‹ Les écoles épiscopales et monastiques en Occident avant les universités (768-1180)Chapitre 26 sur 51 · C. VII · texte numérisé non relu

C. VII

lance attentive (1): elles étaient placées assez près du monastère, pour que les vagabonds et les indis^ ciplinés ne pussent rester impunis (2). Les chapitres des cathédrales, n'ayant pas les mêmes raisons de séparer leurs élèves, réunissaient ensemble les clercs étrangers au diocèse et ceux de la maîtrise métropolitaine. Ils leur donnaient asile dans Fencôinte de ces quartiers silencieux fermés chaque soir, où résidait l'évêque au milieu de ses chanoines et qu'on appelait cloître. Au xn© siècle, les écoliers devenant très-nombreux et le tumulte augmentant avec eux, Févêque de Paris, Etienne de Sénlîs, décida que les étrangers n'habiteraient (3) plus dans l'enceinte du cloître, mais dans un lieu couvert qu'il fit disposer près de la cour épiscopale.

Plusieurs auteurs parlent d'une école qui aurait été étabhe dans une salle proche de la porte principale (4) ou même dans l'ainwm de l'église ; mais ce ne peut être que l'école de chant. Selon Duboulay et M. Vallet de Virivilte, le mot parvis serait une preuve à l'appui de cette opinion : la place antérieure des cathédrales aurait pris son nom de parvis des

(t) 3evera et accurata erat non modo in ciaustro sed etiam in scbolis exterioribuà disciplina. (^De^wibu$ S. GaUl, Ekk^hard,, c. vu),

(2) Pour ceux qui sendei|it curieux de connaître comment étaient disposés les logis et les cours ^des écoles, ils en trouveront la description dans le plan de Tabbaye de Saint-Gall qu'a publié M. Lendir dans son Utto sur rarchitecturc monastique.

(3) Discreta etenim providenlîa tam venerabilis Stephani Par. episc. quam conventus Par. eccl. evittmdo molestiam et hiquietafionôm inferri ciaustro, concessit ut neque scholares extranei indomibusclaustri ulterius hospitarentur. {Cartul. N, D., II part, charte de 1127. Doç. inéd.)

(4) Propter porticalem ejusdem basUic^ ubi est schola. (Oipi. de 767, OzÂNAM, Eludes Germaniqties^ t. II, p. 493.)

écoles d'enfants qu'on y tenait. La philologie inodeme a démontré que ce mot est une altération de l'ancien paradisus des basiliques et n'a aucun rapport avec les écoliers.

L'aspect intérieur des classes, auditorium^ ne devait avoir rien de somptueux, si nous en jugeons par ce qui se passait encore aux xiv« et xv® siècles. Qui ne sait que les docteurs de la primitive Université de Paris laissaient leurs élèves assis sur la paille (1) pendant leui* cours, et que la rue du Fouarre ou du Foin, où ils habitaient, a pris ce nom de l'humble litière dont elle était jonchée? Le chapitre de Rouen (2) attendit jusqu'au 29 mai 1449, pour décider « que les classes seraient planchéiées, afin que les étudiants y fussent plus commodément et plu3 décemment > Les moines de Saint-Evroul qui allèrent jeter les fondements de l'Université de Cambridge (3), se tenaient sous un hsingB,r (qvx>danicondux^tohorreo), et Abélard ran^ geait ses trois mille auditeurs sur la montagne Sainte-Geneviève sans plus de frais.

On donnait le nom de lector au professeur» à cause du procédé qu'il suivait dans son enseignement. Instruire se disait alors légère. Chaque professeur écrivait sa leçon en interligne ou en marge, sur le traité de grammaire ou de théologie qu'il se proposait d'expliquer, et quand il était en présence des élèves, il se bornait à lire son manuscrit Nos bibliothèques sont remplies de traités ainsi glosés,

(1) Ghérud, IHct. des instUUUùns de la Ptanee^ art. PaiUe.

(2) Arch. de la Seme-lnf, V. da chapitre, anno ii49. ^3) Croylandi abb. Ingulfi hUtoriay 1601, Francfort.

ael<m Fexprsàsion consacrée. Un livre disposé de la sorte avait l'avantage de pouvoir remj^acer les profess^irs de talent quand ils venaient à faire défaut, et de guider ceux qui débutaient dans le professorat, H arrivait souvent que l'élève était obligé, à cause de la rareté des livres, de se servir du môme exemplaire que le professeur ; alors on écrivait les interprétations dans des volumes séparés. Quelquefois méme^ on cachait la glose en employant des caractères symboliques. Il existe, disent les Mémoires de l'Académie de Belgique (1), un grand nombre de manuscrits semblables en haut allemand.

Les élèves prenaient leurs notes sur de petites tablettes enduites de cire, et traçaient les caractères au moyen d'un stylet, en appuyant la tablette (2) sur leur genou. Quand ils étaient réunis dans leurs salles d'étude, alors ils se livraient à la rédaction (3) sur leurs cahiers de parchemin. Raban Maur nous dit qu'il se servit à Fuld, pour enseigner, des cahiers qu'il avait rédigés sous la direction (4) d'Âlcuin. Les bibliothèques d'Angleterre conservent encore les manuscrits que les étudiants anglais (5) composèreoit sous la dictée des professeurs de

(i) Mém. de V Académie royaU de BOgiquêy t. XXHI, p. m, iiHi».

