XLVI. Item magistri Henricus Gortram in artibus magister
etpro tune Rector scolarum predictarum Vincentius de Ne-
roDe, Jobannes de Noiiblanco, Guido Serarii et Hugo Juliani
in predictis scolis bachalarii aciu régentes qui propriis 8ump-
tibus fecerunt ediOcare sedes dictarum scolarum anno domini
millesimo CCCC"* quarto pro qtiibus sedibus sic edificatis
exposuerunt quadraginta quinque francos, per prefatos ba-
chalarios et magistros traditos et solutos. Ex quibus adhuc
debentur predictis edificatoribus triginta duos franci prout
patetplenius per unum compotum inter ipsos super hoc fac-
tum in dictis scolis décima die mensis februarii anno pre-
dicto. Volunt ex nunc et ordinant quod uno et equaîi con-
sensu tamquam veri possessores et edificatores dictarum se-
diumpro quolibet anno in futurum in die qua dicte sedes
distribuentur regentibus, quod quilibet volens habere unam
sedem-particularem teneatur pro illa solvere quinque solidos
et si velit habere duas, teneatur solvere pro duabus et sic
Conformiter secundum magis et minus. Et hoc idem volunt
magistri Hugo cie Narbona, vice doctor scolarum Guillelmus
Broissandi janitor earumdem, Arnulfus le Vassault de Hano-
nia, Rogerius de Normania magistri in artibus et pro tune in
dictis scolis actu régentes et etiam omnes subalterni sedem
tenentes, sicque dicte pecunie debeant converti ad diminu-
cionem prefate summe trigenta duorum francorum. Ita quod
super hoc eligalur unus receptor pro et nomine dlctorum
edifîcatorum, qui predictas recipiat pecunias et cuilibet ediû-
catorum distribuât secundam ratam sui mu tui. Qua solucione
sic facla volunt et ordinant ut presens et continue in futurum
recipiantur dicti quinque solidi pro qualibet sede parliculari
et intègre convertantur ad conservacionem, reparacionem et
constructionem dictarum sedium vel librorum et ornamento-
iiient par esprit de pure charité. » V. Sirmoud, Concilia autiq. Gall., t« II, p. 215. Ses recommaDda lions et celles de certains conciles étaient bien tombées dans Toubli.
140 i/enseignement en province
mm ecclesiasticorum predictis scolis Divionensibus pertinencuim. Ita quod per magistros et bachalarios et subalternos dictarum scolarum futuros super hoc eligatur unus receptor specialis aut plures qui dictas pecunias quolibet anno futuro pro et nomine dictarum scolarum recipiat, bonum compolum rcddat et juxta consilium et ordinacionem dictorum magistrorum et subaltemorum dictis conservacionibus, construcfionibus et reparacionibus débite convertat.
XLVII. Praeterea volumus et ordinamus quod de cetero noa admictanlur aliqui in dictis scolis, neque rector ueque regens vel docentes subal terni vel sedem tenentes nisi predicta omnia et singula qua cum ipsos concernent permictant decenter et possetenus inviolabiliter observare. Que prout antiquitus fuit observatum. Volumus bts in anno videlicet io domini Salvatoris et beati Johannis Baptiste natalibus legi et publice pronunciari.
XLVIII. Deinque volumus et decrevimus quod si quis predictorum statutorum aliorumque laudabilium consuetudinum violator extiterit ipsum pena arbitraria fore puniendum. Et ne premissa prout alin dudum facta statuta deperdantur, volumas ipsorum quatuor copias fîeri signo notarii signari ac unam in archivis hujus inclite ville Divionensis reponi, aliam ecclesie béate Marie magistro, aliam beati Stephani et quarlam fra* Irum predicatorum prioribus dari et assignari copias custodiendas ad laudem Dei. Ipsorumque statutorum observacionem ac dicte venerabilis et insignis ville Divionensis utilitatem suorumque instructionem et honorem ipsius famosi studii et insignis studii Divionensis, quos, quas et que concedere féliciter et ampliare salubriter dignetur altissimus. Prescriptorum autem statutorum et consuetudinum intérpretationem, correclionem, addicionem, diminucionem çt ampliacionem^ prenominato domino cantari et suis successoribus reservamus.
In quorum omnium et singulorum testimonium nos prenominati fratres^ Hugo et Symon nomine quo supra présentes litteras signis nostris manualibus et sigillorum nostrorum.
l'enseignement en province 141
▼idelicetsigillo quo ego predictus frater Hugo solebam uti dum eram inquisitor heretice pravitatis in regno Francie, in parlibus Liogonensibus et illo quo uior ego predictus Symon in oflicio predicti Rectoratus mei munimine duximus roborandas decimo videlicet die mensis januarii, anno domini millesimo quadringentesimo qu?dragesimo quinte. Sic signatum Fr. H. de Alba et S. de Placentia.
Le règlement de 1445 sennblait devoir, en traçant des règles invariables, assurer désormais la bonne marche de l'enseignement en Bourgogne, au moins à Dijon. Mais, fut-il appliqué dans toute sa rigueur? il est permis d'en douter, quand Ton songe à tous ceux de même nature qui restèrent à peu près lettre morte. Toutefois, il faut croire qu'il ne fut pas absolument sans suite, et, en tous cas, il marqua, d'une façon d'autant plus incontestable qu'il ne souleva aucune protestation, la suprématie absolue de l'église sur les écoles, et il en résulta, tout au moins entre les laïques qui étaient ainsi subordonnés à cette dernière (1) et ses représentants, d'assez sérieuses difficultés.
