INTRODUCTION XXI
ments généraux, et de chercher à esquisser ainsi, en quelques pages, le portrait intellectuel de nos ancêtres d'après celui de plusieurs d'entr' eux pris dans leurs œuvres et dans leurs actes ; les principaux traits de leur caractère étaient les tendances factieuses (1), mais en même temps respectueuses du serment ou de la parole donnée (2), le patriotisme (3), la probité (4), l'impétuosité (5), associés à une crédulité qui devait forcément engendrer les superstitions, à une imprévoyance, une légèreté, une inconstance (6), une insouciance, qui maintes fois leur firent perdre le bénéfice des succès les plus chèrement achetés. Cette digression, si c'en est une, aura du moins pour résultat, en dehors même du souvenir donné aux maîtres issus delà Gaule, de faire connaître l'esprit qui leur fut propre et qui est resté, avec ses défauts, comme avec ses qualités, notre esprit national.
Il est entendu que, dans un pareil tableau, il n'y a pas à tenir compte de Tidiôme dans lequel les rhéteurs, les grammairiens, les poètes, les savants que je citerai ont exprimé leur pensée. C'est, en effet, une page d'histoire littéraire et il ne faut pas confondre l'histoire
(1) César, de belL gall. lib. VI, c. XI.
(2) Id., lib. I, c. XXXI.
(8) Id., lib. V, c. XVIÏI.
(4) Id., lib. V, c. XVU.
(;s) Sext. Jul. FroQto, lib. H.
(6) SiliuB ItalicuB, lib. Vlll.
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littéraire d'un peuple qui est l'histoire de ce peuple, envisagée au point de vue de son goût, de ses inspirations, de son caractère littéraire, comme elle peut l'être d'autre part au point de vue politique, avec l'histoire de son langage, de sa littérature, qui est surtout celle de la forme employée pour traduire ses pensées (1). Je devais faire cette remarque, au moment de traiter de français des ouvrages étrangers, grecs ou latins ; et la distinction que je fais n'est pas vaine, car elle seule peut aider à répondre à cette double et intéressante question dont la solution est nécessaire pour justifier mon raisonnement et mes appréciations: où commence la littérature d'une nation, où commence son histoire
littéraire? Or, la première commence avec la langue particulière, propre de cette cation seulement, la seconde, non plus avec sa langue dont elle n'attend pas la formation, mais avec sa pensée, avec son génie, avec elle-même, pourvu qu'elle exprime ce qu'elle pense et que ce qu'elle pense lui soit propre. Sans cela, en effet, quel nom donner à ces époques lointaines où elle est encore dans l'enfance, et où, au lendemain de
(1) Je m*explique : Qu*uq livre soit écrit par ua Français, empreint de Tesprit français, mais déguisé sous la forme latine, à quelle histoire littéraire appartiendra -t-il T Assurément à celle de la France, et cependant les historiens de la langue ou de la littérature française, en s'en emparant, empiéteraient certainement sur le domaine des lettres latines. L'extrauéité du langage suftit, en un mot, pour déclasser dans l'histoire de la littérature ; elle ne change rien dans l'histoire littéraire.