XXXII INTRODUCTION
OÙ l'éloquence était complètement perdue pour Rome; à côté d'eux brillaient des poètes, des historiens, dont les noms sont parvenus jusqu'à nous avec quelques ouvrages. La Gaule était florissante. Mais passons avec respect, sans nous y arrêter, devant cette nouvelle époque. Au ii* siècle, un fait immense se prépare, qui va tout dominer et la rend bien autrement remarquable, le christianisme va luire ; saint Irénée, originaire de Grèce, mais qui fut évêque de Lyon, a surgi, et, cherchant à le transplanter, commence avec son compatriote et son disciple saint Hippolyte, la série glorieuse de ces écrits qui, jusqu'à Bossuet, doivent occuper une si large place dans notre littérature (1).
Le troisième siècle, peu fécond d'ailleurs, fut, au contraire, tout païen et ne vit naître aucun monument littéraire chrétien. La discussion entre les successeurs de saint Irénée et de saint Hippolyte porta en-
(1) Voici, résumé en quelques lignes très précises, le mouvement qui commença alors à se manifester : « A côté de la littérature païenne, belle encore malgré ses défauts, grandissait une littérature populaire, différente de formes, dMnspiration et d*ayenir. Ce sont les légendes et les actes des martyrs. Rien de plus touchant que ces récits naïfs, recueillis par des témoins oculaires et parfois interrompus par Tappel du bourreau. Le christianisme naissant ne se contentait pas de protester par ces pieux récits contre la persécution. Sous des noms nouveaux, les pères de l'Eglise gauloise agitèrent les grands problèmes de la philonophie et de la science. La prédication devint l'instrument principal de leurs théories, et dès lors la Gaule exerça dans le monde l'influence morale qu'elle a depuis toujours conservé. » Gaffarel, Notice historique sur la Bourgogne, p. 19.
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tièrement sur les hérésies, les schismes, les divisions, celles des Novatiens surtout, et, après eux, des Donatistes. Jusqu'à saint Ambroise, fils du préfet des Gaules, l'un des plus illustres pères de l'Eglise, qui, de simple catéchumène , fut choisi pour évêque par le peuple de Milan, il ne se présente aucun nom.
« L'ancien monde littéraire du paganisme en face du nouveau monde chrétien, la mythologie en présence de la religion, la rhétorique aux prises avec révangile, tel est, dit J.-J. Ampère que j'ai avec fruit consulté, le spectacle grand dans son ensemble et curieux dans ses détails, qu'offre la littérature latine du VI* siècle. Telle est l'opposition que représentent mieux que personne deux hommes éminents de la Gaule, Ausone et saint Paulin. » A côté des propagateurs de la foi chrétienne se fondaient en effet de nombreuses écoles, où couraient s'agiter une foule de grammairiens, de poètes môme. Du nord au sud, la Gaule en était couverte. Les principales étaient celle de Trêves, celle de Bordeaux qui devait donner naissance aux rhéteurs Minerve et Exupère et à ce poète orateur qui fut député à Rome pour féliciter Théodose de sa victoire sur Maxime, Drepanius; celles d'Autun qui devait tant à Eumène, le protégé et le panégyriste de Constance Chlore, de Toulouse, de Poitiers, la patrie de saint Hilaire, de Lyon qui donna
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Syagrius, poète ami d'Ausone, successivement secrétaire de Valentinien (369), puis préfet de Rome et consul sous Gratien (389) ; celles enfin de Narbonne, Vienne, Arles, Besançon.
Il y avait, pour ainsi dire, surexcitation de toutes parts : engouement du reste bien plutôt qu'application raisonnée, étude sans âme, sans poésie, entachée d'un pédantisme absolument exagéré. Et cependant, au milieu de cette atonie, de cette absence de feu sacré, tout obéissait encore, on doit le constater, à l'inspiration de Tesprit français et c'est assurément par là autant que par ses diverses productions que le vi* siècle annonça la chute romaine. Œuvres froides et vides sans doute , ces productions étaient bien de nature à faire présager une décadence, mais en même temps,comme dominées par quelque chose de nouveau, elles ne laissaient pas de faire présager aussi une nouvelle littérature. On peut à cette époque signaler quelques historiens; il ne faut pas, par exemple, oublier Eutrope, auteur du breviarium historiée romance en dix livres, ouvrage clair et bien conçu, mais pauvre de langage, Eutrope qui fit partie de la malheureuse expédition contre les Perses. Mais c'est surtout le temps des panégyristes, dont Claude Mamertin est l'un des premiers. Apparus naturellement -à la suite de la création par Dioclétien d'empereurs gaulois sous le nom