XLII INTRODUCTION
partie de leur existence offre une conformité remarquable ; ce ne fut qu'au milieu de sa vie que, marié et atteint de tristesse intime, il se convertit au christianisme et chercha dans la religion une consolation à ses maux. Sa pietas gemebunda montre combien il était mélancolique, et lui-même nous indique la vraie source de ses douleurs, la froideur décevante de sa femme Thérasia qui ne fut pour lui qu'une sœur. S'il laisse percer son bonheur de se reposer des calomnies, des voyages, des affaires publiques, et d'en être arrivé à mépriser le monde pour vivre dans la société du Christ, ne laisse-t-il pas échapper aussi cette phrase qu'on a considérée à tort comme un souhait païen et qui n'était que le cri de désillusion d'une âme souffrante, respectueuse de la cause de son mal : ce Puisséje avoir une joyeuse maison^ une épouse chaste et des fils chéris ! j> Proditor, tel est le nom par lequel Âusone, qui croit saint Paulin entièrement sous la domination des conseils et de l'exemple de sa femme, désigne Thérasia. Mais saint Paulin lui-même n'explique-t-il pas mieux la cause de sa tristesse dans cette phrase qu'il lui répond : « N'accuse pas la faiblesse de mon esprit ou l'empire de mon épouse ; mon âme n'est point troublée comme celle de Bellérophon ; je n'ai pas une Tanaquil, mais une Lucrèce. » Passer d'Âusone aux moines et à ces labeurs in-
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croyables auxquels nous sommes redevables de la conservation de tant de monuments littéraires, eût semblé un peu brusque, malgré la Journée du chrétien. Heureusement, saint Paulin s'est trouvé là pour faire transition. Me voici, en effet, au commencement du v* siècle sur lequel j'ai même déjà empiété, et dont la première moitié seule vit naître quelques gens de lettres, comme Sidoine ÀppoUinaire, d'une illustre famille de Lyon, successivement ambassadeur, préfet du prétoire, patrice, sénateur, et enfin évéque de Clermont, auteur de vingt-quatre poèmes et de neuf livres de lettres ; comme Télégan^ écrivain ecclésiastique Sulpice Sévère qui avait, avant d'entrer au couvent, suivi la carrière du barreau ; comme un autre célèbre auteur ecclésiastique enfin, Salvien, qui a laissé un curieux ouvrage intitulé : de gubematione Dei.
Jusqu'au vin* siècle, la période qui s'ouvre au v va être toute religieuse, remplie par des hommes presque tous appartenant à l'église : sermons, exhortations pieuses,, homélies, légendes ou vies de saints, chroniques, lettres épiscopales ou papales, quelques poésies très rares et toujours ayant trait à une vérité du christianisme ou à une question théologique, voilà tout le bagage Uttéraire de cette période qui se préparait depuis plus d'un siècle. On peut fixer pour terme
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de la première phase historique de Tesprit français ce moment, où le travail intellectuel va se cloitrer ,pour ainsi dire, tout entier dans les cellules monastiques, pour n'en sortir qu'à celui des croisades, où le caractère aventurier se dessinera plus nettement que jamais.
Ne sufQtil pas des quelques noms que j'ai rappelés, des quelques œuvres que j'ai citées pour démontrer que, durant cette phase, dominait déjà ce génie national, qui a pu subir l'empreinte et l'influence romaine imposées par les événements, mais qui ne s'est cependant jamais démenti, et dont la fin du xviii* siècle, époque de son apogée, devait voir couronner les généreux et libéraux efTorts par le triomphe des libertés? Depuis son premier jour, l'âme de la Gaule, l'âme de la France n'a pas changé.
En terminant cette introduction^ je dois prévenir les critiques. Je vais entrer dans une étude où les appréciations jouent un grand rôle, et celles que j'émettrai, quelles qu'elles soient, ne sauraient certes plaire à tout le monde. J'affirme à l'avance que je ne produirai aucune assertion qui ne soit couverte par quelque autorité respectable, ou par des faits hors de contestation. J'ai conscience d'avoir fait une œuvre impartiale.
Me reprochera-t-on de m' être laissé aller de temps