Sur la fin de 1449, c'était encore Jacques Juing qui était recteur. Une esclandre lui aliéna la mairie (2), et ses dissentiments avec le chantre de Langres
(i) On sait quelle était la siguiticalion da mot clerc^ homme savant; les écoles civiles étaieDt indifTéremment confiées ù des ecclésiastiques ou à des laïques; c'est ainsi que le 20 septembre 1419, une délibération de la Ville indique le nom de Pierre Blanc « clerc subalterne de Teseole de Dijon n; qu'on trouve en 1433 Jean Bacheict, clerc de la Charité-sur- Loire, mentionné comme maistre de Tescole de Mirebel (Mirebeau) dans un protocole de Jean de Champlucy, clerc lui-même et notaire de la cour de Langres h Mirebeau.
(S) L'information à laquelle elle donna lieu est conservée aux archives départemcnlales, B, justice municipale de Dijon; protès criminels n» 386 ; « Information sur ce que, au mépris des droits de justice de In mai-
achevèrent de le rendre impossible ; la ville se vit ^^^' trainte, pour le faire remplacer, de présenter à \f^^' sieurs du parlement une requête à laquelle l'indicatif^ du nombre des élèves qui fréquentaient les écoles ^^ laisse pas de donner un certain intérêt. Voici cette r^' quête, conservée dans les archives municipales en lï*^' nute non signée ni datée, F. 1 : « Requête de la mair ^ de Dijon à Messieurs du Parlement par laquelle, co sidérant que par suite des débats survenus ent maître Juing, recteur des études de grammaire Ferry Potier, chanoine de Langres, le nombre d enfans qui allaient aux écoles, et qui dépassait de mille, a été réduit à six cents au grand dommage lafondacion des petits enfans et de la renommée la ville qui, de tout temps, a eu le nom d'avoir en ces partie la meilleure manière d'instruction des aultr villes et citez du Royaulme. Elle demande que, p provision et jusqu'à ce que le débat soit vuidé, la coui ^ autorise l'élection par eux d'un notable homme, commît au gouvernement dudit estude de grammaire. »
En 1450, maistre Charles avait remplacé Juing; mais les choses n'allèrent pas mieux pour cela, et, dés le 19 octobre de cette année, le registre des déUbérations de la chambre de ville porte la trace d'une grave
rie, le nommé Jaques Jaing, soy disant et portant recleur de l'escole de cette ville, a fait, accompagné de clercs, serche en la rue du pont d*Oisclie par les chambres de certains clercs estrangiers qui ne vont point à Tescole. Un boucher, fâché de ce qu'il s*estoit permis d'entrer sans y être autorisé dans Thôtel de Poiusot Liénard, maréchal, traita le recteur de mauvais fol. rousseaul et ouUrageur de se donner telle licence, et que s'il se fust permis d'entrer ainsi chez lui, il l'eut si bien battu que Ion ly iroit quérir. Le recteur leur répond qu'il quérait le clerc logé chez eux parce qu'il u'alloit point à Tcscole, ce qui n'estoit pas vrai : Ce clerc, nommé lluguenin Savot de Gilly, âgé de 18 ans, n'y estoit pas allé le matin, parce qu'il avoit ung anver;>ol dans la cuisse dont il ne pouvoit cheminer. »
l'enseignemeiNt en province 143
querelle, d'une rixe entre ledit Charles et un clerc du chantre de Langrcs : « Charles, recteur de Tescole de Dijon, vient â*excuser des débats avec un clerc du chantre de Langres, et se plaindre de ce que, comme il voulût régir les enfants (tenir sa classe) en la manière accoutumée contre celle du clerc, ledit clerc s y est opposé, et cour rut sus couteaul trait, et que cij [ n'eust obvier il luy eust fait dommaige de sa perumne. «
Ce ne fut pas tout ; voici ce qui se trouve encore Bx procès criminelsde la justice municipale de Dijon (Archives départementales B, n** 416, et C, n°531 : iltôO ou 1451). Jehan Romain, maistre ez-arts, badielier en décrets et en lois, dépose ({ue la veille au soir, estant avec son clerc devant Tostel où il demeure, en la paroisse Saint-Michel, sans y faire noise ou débat, passèrent en habit dissimulé le Recteur des escoles de Dijon, maistre Charles, un taboriu demeurant près de la Porte Neufve, le valet d'un mareschal, Jehan Chaignelet, barbier, Humbelin Perrin et autres clercs de Tostel du Recteur et commencèrent à gecter grosses pierres parmy la rue, et comme Romain leur en faisait des reproches , Humbehn vint à lui armé d'une espée et le frappa sur son bras tellement que playe ouverte s'en est ensuyvie et l'os de sa main entamé et l'eust plus fort frappé, s'il ne se feust retrait dans son ostel. — D'après la déposition des témoins, le Recteur des escoles et Humbelin Perrin étaient haineux et malveillants dudit Romain, et le dernier 8'étoit vanté de lui couper les deux jambes et de faire retraire tous ses clercs dans leur ostol. «Ifô2, 10 décembre. Information sur un tapage
144 l'enseignement en province
