DB MAYENCE
(1) Mabillonis analecla, t. II, p. 271, in-12.
(2) Baluze, capit, r^gum, 1. 1, 1288.
(3) In scholis vero in quibus jam magister eral constitutus, sapienter multos et innumerabiles in supradiclis arlibus erudiens magnum lucrum in Dei Ecclesia facere meruit. (Vita Aldrici, cœnom. ep., ap. Miscellanca BALUZIIjt. I, p.l9.)
le milieu du viir siècle, saint Boniface, le grand apôtre de la Germanie, signala son passage dans ces contrées sauvages par de nombreuses conversions au catholicisme et par la fondation de plusieui's abbayes. Et comme la foi et le savoir étaient pour lui inséparables, il ne dédaigna pas de se faire grammairien, de compulser les écrits de Donat, de Gharisius, afin d'apprendre aux clercs germains à balbutier au moins les éléments de la langue latine. Ses efforts, soutenus par une activité sans relâche, créèrent des merveilles, et, quand arriva la renaissance de Charlemagne, le champ était défriché.
Après sa mort, celui qui entretint avec le plus fuiu. d'ardeur le feu sacré qu'il avait allumé, est Raban Maur(l), l'illustre interprète des Saintes Écritures. Ge moine de l'abbaye de Fuld, à l'âge de dix-huit ans, était déjà l'égal de tous les maîtres qu'on avait .mis à sa disposition. Son esprit, toujours avide, le sollicitant vers de nouvelles conquêtes, il résolut de s'exiler au moins quelques années pour acquérir (2) les connaissances que son monastère ne pouvait lui procurer. Il alla se jeter aux pieds de l'abbé, dont il connaissait les dispositions à son égard , et obtint par ses supplications la permission de se rendre à l'école publique de Saint-Martin de Tours. Là, Raban Maur recueillit avec soin les leçons de maître
(1) Nulla veroper id tempus celebrior acadcmia fuit quam Fuldensis, Rabano preceplore. (Mab., Acta SS. 0. B., IV, s.-préface.)
(2) Jamque omncs depulatos sibi doctores atque raagistros vel aequassel, vel etiam superasset eruditione et doclrina, nec lamen in his ad quae discendo pervcnerat, posset esse contenlus. {Vita h, Magnetilû, Boll. Février, 1. 1.)
Alcuin, et, après six années d'assiduité, il devint capable de disserter sur les parties du trivium et du quadravium aussi bien que sur la médecine et la théologie. Ses vœux étaient comblés. Il reprit le chemin de Fuld, et, à son retour, l'abbé Rutgaire lui confia la direction de l'école publique en lui ordonnant de suivre la méthode de Tours (1).
Quand le bruit de cet enseignement se fut répandu en Allemagne, plusieurs abbés envoyèrent des religieux à Fuld, ou fondèrent des écoles en attirant des disciples de Raban. La renommée de Fuld, grandissant tous les jours, on vit accourir dans ses murs, non- seulement des moines étrangers, mais des enfants de famille noble. On y allait puiser tout à la fois les principes de la science et de la vertu: « Applique-toi aux exercices littéraires (2), dit Egin- «' hard à son fils, alors novice de Fuld, et cherche « à acquérir, autant que tu le pourras, le savoir de ce an professeur dont les leçons sont si claires, si sub- € stantielles ; mais imite surtout les mœurs pures qui (( le distinguent, car les arts libéraux sont vains et « nuisibles s'ils ne reposent sur une sage conduite. y>
Gomme dans beaucoup de monastères on réserva une école intérieure, pour les moines, et une extérieure (3), pour les étrangers, afin de ne pas troubler la solitude du cloître. Ceux dont l'esprit était trop ingrat s'occupaient à copier les manuscrits
(i) Monachorum scholae preficilur, et eum docendi modum quem ab Albino didiceral, etiam apud Fuldenses inviolabilem servare jubetur. [Rhabani vita. Trilh. hemio auctore.)
(2) ActaSS, 0. J5., IV, s.-préface.