(3) Duas tantum tabellas manu bigulatis scribendi officio aptissîmus fabrili opère ita connexas ut possent pateiieri non tamen disjungi quibus âcholastici dextro femoré soient uû. (Bibl. Gluniac, Vita S, Odonis,)

(3) Gœperanl aliqui audita libenter excipere et de tabellis in mem* branulis transmutare. (Bibl. impériale» F. Latin, 11275, p. 83, Smaro^dt grammatlca,}

(4) Ne vaga mens perdat cuncta dedi foliis,

Hinc qnoque nunc constant glossae parvique libeUi.

(RabatU cartnina^ t. GXn, ap. ligne.)

(5) Catalog. lib. mss, Ângliœ. Oxoni, 1697, S vol. tn-f>.

Paris. — Au xii« siècle, les livres djevinrent plus communs, grâce à l'industrie des parcheminiers, et les paresseux purent se dispenser plus librement de noter les explications du maître.

De tout temps, maîtres et élèves ont apprécié les douceurs du repos, mais nous ne saurions dire de quelle étendue étaient les vacances des écoles au moyen âge. Voici un texte qui semble au moins en fixer le commencement, ce Je ne veux pas, dit Hera: bert à Hilaire d'Orléans, que vous abandonniez « votre école avant le temps, mais que vous la diria: giez jusqu'à la Pentecôte (1), conime les maîtres « zélés et constants. i>

Il paraît d'après une bulle d'Alexandre III, qu^on commença dès le xii^ siècle à conférer des privilèges aux écoliers dans certaines grandes villes. Ainsi, à Reims, personne ne devait porter la main sur un écolier ; le magister avait seul le droit de le juger quand il était répréhensible.

Enfin le dernier détail qu'il nous soit possible de donner sur ce chapitre, se rapporte à la rétribution payée par les écoliers. « Les parants ou les seigneurs, dit Louis le Débonnaire, pourvoiront à la subsistance (2) des enfants, afin que lès nécessités de la vie ne les éloignent pas des écoles. i> Cette recommandation n'était pas inutile au ix« siècle, car les monastères et les églises, après les nombreuses

(1) Noiotamenut scholam tuam ante tempus turpiter deseras; imousque ad Pentecosten more boni et stàbilis magistri obtineas. {Ep, Heriberti ad HilariumAureLap, Duchesne, l. IV.)

(2) Parentes vel dominî singulorum de victu. vel substantia corporali unde subsistant providere studeant, ut propter rerum inopiam doctrinae studio non recédant. {Cap, de 822, ap.. Migne, t. XGVIJ.}

fepdiations dont ils avaient été victihies, n'étaient pas en mesure de nourrir beaucoup d'étudiants. -Peu à peu, leurs richesses s'accrurent pat la libéralité des princes ou des particuliers, et l'entretien devint entièrement gratuit (1) pour les indigents. Le concile de Latran représente aux églises qu'il est de leur devoir dé veiller à ce que les enfants pau^ vres ne soient pas privés du bénéfice de l'instruotion. Guillaume, abbé de Saint-Bénigne (2), ouvrit partout des écoles où les étudiants sans ressources étaient hébergés et instruits gratuitement. Ceux qui jouissaient des dons de la fortune payaient seulement les frais de leur nourriture. Diàns aucun cas, il ne fut permis de prélever une taxe dans les classes, jamais un maître ne devait vendre ses leçons. L'abbaye de Salzbourg avait inscrit sur son fronton :

« Discere si cupias, gratis, quod quaeris, habebis (3).»

Théodulfe, évêque d'Orléans, défendit à ses prêtres de recevoir autre chose que des dons volon^ taires (4). En 840, Amalric fit un legs (5) pour rétablir l'enseignement gratuit à Tours, et Charles le Chauve le confirma par un capitulaire. L'évêque de Ver-

(1) Quoniam ecclesia Dei providere tenetur ne pauperibus, qui parent um opibus juvari non possunt, legendi et proficiendi opportunitas subtrahatur... {Corpus juris can, Pithou, t, II, p. 244.)

(2) Bolland., Janv., 1. 1, p. 60.

(3) Alchuini opéra. — De via duplici ad scholam et cauponam, ap, Migne, t. CI, p. 757.

(4) Cum ergo eos docent nihil ab eis pro hac re exigant nec aliquid accipiant excepto quod eis parentes... sua voluntate oblulerint. (Labbei concilia, t. VII, p. 1140.)

(5) Nec meritum recompensalionis quaerant aut exigant nisi quod sponte oblatum fuerit. (Cap. de scholis S. Martini. Thés, anecd, D. Martène, t.I.)

çeil^ Atton, répéta dans^ son diocèse, mol pom imA., la dépii^n de Tbéodulfe. Toucha pa? h tole^t ou le dévoiwjaent de leurs maîtres, les élèves témoignaient souvent leur reconnaissance par d- abondantes offrandes. Quand Sigebert revint dans son monastère de Gembly, après un long professorat, il consacra au service de l'Église, dît là chronique, tout ce qu'il avait acquis delà libéralité volontaire de ses disciples. Lanfranc (1) reçut des dons assez considérables pour construire le monastère du Bec ; et OdoB de Tournai, parmi de nombreux présents, trouva un anneau d*or (2). On cite bien quelques mercenaires qui vendaient leur science au poids de l'or, ou couraient au loin chercher fortune, mais le soin que les historiens ont pris de les signaler au mépris public, prouve qu'ils faisaient exception.

(1) Quœ acquisierat voluntaria liberalitate eorum quos instruxerat. (j}e gestis abbat, Gembly spicileg. d'A^îhery, t. II.)

(2) Gum plarima ei darentur unus inter caeteros annulum ei dédit aureum. (Gesla abb. S. Mart. Torn,, Spicileg., t. U.)

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