nocturne : Jehan le Boulangier, faiseur de cardes et monnoyer, âgé de 24 ans, demeurant près de la maison de J. Aigneaul (Rue des Novices), dépose qu'il fut naguère requis par maistre Charles et autres de l'escoie, de prendre et jouher un personnage en certain jeu, qu'ils jouèrent le jour de saint Nicolas, ce à quoi il consentit, cuidant bien faire, sans penser faire aucun desplaisir ains plaisirs et esbatemens joyeux, cuidant aussi que le recteur de Tescole de Dijon, ledit maistre Cliarles et les autres maistres et subalternes fussent tous unys, et qu'ils n'eussent entre eulx aulçune envye ou hayne les uns aux aultres. Et jouhèrent le dit' jeu le dit jour de mercredi à l'escoie, et sembla bien lors à lui qui parle, qu'il y avoit hayne entre les maistres. Ce mesme jour, tous les compaignons (acteurs) soupèrent en l'ostel de M*î Galandi, en la ChariDonnerie, chacun pour son argent. Et, après souper, il s'en vouloit aller; mais Charles et Galandi s'opposèrent à ce qu'il partît seul et sans lumière. Ils dirent entre-eulx qu'ils vouloient encore s'esbattre par la ville et aller sçavoir vers le recteur s'il estoit de rien malcontent d'eux. André Cheval, clerc, un des convives, prêta sa robe de gris fourré de panne noire à Galandi, lui prit un habit de fol, de mesme que le clerc de J. Monnot; maistre Charles estoit vestu d'une robe courte et d'un chapeau noir ; un moine de la Creste, ordre de Cisteaux, revestit une robe courte rouge avec un chapeau, Hugues de Varois prit la robe grise de Charles avec une espée, Nicolas Chaignot prit une espée, et tous ensemble, le reste des convives, une vingtaine en tout, ainsi déguisés, embrunchés et machérés par les visages, allumèrent
l'enseignement en province 145
deux torches, prirent des basions, partirent sous prétexte de reconduire le déposant, criant et chantant sur leur chemin. Arrivés près de Saint-Jean, ils le firent reconduire à sa demeure, puis, repassant devant l'ostel du recteur, M' Ferry Poutier, chantre deLangres, logé dans la maison de J. Coustain, valet de chambre du duc, près de celle de Louis de Visen, conseiller ducal, ils se mirent à crier, à bruyller à haute voix certains cris, comme savate, savate, buf,baf, renversèrent oin cuveau vide et gettèrent des pierres contre les portes et les fenestres. Le chantre qui, dans ce moment, recordoit cinq à six de ses escoliers, envoya son subalterne cognoistre la cause du tapage et lui défendit de se montrer. Une voisine, Amiote, femme de Girard de Vesoul, ne fut pas si timide ; elle estoit à sa fenestre, et, quand ils se dirigèrent du côté de la poulaiilerie, elle leur reprocha leurs dérisions envers une bonne et notable personne comme le recteur, lequel avoit fait son devoir à la Saint-Nicolas. Ah bien oui, lui répondirent-ils, le camus a fait jouher un jeu ou une farse, mais' il lui vauldroit mieux trembler les fièvres que la avoir jouhée. Et, comme le mari accourut au bruit intervenant dans le colloque, toute la bande s'enfuit crainte d'estre reconnue.» Voilà les scènes scandaleuses auxquelles prenait part maistre Charles, et la conduite qu'il tenait avec les autres maîtres de l'école à l'égard du chantre de Langres, leur chef hiérarchique. Ferry Potier.
Nous avons vu, en 1431, les écoliers aller par ordre de la municipalité au devant du duc Philippe le Bon faisant son entrée dans « sa bonne ville de Dijon. » Le 18 septembre 1453, la chambre prend une déli-
146 l'enseignement en province
bération-tendant à pareil hommage : «c Le duc venant au pays après avoir battu les Gantois, il est délibéra que le maire fera savoir que les habitans, échevins, etc., qui iront au devant du duc, auront une robe vert d'arbre et un chaperon noir, qu'on donnera deux cents francs à la duchesse, que le maistre de Tescole, sur Tordre du maire, se tiendra avec ses escoliers en belle ordonnance par la porte par où il viendra et auront tous un rameau vert à la main et crieront: Noël. » Dès le mois d'août la ville a fêté la victoire du * duc sur les Gatitois. Avertis par une lettre détaillée, qu'il leur avait adressée à la date du 31 juillet (1), les magistrats avaient donné lecture publique de cette lettre aquiavoit fort resjoui le peuple», et, pour remercier Dieu on avait fait une procession générale à laquelle assistaient tous les ordres de la ville et où naturellement les écoliers avaient leur place.
Le dimanche 12 juin 1463, veille- de la Saint- Nicolas d'été, « Jean de Lescotes, clerc estudiant es escoles de Dijon, demeurant en l'ostel de Guill. de Vandenesse, chevaulchoit en la compaignie de la chevaulchée, que faisoient lors pour la dite feste de saint Nicholas, ainsi qu'il est accoustumé de faire, les recteurs, régens maistres subalternes et escolliers des escoles de Dijon. » La Saint-Nicolas a toujours été une des occasions de réjouissances pour les écoliers et, à Dijon particulièrement, elle était en honneur ; c'est ce qui m'engage à rappeler ce fait, le seul que j'aie rencontré sur nos écoles ou nos écoliers, de 1453 àl463, avec les deux suivants indiqués aux procès criminels de la justice mu-
(1) Correspondance municipale, 1. 1, p. 62.