(3) Utrasque scholas moderabanlur viri pietalc ac docirina insignes Shannat. {Hist. Fuldensis, c. vi.)
en beaux caractères, à relier magnifiquement les cahiers de parchemin, ou à enluminer de vives couleurs la tête des chapitres. D'autres s'adonnaient aux miniatures, à la sculpture, à la ciselure ou à l'orfèvrerie. Enfin, chacun contribuait de son mieux à la gloire ou à l'ornement de la communauté. La prospérité de Fuld s'étendit rapidement aux contrées voisines, et nous ne pouvons donner une plus juste idée de son influence qu'en nommant ses principaux disciples; ce sont: Walafrid Strâbon, écolâtre de Fuld et de Reichnaw ; Candide, écolâtre de Fuld; Bernard, abbé d'Hirsfeld; Ludbert, abbé d'Hirsauge; Hildulf, écolâtre d'Hirsauge; Charles, archevêque de Mayence; Alfred, évêque d'Hildesheim; Haimon, évêque d'Alberstad; Loup de Ferrières; Fréculf, évêque de Lizieux,tous distingués par leur savoir et appelés par leur rang à perpétuer les traditions du maître. Le siège archiépiscopal de Mayence étant devenu vacant, tous les regards se tournèrent vers le grand docteur de Fuld, et Raban fut élu archevêque. Cette haute dignité ne fut pour lui qu'un moyen de plus de favoriser la renaissance des lettres, et jamais il n'oublia dans les grandeurs sa première condition d'écolâtre. Raban Maur a donc joué un grand rôle dans l'éducation des races germaniques, autant par lui-même que par ses élèves, et nous dirons avec son biographe Trithème : (c Toutes les générations de l'Allemagne « doivent publier éternellement les louanges de a: Raban, car il leur a appris le premier à articu- (n 1er des sons grecs et latins. :s> A l'abbaye Saint-Alban-lez-Mayence, les écôlâ- saim-Aiban.
Diocèse (le Spire.
Hirsauge.
très se succédaient presque sans interruption. C'était le moine Probus, que ses contemporains nous représentent occupé sans cesse à la lecture de Cicéron et de Virgile; c'était Altwin qui invoquait parfois le secours de Loup de Ferrières dans les difficultés de la grammaire; c'était Rupert que ses prédilections pour les auteurs grecs ont fait surnommer l'helléniste (1).
seiigenstad. L'abbaye de Seligenstad, dirigée par l'historien Eginhard, avait un scriptormm bien pourvu d'enlumineurs et de copistes, où Loup de Ferrières (2) faisait copier les ouvrages dont il enrichissait sa bibliothèque.
En 830, une colonie da rehgieux sortit de Fuld, et alla fonder l'abbaye d'Hirsauge, au diocèse de Spire. Si nous en jugeons par les éloges pompeux (3) que Trithème décerne dans sa chronique aux écolâtres Hildulfe, Ruthard, Reginbod, Richbodon, et Harderard, ce fut une nouvelle pépinière de savants cénobites.
La Suisse est redevable de la fondation de Saint- Gall à ces moines irlandais qui descendirent au \if siècle sur les côtes de Flandre, et se portèrent de là jusques à la chaîne des Apennins. Les manuscrits scottice scripti, conservés (4) dans la bibliothèque de l'abbaye et datés du vn^ siècle, montrent que les bagages de route de ces missionnaires n'étaient pas entièrement matériels. Cependant les
(1) Grèce et latine peritus Trilhemc. {Chron, Hirsaugiœ, anno 892.)
(2) Ep. IX.
(3) Lutbertus abbas fuit.... non ultimus inter duodecim cruditissimos fuldensis cœnobii praecipuos doclores [Chron, Hirsaugiœ^ anno 838.)
(4) HisU de la bibliothèque de S, GaU,. Weidmann, 1841, in-8o.
Diocèse de Constance.
Saint-Gali.
écoles ne se firent remarquer (1) que sous l'abbé Grimald, en 841. Organisées sur le même plan que celles de Fuld, Tune était à l'intérieur (2), l'autre à l'extérieur. On ne peut douter de la supériorité des leçons qu'y professaient Marcellus et Ison, quand on sait que Notker le Bègue, traducteur d'Aristote, et Hartmann, versé dans les langues grecque, arabe et hébraïque, étaient leurs disciples. Tutilon (3), qu'on avait chargé de répandre le goût des beaux-arts, réunissait une variété de connaissances prodigieuse pour son temps. Il étaiit tout à la fois peintre, poëte, orateur, musicien et ciseleur. Au dire d'Ekkehard, il savait se servir de plusieurs instruments (4) avec tant de talent, que les familles nobles envoyaient leurs enfants à son école. Salomon, évêque de Constance et grand chancelier de Louis le Germanique, avait conservé un excellent souvenir de son séjour à Saint-Gall; il faisait de fréquentes visites aux amis qu'il y avait laissés. Gomme il se disposait un jour à prendre congé d'eux, il passa devant les classes et en ouvrit la porte, pour voir comment elleè étaient tenues. D'après un droit reconnu, les écoliers s'emparèrent du visi-
(1) Schola sangallensis seculo polissimum nono sub Grimaido florere cœpil. (Hisl. rei Utt. Ziegelbauer, l.l.)
