite,
faire ce qui était en eux pour l’arracher des mains des partis politiques, et la placer sur son véritable terrain, celui de la liberté religieuse, de la justice légale, des principes du droit naturel, des droits de la religion et de Ia conscience chrétienne garantis à tous les citoyens par la Constitution du pays et qui ne doivent pas être moins chers ni moins sacrés à tous nos concitoyens éclairés et de bonne foi qu'aux catholiques eux-mêmes.
Enfin, puisqu'ils avaient réclamé justement le droit d’intervenir et de diriger sur ce point la conscience de leurs fidèles, ils devaient indiquer clairement aux hommes politiques et aux électeurs catholiques ce qu'ils demandaient et imposaient à leur conscience pour sauver les droits de leurs frères et ceux de l'Eglise au Manitoba. Ici les Evêques n'a. vaient plus la liberté du choix : ils devaient prendre le moyen le plus efficace et le plus sûr. Ce moyen il leur avait été indiqué clairement par la plus haute autorité de l'Empire; c'était une législation fédérale rendant à la minorité manitobaine tous les droits dont elle avait été injustement dépouillée et les mettant désormais à couvert de toute atteinte de la législature provinciale.
Et, en effet, ils ne pouvaient plus compter sur le rappel de la loi si constamment refusé par le pouvoir oppresseur, ni sur je désaveu depuis longtemps illégal et impossible, ni sur le recours aux tribunaux qui avait donné tout ce qu’on en pouvait attendre, n° sur u un compromis ou une conciliation quelconque que plusieurs tentatives inutiles rendaient parfaitement chimérique, et qui du reste eût demandé le sa. crifice d'une partie des droits des catholiques qui avaient été déclarés incontestables par le jngement du Conseil Privé, et que les Evêques ne pouvaient abandonner sans injustice et sans prévarication, enfin sur une enquêle parlementaire qui remettait en cause inutilement toutes les questions de faits et de droit déjà müûrement examinées et jugées sans appel par le tribunal souverain. Il ne leur restait donc que
le moyen indiqué par la Constitution, une législation fédérale rendant aux opprimés tous les droits dont ils jouissaient avant 1890. ° ” Après avoir rappelé aux électeurs qu'ils devaient rendre compte à Dieu et à l'Eglise de leur vote, si important dans les circonstances, les Evêques leur disaient :
« C'est pourquoi, N. T. C. F, tous les catholiques ne devront accorder leur suffrage du’ aux candidats qui s'engageront formellement et solennellement à voter, au parlement, en VE eu d'une législation rendant à Ta minorité catholique du Manitoba les droits scolaires q qui. Tui : sont reconnus par l'hon. Conseil Privé d'Angleterre. Ce grave devoir s'impose à tout bon catholique ét Vous në seriez justifiables ni devant vos guides spirituels ni devant Dieu lui-même de forfaire à cette obligation. »
Rien dans cette intervention des Evêques qui ne leur fût imposé par le devoir de leur charge paslorale; rien non plus qui ne fût parfaitement digne dé leur sages sagesse, de leur prudence et de leur charité. Sans toucher à l’organisation politique des partis qui pouvait avoir ses raisons d'être et qu'ils ne désiraient nullement briser, ils indiquaient clairement que dans cette question d des écoles il n'était pas permis aux catholiques de meitre ] les es intérêts d'un candidat où d'un parti politique avant ceux de leur religion et de leurs frères opprimés. Sans condamner ni approuver ‘aucun parti politique comme tel, c'était approuver manifestement ceux ‘qui avaient proposé et appuyé la législation réparatrice et dire aux autres que leur opposition devait cesser, qu'elle était contraire à la volonté manifeste de l'Eglise et, par suite, à la religion non moins qu'à la justice et à la charité envers leurs frères.