nicipale de Dijon, B, n" 739 et 977 : « 1456, 17 octobre. Jean Âulbertia d'Uvey en Lorraine, au diocèse et à six lieues de Verdun et de Metz, clerc estudianten grammaire à Dijon, âgé de 22 ans, demeurant chez . Gilles Aquin, boulangier, déclare à la justice municipale qu'il a reconnu dans la personne d'un nommé Henry, escrifvain de lettre bastarde, demeurant à Dijon, marié depuis quinze jours à Oudote, fille de Jean de Braine, cordonnier, un frère Pierre, homme d'église, apostat de Tordre de saint Benoit, qu'il a fréquenté en Lorraine à Woippy, près de Metz, chez le curé du lieu et auquel il a vu souvent célébrer la messe, i»
«1460, 14 août. Information contre Jehan Juillet de Grancey, fils de P. Juillet, laboureur, estudiant es escoles de Dijon, eagié d'environ xvii ans, demeurant chez Richard d'Avot, vigneron, près l'ostel de la muraille (près la petite rue Suzon), lequel lui administre seulement lit et potaige». J. Juillet était accusé d'avoir, de complicité avec Jehanotte, la chambellière de Richard, âgée de quatorze ans, levé la serrure du cellier de la maison de Jehan de Saulx, écuyer, appelé l'hôtel de la muraille, et volé du vin dans des pots et des barils.
En 1465, le 7 juillet, je retrouve les écoliers à une de ces nombreuses processions auxquelles on les faisait assister, a Une enquête a lieu, lit-on dans un ancien manuscrit, sur des paroles séditieuses prononcées à l'occasion de la procession, que les estudians et clercs des escoles faisoient, de Saint-Michel aux Chartreux, à l'honneur de Dieu et pour bien de paix, et que Dieu, par sa grâce, veuille garder les princes du
448 l'enseignement en phovince
sang royal assemblés pour le bien du royaume et dl^s pays à Tenviron de tous maux et périls. » Et, me i portant à l'enquête (1), j'en découvre le sujet : t PI sieurs personnes attendoient la procession devar:»^ Saint-Michel dont les cloches sonnoient et trézilloier^ * fort, tellement que plusieurs, ignorant la chose, s* demandèrent si on avoit reçu de bonnes nouvelles - Or, on vint dire que la procession alloit aux Chartreux. A quoi des tonneliers étrangers dirent à haute voix qu'ils ne donneroient pas un bran de toutes les processions que Ton faisoit pour Monseigneur de Bourgogne (2). }>
Il n'est pas inutile peut-être de faire observer, en passant, qu'à cette époque les écoles en Bourgogne étaient les unes la propriété des villes, les autres la propriété des recteurs eux-mêmes. C'est ainsi qu'on voit en 1468, à Autun, « scientifique personne Jehan Estiennot, maistre ès-arts, céder le 20 juin son établissement à Pierre Barbier » qui ne le conserva d'ailleurs pas longtemps et le transmit à son tour à un autre, Pierre Charbonnier (3), tandis qu'à Dijon les écoles proprement dites appartenaient à la ville qui, de temps en temps, les transportait d'un lieu à un autre. Aux comptes de son patrimoine, on voit notamment
(1) Arcbiv. départementales, B, Justice municipale de Dijon, procèi criminels.
(%) Le Ift noiM do la même année 14G5, une autre enquête était faite sur ce que « dans le t^mpa où les gens d*églide accoinpagués par le populaire, chacun en sa dévocion, faisoient des procesâlon;* pour la paix et la prospérité des prioces du s)ng royal, un cliirpenlior, nommé Pierre Cheval, avoit crié, en voyant passer la procession des cordeliers : « Agards, agards, les maistres fessars, foulards, roisseurs. Par le mon Dieu^ les femmes qui vont après eulx n'y vont que pour les faire roissier. Au bor^ deaul, au bordeaul de par le diable,»
(3) De Charmasse, p. 18 et 19.
l'einseignemenï en province 149
(vol. 365) qu'elles avaient subi un nouveau transfert : « 1460 — ^1570. Maison rue de l'Ecole , dite rue de la Tour-aux-Ânes. t^ C'est une indication à retenir, bien que d'ailleurs la date du transfert remontât déjà à quelques années ; car il existe aux archives municipalesy datée du 20 février 1443, une copie non signée de la reconnaissance de cens faite par Jean Berbisey, à Tabbaye de Citeaux sur « le mex et maison de l'école sise rue des moulins de Suzon, moyennant 9 gros par an, avec six pièces relatives au paiement de ce cens par la ville, ainsi que des journées faites par les ouvriers charpentiers, maçons et autres qui travaillèrent à ladite maison (F. !.)•» Cette tour aux ânes était située sur l'ancien rempart qu'a remplacé la rue établie de la préfecture au boulevard de Brosses. La tour aux ânes fut appelée plus tard laTrémouille, du nom de Louis de la Trémouille. gouverneur de Bourgogne en 1502, qui traita heureusement avec les Suisses en 1513 et mourut à la bataille de Pavie en 1525 (1 ) . On trouve encore aux procès criminels de la mairie de Dijon (arch. départ. B, 1. 14), 1483, 24 juillet, une enquête où il est établi que la ruelle de la Charbonlerie « tiroit à l'escole. »
Le 23 janvier 1473, le duc Charles le Téméraire faisa.it son entrée à Dijon, ce On fut au devant de lui, dit Gourtépée, jusqu'au château de Perrigny, où il reçut '^sfi hommages de tous les corps. Etienne Berbisey, li^eutenant du maire BouneK le harangua au nom du t'iers état.
