ROUEN
(1) Joannes III monasticis disciplinis suflicienter imbutus adstudialitterarum mittitur. (C. xlvi, ibid.)
{i) Postea in suum revocatus monasterium omne tempus vitae su£ in studio litterarum discendo et docendo consumavit. (Chron, BirsaugûB^ anno 1120.)
(3) Degestis abh. Gemblac. spicileg. Acherii, t. II.
(4) Mém, de la Société des antiquaires de Normandie^ t. XXY.
Le Bec.
tion de citer les noms des chanoines Gislebert et Laurent, tous deux qualifiés scholarum magister sur une charte (1) de 1131 et sur le cartulaire de Saint- Wandrille; celui de Rainier, qui fut scolastique de révêché pendant quarante-cinq ans, et celui du doyen Roger qui avait étudié lé droit civil à Rologne, et enseigné les arts libéraux à Paris. Quoique pas une école normande n'ait atteint un très-haut degré de célébrité, il est cependant avéré que les études furent très-florissantes dans cette province. Nous retrouvons les Normands, ces derniers venus de la civilisation, aux postes les plus élevés du continent et de la Grande-Rretagne : Guillaume Giffard dirigeait la chancellerie des rois d'Angleterre; Rernard et Richard gouvernaient les diocèses de Saint-David et de Londres; Robert, l'abbaye de Tournei, pendant que Roger, Richard l'Evesque et Guillaume de Couches professaient la grammaire et la métaphysique sur la montagne Sainte-Geneviève.
Orderic Vital n'hésite pas à dire qu'il regarde tous les moines du Rec comme autant de savants. Guillaume, disciple et successeur de saint Anselme avait hérité de la science de son maître, Roson passait pour un moine d'un rare savoir, et Thibaud le littérateur devint archevêque de Cantorbéry.
La bibliothèque de l'abbaye, déjà si abondamment pourvue au xi^ siècle par les soins d'Anselme, fut encore augmentée par la. libéralité de Philippe d'Harcourt, évêque de Rayeux. Tous les Pères de
(1) Ibid.
l'Eglise latine y figuraient, et l'antiquité était représentée par Gicéron, César, Salluste, Pline, Ovide et Quintilien. On y voyait l'Hortensius de Gicéron qu'on a perdu depuis, et Y Institution oratoire de Quintilien dont la découverte (4) a été attribuée sans raison à Pétrarque par plusieurs auteurs. Ce livre était au Bec au xne siècle sans aucun doute, il est indiqué parmi les livres légués par Philippe de Harcourt, et fut analysé par Etienne de Rouen (2). Ajoutez à ces manuscrits précieux une foule d'autres livres concernant la médecine, l'astronomie, la dialectique et l'arithmétique, et vous serez convaincu que l'abbaye du Bec avait tous les instruments nécessaires aux études sérieuses.
L'école de Fécamp, fondée par Guillaume de Fécamp. Saint-Bénigne florissait encore en 4180 comme l'attestent deux chartes. Gelles d'Eu, de Blangy (3), de Criel, de Foucarmont, quoique récemment fondées, fonctionnaient déjà avec la plus grande régularité.
Robert Wace, clerc lecteur à la cour d'Angleterre, Diocèse
*^ de Bayeax*
puis poëte et historien, était chanoine de Bayeux. Philippe d'Harcourt (4), évêque de ce diocèse, avait l'esprit orné de toutes les connaissances de son époque sans excepter le droit romain.
L'Eglise de Lisieux eut aussi l'avantage d'être Diocèse présidée par un prélat instruit dans les arts libéraux
(1) Voyez Dictionnaire de Bouilkt, art. Quintilien.
(2) Bibl. imp. S. Germ, latin 1547, voyez le prologue.
(3) Bibl. imp. 5. Germain, latin 1088; apud Augum eccL B. M. cum eeclesiis, decimis, et rébus omnibus ad illam pertinentibus ; scholœ Avgi, Blangerii et Fulcardi montis.