(2) Traduntur Marcello scholae claustri cum B. Notkero et caeleris monachici habitûs pueris; exteriores vero, id est canonicae, Isoni. (Vita Notkeri Ekkehardo auctore Bolland. Acia SS., avril, 1. 1, p. S82.)
(3) Harlmannus peritus Grecae linguae, Lalinae, Hebraïcae et Arabie», c. XXII. Tulilo pictor, poeta, orator, musicus, ava^XoTUTTiç. (C. xxiv, Mezler, de viris illusl., ap. D. Pez., Thés, anecd., 1. 1, 3* partie.)
(4) In omni génère fidium et instrumentorum prae omnibus, nam et filios nobilium in loco ab abbate destinato fidibus edocuit. {De casibus S. Gain, c. III. Pertz, t. III, mon, Gernu)
leur(l) et le forcèrent par leurs instances à monter dans la chaire du maître. Alors ils lui demandèrent la permission de payer leur tribut ordinaire et se mirent à réciter tous, suivant leur âge, des morceaux de vers et de proses. Heureux de voir les études aussi florissantes que de son temps, il parcourut les rangs en embrassant tous les élèves, et promit, en s'éloignant, de payer aussi sa dette. Après en avoir délibéré avec les premiers Pères, il décréta que trois fois par an ils mangeraient de la viande et que chacun aurait trois plats et de la boisson {de curia abbatis) de la mense abbatiale.
Ce qui fait surtout honneur aux moines de Saint- Gall, c'est que Tamour des livres (2) était porté chez eux à un très-haut degré. Beaucoup de personnes prévenues contre le monachisme seront sans doute étonnées si on leur apprend que la bibliothèque de Saint-Gall comptait déjà au ix® siècle quatre cents volumes catalogués. On aurait en vain parcouru l'Europe et visité la cour de Gharlemagne pour en trouver autant.
Reichnaw. Reichuaw uous offrc une série d'écolàtres (3) non moins remarquables que les monastères précédents. L'abbé Heito, venu après des prédécesseurs illustres, sut encore donner du relief à l'école de l'abbaye en y soutenant également la culture des sciences et des arts. Les fils des princes, des ducs,
(1) Ziegeibauer, hist. rei HUeranœ, schoia sangali., 1. 1.
(2) HisL de la BibL de S. Gall, Yeidmann.
(3) Heilo scholam Âugienscm ad altissimum arlium scienliarumque omnium culmen promovil ita ut undique magnorum filii.... couvolârunt... (De viris illust, AugiaSy c. v, Mezler, ibid,)
des comtes, s'empressaient de solliciter la faveur d'assister aux leçons, afin de devenir capables de gouverner un évêché ou un duché. Deux de ses élèves (1), Wettin et Erlebald, à l'exemple de Raban Maur, partirent à Saint -Martin de Tours, et firent tant de progrès dans les sciences philosophiques et sacrées, qu'ils n'avaient pas de rivaux en revenant à Reichnaw. Le moine Kérard, par son recueil de synonymes, Walafrid-Strabon, par son traité d'arithmétique, attestent que l'enseignement ne subit pas d'échec sous leur direction. Nous pourrions encore citer, comme autant d'indices favorables, les noms de plus de trente littérateurs qu'a publiés D. PeZj si nous ne craignions de pousser trop loin nos excursions en Germanie.
L'Allemagne et la Suisse ne sont pas cependant métropole les seules contrées qui aient recueilli les fruits des J^^ leçons de Raban Maur. En 830, Servat-Loup (2), Ferricres. moine de Ferrières en Gâtinais, après avoir étudié la grammaire, la rhétorique et le quadrivium, fut envoyé à Fuld par son abbé, afin de s'y former aux spéculations de la théologie, et vint redire, en 836, à ses compatriotes de la province de Sens, les sublimes commentaires du disciple d'Alcuin. On ne pouvait choisir un meilleur interprète des grands maîtres et un humaniste plus passionné. c( J'ai toujours eu un vif amour des lettres, nous
(1) Ambo ad majorem in artibus liberalibus scienliam acquirendam ad Alcuinum missi sunt: quo doctore in rébus philosophicis sacrisque lilleris lantam sibi doctrinam compararunt, ut ingénia superarent omnia in Augiam reversi [Ibid.)