« Entrant à Dijon, il trouva la ville tapissée, et en
(l) IMi NlUaii'i; Les rues t/e Dijoti, p. 104.
plusieurs endroits des représentations et des Mystères. On remarqua dans la rue Saint-Jean, devant l'hôtel d'Orange, un Gédéon revêtu de sa cotte d'armes, semée de toisons d'or, entouré de trompettes ; un ange regardant Gédéon, lui adressoit ces mots : Dominus tecum, virorum forUssime. Chacun de ses gardes tenoit un écriteau où on lisoit : Gladius domini et Gedeonis. Devant Thotel des Mireust (1) éloit un grand lion, ayant le collier de l'Ordre, avec les armes du duc, et de sa patte droite tenant une riche épée que lui donnoit Jérémie. Dans la rue des Champs, à l'hôtel Champlitte, on yoyoit sur un échafaud Josué à la tête de son armée, mettant les ennemis en déroute. Devant rhôtel d'Arnolet Macheco étoit Saloraon avec une cour brillante, et la reine de Saba avant un rouleau où étoit écrit : Benedictiis sit Deus qui posait te super* thronum patris lui. Quatre barons, Louis de Chalon, Charles de Beaufremont, J. de Ternant et Guy de la Baume, portèrent le poele de drap d'or sur la personne. du duc. Il étoit précédé par Charles Bouton deChamilly, bailli de Dijon, qui tenoit une grande baguette blanche, etc. (2). » Cette description de l'entrée du duc méritait assurément d'être reproduite : mais il faut y ajouter, ce que ne dit pas Courtépée, que a et aussi les recteurs et les escoliers de la ditte ville de Dijon allèrent au devant de mondit seigneur processionairement jusqu'au pont des chièvres qui est hors de cette ville, et depuis iceluy pont tant devant Thôpital et réglise du Saint-Esprit, comme sur le grand pont
(1) Ilûtcl (le l'abbé du Miroir, en Dresse, qui a douné le nom au Coin du Miroir, (i) 1/abbc Courlépée, Hist, du duché de Bourgogne, t. I,p. 204.
l'enseiginement en province 451
du fleuve et jusqu'à la porte d'Ouche, par laquelle mondit seigneur a fait sadite entrée , se mirent à double rang (1). »
Jamais, je le répète, les écoliers ne manquèrent de paraître à ces cérémonies, même lorsqu'elles étaient moins solennelles, et que les principaux faits de Thistoire sainte n'y étaient pas représentés en action avec autant de prodigalité, comme, par exemple, aux entrées de « Monsieur TEvesque de Langres, au devant duquel allaient les maires et les échevins jusqu'en l'église de la Magdelaine ou jusqu'à la maladière, pour Iny faire la révérence, luy faire don de 80 livres en argent, puis ensuite de six poinsons de vin, six torches et quatre livres de dragées (2). »
En 1481, le recteur des écoles de Dijon était Denis Baudot, prêtre mépartiste de Notre-Dame, comme en témoignent l'article 25 des minutes des archives de Notre- Dame, le cartulaire de Saint-Etienne, fol. 620 et780, et les registres de la chambre de ville, à la date du 31 octobre de cette même année où on lit ; a Denis Baudot ayant déclaré à Messieurs qu'il venoit d'estre nommé chanoyne de Langres, il devoit y rester, mais comme il n'avoit voulu délaisser l'escole, il avoit commis M® Philippe, maistre ès-arts, et prioit messieurs de ^e recevoir comme tel. Informé, on Ta reçu recteur ^es écoles. » Denis Baudot avait rempli ces fonctions ^^ moins depuis 1474, aux termes des documents puisés ^^x archives de Notre-Dame, qui indiquent encore
d) Exlrait de Teulrée du duc Charles à Dijon, le 23 janvier 1473, ima'"**' p. 327 des pnuiveà du IV- volume de VHist. de Bourgogne, par les '"^«•C:* B(5u<Mjicliufl, iri-fol.
^^y liibliot. pufj. de Dijon, f. Baud*jt^ manuâc. n» 87, p. M, V».
452 l'enseignement en province
comme ayant été régent dans les écoles, Denis Gaudeau ^ mort à cette date (1).
Vers ce temps, en 1484, mourait aussi à Rome un an.cien élève des écoles de Dijon qui, comme son frère, leixx* faisait honneur, Philibert Hugonet, successeur de oncle Etienne à Tévéché de Mâcon, cardinal, renomiD par sa science et par la protection qu'il accordait au gens de lettres, et dont l'oraison funèbre devant le sacr collège fut prononcée par Antoine LuUe. Philiber Hugonet était le frère du célèbre chancelier de Bour gogne que j'ai rappelé ci-dessus et qui, sept ans aupa ravant, avait payé du dernier supplice, à Gand, sa fidélité à la mémoire de Charles le Téméraire et à la princesse Marie, sa fille.
Sont mentionnés dans le livre des dépenses des ducs (2), à la date de 1488, les noms suivants, inscrits au rôle des maris (sic) de Dijon : Le petit Galendi, prêtre et maître d'école , Jean Barbe , enlumineur , Mongin, le grand joueur d'espée, Anguerran Nocquet escripvain, Nicole, maistresse des filles non mariée (paroisse Saint-Jean), Jeannette, maistresse des filles (paroisse Saint-Médard), Àubert, enlumineur, Ghangenêt, peintre.
De 1481, époque où M* Philippe avait été commis recteur jusqu'en 1496, un seul fait, en dehors de celui très important de l'établissement par Pierre Metlinger de la première imprimerie dijonnaise en 1490, est de nature à attirer l'attention: au registre 122 (1483- 1491) fol. 226 des causes de la mairie, on lit un mandement de purgation de justice accordé par le maire
(1) Art. 41, minut. de 1474, arch. de N.-D.
(2) Extr. duliv. de dépenses des ducs, t. II, p. 168,
l'enseignement en province 153
à trois individus que Ton avait accusés d'avoir jeté c un clerc d'école j» dans un puits, et un ordre à ces individus de comparaître au tribunal de la mairie, lorsqu'ils y seront assignés, sous peine de perdre le bénéfice dudit mandement.
