‹ Les écoles épiscopales et monastiques en Occident avant les universités (768-1180)Chapitre 10 sur 51 · ROUEN · texte numérisé non relu

ROUEN

A Stavelot les saintes Écritures étaient expliquées par Chrétien Druthmar, qui possédait une certaine teinture du grec et de l'hébreu.

Cette* province ne paraît pas avoir donné naissance à de nombreuses écoles. Il est vrai que la seule connue, celle de Saint-Bertih, renfermait assez de savants pour répandre la lumière sur les diocèses voisins et même à l'étranger. Le roi Alfred le Grand, ayant entendu vanter la science et la vertu de l'abbé Grimald, J'invita à venir en Grande- Bretagne pour y relever l'enseignement des lettres. Comme Alcuin, cent ans auparavant, Grimald (1) céda aux instances du souverain qui l'appelait et passa la mer avec quelques religieux. Blessés dans leur amour-propre national par des réformes peutêtre trop radicales, les écolâtres anglo-saxons firent bientôt froid accueil aux moines de Saint- Bertin et refusèrent de se conformer à leur règle. La haine, s'échauffant peu à peu, éclata bientôt au grand jour, et le roi, pour rétablir la paix à Oxford, fut obligé de céder aux récalcitrants. Grimald ne fut pas découragé par cet échec, et accepta le gouvernement de l'abbaye de Winchester.

Si maintenant nous portons nos regards sur la Gaule occidentale et surtout sur la Neustrie, il nous sera difficile d'énumérer autant de faits glorieux, ce siècle fut une période désastreuse pour elle. C'est là surtout que débarquaient les barbares du

(1) Exortaest pessima ac teterrima Oxoniae discordia întcr Grimaldum doclissimosque illos viros quos secum adduxit, et veteres illos scholasticos quos ibidem invenisset.... {VUa Grima/di Bolland. Acta SS.y Juillet, l. II.)

Nord dans leurs courses et exerçaient le plus souvent leurs fureurs incendiaires. L'abbaye de Saint- s. wandriiie. Wandrille, la seule qui paraisse au milieu du naufrage, eut pour restaurateur et pour soutien le seul Gervold (1), ancien évêque de Lisieux; encore n'avait-il à opposer à l'ignorance de ses frères qu'une certaine teinture du chant et des arts libéraux. Non loin de lui, dans une solitude retirée vivait le prêtre Hardouin, qui partageait son temps entre la vie contemplative et l'enseignement de l'arithmétique ou de l'écriture. Ce vénérable ermite s'appliquait aussi à la transcription des manuscrits, et, à sa mort, il ne légua pas moins de dix-neuf volumes à l'abbaye de Saint- Wandrille. En ajoutant les noms d'Ansegise, abbé du même monastère, le compilateur consciencieux des capitulaires de Charlemagne, et celui de Fréculf, évêque de Lisieux, disciple de Raban Maur, nous aurons fait connaître à peu près tous les savants qu'a produit, la Normandie, au vni® et au ix® siècle.

Pour tout renseignement sur ces immenses pro- métropoles vinces, nous avons la lettre par laquelle l'arche- ^^^^^ vêque Leidrade (2) informe Charlemagne que les élèves de sa cathédrale sont pour la plupart capa-

(1) Gervoldus scholam in eodem monasterio instiluil quoniam omnes

peneignaroslitteraruminvenit erat enim pref Gervoldus, quanquam

aliarum non nimium gnarus, cantilenae tamen arlis perilus Sub hujus

tempore bonae recordalionis presbyler nomine Harduinus florebat qui....^ plurimos arilhmelicae arlis disciplina alumnos imbuit ac arlc scriploria erudivit. {Chron. FontanelL, c. xv. Spicilege d'Achery, t. II.)

(2) Habeo scholas cantorum ex quibus plerique ita sunt eruditi ut jam alios erudire possent. Plerique librum prophelarum secundum spiritalcm inlelligenliam adepli sunt. In Ijbros quoque scribendos in quantum potui elaboravi. {Hist, Universit. Paris., 1. 1, p. 132, Bulceus.)

