‹ Les écoles épiscopales et monastiques en Occident avant les universités (768-1180)Chapitre 11 sur 51 · REVUE DES ÉCOLES AU X*" SIÈCLE · texte numérisé non relu

REVUE DES ÉCOLES AU X*" SIÈCLE

Le dixième siècle, de l'aveu même de ses contemporains, est un de ceux qui opposèrent le plus d'obstacles à la culture des lettres par la nature des événements qui l'ont rempli. C'est en effet à cette époque que les Bulgares, les Hongrois, les Sarrasins portaient la terreur sur notre territoire par leurs incursions féroces ; que l'empire se désorganisait sous la main débile des derniers Carlovingiens, et subissait ce travail de transformation qui amena la féodalité. Par suite de toutes ces circonstances réunies, les mêmes désordres qui avaient désolé l'Eglise et l'État au siècle précédent, se renouvelèrent en celui-ci avec plus d'horreur. Par les usurpations et les pillages les chanoines en étaient réduits à manquer du nécessaire, et les monastères qui avaient échappé aux flammes tombaient entre les mains des laïques, qui venaient y vivre avec femmes, enfants, soldats et chiens. Les périls qui menaçaient les voyageurs, rendant les communications difficiles, on ne pouvait échanger les livres

nécessaires aux études (1), et bientôt les écoles dépérissaient. Au milieu de ce bouleversement général, les scribes devinrent si rares, que les actes se passaient verbalement devant l'évêque. Les clercs mêmes de certaines contrées, ne pouvant acquérir l'instruction qui leur était nécessaire, se voyaient obligés de répéter aux fidèles les homélies qu'Abbon de Saint-Germain des Prés avait composées pour eux. En présence de tant de causes de découragement et quand tout semblait conjurer la perte de la civilisation, nous nous demandons si ceux qui ont sauvegardé le flambeau de la science n'ont pas fait preuve d'héroïsme.

MÉTROPOLE Aimoin de Fleury nous raconte que son maître PAws, Abbon, se trouvant trop à l'étroit dans le cercle que. lui traçait le programme de son monastère appauvri par les calamités, s'en alla puiser la science aux sources lointaines. Il savait à fond la grammaire, l'arithmétique et la dialectique, et désirait approfondir les autres arts libéraux. Les professeurs qu'il entendit à Paris et à Reims (2), dit le même biographe, ne purent le satisfaire sur la^ rhétorique, l'astronomie et la géométrie; cependant il en apprit tout ce qu'on pouvait alors en savoir.

Saint-Germain- L'abbé Olbcrt quitta son monastère de Gem-

des-Prés. -^

(1) Upole studiis frigentibus pêne necipsi codices inveniebantur (Acta SS.O.S.B. A/a/?., l. VII, p. 368.)

(2) Quapropter Parisios alque Remos ad eos qui philosophiam profitcbantur, profectus, aliquantulum siquidem in astronomia, sed non quantum cupierat, apud cos profccil. Supercrat rhclorica et gcomelria quarum pleniludincm, et si non ut voluil, atlij^^il. {Vila Ahbonis, ap. Mignc, t. CXXXIX, p, 388.)

lours (1) près Namur, et se rendit à Saint-Germain-des-Prés, autant pour assister aux leçons de l'école que pour édifier sa piété.

Martinien, religieux de Saint-Rebais, au diocèse de diocèse

^ ' de Meaux.

Meaux, dans ses exhortations aux moines, leur saim-Rebais. reprochait (2) de rechercher les chaires de professeur avant d'avoir pris le temps d'acquérir les connaissances qu'exigent cette fonction. Tempérer cette ardeur immodérée, c'était les ramener aux fortes études.

Aucune école de l'Orléanais ne pouvait soutenir Diocèse

d'Orléans.

la comparaison avec celle de Saint-Bençît-sur- S3im.3gn^,,j Loire. Abbon, dont nous venons de parler, revint sw-Loire. après ses pérégrinations scientifiques, communiquer à ses frères ce qu'il avait recueilli de savoir. Nous ne pouvons douter de ses qualités de professeur, quand il nous dit lui-même (3) dans son commentaire sur l'arithmétique de Victorius : a J'ai « profondément gémi dès ma jeunesse de voir les a arts libéraux tombés en décadence par l'incurie, « et la science réduite à un petit nombre d'adeptes (( qui vendaient chèrement leurs leçons. » Il se souvenait en écrivant ces paroles du clerc qui l'avait rançonné en lui enseignant la musique. Quand il eut formé assez de disciples, son abbé

(1) Olberlus abbas Gemblaci Pariàius aliquandiù apud S. Germanum operam dédit et studio et sanctae quae ibi fervebat religioni. {fie geslis abb, Gemblac, Spicilegium Acherii, t. II, p. 763.)