En 1496, l'administration du recteur, dont j'ignore le nom, laissait paralt-il quelque peu à désirer, et il n'était pas toujours suffisamment réservé dans ses propos. On en trouve, en eiTet, la preuve dans les registres des délibérations delà ville: «L'an mil iiii« m" et sèze, le xxiii* jour du mois d'aoust, M. le vi^ comte majeur et échevins,
c Lesquels ont fait venir par devant eulx en la chambre de ville le regteur des écoles de cette ville, auquel ils-ont faict plusieurs remonstrances touchant le gouvernement des escoles de ceste ville et d'aucunes paroUes par luy proférées en chayere. Lequel après les dites remonstrances a promis d'y soy doresnavant conduire mieulx que possible luy sera. »
En 4500, c'est J. d'Yur qui est à la tète des écoles et les maire et échevins lui font, le l' juillet, prêter serment € de bien gouverner, d'avoir de bons régents, de faire lire les lessons aux enfants, et, s'il lui vient des escoliers étrangers, et qu'il apprenne par eux quelque conspiration, quelques projets contre la majesté du Roy, de le révéler aux magistrats ».
L'année suivante, Louis XII se rendant en Italie, passait par Dijon, et les registres de la ville conservent le souvenir des honneurs qui lui furent rendus. Ainsi Von y voit «qu'il sera fait au Roi à sa prochaine venue, ^n plus beau présent qu'au roi Charles VIII et un peu moindre à la Reine si elle vient ; les présents consis-
154 l'enseignement en province
teront en deux pots d'argent doré du poids de douze marcs et de deux(;oppes(coupeb)de six marcs pour la Reine. » Puis on ne devait pas oublier les représentations^ un des principaux éléments (1) de pareilles fêtes. Martin Guillaume Flamant était mandé « pour donner quelque joyeux mystère » et on lui adjoignait les clercs et gens lettrés.
Donc, le roi et dame Anne de Bretagne firent leur entrée le 23 avril 1501 « et furent faits plusieurs beaux mystères.» On peut se figurer la part que durent prendre à ces réjouissances les écoliers auxquels était toujours réservée une place officielle sous la conduite du recteur. G. Flamant était, parait-il, à cette époque le grand «dresseur de mystères», comme devait Tètre plus tard Etienne Fichet, «lequel dressa en 1520, cfaccord avec Messieurs des églises » ceux qui furent représentés lors de rentrée de François I".
Au registre 110 des causes de la mairie, fol. 113, est indique à la date du 1500-1501, l'appel émis par François Tabi, chapelier, d'un jugement qui le condamnait à donner 17 gros à un maître d^école qui avait appris récriture à ses enfants pendant quatre mois et demi; et au registre 114 des même causes, fol. 169, on trouve la mention d'une somme de 17 gros réclamée par une
(1) si les représentations avaient ordiDairemenl lieu à litre de réjouissances, elles étaient aussi quelquefois une forme de prières. Ainsi^ quelques années auparavant, en 1494, Cbalou étant ravagé par la peste^ les luagislrats de cette ville délibérèrent qu'on jouerait desmybti'ies pour la cessation de ce mal, et « on arréia, dit Perry, qu*ou mettrait sus le mystère du glorieux ami de Dieu, Monsieur ii;aiut Sébastien, pour icclui jouer le plutôt que faire se pourroit bonnement, et que pour ce, seroient élus douze personnages.» Ptrry ajoute que ladé\otion à^uiul Sébastien eu grand succès et que Id ville a s'en trouva si bien» qu'en reconnaissance elle processiouna depuis cette époque tous les ans le jour de sa fête. Saiul Sébastien était, parait-il, comme sainte Aune, tout puissant contre la peste.
m l'enseignebient en province 155
■ maîtresse d'école on 1508, pour avoir instruit deux f petites filles pendant environ un an. Ce ne sont que [ deux faits particuliers, mais qu'il est bon toutefois de relever.
En 1506, la ville s'occupa de diverses réparations urgentes aux écoles ; notamment, comme en témoigne un nciîindat de paiement conservé auxarchives municipales, I3. grande porte fut remise en bon état. Et, le 4 janvier 4507, y était installé Antoine Moilliard, prêtre, maître ôs-arts, appelé à la rectorerie, qui devait, après avoir, en *S09, conduit ses époliers aux funérailles de la marquise Hochberg(l), les conduire à la venue du Roi. Le avril 1510, la cha nbre de ville délibérait qu'à Toc- ^^sion de cette venue «on préparera desécussons du H.oy mis au bout des baguettes blanches que porteront i^s enfanssur un échaffaud à la porte Saint-Nicolas, et trieront : Vive le Roy. Le recteur a ordre de leur montrer cela. »
"Vers le même temps intervenait devant la mairie un
siccord par suite duquel aucun régent ne pourrait tenir
pédagogies aux écoles sans la permission du recteur.
