CONDITION DES ÉCOLIERS
La religion occupait une telle 'place dans les mœurs au moyen âge que chaque famille briguait l'honneur de compter au moins un de ses membres dans la grande association des ministres de l'Evangile. Riches et pauvres, serfs et ingénus venaient offrir au Seigneur un de leurs descendants, et sollicitaient pour lui l'habit de clerc ou la coule du moine. Toujours fidèle à ses nobles traditions, l'Eglise ouvrait ses rangs aux enfants de toutes les classes sans distinction; elle n'exigeait d'autre recommandation que le désir sincère d'embrasser une vie de sacrifice et de dévouement. Gharlemagne (4) rappela ce grand principe à ses sujets dans son capitulaire de 789, et le sanctionna en s'y conformant dans le choix des élèves du Palais. Un texte très-précis de la vie de saint Guillaume de Dijon affirme qu'en réformant ses quarante monastères, cet abbé ouvrait toujours des écoles où venait étudier le fils du
(1) Non bolum servi! is conditionis infantes sed etiam ingenuorum fllios aggregent. (Gap. de 789, Baluze, 1. 1, p. 238.)
manant (1) comme celui de l'homme libre. Le nom d'oblats (oblati) désignait ceux qui se consacraient à la vie religieuse des monastères, par opposition aux enfants des écoles épiscopales que le clergé choisissait de lui-même avec le consentement des parents, parmi ceux qui manifestaient les meilleures dispositions dans le service des autels. Cependant ni les uns ni les autres n'étaient liés irrévocablement. Gomme rien ne demande plus de liberté que la profession des vœux de religion, on attendait jusqu'à l'âge de raison, intelligibilem œtatem, pour leur faire contracter un engagement. Dès l'origine deCluny (2), il fut défendu d'admettre à la probation religieuse avant quinze ans; peu après, le temps d'épreuve fut différé jusqu'à dix-huit et jusqu'à vingt ans sous Pierre le Vénérable. Le concile de Tolède est aussi formel à ce sujet et laisse aux jeunes gens le temps (3) de réfléchir jusqu'à vingt ans.
On les acceptait dès l'âge le plus tendre (4) afin de leur inculquer plus sûrement des habitudes régulières et les assouplir aux exigences de la discipline. Persuadés avec raison qu'il n'y a rien de petit quand il s'agit d'un dépôt aussi sacré que l'enfance, les législateurs des clercs et des moines se préoccu-
(1) Nullusque qui ad haec vellet accedere, prohiberetur. Quin potius
tam servis quam liberis, divitibus cum egenis (Bollaiw. Acla SS.j