(2) HLdJb. Annales 0. S. B., 1. XLI, n. 35.

(3) A primilivae aetatis tirocinio jugiter indolui liberalium arlium disciplinas quorumdam incuria ac negligentia labefactari et vix ad paucos redigi qui avare prelium sua3 arti statuunt. 'De calcula t;fctom,D. Martènc, Thés, anecd., l. I.)

l'envoya (1) en Grande-Bretagne, instruire et évangéliser les Saxons, que les efforts d'Alfred le Grand n'avaient pas encore soumis entièrement aux principes de la foi chrétienne. Vers la fin du siècle, l'école de Saint-Benoit-sur-Loire était dirigée par le moine Constantin, auquel Gerbert (2) a dédié son traité de abaco. Les relations qui l'unissaient aux travaux de ce grand docteur en le rapprochant davantage du mouvement intellectuel des écoles de Reims, contribuèrent sans doute à entretenir dans la communauté le goût des fortes études. Toutes les fois que Gerbert avait besoin d'un livre rare, il était presque certain de le rencontrer en s'adressant aux moines de cette abbaye. Dubois (3), dans sa bibliothèque de Fleury, nous dit que chaque écolier devait faire présent de deux manuscrits en se retirant du monastère. Or, depuis que saint Odon y avait introduit sa reforme, le concours des étrangers était devenu prodigieux. Il ose en porter le nombre à cinq mille. Qu'on juge alors de la richesse de cette abbaye. Voici les élèves remarquables qui sortirent de cette école à la fin du x^ siècle : Vulfade, évêque de Chartres ; Germain, abbé de Ramseyen (Angleterre); Guerech, comte de Nantes; Bernard, évêque de Cahors; Gauzelin, archevêque de Bourges; et Bernon, abbé de Reichnaw.

On ne saurait douter que son influence se soit

(l)Ab hoc aulem beato oxogit viro Abbone quatenùs ad insirucndas ejusdem nationis hominum menles divina alque humana ire non recusarel. (Vita Abboîds, Aimone auctore.)

(2) GcThcriiEp,CLXop. Mignc, vol. CXXXIX.

(3) Johanncs de Bosco, Bibl, Floviac, in-12.

étendue sur toute la contrée, et qu'elle ait rallumé le feu sacré de la science dans l'abbaye de Mici, ***"• près Orléans, où florissait Letald, le plus judicieux écrivain de son époque. Le comte Thibaud d'Anjou demanda une colonie de moines de Fleury (l), quand il fonda Saint-Florent de Saumur.

Ce que nous avons dit des pérégrinations d'Ab- métropole bon montre que l'école de Reims n'était pas dé- reims. pourvue de réputation. Vers 980 elle atteignit un nouveau degré de splendeur à l'arrivée de maître Gerbert, l'homme le plus distingué de son époque. Elevé par charité dans l'abbaye d'Aurillac, dit Richer (2), ce moine s'était livré avec tant d'ardeur à l'étude des lettres, qu'il surpassait tous ceux de son âge. Borel, comte de Barcelone, étant venu visiter le monastère et ayant informé l'abbé Gérauld que son pays renfermait des maîtres instruits, la communauté résolut d'envoyer avec lui un des moines, le plus capable d'y accroître ses connaissances. Gerbert fut désigné et partit avec Borel en Catalogne, où il étudia les mathématiques sous l'évéque de Vich Hatton de 968 à 972. Hatton emmena ensuite Gerbert à Rome et le présenta au pape, qui le chargea d'enseigner les sciences exactes aux Italiens. Les écoles de la Gaule allaient être privées pour toujours des leçons de ce grand maître, quand la bonne fortune de Reims le mit en rapport avec l'archidiacre G., habile dialecticien qui réussit à l'emmener avec lui, en lui promettant

(1) Cornes Theobaldus ex S. Bened. Floriacensi monasterio religiosos fratres adduxit. (D. Martène,/! mp/. coll., t. V. p. 1097.)