Assurément la lettre pastorale n'avait pas été inspirée par une préoccupation politique; mais si elle avait poussé les égards aux parlis jusqu'à leur dernière limite possible, elle
n'avait nullement entendu blâmer le parti politique qui avait pris V'initiative de la réparation, non moins encore approu-
ver celui qui l'avait -empêchée. Ce fut pourtant le sens qu'on
Mar + memes DE
voulut fi donner. Ce document n'était point encore publié dans les églises que déjà la presse libérale s’en était emparé. Avee une effronterie égale à sa mauvaise foi, elle y voulut voir la justification de ses doctrines et de la conduite de : ses amis politiques. Ni elle ni son parti n'avaient été explicitement et nommément condamnés, donc ils étaient approuvés! Donc em votant contre la loi réparatrice demandée et approuvée par les Evêques, ses candidats n'avaient nullement démérité de l'Eglise. Danc le chef libéral, qui avait hautement proclamé son indépendance absolue de toute direction de l'Episcopat dans cette question et qui n'avait pas été condamné nommément, ne méritait aucune condamnation. Danc les électeurs catholiques étaient libres en conscience de voter pour lui, même s'il refusait d'accepter la direction des Ævêques, et s'opposait quand même à une loi réparatrice exigée par eux. Donc en pratique la lettre pastoralc des Evêques, très sage, très opportune, on ne le contestait pas alors, finissait par n’'engager à rien la conscience des députés futurs ni celle des électeurs.
C'est alors que plusieurs ÆEvêques, dans l'intérêt de la cause des écoles et non dans celui d'un parti ou d'un candidat, crurent devoir intervenir, les uns privément, les autres publiquement, pour interpréter, comme c'était “leur droit, les enseignements et la direction de la jettre pastorale « et en denner à leur peuple le vrai sens que l'on dénaturait. Ils le firent avec zèle, mais avec mesure, se tenant sur le terrain de la doctrine et du droit, sans personnalité d'aucune sorte, sans même descendre un instant sur le terrain purement politique. Qu'on relise leurs discours et leurs lettres: on verra qu'ils n'ont condamné que des doctrines qui ne sont pas justiciables et déjà condamnées par l'Eglise, et qu'ils n'ont manqué d'égards ni à un homme ni à um parti; qu'en un mot ils n'ont fait que dire explicitement ce que la lettre pas. iorale avait dit implicitement.
Evidemment la presse libérale trouva très inopportune cette interprétation autorisée qui ne cadrait nullement avec da sienne, et allait forcer tous ses candidats à se déclarer malgré eux en faveur d'une loi dont le parti en secret ne voulait pas. Plus qu'aucun autre, le vénérable évêque des Trois- Rivières, pour s'être permis de Gensuret 14 doc : ñ discours de M. Laurier partout reproduit dans Ta pressé et fortement empreint de libéralisme et de rationalisme, fut attaqué violemment dans la presse libérale, notamment dans « l'Electeur »1, accusé de fanatisme poñtique, d'indiscipline, de révolte contre les directions des conciles él les ordres du
1 Pour suppléer à ce que PF. Bernard ne fait qu’'indiquer, j'ajoute que ce pauvre Ælacteur alla si loin dans ces rmisérables attaques contre le vénérable évêque des Trois-Rivières, que Mgr Bégin, alors archevêque de Cyrène, administrateur du diocèse de Québec, ne put ne pas intervenir et il y alla de la lettre que voici :
Saini-Frédéric, comté de Beauce, 9 juin 1846. k À M. le Directeur de L'Electeur, Québec. É
Monsieur, Je constate avec regret que, mettant de côté tout respect pour les lois de la discipline chrétienne et ecclésiastique, vous vous arragez le droit de critiquer, de censurer publiquement l'enseignement donné du haut de la chaire sacrée, par un évêque dans l'accomplissement de sa charge pastorale.
Cette conduite à l'égard d'un vétéran de l'épiscopat est propre à détruire ou à amoindrir le respect qui est dû aux pasteurs légitimes, et produit des effets déplorables au milieu de nos religieuses populations.