(2) Etudes sur les lettres de Servat-Loup, par M. Nicolas, in-8o, Clermont- Fcrrand, 1861.
(( dit-il lui-même, et maintenant, encore, j'y con- « sacre un soin (1) que bien des gens appelleraient (c superstitieux. :s> En effet, au milieu de la barbarie de son temps, Servat-Loup fut assez sage pour rechercher la science sans se soucier des honneurs qu'elle procure, avec une constance qui ne se laissait jamais abattre. La rareté des livres et la difficulté de s'en procurer étant un grand obstacle à l'épanouissement de la vie littéraire, il assaillait d'instances tous ceux qu'il croyait capables de lui en fournir. Tout en parcourant avec ses élèves le cercle de toutes les connaissances divines et humaines, il n'oubliait pas les intérêts plus élevés de sa patrie, et composait un abrégé de l'histoire romaine (2) où il proposait surtout à l'admiration de Charles le Chauve, les actions de Théodose et de Trajan. Devenu abbé, il poussa la sollicitude jusqu'à envoyer son neveu (3), accompagné de deux enfants, au monastère de Prum, voulant qu'après y avoir appris l'allemand, ils fussent capables d'enseigner cette langue à Ferrières. Enfin, son caractère et sa science théologique lui attirèrent tant d'estime que, pendant vingt-deux ans, il fut en quelque sorte l'interprète obligé des décisions des évêques et le conseiller intime de tous les hauts personnages de l'Empire.
(1) Lupi Ferrariensis ep. /.
(2) Maxime autem Trajanum et Theodosium suggero contemplandoâ quia ex eorum actibus multa poterilis ad imitandum assumere. [introd, ad vitas imperalorum. Miî?ne, t. CXIX.)
(3) Nepotem meum et cum co duo alios nobiles puerulos, quando, si Deus vull, nosiro monasterio profuturos, propter germanicae linguae nanciscendam scienliam vcslrae sauclilati mitlere cupio. {Ep. XCly ihid.)
Heiric, moine de Saint-Germain-d'Auxerre, le ^"«^ panégyriste de Charles le Chauve, dont les ouvrages accusent (1) une connaissance passable des bons auteurs et même de la langue grecque, avait eu Servat-Loup pour précepteur. Les leçons qu'il professa eurent un tel retentissement, que Charles le Chauve lui envoya son fils Lothaire. Hugues, fils du comte Heribert (2), passa quinze années dans ce monastère avant de monter sur le siège de Laon. On ne fait pas moins d'éloges des pontifes du diocèse. Héribald, évêque d'Auxerre, aimait les sciences sacrées et profanes, et en favorisait le développement en attirant à lui les professeurs en renom (3). Son successeur, Hérifrid, inspirait une si grande vénération aux écoliers, qu'ils s'empressaient tous les matins de venir recevoir sa bénédiction ou au moins de le voir, tant ils étaient assurés par expérience que cet avantage les préserverait de la correction scolastique.
Si Paris n'eut pas le privilège de posséder l'école métropole Palatine sous Charles le Chauve, il est au moins certain qu'à la fin du ix« siècle une chaire d'enseignement y était étabUe. Saint Odon deCluny (4), après avoir appris la grammaire au monastère de Saint- Ci) ActaSS. 0. B. Mab., sec. V, p. 323.
(2) Hugo filius Heriberli comitis.... annis qi^indecim quos Autissiodori commorans egeral lilterarum studiis occupatus. (HisL rem. eccL^ Flodoard, 1. IV, c. xxviii.)
(3) L'abbé Lebœuf, Mém, sur VhisL eccL et civile de la ville d'Auxerre 1. 1, 829-909.
(4) Apud Parisium dialectica musicaque a Rcmigio doctissîmo viro est instructus.... ibique dialecticam S. Augustini Deodato missam perlegit et Martianum in liberalibus artibus fréquenter lectîtavit. ifiibL cluniaccnsis, 1.1.)
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