C'est vers le même temps encore qu'arrivait à
^1}0q rendit à lainarqaiâe des honneurs e?[cep(iounel3 Invité à y ^^sisler, le Parlement délibéra qae les conseillère s'y trouveraient, mais lion par manière de Cour (27 novembre 1509). Sur Ph. de Hochberg et •* femme, voir Garnier, annuaire de la Côle-d'Or, 1866. Citons seulement ^^ 'ait, rapporté à la date du 13 septembre 1485, aux repislres de la ^'^^e, et qui témoigne de la déférence qu'inspirait la marquise : « Le 13 *®Ptembre 1483, vu la requête du maréchal de Bourgogne, Philippe de **^^l4berg, et de sa f» mme, Marie de Savoie, pour qu'on permette à Jean f^clerc de tenir botique de barberye à Dijon, délibéré qu'on consultera ^~<te86U8 les jurés barbiers, mais néantmoins pour Tiionneur de Madame, ^**Ue du sang royal, et comme c'est sa première requête, on permettra ^^ît Jean de tenir botique de barberye à Dijon, sans néantmoins ^^rcer le meslier de cyrurgien, sinon en férongles (furoncles), cou[)pures l>etites choses. »
156 l'enseignement en province
Dijon au Parlement ua homme dont le nom se rattache à renseignement et qu'il convient dès lors de mentionner, Jean Perricard. Il avait professé à Paris. On lit, en effet, aux registres du Parlement (10 mars 1514) : « Ce jour, M. Jean Perricard, conseiller du Roy en cette cour, a demandé congé pour aller jusqu'à Paris, pour faire amener ses livres et autres besognes nécessaires pour faire le devoir de son office, et aussy pour coUiger quelques sommes d'argent qui lui estoien t dues à ses prochaines Pâques pour chacun escolier à cause de sa lecture qu'il avoit tenue en la faculté de droit auditParis. Ouï laquelle requeste, a esté délibéré que ledit congé luy sera accordé pourveu qu'il retourne le plus tost qu'il pourra, ce qui lui a été notiffié. »
Nous voici en 1515. Sur l'état de nos écoles en cette année , marquée par les curieuses relations de François !«*' avec la municipalité de Dijon, relations dont le savant archiviste de la Côte-d'Or a, dans la correspondance municipale, conservé le souvenir, je suis heureux de pouvoir citer un passage de cette môme publication qui fournit les renseignements les plus exacts :
a En ce temps-là, dit M. Garnier, et si l'on en excepte les cours de théologie professés dans leurs couvents par les Dominicains et les Cordeliers, la ville n'avait pour toute sa jeunesse qu'un seul établissement d'instruction publique, ses anciennes écoles. Placées sous la direction suprême du chantre de Langres , elles avaient, dès le xv* siècle, soit à cause de l'éloignement de ce dignitaire, soit à cause de sa négligence, nécessité rintervention de Tautorité laïque, qui exerçait une surveillance constante sur les écoles et s'était
L*ENSEIGNEllENT EN PHOVINCË 157
réservé le droit de présentation à toutes les fonctions.
c Elles étaient dirigées par un recteur dont le grade ne pouvait être inférieur à celui de bachelier, et six régents, maîtres ès-arts, que secondaient des maîtres subalternes.
c On y enseignait la philosophie, la logique, les mathématiques, les langues grecque et latine, la grammaire et la musique.
« Quatre fois par an on y soutenait des thèses publiques auxquelles prenaient part les élèves des cbu- '^«nts. Aussi, jouissaient-elles d'un grand renom. Le <ihantredeLangressmtitulaitdansseslettres: coWafôur, proviseur j directeur des fameuses écoles de la célèbre vtlte de Dijon, et les documents contemporains témoignent qu'elles étaient fréquentées aussi bien par les étrangers que par les étudiants de race française (1). Malheureusement, le voisinage de l'université de Dôle, ouverte en 1424, les fit peu à peu décheoir de leur splendeur. A la fin du siècle, elles n'étaient plus qu*une sorte de collège communal, encore bien délaissé, par suite des guerres et des malheurs publics qui, depuis 1477, avaient assailli la cilé.
« Mais déjà s'était manisfesté, à la suite des prein îéres guerres d'Italie, un mouvement de renaissance dans les lettres et dans les arts, dont François I*' fut le gloieux personnificateur, et dont nos magistrats ^^ tardèrent pas à ressentir l'influence (2). »
0) Les enquêtes conservées aux procès criminels rappellent très sou- ^^'^t la présence d'étudiants étrangers. L'une d'elles, notamment^ en "RQale plusieurs dont les pères étaient souverains en Allemagne. V*) J. Garuier. Correspondance de la mairie de Dijon (collection des oalecia Divioueusia), 1. 1'», lutroductioii, p. cxvii et suiv.
Le 18 août 1516, la chambre de ville délibérait (( qu'on enverra en cour supplier M. de la Trémouille, alors gouverneur do Bourgogne, de permettre qu'on obtienne du Roy d'ériger l'université en ceste ville (1), pour le bien universel. » Cette délibération ne produisit pas le résultat espéré. Le seul document que j'aie trouvé s'y rapportant eSt le suivant, qui , resté sans effet, ne saurait, tout au plus, être considéré que comme un témoignage du bon vouloir royal, et ne présente guère dès lors qu'un intérêt de curiosité (2) :
Fondation d'une université à Dijon, par le roi François P^
Lettres patentes de François I", roi de France, par
lesquelles, considérant que pour la décoration du
Royaume et l'utilité publique, il est nécessaire d'avoir des gens savants sans lesquels les jeunes gens ne peuvent être instruits, et partant, d'avoir en plusieurs lieux des collèges et universités ; considérant que la
(1) Depuis la création de rOniversilé de Paris, a laquelle il est difficile d*as8igner une date précise, dont une ancienne tradition fait remonter Forigine à Charlemagne^ mais dont les premières mentions officielles se trouvent daas Tordo nuance de Philippe-Auguste, qui la constitue (1200), et dans une décrétale du pape Innocent Ul (1203), qui autorise les maîtres & se faire représenter par un syndic, afin d'avoir un recours contre rautorité absolue du chancelier de Notre-Dame, ce nom d*Dniversité 8*é tait. étendu successivement à tous les grands centres d'études, tant en France qu'à l'étranger, où il avait remplacé la dénomination de studiwn générale. Il signiûait universalité de FenseigoemeDt {artium tt scieniiarum) et association comprenant tous les maîtres et tous les écoliers (magistrorum et auditorum, suivant les termes d'un acte de 1221). De 1200 à 1792, les Universités ont été des corporations enseignantes qui avaient leur organisation et leurs privilèges spéciaux, comme toutes les corporations du moyen-Age.
