INTRODUCTION XXXIX
Aux funérailles de Blésilla, jeune religieuse romaine, morte par excès d'austérité, le peuple , dit saint Jérôme, dans sa deuxième lettre à Paule, criait partout : « Quand donc chassera-t-on de la ville cette détestable race de moines ? Pourquoi ne les lapide-t-on pas? Pourquoi ne les jette- t-on pas dans la rivière ? » Que de fois nous retrouverons les traces de cette antipathie exprimée sous toutes les formes, sur tous les tons? C'est l'ancienne impiété dont on accusait les Gaulois, et que j'accorde très bien avec cette phrase de César: «Natio est omnis Galiorum admodum dedita religionibus, t> nation religieuse jusqu'à la superstition. C'est l'impiété du soldat de Brennus (1);
(1) Il est difficile, cd retraçant le caractère gaulois, de ne pas se sou- ▼eoir de ce fait, Vnn de ceux qui le font le mieax comiaftre et témoignent le mieux de la mérité de cette assertion que trop souvent pour un acte irréfléchi, un bon mot maladroit, une plaisanterie Inopportune, noua nous sommes, sans mauvaise intention d'ailleurs, compromis et rendus Yictimes de notre légèreté. Lors des inyasions gauloises en Grèce et en Italie, un soldat de Brennus, au majestueux aspect du vieux Romain siégeant sur sa chaise curule, trouve plaisant de lui toucher la barbe. Etait-ce bien, dans Tesprit de ce soldat, une raillerie dont il comprit la portée ? Cependant Rome avait toute entière fui devant Brennus, annonçant à ses habitants « qu'il portait son droit à la pointe de ton épée et qu'à leur exemple, il regardait la force comme Id première et la plus ancienne de toutes les lois, » et qui était le plus fort. Quatre- Tingts Tieillards seuls l'attendaient et avec lui la mort, assis sur leur liège de patriciens, reyétus des insignes de lenrs dignités. A la yue de cette assemblée de rois, quelle devait être la première impression ? un mouvement d*admlration. Il en fut bien ainsi, mais bientôt Tesprit gaulois s'en mêla et la vénération se tourna en ridicule. Il avait suffi pour cela de la malencontreuse moquerie d'un soldat. Le patricien outragé, Marcos Papirius, répondit à l'outrage par un coup de son bAton d'ivoire et ce fut le signal d'un massacre, suivi de l'incendie de Rome ! S'en suivit-il, en outre, comme l'ont prétendu Tite-Uve et la plupart des historiens romains, quelque peu intéressés, il est vrai, une nouvelle