DE REIMS
maîtres du terrain, si la paix n'eût été faite à temps. Le chef des écoles Albéric, disciple d'Anselme de Laon, devint archevêque de Bourges. Sous ses successeurs Léon et Lotulfe, l'école fut fréquentée pendant quelque temps par Pierre Lombard, qui l'avait entendu vanter jusqu'en Italie, tes derniers professeurs de la fin de ce siècle sonWoulques, Paganus, Simon et Garnier.
Une division survenue entre le docteur Àlbéric, scolastique de la cathédrale, et Gauthier de Mortagne, son disciple, fit prendre à ce dernier le parti de se retirer (1) à l'abbaye de Saint-Remi. Là, du con- saim-Remi. sentement de l'abbé et des moines, il ouvrit une école pubUque où se rendaient en foule les élèves d' Albéric. Mais les vexations) de ses envieux l'obhgeant de nouveau à changer de résidence, il transféra son école à Laon, et, comme Abélard, il eut la joie de retrouver ses élèves au lieu qu'il a^iait choisi. En 1162, la direction de l'abbaye de Saint-Remi fut confiée à Pierre de Celle, dont la sagesse et la science furent plus d'une fois mises à contribution par les prélats et les princes du xne siècle. Le prieuré de Rhétel dépendant de cette communauté, en recevait ses écolâtres. Saint Nicaise samt-Nicaise. produisit plusieurs hommes éminents tels que Drogon (2], évêque d'Ostie, Guillaume, abbé de Saint- Thierri, Geoffroi, évêque de Ghâlons, et Simon, réformateur de Saint-Nicolas-aux-Bois.
Quand la ville de Ghâlons n'aurait eu pour l'illus- Diocèse
de ChAlons.
(1) Ad S. Remigium seculi sunt eum multi. . . cum multo comitatu. {Ibid.)
(2) Hist. lia., t. IX. État des lettres.
trer que l'évoque Guillaume de Champeaux, ancien écolâtre de Notre-Dame et de Saint-Victor, c'en serait assez. La réputation qu'il s'est acquise dans l'enseignement, ne nous permet pas de douter de la prospérité des études sous son épiscopat. Geoffroy, son successeur, prenait tant de soin de ses clercs, que les abbés se montraient ravis quand ils voyaient venir à eux des jeunes gens élevés près de lui. Dans une bulle (1) du pape Alexandre III, il est question d'un écolâtre de la cathédrale qui voulait étendre sa suprématie jusque sur les écoles deSaint-Pierre-des- Monts.
Diocèse Après ce que nous avons dit plus haut de la ville de Laon. ^^ Laou, il ost Certain qu'elle garda sa renommée jusqu'au milieu de ce siècle. L'abbaye de Saint-Vin-
saint-vincent. ceut, au dire de Guibert de Nogent, eut un abbé nommé Adalbéron passionné pour la littérature et grand amateur de livres; Seifroi, son successeur, s'efforça de faire renouveler tous les anciens manuscrits; enfin Hugues, qui gouverna le monastère vers 1180, passait pour un abbé d'un savoir trèsétendu. De plus les chroniqueurs ont constaté que le cardinal Drogon et le prieur Hugues, deux savants distingués, firent (2) un séjour de plusieurs années à Saint-Jean de Laon.
Diocèse La ville de Soissons possédait une bibliothèque
de soissons. ^^jj^p^g ^^ manuscôts sur toutes sortes de matières, qui lui avait été léguée par Hugues de Farsit, chanoine (3) de Saint-Jean des Vignes en 1132. C'est
(1) Launoi, de scholis cekb.<, p. 165.
^ (2) Hist. m., t. IX. État des lettres.
{i) Bernard! Silyestris ep. XXXV et XXXVI.
là un trésor trop précieux pour que nous ne l'indiquions pas, car souvent un livre tient lieu de maître. A défaut d'écolâtres remarquables, nous citerons les évêques Lisiard, auquel Guibert de Nogent dédia son histoire de la première croisade; Joscelin, ancien professeur de théologie à Paris, et Hugues de Ghampfleury, chancelier de Louis le Jeune. Quand Abélard fut relégué à Saint-Médard, après le concile de Soissons, ce fut assurément une bonne fortune pour les compagnons de sa solitude : il n'était pas homme à demeurer oisif. .