(4) V. Ravaisson, Rapport sur les bibl, de VOuest,
et les lois civiles (1). Cet évêque, nommé Àrnoul, laissa en mourant une bibliothèque qui ne manquait pas de variété. Le roi Richard avait recours au chanoine Mauger dans ses maladies. Jean de Sarisbéry, bon juge du mérite, fait de ce chapitre les plus pompeux éloges. € Les Pères de Lisieux (2) sont les pre- « miers orateurs de leur temps et les maîtres de « l'éloquence. Non-seulement ils sont les rivaux des « docteurs d'Aurillac en beaucoup de choses, mais € ils les surpassent par leurs talents et leurs dispo- « sitions naturelles. 3) saint-Evroui. Il est Certain que les moines de Saint-Evroul ne se montraient pas indifférents à l'égard des lettres, car Jean,récolâtre de Reims, trouva près d'eux l'accueil le plus empressé (3). Pendant les quarante-cinq années qu'il vécut au miUeu d'eux, il eut de nombreux compagnons d'étude dont les plus illustres furent Robert de Prunelai, Guillaume de Merlerand, Eudes de Montreuil, et Orderic Vital. C'est là que vivaient aussi Goisbert, de Chartres (4), médecin de Raoul de Toëni, et Raoul Malcouronne, ancien religieux de Marmoutiers qui avait fréquenté les écoles
(1) Praeterea medierum quorumdam librorum legalium sex volumina, et alios diversi generis libros ad retinendum in armario nobis dédit. (GdU. christ., t. XI, p. 778.)
(2) Domini, siquidem Luxovienses patres, non modo loquentium sed eloquenti» quodam modo sunt. Nam cum Aureliacensibus qui multarum rerum peritiam et usum habent, aequentur in plurimis, in eo facillime antecedunt quod hi nascuntur et fiunt éloquentes. {Joh. Sarisb., ep. LX, ap. Migne, t. CXCIX.)
(3) Monachi illum libenter susceperunt quia grammaticae artis erat péritus bonisque studiis usque ad senium intentas. (HisL eccU Norman. Ordericus Vitalis, t. II, p. 435.)
(4)i&id.,t.II,p.402, 423.
de France et d'Italie. L'habileté de Raoul en médecine fut si grande qu'en passant à Salerne il ne trouva qu'un seul rival (1). Longtemps après sa mort, les habitants du pays d'Ouche parlaient de sa science et lui attribuaient de véritables prodiges.
L'abbaye de Savigny fut dirigée par une suite d'ab- savigny . bés recommandables.L'un d'eux, saint Vital, n'hésita pas à s'exiler afin de satisfaire plus librement ses goûts littéraires, et ne revint à Savigny (2) qu'après avoir acquis tout ce qu'il désirait savoir. L'abbé Geoffroi, ancien élève des écoles de Paris, ne cessa pas d'entretenir des moines instruits 'autour de lui.
Robert de Torigny porta au mont Saint-Michel toutes les doctrines qu'il avait puisées au Bec et pendant trente années (3) il stimula sans relâche le zèle de ses moines par ses exhortations et ses exemples. N'avions-nous pas raison de dire que les Normands avaient amplement réparé leurs ravages, et qu'aucune province ecclésiastique n'avait fourni au royaume autant de religieux et de savants prélats.
L'école publique, qui jusqu'ici s'était tenue à la métropole collégiale de Saint-Martin, fut transportée à la ca- tou'rs. thédrale où Bouchard exerçait les fonctions de scolastique. Néanmoins l'abbaye conserva son école in-
(1) Nam in dialectica et grammatica, in astronomia quoque nobiliter eniditus est et musica. Physicse quoque scientiam tam copiose habuit ut in urbe Psalernitanse, ubi maxime medicorum scholse ab antiquo haberentur, neminem in medicinali arte praeter quemdam sapientem matronam sibi parem inveniret. (/&i(i.,p. 69.)
(2) Scientiaitaquenon modica imbutus repatriare studuit; legum humanarum non ignarus extitit; rhetoricae colorem, TuUianaeque eloquentiae elegantiam non ignoravit. {Neustria sancta P. du Moustier, Mss. latin, bibl. imp.)
(3) Gallia christiana, t. X, p. 544.
Saint-Gratien.
Marmoutiers.
Gbinon.
Diocèse d'Angers.
térieure. Ardouin,qui la dirigeait, nous a laissé une pièce de vers sur Mathilde, abbesse de Gaen, où l'on reconnaît une main exercée.
Entre les chanoines de Saint-Gatien trois surtout sont désignés par le titre de magister, un autre est surnommé Socrate. Si les autres membres du chapitre s'étaient dispensés de suivre leurs traces, l'archevêque Hildebert les aurait ramenés au devoir par son exemple.
Il y eut à Marmoutiers au moins trois écrivains de mérite, Gauthier de Compiègne, Jean, l'historien des comtes d'Anjou, et Adam, abbé de Perseigne.Les autres moines s'exerçaient de préférence à l'art de la parole (1) en débitant des discours devant leurs confrères, et dans ces essais à huis-clos, plusieurs révélèrent un véritable talent.