N'oubliez pas, Monsieur, que l'Eglise catholique, par son enseignement, et dans ses actes, ne rolève nt di tribunal tout à fait compétent AU JOUr-
naliems politique, mn de ‘céelut dé l'opinion publique. Ress Rome MSA de TarMNToCese,-Jo-ne puis m'empêcher de protester énergiquement contre l'attitude. actuelle de votre Journal à l'égard de Mgr l'évêque des Trois-Rivières et de condamner sévèrement les articles Qui y Ont été publiés contre lui. | | Je vous engage à rentrer dans les voies du respect qu'un journaliste calholique devrait toujours observer vis-à-vis des supérieurs ecclésiastiques, à défaut de quoi je me verrai dans la pénible nécessité de censurer de nouveau votre journal et de prendre les moyens efficaces pour protéger les fidèles qui me sont confiés. , Vous voudrez bien publier la présente dans votre journal pour qu'elle puisse atteindre tous les lecteurs des articles qui y sont blâmés. Agréez, etc.
Signé : + L. M., archevêque de Cryrène, administrateur:
Saint-Siège. Il ne fallut rien moins que l'intervention pubique de Mgr le Coadjuteur de Québec et de plusieurs autres Evêques, — nous ne disons point pour faire cesser le concert d'injures et de récriminations qui dure encore, — mais pour établir qu'un évêque a le droit d'interpréter un document épiscopal dans la chaire de sa cathédrale quand il le juge nécessaire et opportun, et qu’en ce faisant il ne sort point des attributions de son ministère pastoral et n’est point responsable devant l'opinion publique.
Enfin de 28 juin arriva. — Sincèrement ou non, presque tous les candidats dans la Province de Québec s'étaient engagés à appuyer au Parlement un® loi réparatrice approuvée par les Evêques. M. Laurier à peu près seul avec deux ou trois autres partisans, sans se déclarer opposé en principe à unc législation fédérale, se fit fort de rendre meilleure et plus prompte justice à la minorité qu’elle n'aurait eue par la loi réparatrice présentée au dernier Parlement. Le peuple de la Province de Québec séduit par tant et de si belles promesses, sachant du reste que le vote du parti conservateur pris dans son ensemble était acquis d'avance à la cause des écoles, crut assurer son sort en donnant son vote au parti libéral. Dieu veuille qu'il ne se soit pas trompé et qu’il n'ait point porté le coup mortel à la cause sacrée qu’il voulait, comme ses Evêques, sauver avant toutes les autres lt,
Quoi qu’en ait pu dire depuis la presse libérale et protestante fanatique, c'est 1à le vrai sens des élections du 23 juin. Le peuple de Québec à voté pour Îes candidats qui se sont engagés solennellement devant lui à suivre la direction des Evêques. La plupart seront-ils des renégats de la parole solennellement donnée? Cela se peut; les renégats et les trattres ne sont pas rares dans la politique; ce sont parfois ceuxlà qui arrivent les premiers dans l'échelle des honneurs et
1. Nous verrons qu'il oublia ses promesses et faillit ainsi sans hésitation apparente comme sans remords,
du pouvoir, comme ils sont les premiers dans le mépris public. Si le peuple est trahi, ce ne sera pas sa faute, mais celle des traîtres qui l’auront trompé.
Avant de tenir le pouvoir, il fallait sauver les apparences, ménager l'autorité épiscopale, non par respect pour elle — on n'en à aucun, — mais par crainte de l'électorat. Car grâce à Dieu, si notre peuple est un peu crédule comme tous les peuples honnêtes et de bonne foi, il aime et vénère encore ses Pasteurs et ses Chefs spirituels. Il n'y a peut-être pas un seul comté dans la Province où ‘un candidat, si populaire qu'il soit, réunirait la majorité des suffrages, s'il osait dire franchement aux électeurs : « Je sollicite vos votes et votre confiance. Mais il est bien entendu que dans les questions qui intéresseront la religion et la morale, je voterai à ma guise et ne tiendrai nul compte de ce que demandera ou enseignera l'Eglise par la voix de ses Evêques. » On le sait. C'est pourquoi, avant les élections, tous les politiciens à peu près n'ont rien trouvé à à redire dans k la lettre pastorale des Evêques et ont feint d’ en accepter respectueusement les prescriptions, plusieurs avec la résolution de n’en tenir aucun compte quand ils auraient une fois capté le vote populaire.