La cathédrale de Beauvais avait pour bibliothé- Diocèse cairele chanoine Gauthier, et pour écolâtre Raoul (1), disciple d'Abélard, qui forma à son tour Hélinand, l'historien, et le poëte Etienne d'Alinerre. L'exemple de Guibert de Nogent, sans cesse occupé à étudier ou à écrire l'histoire, servit beaucoup à inculquer l'amour des lettres aux moines de Saint-Germer. saint-cenner. Ses leçons furent surtout très-utiles au ,médecin Benoît, à Eustache, célèbre prédicateur de l'époque, et à Raoul de Flaix interprète du Lévitique. En 1101, se trouvait à Glermont-sur-Oise un écolâtre versé dans toutes les parties du trivium et du quadrivium qui sollicitait la permission (2) de transférer son école à Gournay. Le récit de la translation des reUques de saint Eloi à Noyon (3) fait mention Diocèse d'un chanoine Robert, magister scholarum. * ^^°°'
Le peu de renseignements qui nous est pars^enu métropole sur les écoles monastiques de la province de Trêves trêves.
(1) Ives de Chartres, ep. CXXX, ap. Migne, t. CLXII.
(2) Bulœus, t. II, p. 11, Hist. Univ. Paris.
(3) Colliette, mém. du Vermandois, t. Il, p. 302.
Diocèse de Metz.
Diocèse de Verdun.
nous ferait croire que déjà elles se laissaient supplanter par les écoles des cathédrales. Pourtant saint Vincent de Metz(l) servit encore de séminaire public aux moines et aux clercs pendant le séjour du savant écolâtre Sigebert de Gembloux.
Outre les deux noms des scolastiques Achard et Herbert, la ville de Verdun (2) peut encore produire ceux d'un grand nombre de prêtres élevés près de son évéché. Albert de Marcey, évêque de Verdun, le doyen Guillaume, les trois archidiacres Richard, André, Jean, le trésorier Hugues sont là pour astester la prospérité (3) des études dans ce diocèse. Nous avons malheureusement à constater que, vers 1150, Verdun étant devenu le théâtre d'une foule de séditions, on y vit rapidement dépérir l'école. Celle même de l'abbaye de Saint-Vanne n'eut pas un meilleur sort.
D'après un contrat passé entre l'évêque Eudes de Vaudemont et le souverain Pontife, il est notoire que la ville de Toul était déjà sur le pied d'une petite université. Les trois maîtres chargés de l'enseignement (4) supérieur sous la direction de l'écolâtre avaient chacun une prébende de chanoine, et ceux qui professaient les humanités, une prébende de chapelain. Dans le même diocèse on cultivait aussi saint-EpYre. à l'écolo de Saiut-Epvre (5) les arts libéraux, et à
Diocèse de Toal.
(1) Sapientiae fons erat non soliim monachis sed et clericis ad se con- Auentibus. {Annales 0. S. B., t. V, p. 135 et 13ô.)
(2) Hist, de Verdun^ p. 357.
(3) Spicileg. AcheriU t. II, p. 313.
(4) Digot, Recherche sur les écoles épis, et mon, de la province de Trêves,
(5) D. Martène, Thés, anecdot,, t. III.
l'abbaye dé Beaupré vivait le savant religieux Odon, connu par ses ouvrages sur les mathématiques (1) et la musique. Ses traités ne sont sans doute que la substance des leçons qu'il professait aux étudiants de Lunéville.
Les écoles de Liège, si fameuses (2) au xv siècle, Diocèse jetèrent encore beaucoup d'éclat à. l'aurore du ** ^^*' xif siècle. Alger et Etienne y occupèrent simultanément deux chaires et acquirent une immense réputation. Albéric, écolâtre de Reims, pourrait bien avoir continué ses leçons particulières à Liège, en échange de l'hospitalité qui lui fut offerte après son échec de Ghâlons-siir-Marne. A la fin du siècle, la direction des écoles était exercée par le chanoine Guillaume (3) appelé auriga scholarum.
L'historien Rodolphe avait commencé sa carrière saint-irond. littéraire à Saint-Trond en apprenant (4) la lecture et la musique aux enfants. A Vaussor, la même charge vaussor. . était remplie par Wibald et Widric.