Hugues II, archevêque de Tours, établit en 1442 des écoles publiques à Chinon (2) et en confia le soin au chefcier et aux chanoines.
Ce que Marbode avait apporté de renommée à la ville d'Angers fut encore surpassé par les deux écolâtres Geoffroy Babion et Ulger. Quand ce dernier devint évêque, l'enseignement atteignit un tel degré de célébrité, que plusieurs auteurs ont voulu faire remonter à cette époque la fondation de l'Université d'Angers (3). Le fait est que certains usages adoptés plus tard dans les universités existaient déjà dans cette ville au xn^ siècle. Ainsi le degré de Ucence
(1) D. Marlène, thesaur. anecd., 1. 1, p. 606.
(2) Hugo instituil 1U2 publicas Cainone scholas quarum curam deman. davit capicerio et canoiiicis ecclesiae. {Gallia christ,, t. XIV, p. 86.)
(3) Poquet de Livonnières, ancienneté de FUniversité d'Anjou, in-4<», 1736 Angers.
se conférait avec cérémonie dans la maison épiscopale, et Ulger, pour perpétuer cette coutume, fît une fondation en faveur des bedeaux de l'académie. Ensuite il est avéré que les abbayes avaient déjà dans les environs d'Angers, des maisons destinées à recevoir les religieux qiii venaient y faire leurs études, « A votre absence, dit Herbert, écolâtre d'Angers, € à son collègue Hilaire d'Orléans, on dirait que vous « ne remarquez pas le grand nombre de clercs (1) <!C nobles et riches, illustres et puissants réunis à An- « gers, et cependant vous êtes le seul capable de les « conduire avec honneur. i> Le plus fameux de tous les disciples de cette université naissante fut le cardinal Mathieu d'Angers qui, après avoir enseigné le droit civil et canonique à Paris, fut promu au cardinalat.
Presque tous les abbés de Saint-Florent, au xn"" siè- saint-Fiorent. cle, furent réputés hommes de lettres, il est donc permis de croire que les écoles ont trouvé en eux de fervents protecteurs. Etienne de La Rochefoucauld, évêque de Rennes, auteur de pièces enjouées en vers et en prose, était un élève de Saumur.
Hildebert, quoique devenu évêque, ne quitta pas Diocèse la direction de l'école et s'appliqua jusqu'en 1124 à y faire fleurir toutes les connaissances de son temps. Guy (2), son successeur et son disciple, après avoir suivi les leçons d'Anselme de Gantorbéry, revint exercer les fonctions d'écolâtre, et surpassa son
(1 ) Quanticumque clerici nobiles et divites, gloriosi et potentes Andegavis conveniant,lutamenunus cujus presentia studium illorum decoraret, per absentiam tuam vilificas. (Buloeus, HisL Univ. Paris,, t. II, p. 213.)
(2) In causis tam ecclesiastiôis quam secularibus dux et lampas. {Ana^ lecla Mab., t. III, in-12, p. 346.)
de Bretagne.
maître dans l'exposition des arts libéraux. Hugues de Saint-Galais, prélat versé surtout dans le droit canon et civil, avait fait ses études au Mans ainsi que Geoffroi archevêque de Rouen, Hardouin, archevêque de Bordeaux, et Herbert, abbé de Cîteaux. Laval. Dans une bulle de Lucius El, à la date de 1183, où .
sont énumérés les biens appartenant au chapitre de l'égUse du château de Laval (l),il est fait mention de récolâtrerie : donationem regiminis scholarum Lavallis.
Dwcèses L'école épiscopale de Nantes nous est connue par une lettre de Pierre de Blois, adressée à un archidiacre de cette ville, qui voulait lui confier l'éducation de ses neveux (2). « Guillaume votre aîné, lui dit-il, me donnera double besogne, il faudra qu'il a désapprenne avant d'apprendre. Vous me vantez (( son génie vif et pénétrant, est-ce parce qu'il a passé oc par-dessus la grammaire et l'étude des auteurs « pour prendre son vol vers les régions de la logi- « que? 3) La pointe d'ironie qui perce dans cette dernière phrase indique assez que la Bretagne ellemême n'avait pas su échapper à l'engouement qui entraînait alors tous les esprits vers la dialectique à outrance.
MÉTROPOLE Une charte de confirmation des droits du préchantre sur les écoles du diocèse de Sens, soumet tous ceux qui voudront enseigner à l'obligation de solliciter la licentiam docendi de ce dignitaire, elle excepte seulement les chanoines qui voudraient faire
(1) Notice sur la chapelle du château de LamL Laval, 1820.
(2) Pétri Blesensis, ep. CI, éd. Giles.