(2) IlisL sui tewporis, 1. III, c. xliii ; edid. Guadet.

d'étendre son savoir sur la logique. A peine fut-il arrivé à Reims, qu'on le mit à la tête des écoles, et c'est alors que Richer l'entendit discourir sur la dialectique, la rhétorique et les autres arts libéraux. Sa prodigieuse sagacité étonna surtout ses contemporains quand il se mit à leur expliquer l'astronomie au moyen de certains instruments. A toutes ces connaissances, G erbert joignait encore celle de la médecine, et pratiquait cet art toutes les fois que ses amis avaient recours à ses conseils (1). Pour une si grande variété de sciences, il avait besoin nécessairement d'une bibliothèque volumineuse, aussi mitil tous ses soins à s'en former une complète. Ni la peine, ni les frais ne l'arrêtèrent, comme il le dit lui-même; il puisa en Italie, en Allemagne, en Belgique, enfin, partout où il avait des amis. Tantôt, il prie Adalbéron (2), son métropolitain, de lui prêter un César pour le copier, en lui promettant en échange huit volumes de Boëce sur l'astrologie et d'excellentes figures de géométrie. Tantôt il demande aux moines d'Aurillac (3) communication du livre de l'espagnol Joseph, sur la multiplication et la division, ou les charge de corriger Pline. Une autre fois il sollicite de Lupito (4), abbé de Barcelone, et de Bonfils, évêque de Girone, l'envoi d'ouvrages sur l'astrologie et les mathématiques. Ailleurs (5), il avertit Giselbert qu'il possède le traité

{\)Ep. Gerbcrli X/./FoptidMigne, l. CXXXIX.

(2) Ep. XIII et Vm ibid.

(3) Ep. VII et XVU ibid.

(4) Ep. XXIV, XXV ibid.

(3) Ep. IX.

du philosophe gaulois Démosthènes, sur les ophthalmies, et la fin du discours de Cicéron/ |)ro rege Dejotario, Une pareille activité, de la part d'un moine du x« siècle, est vraiment surprenante ; il y avait là plus d'efforts qu'il n'en fallait pour amener une nouvelle ère scientifique, si ses contemporains avaient été capables de le seconder. Il mit encore le comble à ses services en publiant des traités sur presque toutes les parties du trivium et du quadrivium. N'avions-nous pas raison de dire que l'école de Reims avait été unique dans son genre pendant ce siècle. Un mérite aussi transcendant trouva bientôt sa consécration, et l'on vit Gerbert occuper successivement les sièges de Reims, de Ravenne, puis le trône pontifical sous le nom de Sylvestre IL Il avait eu pour élèves le jeune Robert, roi de ' France, et le fils d'Othon empereur d'Allemagne, sans compter une foule d'autres que nous rencontrerons à la tête des meilleures écoles du xf siècle.

Les religieux de Moutier-en-Der se livraient à Monticr-cn-Der. l'enseignement avec un zèle et des succès reconnus dans tout le pays. Le comte Rodolphe leur céda des bois à condition qu'ils . resteraient à perpétuité chargés de l'entretien gratuit d'un pensionnaire. Adson, moine de Luxeuil, dit Mabillon (1), y professa quelque temps en sortant de Toul.

L'évêque de Laon, Roricon, appelé totius scientiœ ^»<>^^se lumen, fit passer l'institut de Cluny à Saint- Vincent-de-Laon, au moyen de douze moines de Fleury; or, selon cette règle, l'étude faisait partie

(I) Annales 0, S. U., l. 111, 1. LIX, n^ 90.

des exercices du cloître, et partout où elle pénétrait elle bannissait l'ignorance.

d^'miens. Loiu d'être épuisée parles colonies qu'elle envoyait au loin, Gorbie au contraire semblait multiplier les forces et l'ardeur de ses moines par le sacrifice. Tout en accordant à l'Angleterre (1) de nouveaux missionnaires et des professeurs, elle donnait encore asile aux enfants que les princes et les seigneurs (2) lui envoyaient à élever. Walbert, évêque de Noyon, Ingelran, évéque de Cambrai, Ingelard, abbé de Saint-Riquier, étaient disciples de cette école. MÉTROPOLE La situation des abbayes de Saint-Mathias et

TRÊVES. Saint-Maximin de Trêves n'était pas moins prossaint-Maximin. pêrc. Gerbert, qui en fut le témoin, engageait dans ses lettres l'archev. Egbert à envoyer des écolâtres en Italie. A en juger par la liste de savants publiée dans la chronique d'Hirsauge et la bibliothèque Saint-Mathias. lorraine, le monastère de Saint-Mathias pouvait faire acte de générosité sans s'appauvrir.