Le siège de Cambrai fut occupé par Eudes de métropole Tournai dont nous avons admiré plus haut les loua- cambrai. blés procédés et l'érudition variée. Son successeur se fit le biographe de saint Thomas de Gantorbéry. M. Leglay (5), dans ses recherches sur la métropole de Cambrai, cite plusieurs scolastiques qui parvinrent à l'épiscopat. Ce sont: Guillaume de Champagne, archevêque de Reims; Normand de Douai, évê-
(l)Bibl. Lorraine, c. 696.
(2) Civitas studiis eliam litterarum prae caeteris apprime famosa. {Chron, à^Usperg., an tll7, Bâle 1537.)
(3) D. Pez, Thés, anecd,, t. IV, p. m, p. 24.
(4) Annales O.S, B., 1. LXXI, n.70.
(5) Leglay, Recherches sur la métropole de Cambrai^ p. 116.
que d'Angers; Sabrand de Chabod, évêque de Limoges; Henri de Dreux, archevêque de Reims?
Pierre de GoUemede, évêque d'Alby. Outre cette série de maîtres distingués (1), la même ville avait encore ceux de la collégiale de Saint-Gaucher.
Lobb«. Sous la régence de Vautier, les études étaient florissantes et néanmoins les moines qui faisaient preuve d'une grande aptitude s'en allaient aux grandes écoles augmenter encore leur savoir. Francon suivit les leçons d'Anselme de Laon, et revint ensuite à Lobbes en exposer la substance à ses frères. Lambert, dont l'éloquence retentit dans plusieurs conciles, était aussi de Lobbes.
Diocèse Le départ d'Eudes laissa certainement à Tournai un vide difficile à combler, cependant, de tous ses auditeurs n'en est-il pas resté au moins un capable de répéter ses leçons? Godefroi, Gilbert etThierri s'appliquaient à copier les livres de l'antiquité, et préparaient ainsi de nouveaux moyens d'étude.
Diocèse Le monastère de Saint-Wast possédait des co-
d^Arras.
pistes et des miniaturistes habiles dont les travaux étaient dirigés par Wedric. Selon le témoignage irrésaint-Bertin. cusable de la chronique de Saint-Bertin, la plupart des abbés de ce siècle auraient été élevés dans le monastère dès leur enfance (2), et instruits dans toutes les connaissances sacrées et profanes. Les religieux qui avaient le goût des études profondes s'en allaient comme leurs confrères de Lobbes aux écoles pu-
(1) HisL litL^ t. ÏX.État des leUres.
(2) Simon tiujus loci abbas vir religiosus et litteratus a puero monachus hic effectus. {Chron. 5. Bertini, thés, anecdot., 1. 1.)
Diocèse de Namar.
Gembloars.
bliques mieux pourvues d'écolâtres (1), afin de participer au mouvement d'idées qui circulait alors dans les grandes villes. Pendant ce temps, les abbés Jean et Godescalc enrichissaient la bibliothèque d'auteurs anciens, et y ajoutaient les traités de leurs contemporains Pierre Lombard, Hugues de Saint-Victor, Gilbert Porée, etc.
Lorsque Sigebert revint à son monastère de Gemblours après avoir enseigné à Saint-Vincent de Metz, il fit revivre par son savoir toute la gloire qu'Olbert avait répandue sur Gemblours cinquante ans auparavant. Toute sa vie (2) fut consacrée aux labeurs du professorat. Aussi le mérite des élèves de cette abbaye devint proverbial, et les monastères (3) qui étaient assez heureux pour en attirer à eux, les honoraient comme de seconds abbés.
M. de Beaurepaire fait remarquer que tous les pré- métropole lats de la métropole de Rouen furent des hommes instruits. Geoffroi- (4) se distinguait par son érudition et son éloquence ; Hugues d'Amiens était élève de Gluny et leur successeur Rotrou, disciple de Gilbert Porée, écrivait à Henri II pour l'exhorter à faire instruire son fils. « Un roi sans science, lui disait-il, est un vaisseau sans rames. 3) De tels prélats étaient incapables de laisser leur diocèse dépourvu de maîtres. Qu'il nous suffise pour justifier cette présomp-