Les élections gagnées, on n'avait plus rien à ménager. Les étourdis crurent que c'était le temps de tout dire. Les fanatiques virent dans ce résultat inespéré le triomphe de la politique d'abstention dans la question des écoles: les plus modérés du parti y voulurent voir un échec à l’autorité des Evêques. C'était mal interpréter le vote populaire, pour se soustraire aux obligations qu'il imposait et dont on ne voulait plus.
La vérité, c'est que M. Laurier n’a guère obtenu de majorité que dans la Province de Québec. Or, tous les députés de la Province, sauf deux où {rois, se sont solennellement déclarés pour l'intervention fédérale par une loi réparatrice; et de son côté le parti conservateur s’est engagé, après comme avant les élections, à soutenir de son vote cette politique
de justice et de réparation. — Si tous les députés sont fidèles à la parole donnée, il y a donc dans le nouveau Parlement une majorité plus considérable que dans l'ancien en faveur ‘des <coles “catholiques : et de la loi qu'ont demandée les Evéques. — Si la politique d'abstention triomphe, c'est donc Güu'élle ne sera pas soumise à l'approbation du Parlement, ou qu'une grande partie de la députation catholique manquera à ses engagements solennels envers les électeurs.
Ne serait-ce pas cette trahison que la brochure de M. David a l'intention de préparer et de justifier? Nous avons quelque raison de le croire. ‘
On sait en haut lieu que l'Episcopat à l'œil ouvert, qu'il peut dénoncer et flétrir les trahisons qui se préparent. Il faut lui fermer la bouche, l’intimider par des récriminations insolentes et injurieuses. Surtout, il faut l'amoindrir aux yeux du peuple. Pour cela, on a multiplié les articles de journaux et les discours qui exaltaient le peuple et déshonoraient ses évêques. Pour cela, on fait des brochures ineptes et impies dignes des mauvais jours du parti; l’on sème parmi le peuple les accusations les plus fausses et les insinuations injurieuses contre la hiérarchie catholique. Et afin de ne pas révolter la conscience publique par ces indignes traitements faits à des chefs dignes de toute vénération, avec une ef. frontenie sacmilège et une hypocrisie digne des sectaires et des schismatiques qui ont meurtri et deshonoré l'Eglise dans ses plus mauvais jours, on invoque les mains jointes le nom Sacré de Rome, et l’on se met à couvert de sa souveraine autorité pour insulter tout l'Episcopat et le livrer à la déconsidération publique.. Ainsi l’on espère jouer le peuple, tromper Rome, et faire taire la grande voix de l’Episcopat.
On à pu jouer le peuple : il apprendra à-ses dépens à qui il doit donner sa confiance. Nous doutons que l'on réussisse aussi facilement à tromper Rome et à bâillonner les Evêques. Moins qu’un autre, le jeune David, qui s'exerce à cette escrime ans sa petite brochure, a des chances d'y
réussir. Car il y à quelqu'un qui éclaire Rome, et qui assiste parfois les Evêques, afin qu'ils ne souffrent pas trop des embarras qu'on leur fait, et ce quelqu'un, qui a plus d'esprit que M. David et qui est plus fort même que M. Laurier, donnera à l'Eglise de confondre et M. David et M. Laurier, s'ils ne veulent pas se laisser convaincre et persuader.
M. David croit sans doute que le Saint-Esprit assiste le Pape et les Evêques. Ce même Esprit divin n'a guère à redouter ni des grands discours de M. Laurier, ni des petites brochures de M. David, ni des fines intrigues de l'abbé Proulx, ni de la diplomatie du chevalier Drojet. — Ti à hien voulu promettre à son Eglise une assistance particulière contre les Puissances de l'Enfer; il ne tremblera point devant ses impuissances.…
Mais une amère déception attendait les Evêques et le peuple canadien-français, si profondément attaché à la foi de ses aïeux... P. Bernard s’en fera l'écho attristé.…