Meiiock. Par l'entremise des deux moines qu'il avait envoyés à Reims, l'abbé Rotwicius accrut rapidement la réputation de son école monastique. Elle devint si fameuse (3), que l'on y Vit accourir non-seulement des religieux, mais encore des ecclésiastiques séculiers. Trithème (4) nous dit que l'empereur Othon, voulant complimenter l'abbé Rémi, lui

(i) Anglia sacra, 1. 1, p. 165.

(2) Ludolfus abbas scholas et ccclcsias suas visitât et corrigit. Ipse in magno honore apud principes et nobiles qui filios suos certalim mitlebant inscholam noslram. {Dollandi, août. 3 vol. Vita Ludolfi.)

(3) Browerus, annales Trevirenses, l. I, p. 454.

(4) Chron, Hirsaugiœ, t. 1, p, 122.

adressa une pièce de vers où il le déclarait le premier musicien de son siècle. Il aurait pu vanter aussi sa science dans les mathématiques, car son traité de divisione abaci montre qu'il avait parfaitement compris la méthode de Gerbert.

Quatre écolâtres signalèrent surtout leur mérite Eptemack. à Epternack ; ce sont Héribert, Rudiger, Adelhaire et l'infatigable Marquard, qui remplit ses fonctions pendant vingt-quatre ans. L'abbaye de Prum, diri- pr"m. gée au siècle précédent par Wandelbert, à la fois poëte, philosophe et rhéteur, eut encore en celui-ci le privilège de posséder un homme célèbre, l'abbé Reginon (1), qui, par ses succès dans les sciences sacrées et profanes, se mit au rang des historiens et des canonistes.

Quoique l'école épiscopale de Metz ait produit Diocèse peu de disciples éminents, il est à présumer que le zèle des pasteurs ne la laissa (2) pas tomber dans une complète décadence. L'évoque Robert, ancien scholastique de Saint-Gall, n'aurait pu voir, sans regret, diminuer le nombre des étudiants, et son successeur Wigeric (3), ancien moine d'Hirschaw, avait assez de savoir pour les multiplier. L'enseignement du chant était le moins en péril, car le diacre Rolland passait pour un excellent musicien. C'est à cette époque que Jean de Vandière (4) fai-

fi) Viriu divinis scripturis eruditissimus, et in secularibus egregie doclus, facile inier doclores sui temporis obtinuit principalum. (Trithème, de viris illustribus.)

(2) Hist. lia., t. Vï, p. 156.

(3) Trithème, de viris illusL

(4) Aiiquandiu non longe a conspectu patris postmodum Mettis eis qusc lune esse poterant scholis, instituebatur. (Mab. Acta SS., t. VII, p. 368.)

sait ses études à Metz, sous Févêque Thierry, élève de saint Gall,que l'on surnomme lux omnium studiorum. satni-vinccnt. Eu 970, les religieux de Saint-Vincent appelèrent de Belgique Fécolâtre Adalbert, qui, selon Trithème, était versé dans toutes les connaissances de son temps. Non loin d'eux florissait la communauté Gorze. de Gorze, où Blidulf propageait la méthode de ses maîtres Remy d'Auxerre et Hucbald de Saint- Amand. Après lui, plusieurs hommes de mérite, tels que Jean de Vandières (1), évêque de Toul, Anstée, évêque de Metz, y rétablirent les observances monastiques et prirent soin des écoles. Les élèves remarquables qu'elle donna au nord de la Gaule en sont autant de preuves : Adalbéron (2), évêque de Metz; Adalbéron, archevêque de Reims; Rothard, archevêque de Cambrai ; Frédéric, abbé de Saint-Hubertdes-Ardennes; Guibert, fondateur de Gemblours. Diocèse Dès que l'abbaye de Montfaucon-lez-Verdun eut

de Verdun. , , , . . ,

ouvert ses portes aux émigrés anglo-saxons, une chaire d'enseignement fut étabhe, et le diocèse de Verdun put montrer avec orgueil un certain nombre de clercs dont le savoir était universel; celle de Saint -Mihiel (3), non moins renommée, voyait revivre, dans ses murs, les leçons de Remy d'Auxerre, par le ministère d'Hildebold, son disciple, et attirait sur les bancs de son école les élèves des cités voisines.

