QUEBEC
A la deuxième session de la législature de Québec qui suivit la signature du pacte fédéral et sa ratification par le parlement d'Angleterre, l'Assemblée législative, fidèle à la parole donnée, adopta une loi d'instruction publique qui accorda à la minorité protestante tout ce qu'elle réclamait:
le choix de ses manuels d'enseignements, un bureau d'administration pour ses écoles séparées, le contrôle de ses maisons d'éducation, le droit de nommer ses inspecteurs et diplômer ses instituteurs.
Depuis cette époque, non seulement nous avons respecté jusque dans les moindres détails le pacte conclu, mais même là oii aucun texte de loi ne nous créait d'obligations, nous avons donné une ample mesure de justice et de générosité. Nous avons eu la bonne foi de reconnaître qu'en concédant à la minorité protestante le droit d'avoir son régime particulier d'instruction publique, nous devions lui donner les subsides législatifs nécessaires au maintien de ses institutions d'enseignement. Ainsi que l'a établi le ministre de l'agriculture, M.
Fisher, dans le discours le plus courageux, le plus éloquent et le plus logique qui ait été prononcé par un Anglais protestant à la Chambre des communes depuis deux mois, nous avons toujours accordé à la minorité protestante plus que la part de subventions à laquelle elle avait droit lé* gaiement suivant le chiffre de sa population.
Pendant que M. Fisher prononçait ces paroles, j'entendis un de mes collègues canadiens-français — un de ceux qui me qualifieront demain d'intransigeant, un de ceux qui ont d'ores et déjà accepté l'amendement Sifton en le qualifiant de "compromis honorable" — dire à mi-voix : "Si nous en faisions un peu moins pour les protestants de Québec, peutêtre apprendraient-ils à nous mieux traiter dans les autres provinces."
Messieurs, permettez-moi de repousser ici même, au nom de mes compatriotes, cette pensée mauvaise. Ré<»
clamons le droit et la justice ; mais ne les demandons pas au prix de la vengeance. Deux iniquités n'ont jamais engendré la justice. La loi sainte enseignée dans nos écoles est la loi de charité.
Lors même que dans chacune des provinces protestantes du Canada, je verrais mes coreligionnaires et mes compatriotes foulés aux pieds, l'injure infligée à la foi que je pratique et à la langue que je parle, je vous dirais : "Respectons les droits et la liberté des protestants de notre province, fussions-nous seuls à prouver que la justice vaut mieux que l'iniquité !" Au lieu de murmurer à voix basse : "Vengeons-nous sur les Anglais de Québec ! " réclamons hautement et toujours, au nom de nos droits de citovens britanniques, au nom des sacrifices que nous avons faits pour l'intégrité de la nation canadienne, réclamons pour les nôtres la même mesure de justice et de liberté que nous sommes toujours prêts, fussions-nous persécutés, fussions-nous calomniés, à accorder à la minorité protestante de Québec.
Mais si je peux tourner avec orgueil toutes les pages de l'histoire de ma province sans en trouver une seule qui n'atteste la générosité dont mes compatriotes ont toujours fait preuve à l'endroit de la minorité protestante, je constate à regret que le rnCme e prit de justice n'a pas toujours régné dans les provinces anglaises, qu'il n'y a même jamais existé à un degré aussi marqué.