‹ Les écoles épiscopales et monastiques en Occident avant les universités (768-1180)Chapitre 30 sur 51 · LK LV · texte numérisé non relu

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Gerbert (2) fit encore avancer la musique d'un pas de plus, en apprenant à ses élèves la génération des sons sur le monocorde , c'est-à-dire la manière de pincer une corde aux distances nécessaires pour en obtenir les divers tons de la gamme (3) .

(1) Orderic Vital, t. 11, p. 96.

(2) Richcr, 1. 111, c. xlîx.

(3) Litterae vel notae quibus musici utuntar, in linea quaeest sub chorda per ordinem posilae sunt,dumque modulus inler lineam chordamque dccurrit per casdem curtando vel clongando, chorda omnem cantum mirabiliter lacit etdumpueris per ipsas littcras aliqua notatur antiphona, faciliuset melius a chorda discunt quam si ab hominc illam audirent, et post pauco-

Chaque syllabe était surmontée d'un chiffre ou d'une lettre qui correspondait à une division du monocorde, et, dès que l'élève était embarrassé, il lui était facile de prendre le ton sans le secours de personne. Odon de Gluny dit que par ce moyen, il enseigna aux enfants en trois ou quatre jours, à chanter un office sans faute, ce que les chantres ordinaires ne pouvaient faire après cinquante ans d'étude. Cependant le chant n'atteignit le dernier degré de perfection que le jour où le moine Guy d'Arezzo fit connaître les avantages dé la portée musicale à quatre lignes et des sept notes ut^ ré, mi, fa, sol^ la, sL Cette utile réforme se répandit rapidement dans toute la France, et les vieillards furent stupéfaits (1), disent les chroniqueurs, en entendant les enfants chanter à première vue, les offices qu'ils n'avaient jamais appris. On comprend aisément qu'avec des méthodes aussi imparfaites, la symphonie soit restée longtemps à l'état rudimentaire, les combinaisons harmoniques ne pouvaient guère dépasser l'emploi simultané de la quarte et de la quinte.

Le miisicifcs n'avait aucune relation avec le préchantre ; son domaine se renfermait dans la métaphysique de la musique. Il était chargé d'exposer les rapports de la musique avec l'arithmétique, l'harmonie des astres, et les lois de l'acoustique. Le

rum mensuum tempus exercitati, ablata chorda, solo visu indubitanler proferiinl quod nunquam audierunl. (Oot)nis dialogus de musica apud Gerbertum, scriptores de musica, m-i», 1. 1, i). 253.)

(i) Slupentibusquc scn'oribus facicbat illos solo visu subito caularc tacitaarte magistra, quod nunquam auditu didiccrant. {Cliron. S. Trudo- Nis, 1. VIII, d'Achery spicileg., l. 11.)

vrai musicien devait savoir les sons, leurs intervalles, leurs proportions, leurs consonnances, leurs genres, leurs modes, leurs systèmes. Cette science était en aussi grande estime au moyen âge que chez les anciens ; il n'est pas d'homme remarquable qui n'en ait fait une étude particulière. On la louait comme un exercice propre à former l'esprit, et favorable à la piété par le concours qu'elle prête à la pompe des cérémonies religieuses. Boëce assure qu'elle est une des quatre sciences sans le secours desquelles on ne peut arriver à la vérité ; et saint Isidore dit qu'il est aussi honteux d'ignorer la musique que de ne pas savoir lire, car, sans elle, nulle science ne peut être parfaite (1). Douées d'une imagination avide de rêveries et de merveilleux, les générations du moyen âge s'adonnaient avec passion à une étude qui leur ouvrait de vastes horizons mystiques. Elles considéraient, comme Cicéron dans le songe de Scipion, l'harmonie qui résulte de l'ordre du monde et du mouvement des saisons, et celle qui préside à l'union des parties de l'âme avec le corps. On croyait parfaire la grammaire et la rhétorique, en apprenant la musique ; le littérateur y puisait la manière d'agencer ses périodes en cadence, et l'orateur, le ton de* voix qui convient aux diverses parties du discours. Toutes ces idées empruntées à l'antiquité par Boëce, Donat, et le Vénérable Bède, furent reproduites du ix° au xni^ siècle, par Alcuin, Odon de Gluny, Notker, Réginon de Prum et quelques autres écolâtre^.

(1) Sine musica nulla disciplina polcslcssc pcrfccla. (S. Isiuonis, oririincs,\,]U,c. \yni.)

Théologie,

Ceux qui ont enseigné la théologie avant le xf siècle, se sont bornés k puiser dans l'Ecriture sainte ou les Pères de l'Eglise les textes qui leur paraissaient les mieux appropriés à leur thèse. L'autorité seule passait pour le meilleur guide; rarement on invoquait le secours de la raison. Il y avait dans ce procédé peu de curiosité et d'invention sans doute, mais une haute estime des anciens. Ainsi, les traités théologiques de Bède, de Rg-ban Maur et des autres écolâtres, ne sont pas autre chose que des compilations de textes empruntés à l'Ecriture sainte ou aux Pères de l'Eglise des six premiers siècles. Le meilleur théologien ne savait rien de plus, quand il avait expliqué le sens littéral, allégorique et moral d'un passage de l'Evangile.

Au XI® siècle , lorsque les esprits se furent aiguisés et subtilisés dans la lutte contre les hérétiques, on trouva trop simple cette méthode positive. Lanfranc et Anselme du Bec l'abandonnèrent les premiers et montrèrent par leur victoire sur Bérenger l'avantage que la théologie pouvait retirer de la démonstration. Dès lors, l'étude de la religion devint cette science difficile qu'on est convenu d'appeler scolastique, ou l'union de la théologie avec Aristote. Désormais, on ne traita plus aucun sujet sans procéder par axiomes, propositions et corollaires. Comme à chaque époque de renouvellement, on ne sut pas éviter les travers et les abus. Tandis

que les uns par la clarté de leurs définitions, la sobriété de leurs raisonnements, et la netteté de leurs décisions dégageaient la vérité des voiles du langage, ou se renfermaient dans les données de Ja tradition; d'autres, plus hardis et trop confiants dans leurs propres forces, se jetaient à corps perdu dans la dialectique et multipliaient les questions à force de les distinguer. Quelques théologiens ne voyant que les excès, se déclarèrent les champions du passé, et voulurent substituer à la logique le procédé de l'intuition soutenu par la tradition. Pierre Lombard, entre autres, ramassa dans les anciens docteurs les passages les plus précis sur les questions qui s'agitaient alors dans les écoles, et en forma un corps de décisions nettes , afin de ramener tous les esprits à l'uniformité de doctrine. Mais le courant qui emportait alors les étudiants vers la scolastique était irrésistible, et toutes les protestations furent inutiles. De même que dans un autre temps les idées s'appliqueront aux grands problèmes de la vie sociale, ainsi, aux xii^ et xnr siècles, toutes les forces du raisonnement se livrèrent aux spéculations de la vie future. Nous ne sommes pas de ceux qui seraient tentés de voir là un entraînement regrettable. Loin de regarder ce règne absolu et exclusif de la théologie comme une époque perdue pour l'intelligence humaine, nous croyons au contraire, avec M. Villemain, que cette occupation toute métaphysique était favorable à l'élévation et à l'originalité do la pensée.

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