(1) Acta SS., ibid., p. 380 et 388.

(2) Hist. lut., t. VI, p. 28.

(3) Nonnullo etiam lempore in monaslerio Michaelis super Mosam ad studia moratus est ubi tune temporis Hildeboldus quidam grammaticam professus ex discipulis Remigii scholas habebat. {Vita Johannis de Vanderiis, acta SS. Mab., t. VII, p. 388.)

L'école épiscopale de Toul, placée dans Fabbaye ^^^'«^^^^^ de Saint-Epvre, était dirigée par Einold et Berner, saint-Epvre. tous deux recommandables par leur science. Adson, moine de Luxeuil (1), lui donna une impulsion si heureuse, que les études prospéraient encore longtemps après sa mort. A Moyen-Moutiers, Fabbé Moycu-Mouiiers. Almann (2) attirait près de lui, par des présents, un professeur de grammaire et achetait les livres nécessaires à cet enseignement. Ajoutez enfin à toutes ces ressources les nombreuses maîtrises fondées dans les paroisses où les enfants apprenaient (3) la lecture avec les principes de la religion, et vous pourrez apprécier tout ce que cette contrée a opposé d'efforts à l'invasion de l'ignorance. Il n'est pas douteux que la province de Trêves doive en grande partie son état florissant, pendant le x° siècle, aux nombreuses colonies d'Irlandais et de moines grecs qui vinrent s'établir en communauté dans les environs de Metz, de Toul et de Verdun (4).

Brunon, archevêque de Cologne (5), est le seul métropole prélat dux^ siècle qu'on puisse comparer au grand colo'gne. Gerbert. Dès l'âge de quatre ans, il fut envoyé par ses parents auprès de l'évêque d'Utrecht, Baudric,

(1) Annales 0. S. B., 1. XLIII, n^ 70-72.

(î) Conduxit eis doclorem grammaticae et volumina artis ejusdem plurimastuduit conquirere. {De gestis abb, Mediani monasterii ap, D. Mar- TÈNE, Thés, anecd.y t. III.)

(3) Mab. Acta SS,, l. VII, p. 375 et ampL coll., t. IV, p. 860.

(4) D. Calmet, Hist. episcop, TulL, t. i, p. 146.

(5) A.nno circitcr quatuor habens liberalibus litterarum studiis imbuendus Baldrico episcopo Trajeclum missus est. Nullum eral sludiorum genus in omni greca vel lalina eloquenlia, quod ingcnii sui vivacitatem aufugeret.... sîepe inler Grecorum et Latinorum doctissimos de philosophiae sublimitate médius consedit. (Pertz, monum, G&i'tn.^ t. IV, p.25i.)

pour apprendre les rudiments de la^ littérature, et se signala par de merveilleuses dispositions. Aucune partie des arts libéraux n'échappait à la vivacité de son esprit; le grec et le latin lui étaient également familiers. Lorsqu'il fut promu à la dignité archiépiscopale, il attira auprès de lui les plus savants docteurs in utraque linguâ^ et étudia avec eux tout ce que les historiens, les orateurs, les poètes et les philosophes renferment de remarquable. Son plaisir était de siéger au milieu d'eux, et de les entendre disserter sur les beautés de *la philosophie, ou les sublimités des sciences qui en découlent. L'empereur Othon, son frère, voulant faire éclater davantage son mérite et satisfaire aussi la passion qui l'enflammait pour les lettres, l'attacha à son palais. Il se forma bientôt autour de lui une école célèbre où se pressaient les docteurs les plus distingués de la chrétienté. Gerbert lui-même s'y rendit et fut comblé de présents. C'est ce même prince Othon, qui eut la fantaisie de mettre aux prises les deux philosophes Otric et Gerbert dans la ville de Ravenne, en leur proposant de discuter un sujet philosophique au milieu d'une nombreuse assemblée. Le goût de tels passe-temps, à une époque qu'on a taxée d'obscurité profonde, nous atteste qu'on a porté un jugement trop sévère sur le x« siècle. Il faut du moins faire exception pour une bonne partie des provinces de l'Est. Nous n'avons pas tout dit, ni montré le côté le plus curieux (1). Brunon,