— Tables d'enseigner le chant ou de saisir le sens spirituel des Écritures, et qu'il s'efforce de tout son pouvoir de faire copier des manuscrits. Nous ne savons rien des provinces ecclésiastiques de Bourges, de Bordeaux, d'Avignon, d'Alby, de Toulouse ; cependant il nous répugne de croire que les prescriptions de Gharlemagne n'aient provoqué aucun résultat dans ces contrées. Il est vrai que l'Aquitaine est une des provinces qui ont lutté avec le plus d'acharnement pour leur indépendance, et cette résistance prolongée l'a privée longtemps de la tranquillité nécessaire à l'étude. Louis le Débonnaire avait essayé, par son gouvernement (1), d'inaugurer une ère de prospérité en appelant à lui des maîtres de lecture et de littérature, et en multipliant les monastères ; mais ces tentatives n'étaient que de généreuses illusions, l'heure de la renaissance n'avait pas encore sonné pour ce malheureux pays. En Aquitaine, nous dit le chroniqueur Adhémar de Chabannes, il n'y a aucune^ science, tout le monde est illettré, et, si quelqu'un apprend un peu de grammaire, il se croit un Virgile. De l'autre côté des Pyrénées, au contraire, les lettres et les sciences s'étaient épanouies sous le soleil de l'Espagne, depuis l'invasion musulmane; mais les chrétiens, retenus par leurs scrupules et leurs luttes intestines, ne se montraient nullement disposés à prêter l'oreille aux communications des infidèles.

La Gaule méridionale ne fut pourtant pas entièrement dénuée de ressources intellectuelles. Sur les

OFauricI, HisL de la Gaule méridionale^ 1. 111, p. 480.

côtes de la Méditerranée, dans le diocèse de Montpellier, s'élevait le monastère 'd'Aniane (1), où Be- Aniane. noît, l'ancien élève du palais, entretenait des chantres, des lecteurs, des grammairiens et des interprètes de l'Ecriture, dont quelques-uns devinrent évoques. On comptait même un nombre assez considérable de volumes dans la bibliothèque. Personne donc ne nous accusera d'avoir trop présumé de la sollicitude de Benoît d' Aniane pour l'enseignement, si nous supposons qu'il a fondé autant d'écoles qu'il a réformé de monastères (2).

Quoique les chroniqueurs ne mentionnent pas d'autres écoles que celles dont nous venons de parler, le lecteur ne pourra pas s'empêcher dépenser aux innombrables communautés qui ont accompli leur tâche avec conscience, mais sans bruit, et dont l'histoire ne pourra jamais révéler les noms. Et d'ailleurs, quand ce serait là une nomenclature complète, son étendue quoique modeste, ne suffirait pas moins à prouver que la renaissance du IX® siècle n'a pas été « un fait isolé, » comme l'affirme M. VioIlet-le-Duc (3), ni une tentative sans résultat. Gharlemagne n'a pas « trop devancé son temps, ni manqué l'avenir pour l'avoir deviné,» quoi qu'en dise aussi M. Charles de Rémusat (4). Si cette ré-

(i ) Inslituit cantores, docuit lectores, habuit grammaticos, et scienlia scripturarum peritos de quibus eliam quidam postea fuere episcopi. {Acta SS. Mabillonis, ive siècle, Aniani vita,)

(2) Ceux quMl a reformés sont : Gellone en Languedoc, Ilebarbe près Lyon, Saint-Savin en Poitou, Cormcri en Touraine, Massay en Berry, Mici près Orléans, Marmunsler en Alsace, etc.

(3) Reoue archéologique, in-8o, 1863, art. sur l'album de Villard de Honnecourt.

(4) Abélard, 1. 1, p. 9, in-8o.

flexion est juste à l'égard de ses vues politiques, elle ne Test pas qudhd il s'agit de ses entreprises dans le domaine des lettres. Charlemagne s'est efforcé de restaurer les écoles épiscopales et monastiques, et son but a été parfaitement rempli, car nous les verrons survivre sans interruption jusqu'à la création des Universités.

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