‹ Les écoles et collèges en provence depuis les temps les plus reculés jusqu'en 1789Chapitre 13 sur 49 · INTRODUCTION XXIII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXIII

sa naissance, ne sachant que bégayer, elle n'a plus le langage de celle qu'elle remplace et n'a pas encore le sien (1)?

Partant de cette donnée qui éloigne et obscurcit singulièrement nos origines, il n'est pas aisé, on le

(1) 1^ preuve qu*il ne faut pas tenir compte, pour connaître rorigioe iulellectuelle d'un peuple, de la langue sous laquelle est traduite Tidée se trouve dans ce fait que, jusqu'au xui* siècle, la France n'eut d'autre idiome que celui du vainqueur, devenu à son tour le vaincu. La France ne daterait-elle donc que de cette époque? Il y a longtemps qu*elle existait avec son génie, qui ne s'est jamais démenti. Pour l'établir, il suffit de celle judicieuse observation d'un des plus ingénieux historiens de notre littérature, M. Nisard, que le caractère commun des écrits dans le commencemment de notre langue est Timitation, non du latin littéraire^ mais du latin parlé, observation justifiée par Tusage de l'inversion et la rencontre à chaque pas d'une quantité de mots corrompus. Là, il n'y a certes pas à se tromper : la forme n'est rien et la pensée est seule à considérer. Or, n'est-elle pas la même que celle qui reparaîtra des siècles plus tard vêtue de cet admirable langage resté le type de la langue française à son apogée ? Des exemples de cette vérité? ils abondent, mais, si l'on en veut un frappant, qu'on se reporte à un historien auquel j'aurai certainement à faire quelque emprunt, au dominicain Et. de Bourbon, qui écrivait au xiii* siècle. Voici ce qu'eu dit son savant éditeur et ce qu'on ne saurait contester : a Quant au style de notre religieux, il est des plus mauvais, l'on n'en saurait disconvenir. Etienne parle français en latin ; sa phrase latine est un véritable calque de la phrase française correspondante, à tel point que, lorsque son texte offre une obscurité quelconque, il suffit généralement, pour la dissiper, de faire ce qu'on appelle une traduction mot à mot. Les puristes qualifieraient ce langage de barbare, ceux qui sont familiarisés avec les écrits du bas moyen-âge se contenteraient d'y voir une nouvelle preuve de ce fait, que le Français régnait en maître au xiu* siècle, et que, pour les clercs eux-mêmes, la langue latine était une langue artificielle, apprise dans les écoles, un simple masque appliqué par un reste de pudeur, et sans aucun apprêt, sur Tidiome rustique de la veille, devenu « le parler le plus delittable » du jour. Non seulement les mots, mai s les tournures, les constructions employées par Etienne sont essentiellement françaises : c'est la phrase courte et hachée des dialectes modernes. » Bien des siècles avant Etienne de Bourbon, il en était ainsi déjà en Gaule, et si on y écrivait, si on s'y exprimait en grec ou en latin en bon helléniste, en meilleur latiniste, on n'y pensait pas rooinsy on n'y agissait pas moins en français.

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