(!) Translatiis usus est scholis, non corpore quidem sed mente quielus. Quocumque enim circum agebantur tabernacula aut Castro regalia, biblio- ' thecam suam siculî arcam domînicam circumduxit, ferens secum et eau-

comme un autre Alcuin, suivait la cour impériale partout où elle campait, toujours entouré de ses écoliers et muni de sa bibliothèque. Ce trait de mœurs du x® siècle ne pourrait-il pas passer pour une imitation des habitudes carlovingiennes et dissiper l'incertitude de ceux qui doutent encore de l'instabiUté de l'école palatine?

Les évoques de Liège prirent exemple âur Bru- D»op^se non et s'efforcèrent d'égaler son zèle. Etienne, formé à l'école de Metz et de Mannon, eut pour élève Hîlduin Tasson, qui fut évêque de Liège, puis de Vérone et enfin archevêque de Milan. Tous ses contemporains font un éloge pompeux de ses talents (1). Evrard^ dit la chronique de Belgique, restaura les écoles dans tous les n^onastères de la province. en attirant des maîtres par ses libéralités. Il les fréquentait souvent, proposait des questions aux écoliers et leur expliquait les difficultés. Quand il s'éloignait, il avait soin de stimuler les professeurs par des lettres. Eracle, au dire du chroniqueur Anselme, n'avait pas d'égal (2) parmi ses comtemporains, tant était grande son érudition. ^ Notker nous est représenté comme un prélat doué des plus nobles qualités. Il exerçait une hospitalité si franche à l'égard des étudiants étrangers, qu'ils se croyaient dans leurs propres foyers :

sam sludii sui cl insirumenlum in gentilibus libris. (Pertz, ihid, ut supra.)

(1) TrilFièmô en a recueilli l'écho : « Virin divinis scripturis doctus et in secularilms litteris magnifiée perîlus.» {De scriptoribus ecde5îas/., p. 298.)

(2) Oninibus scholarum studiis ita perfecte eruditus extilit, ut suis tempnribus par ci nuUalenus inveniri potuerit. {AmpL coÛeclio, t. IV, p. 1035.)

Stavelot.

MÉTROPOLE

PB

CAMBRÂT. .

Laubes.

Nusquam (l) sic colitur totis affectibus hospes, In laribus putat esse suis qui venerat exsui.

Toutes les fois qu'il voyageait dans le pays ou au dehors, il emmenait avec lui de jeunes clercs, et chargeait un chapelain de maintenir la discipline aussi sévèrement qu'au cloître (2). Il emportait, comme Brunon, une quantité de livres et tout le bagage nécessaire à des écoliers. Loin de perdre leur temps, ceux qu'il avait emmenés du cloître ignorants, revenaient supérieurs à ceux qui avaient fréquenté les maîtres avant eux. Il suffit de citer ses élèves pour donner la mesure de son mérite:

Durand et Vason, évoques de Liège; Maurille, archevêque de Rouen; Rothard et Herluin, archevêques de Cambrai; Haimon, évoque de Verdun; Hezelon, évêque de Toul; Hucbald, écolâtre à Sainte-Geneviève de Paris et à- Prague.

L'abbaye de Stavelot eut pour restaurateur Odilon, moine de Gorze, qui, par ses efforts, l'éleva au rang des plus fameuses écoles (3).

L'histoire littéraire rapporte (4) un canon promulgué dans cette province qui rappelle aux églises le devoir d'instruire les ecclésiastiques afin de les rendre capables du saint ministère et utiles aux peuples; c'est avouer que l'état des études inspirait des inquiétudes sérieuses. Laubes était la seule abbaye en mesure de fournir des écolâtres aux maî-

(1) AnselmiiSj ap. ampl. collectio, t. IV, p. 843.

