L'AUTONOMIE FEDERALE SERA-T-ELLE SACRIFIEE
Oui supposera un seul instant que»
si la province de Québec violait ses engagements et enlevait à la minorité protestante le moindre de ses privilèges, le droit d'intervention du gouvernement fédéral resterait lettre morte ? Les mêmes bandes ameutées qui hurlent aujourd'hui au nom de l'autonomie des provinces, se rueraient contre les autorités fédérales si elles hésitaient un moment à réprimer les abus de pouvoir du gouvernement de Québec.
Cette occurrence ne s'est, du reste, jamais présentée.
Est-ce parce que nous avons observé avec une loyauté parfaite toutes les conditions du pacte de 1867 qu'on nous conteste maintenant le droit de les invoquer en faveur des minoritésde l'Ouest ?
Ne vous y trompez pas : ceux qui dénoncent aujourd'hui avec de telle»
vociférations la "tyrannie" du parlement fédéral, les entraves imposées à la liberté des provinces, les noires intrigues de la "hiérarchie", n'ont qu'un but : fermer l'Ouest aux colons français et catholiques et assimiler le plus rapidement possible ceux qui les habitent aujourd'hui.
Si le gouvernement fédéral cédait aux clameurs de ces forcenés, non seulement commettrait-il une iniquité, lion seulement violerait-il ses engagements les plus sacrés, mais il compromettrait l'intégrité de la nation.
Monseigneur Taché écrivait, il y a douze ans, des paroles qui trouveront peut-être avant peu une application saisissante :
La persécution contre les catholiques, disait-il, est tolérée sous prétexte de respecter l'autonomie provinciale ou territoriale. Et l'autonomie fédérale, qu'en advient-il?
La dignité et la prospérité d'un pays qui se gouverne lui-même ne consistent pas seulement dans la protection de ses droits et privilèges, mais bien aussi dans l'accomplissement de -os devoirs <t obligations. Le gouvernement est juge du de- ?ré de protection qu'il se doit à ui-même. D'un autre côté, ceux en faveur desquels il a contracté des obligations ont le droit d'en réclamer l'accomplissement. La voix de ceux qui souffrent^ ne peut pas être étouffée sans inconvénients, tant pour eux-mêmes que pour les autres. Le Canada ne peut pas tolérer l'injustice sans abandonner par cela même l'exercice de ses droits et l'accomplissement de ses obligations. CE vSERAIT LE SACRIFICE DE L'AUTO- NOMIE FEDERALE.
Le sacrifice sera-t-il consommé ?
C'est ce que nous saurons avant longtemps.
Trai terne it des minorités
Avant d'aborder l'étude des projets de loi dont le Parlement discute le principe en ce moment, parcourons rapidement les annales de chacune des provinces canadiennes et voyons dans quel esprit l'article 93, fruit' d'une entente honorable et juste, conséquence d'un principe d'équité, a trouvé son application.