‹ Les écoles épiscopales et monastiques en Occident avant les universités (768-1180)Chapitre 2 sur 51 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Piirictes cœnobiales diu siinctitatis et melioris litieraluraî jaepes fuerunt.

(MARSiiAH, Monasticon anglic.)

L'intérêt de ce récit doit s'accroître doublement si l'on veut bien considérer que l'Église a été seule capable de participer à la renaissance suscitée par les efforts de Gharlemagne. Écrire l'histoire des écoles épiscopales et monastiques dans la période que nous embrassons, c'est faire l'histoire de l'enseignement tout entier, car la France n'en a point eu d'autres pendant cette suite de siècles. En communiquant aux clercs et aux moines l'instruction nécessaire à leur apostolat, les abbés et les évêques ont pourvu d'abord à l'éducation morale des races germaines, et sauvegardé en même temps, à l'ombre du cloître et de la cathédrale, le dépôt sacré de la tradition littéraire, jusqu'au jour où la société laïque vint réclamer sa part dans l'héritage intellectuel de la nation. Notre sujet n'a donc rien d'exclusif comme on pourrait le croire, il fournit tout à la fois

un épisode glorieux aux annales de l'Église, et une introduction à l'histoire de l'instruction publique en France. C'est à ce double point de vue que nous avons rassemblé la série des écolâtres réguliers et séculiers sur une même scène, et examiné de près leur dévouement à la science et leurs moyens d'action.

Afin d'inviter le lecteur à juger avec impartialité les alternatives de défaillance et d'héroïsme dont nous serons témoins, il n'est pas superflu de rappeler que ces générations ont dû lutter contre les irruptions des Barbares, et les entreprises ambitieuses des princes, subir l'influence des modifications introduites dans l'ordre social et politique, braver enfin tous les désordres qui tourmentent l'enfance d'une nation. Si nous n'assistons pas à la naissance de chefs-d'œuvre, nous aurons du moins sous les yeux le spectacle consolant d'une armée d'esprits intelligents et libres appliqués à maintenir et perpétuer la culture des lettres.

Que personne ne s'attende à trouver ici une histoire bien circonstanciée des écoles épiscopales et monastiques, et un aperçu complet de leur organisation. Il serait injuste de se montrer exigeant visà-vis d'une époque aussi éloignée de nous, surtout quand il s'agit d'un sujet aussi complexe et dont les éléments sont si dispersés. Nous tentons seulement de résumer les faits connus, de mettre en œuvre plusieurs indices négligés, et d'utiliser un certain nombre de témoignages exhumés par l'érudition moderne. Afin de ne pas rester trop au-dessous du but, nous avons été contraints de compulser minutieusement les vies de saints, les lettres

des princes, des papes, dès évêques et des abbés, les chroniques des églises et des monastères, cherchant un mot entre mille qui pût nous mettre sur la trace d'une école ou nous révéler un usage littéraire. C'est après avoir glané çà et là quelques épis bien longs à recueillir, que nous avons essayé cette dissertation. Le tableau qu'elle présente au lecteur pourrait sans doute offrir plus de traits et de couleurs, mais il nous a semblé que la simplicité et la précision s'accommoderaient mieux au sujet que les vagues et indécises amplifications des périphrases fleuries. Nous lui avons donné pour limites colles mêmes qui nous étaient imposées par l'enchaînement des faits et le sentiment de l'unité. Du jour où Charlemagne a donné le signal de la renaissance, les écoles n'ont eu qu'une méthode d'enseignement et qu'une manière d'être jusqu'au règne de Philippe-Auguste, époque où la création des Universités est venue inaugurer un nouveau système d'éducation et d'instruction.

Notre plus grande préoccupation est de conduire le lecteur à travers ce long espace de temps sans toutefois fatiguer son attention par les détails, ou embarrasser sa mémoire en lui présentant trop d'objets à la fois. Voici l'ordre qui nous a paru le plus favorable à la clarté : nous passons d'abord en revue, siècle par siècle, les principaux foyers d'instruction qu'ahmentait chaque province ecclésiastique, afin de mieux faire apprécier la part qu'a prise chaque contrée dans le mouvement intellectuel. Ensuite la seconde partie montre quelle était la condition des maîtres et des élèves. Puis nous cher-

chons en quoi consistaient les sciences étudiées dans les écoles, et quels étaient les manuels en usage. Suivent quelques mots sur l'instruction des femmes et des seigneurs, et nous terminons notre exposé par le catalogue des meilleures bibliothèques formées dans les monastères.

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