(2) Maxima illi circa educandos pueros crat solliciludo adeoutquo-

cumque vel ad proxima vel ad longinqualoca pergerel, scholares adolescentes ducerel secum. (Gesta episc, Leod.y c. xxv, ibid.)

(3) Trithème, chron, Hirsaugiœ, anno 932.

(4) D. Rivet, HisL lill., t. VI, p. 40.

trises en péril. Plusieurs religieux, au commencement et à la fin de ce siècle, s'y appliquaient à la littérature et donnaient à leurs frères le spectacle (1) d'une constante admiration pour la science. C'est là que le célèbre Olbert (2) de Gemblôurs vint puiser aux leçons de l'abbé Heriger la connaissance des sept arts libéraux, qu'il répandit d'abord dans ce monastère et ensuite dans plusieurs provinces (3). — Saint Dunstan contraint de sortir d'Angleterre, choisit, de préférence à toute autre, l'école de Saiiit- Pierre de Gand, sans doute à cause de la faveur qu'y rencontraient les hommes lettrés.

Saint Alban, de Mayence, eut encore pour écolâtre métropole le moine d'Hirsauge, Adalbéron (4), qui professait mayence. avec une supériorité marquée. Quoique nous n'ayons aucun nom à citer de l'abbaye de Fuld, il est certain^ par les témoignages recueillis précédemment, que l'école n'y pouvait pas souffrir de défaillance.

Trithème énumère dans sa chronique une foule D'ocèse

de Spire.

d'écolâtres comme Zinthelme, Diethard, Meginra- Hirsange. dus, Diethmar (5), Reinhar, auxquels il prodigue les éloges les plus flatteurs. Tous les cinq furent versés, dit-il, dans les belles-lettres et enseignèrent au milieu d'un grand concours d'étudiants.

(1; Floruerunt his temporibus apud nos sludia lilterarum, quibus ediscendisoperam danles opinalissimi fuerunlScamimus,Theduinus et Ratheriushorum perspicacissimus.(D^ çestis ah. Lanb.di^, spicileg. AcHERii,t. II.)

(2) Hic ubi ex ore Herigeri abb. Laub. viri suo tempore disertissimi aliquid de septem artium sapore bibit. {Ihid.)

(3) Hist, litL, l. VI, p. 40.

(4) Âdalbero monachus hujus cenobii Hirsaugiensis scholasticus factus est in monasterio S. Albani. (Chron, Hirsaugiœ, anno 910.)

(5) Prœlicit in hoc nionasterio schol» publicsB monachorum Diethard us monachus. {Ibid.i anno 922.)

Diocèse Deux fléaux terribles frappèrent successivement saint-Gaii l'abbaye de Saint-Gall.En 920, les Hongrois lui firent subir un assaut acharné, et en 937 un des enfants du dehors mit le feu aux bâtiments pour se soustraire Iviiet ses complices aux châtiments dont ils étaient menacés à cause de leurs espiègleries. Cet accident, plus funeste encore que le premier, exaspéra (1) tellement les moines, qu'il fut question de supprimer complètement les écoles extérieures auxquelles appartenaient les coupables. Malgré la ruine des logis et la perte d'un grand nombre de volumes, nous savons qu'en 943 Helpéric exerçait les fonctions d'écolâtre en présence de fervents auditeurs. C'est à Saint-Gall que l'évêque de Strasbourg, Erchembauld (2) , demanda des maîtres quand il voulut restaurer les études autour de sa cathédrale, et le moine Victor remplit si bien ses désirs, que bientôt cette.ville fut comptée au nombre des meilleures écoles. Ekkerard, scholastique du même monastère, ne pouvait souffrir la médiocrité dans son auditoire, et, dès qu'il remarquait un esprit obtus, il l'envoyait au scriptorium copier les manuscrits. Notker, appelé le physicien ou médecin, prédisait (3) les maladies et les guérissait merveilleusement. Il maniait même le pinceau avec habileté. Chunbert, aussi

(t) Ex hoc incendio magna conflata est in Sangallcnsibus animis invidia conira scholares, censentibus nonnuUis scholas prorsus abolendas. (Ekkehardus, decasibus S. Galli, c. vi, ap, Pbrtz, mon» Germ., t. II.)

(2) Victor Argentinam profectus adeo enituit ut argeutinenses scholae inter florenlissimas postea connu meralae fiierint.(MEZLER, Deviris illusL,

c. XXXll et XXXIV.)

