LA CONSTITUTION
Vous parlez de la « politique » que j'ai suivie sur cette question des écoles, mais, comme vous ne la définissez pas avec clarté et vérité, vous me pardonnerez de donner ma propre version.
Je suis convaincu, Monsieur, que les catholiques de Manitoba ont un. droit incontestable à Teurs écoles: que ce droit n'est pas basé sur de simples promesses, mais bien sur la constitution même du pays. Je pense qu’en demandant le respect de ces droits, nous ne demandons pas une faveur, mais bien lun acte de justice, que ceux qui ont le pouvoir en main, quels qu'ils soient, ont le devoir de nous accorder. C’est pourquoi les demandes faites sont toutes des demandes officielles, adressées au Gouverneur en conseil. J'ai pour ma part, commencé à faire ces demandes lorsque Sir Jobn Macconald était premier ministre; je les aurais faites sur le même ton et dans la même forme si l’hon. M. Laurier avait été au pour
voir. J'ai continué de faire mes demandes : lorsque le successeur de Sir John est devenu chef du cabinet; j'aurais fait exactement la même chose si M. Dalton McCarthy avait été à la tête de l'administration; je me suis adressé à l'Exécutif comme Corps, parce que je suis convaincu qué chacun de ses membres est obligé par son serment d'office de nous rendre justice.
Les membres du Conseil Privé sont tenus de sauvegarder la constitution, de protéger les minorités; que pourrais-je attendre de la promesse de quelqu'un d'entre eux, si le Corps lui-même n'avait pas le souci de ses obligations? Il ne s’agit donc pas de telles ou telles promesses que vous croyez que j'ai reçues (quoi qu'elles ne m'aient pas été faites), mais il s'agit d’un droit, que les catholiques revendiquent au nom de la constitution du pays. Je suis tellement convaincu de ce droit, que j'ai dit, dans ma lettre que vous avez publiée, ce die je répète ici: « La constitution est violée; si on ne porte pas remède au mal, le pouvoir fédéral aura une iniquité, une honte de plus à son crédit. » J'ajoute encore : cette honte et cette iniquité seront aussi au crédit de ceux qui, sous lun prétexte ou sous un autre, auront rendu plus difficile l'exercice de la justice que nous réclamons.
Voilà, Monsieur, ma « politique » sur la question de nos écoles. Encore une fois, je Le répète, je n'ai fait aucune concession, aucun compromis; je n'ai donné mon assentiment à aucun délai, à aucun mode d'action. J'ai demandé pie et voilà tout. Si vous voulez vous donner la peine de relire Îles pétitions auxquelles j'ai attaché mon nom, vous aurez la connaissance complète et entière de mes relations avec le gouvernement fédéral, au sujet des écoles de Manitoba.
Mes relations officielles avec l'Exécutif n'ont pas empêché et n’empêchent pas mes relations personnelles avec mes amis, avec les amis de la cause: cette cause que j'aurais mieux servie sans doute si j'étais plus habile, mais que j'ai servie au meilleur de ma cénnaissance, sans faiblesse comme sans jactance, sans lâcheté comme sans provocation.
Pour aider à l'intelligence de la situation, j'ai écrit et signé une dizaine d'articles qui n'ont pas manqué d'attirer l'attention et dont la valeur pourrait peut-être s'apprécier par l'impuissance, où les plus ardents adversaires de nos écoles se sont trouvés de m'opposer des réfutations tant soit peu acceptables.
A ce mode de porter la conviction dans l'esprit de ceux qui sont favorablement disposés, j'ai joint et je continue de joindre un chaleureux appel à tous les amis de la justice; à tous ceux qui
peuvent quelque chose dans les parlements, dans la presse, dans les assemblées publiques pour que tous prêtent leur concours à une solution avantageuse de nos difficultés. C'est une pierre de notre édifice social qu’on veut arracher de force, cette violence ne peut qu'ébranier d'autres assises, et une terrible responsabilité incombe à ceux qui, pour des motifs inavouables, se désintéressent de cette grave question, à ceux surtout qui la compromettraient,
En terminant, laissez-moi vous dire que vous n'avez pas raison de m'écrire : « Vous me demandez, Monseigneur, de continuer à lravailler pour la cause des écoles. Mais! vous nous avez lié les mains. De votre assentiment elle est de nouveau référée aux tribunaux, »
Non, monsieur, non, je n'ai lié les mains de personne; je n'ai rien fait qui puisse gêner ia liberté des amis de la cause.
Puissent ces explications dissiper le malentendu qui a existé, et vous faire remplir la promesse publique et solennelle, que vous avez faite à vos électeurs, de travailler pour la cause des écoles de ARRÉG RE
Voie obéissant Sérviteur,
Ÿ ALEX., archevêque de Saint-Boniface, O0. M. I. Saint-Boniface, 13 juillet 1898.
MÉMOIRE DE MGR TACHÉ AU GOUVERNEMENT D'OTTAWA AU SUJET DES ÉCOLES DU NORD-OUEST CANADIEN ET DU MANITOBA, — MARS 1894.
Mer Taché, s'adressant alors à Son Exc. le Gouverneur Général en conseil, il lui confiait ce qui sui :
Qu'il plaise à Votre Excellence.
Le Très Hon. Ministre de la Justice m'a transmis un Rapport du Comité du l'Hon. Conseil Privé, approuvé par son Exc. le 5 Février, 1894. Ce document, qui à trait aux Ecoles Catholiques des Territoires du Nord-Ouest, a été provoqué par certaines pétitions, adressées ‘au Gouverneur Général en! Conseil, en faveur de la minorité catholique des Territoires, demandant le désaveu de l’Ordonnance No 22, passée en 1892, dans l'Assemblée Législative des Territoires.
Votre Excellence connaît ma position ainsi que les devoirs qu'elle m'impose, aussi je suis convaincu que je ne l’offenserai pas, en prenant la respectueuse liberté de dire que je n'approuve pas certaines affirmations du rapport, parce que je les considère comme erronées et injustes. l
Pour mettre plus de Clarté” dans es observations, je les diviserai en deux parties.
Dans la Première Partie je considérerai les allégués du Rapport et ses conclusions.
"Dans ‘fa Secon artie je dirai pourquoi et combien je
regrette que le Conseil Privé ait accepté le Rapport de son.
en
Comité et ait passé un arrêté en Conseil, signé par Votre Ex ccellence.