REYUE DES ÉCOLES DU IX* SIÈCLE
MÉTROPOLE Le monastère de Saint -Martin de Tours occupa TOURS. ^^ premier rang, au moins aussi longtemps qu'il eut
s Martin. Tiusigne avantage de servir de retraite à maître Al- ' cuin. Loin de se retrancher dans l'inaction et de jouir en paix du repos qu'il avait si légitimement conquis, l'ancien écolâtre du palais consentit encore à consacrer le peu de forces qui lui restaient à former de nouveaux disciples. « Votre Flaccus, « écrit-il à Gharlemagne (1), pour se conformer à vos <3C exhortations et à vos désirs, s'efforce, dans l'asile c( de Saint-Martin de Tours, de distribuer aux uns « le miel des Saintes Écritures et d'enivrer les au-
(1) Ego vero Flaccus vester secundum exhortationem clbonam volunla- Icm vesiram, aliis per lexta sancli Martini sanclarum mcila scripturarum ministrare satago, alios velere antiquarum disciplinarum moro inebriare studeo, alios grammalicae subtilitalis eiiutrire pomis incipiam : quosdam stellarum orrtine ceu picio cujuslibet magnae domus culmine illumiuare geslio, plurima plurimis factus, ul plurimos adprofecium sanctae Dei Ecclesiae et ad decorem imperialis regni vestri erudiam, ne sit vacua Dei omnipotentis in me gralia nec vestrse bonilatis largitio inanis. — « Mane florenlibus perselalem sludiis seminavi in Britannia, nunc vero frigesccnle sanguine quasi vespere in Francia seminare non cesso. » {Ep. XXXVIII. Alcuini opéra.)
« très du breuvage généreux des lettres anciennes; « de nourrir ceux-ci des fruits de la grammaire^ et « d'émerveiller ceux-là par les splendeurs des astres « en comparant leur tableau aux peintures qui or- « nent le dôme des palais. € Enfin, je me fais tout « à tous, afin de multiplier les hommes de savoir « pour la prospérité de l'Église et l'ornement de (( votre règne; et aussi de peur que vos bontés et « les largesses que la munificence divine m'a dé- (( parties restent en moi infructueux. Au matin de « ma vie, j'ai travaillé au progrès des lettres dans « la Grande-Bretagne, maintenant que mon sang, (( presque glacé, m'annonce le soir de mon existence, « je ne cesse pas de poursuivre mon œuvre en « France. y> C'est à son auditoire, en effet, qu'on venait terminer ses études sur le trivium et le quadrivium sans compter les distances ni les obstacles, de tous les points de l'Orient et de l'Occident; aussi n'est-il pas d'école monastique ou épiscopale qui ne soit redevable de sa résurrection à ce noble missionnaire de la science dont l'ardeur ne s'est éteinte que dans le tombeau.
Imitateurs de son zèle, mais non de son désintéressement, quelques-uns de ses successeurs changèrent leur ministère en un commerce indigne, en prélevant une taxe sur leurs écoliers. Pour mettre fin à cet abus, qu'il estimait avec raison détestable (1), Amalaric fit une donation, en 843, de plu-
(1) Licet hsec abominabilis predecessorum meorufn lemporibus increverit consuetudo per consensum lam clericorum quam laïcorum unanimem, congregalioni B. Martini conqedo rcs omncs supcrius nominalas, {Thés, anecd., D. Martène,!. I, anno 813.)
sieurs biens-fonds, dont les revenus furent affectés à l'entretien d'écoles gratuites.
L'heureuse et féconde impulsion que l'abbaye de Saint-Martin de Tours communiqua au loin par ses disciples, fut entravée subitement en 853 par l'irruption des Normands, et ne put reprendre son cours que le jour où Hervé, élève d'Abbon, reconstruisit (1) le monastère à la fin du x® siècle. De peur que cette interruption ne devînt funeste au diocèse, l'archevêque Hérard s'efforça d'en atténuer (2) au moins les effets, en rappelant à tousses prêtres l'obligation d'entretenir, suivant leurs ressources, de petites écoles et des livres corrects. Diocèse Le diocèse du Mans fut gouverné successivement du Mans. ^^^ dcux.prélats de grand mérite, l'évêque Aldric (3), ancien écolâtre de l'église de Metz, et son successeur Robert, qui ne lui fut inférieur en aucune connaissance. ^
C'est en vain que nous avons cherché à découvrir la trace des établissements scolaires fondés dans les diocèses de la Bretagne. Isolé du reste du royaume autant par son humeur que par sa situation géographique, ce pays semble n'avoir pris aucune part au mouvement rénovateur. Nous ne le verrons sortir de son indifférence que vers la fin du xi^ siècle. MÉTROPOLE Cette province est aussi une de celles qui sont les plus redevables au prosélytisme anglo-saxon. Dès