(3) Notiier, physicus a medendi arte, ab arle pingendi pictor.(G. xx^vr, ibid.) Chumbertus, pingendi arle clarus (c. xxxviii. Ibid).

peintre de mérite, s'illustra au dehors en fondant Pacadémie de Salzbourg.

Saint Wolfand , évoque de Ratisbonne, commença Auge à Tâge de sept ans l'étude du trivium (1) , et n'en, eut pas plutôt touché le terme, qu'il s'empressa de fréquenter les hautes écoles. Il se rendit au monastère d'Auge, l'un des plus renommés de la contrée, où il étonna ses maîtres par ses rapides progrès. Parmi ses condisciples se trouvait alors le dernier membre de la maison de Saxe, qui régna sous le nom de Henri IL

Quoique les Normands aient occupé la Neustrie métropole dès Tan 912 et manifesté un penchant à la stabilité, ^q^^^, nous ne pouvons nous étonner que leur histoire littéraire ne relate l'existence d'aucune école en ce siècle. Laissons à ces nouveaux venus le temps de se préparer aux habitudes pacifiques, et nous les verrons aussi empressés que les autres à prendre part au réveil des esprits.

Un petit épisode de la translation des reliques métropole de saint Florent nous apprend que Saumur pos- ^^^^^^ sédait des moines capables de diriger l'instruction saint-piorentde leurs frères. Les bénédictins de Saint -Flo- ^«-S""»"rent avaient été obligés de se réfugier à Tournus dans le diocèse de Ghâlon- sur -Saône, afin de protéger les reliques de leur saint patron contre la fureur des Normands. Quand le flot de l'invasion

(1) Non contentus in scholis trivîalibus aut privatis eo sibî properandum slatuil ubi infra Gernianiae fines maxime florercnl sludia lilterarum. [Yita S.WolfangUc. ni, Surius, october). Per id lempus eo in loco degebatstudii causa Henriciis quidam illuslri Francorum et Sucvorum slcmmalc clarus. (C. IV, ibid,)

fut passé, ils voulurent revenir dans leur pays, mais leurs hôtes refusèrent de rendre les reliques. Alors Absalon, jeune moine de Saint-Florent, feignit une infirmité qui l'obligeait à rester à Tournus, et quand il fut certain d'être à l'abri des soupçons, il s'enfuit à Saumur après avoir repris les reliques. Le chroniqueur dit qu'il avait préparé le succès de son ingénieux stratagème, en exerçant la charge d'écolâtre, de chantre et de bibhothécaire(l). Amalbert, deuxième abbé de Saint-Florent, était tout à la fois orfèvre, peintre et architecte, car il confectionna de ses mains plusieurs ornements en or et en argent, fit terminer la basilique et la décora d'excellentes peintures (2).

MÉTROPOLE Tandis que la Métropole de Sens languissait dans une médiocrité complète, celle de Lyon, au contraire, brillait parpii les plus florissantes. Cette ville, si célèbre (3) aux premiers siècles de notre ère par l'enseignement des rhéteurs, sembla se souvenir de son antique gloire, et surpassa toutes les les cités voisines, ce Saint Maïeul, abbé de Gluny (4),

(1) Juvenis ordinis peritissimus, iegis amantissimus, litteris plurimum eriiditus. ... nec multo post latius ordinis cura regimenqne scholarum ad instruendos pueros ei commitlitur; post modum cantoris officium totiusque librorum clavis armarii concreditur. {Ampl colL D. Martène, t. V, p. 1087.) '

(2) Amalbertus II abbas in ornamenlis ecclesiœ auro et argento construendis plurimum desudavit ; nam basilicam cum oftlcinarum sediflciis imperfectam excelientissime peregit, et cuncla picturis oplimis decoravit. {ïbid., p. 1097.)

(3) Predicta quidem tune eivitas omnes excellebat sibi propinquas lam religione virtutum quam studio liberalium artium. (Mab., acta SS, 0. B., sec. VI, vita S, MaiolL)

(4) Apud hanc urbem S. Maiolus non timuitaccedcre philosophiaD nulricem et malrem; Antonium eruditum virum et prudentcm in iiberalibus studiis habere volait praîceplorem. [Vila S. Maioli, ihid.)

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