(2) Peut-il même bien être regardé comme autre chose que comme un simple projet ? C'est une expédition sur parchemin qui n'est ni datée, ni signée, ni scellée. Elle fait partie de la liasse 13, cote 2, du Trésor dês chartes de la ville de Dijon,
l'enseignement en province 159
ville de Dijon, Tune des plus belles du Royaume, est assise en beau pays, doulx air, fertile et très commode pour estude et excrcisse spirituel, et oîi les j^eiis d*étude pourront avoir leurs vivres à bon marché ; voulant décorer cette ville, capitale a d'une des plus amènes et oppulantes provinces du Royaume et distante de fort loing des autres universités », le Roi y établit a un collège, escoles et universités en toutes facultés et sciences, lui octroyé collèges, facultés, docteurs, maîtres, gradués, escoliers, estudians, bedeaux, messagiers etau très officiers et supposts, avec les mômes privilèges que les universités de Paris, Orléans, Toulouse,, Angers et Poitiers, avec pouvoir aux docteurs gradués d'élire tous les officiers, mais sauf et réservé la conservation des privilèges royaux. )>
Quoi qu'il en soit, il est certain que des démarches forent faites en conformité de la délibération de la chambre de ville ; on en trouve la preuve dans cette mention de l'inventaire du trésor des chartes, sous le litre des voyages en cour : 1° 21 novembre 1510 et 22 décembre 1517, quatre mandements de la mairie de Dijon pour le paiement de deux députés envoyés en cour pour solliciter : la décharge des sommes avancées ■par le Roi, etc., r érection d'une université à Dijon ^ le soulagement etc., et dans une autre mention de trois délibérations relatives à cette affaire en 1517, les 27 octobre, 5 et 6 novembre.
En même temp^, la municipalité se préoccupait d^une nouvelle restauration ou plutôt de la reconstruction des bâtiments scolaires. Le 28 novembre 1517, « comme la grande école est à terme^ il est délibéré qu'on parlera à M. d'Agey pour avoir sa maison en
160 l'enseignement en province
échange de la vieille prison et 300 ou 400 livres. » I^^ 23 février 1518» a qu'on achettera pour le prouffît d^^ enfants de la ville, la maison de la grande escol^ de Philibert Godran et enfans Baissey» et qu on don^ nera 150 livres pour la maisonner. On assemblera dans chacune des paroisses deux hommes de bien pour délibérer si Ton achettera Tescole de M. Godran ou la maison des Maziles de M. d'Agey en échange de la vieille prison. » Enfin, la grange de l'école était achelée 160 livres.
De plus, informés qu'il existait à A.utun un c nota* ble et scientifique personnage du nom de Pierre Turrel, » Messieurs de la ville le firent venir et le placèrent à la tête des écoles, où sa réputation attira bientôt de nombreux élèves au nombre desquels doivent notamment être cités Pierre du Chàtel, qui mourut lecteur de François V\ après avoir été successivement évéque de Tulle, de Mâcon et d'Orléans et grand aumônier de France, Jean Bégat président au parlement, réformateur de la coutume de Bourgogne, le poêle Tabourot des Accords, Bénigne Pérard, Claude Robert, le premier auteur du Gallia Chrislianay l'avocat Philippe de Villers, etc. (1).
C'était, en effet, un personnage notable et scientifique que ce Pierre Turrel, et il n'est pas hors de propos de rappeler en quelques mots ses titres à la renommée. Né à Autun, il s'adonnait avec la même passion aux sciences, à l'éloquence et à la poésie et composa de nombreux ouvrages, où il se qualifiait, à côté de
(I) V. Courlépée, l. Il, — Galerie bourguignonne. —Correspondance nmuicipale, 1. 1, p- 118. — MaoUâc. n» 497, iulit. Polpoutri, delà Biblioth« de Dijon, in-fol., p. 487.
L ENSEIGNEMENT EN PROVINCE IGl
^n titre de principal ou de recteur des écoles, de phi- =:^>B losophe et astrologue dijonnais. Entouré d'amirateurs, 4j^| ii devait être comblé d'éloges assurément fort hyperboliques, mais qui, venant d'hommes considérables, témoignent au moins d'un mérite certain : « Major em imo nec parem recipit Gallia, disait de lui son compatriote Chasseneuz. Pour Lacroix du Maine , il était fort usager en astrologie et un des plus grands mathémaliciens de son temps : Bèze, dans son histoire ecclemastique^ le proclame un des principaux devineurs san siècle. Nous verrons plus loin ce que faillit lui «yûter sa science astrologique. Enfin, Saint-Julien-de- Balleure, son contemporain et son ami, rappelle homme de grand et véhément esprit. Gomment Turrel, arrivant sous les auspices de pareils éloges, n'aurait-il pas atfilé immédiatement à lui de nombreux disciples ?
Le 2 décembre 1517, il prêtait serment comme recteur des écoles réparées ou reconstruites (1), tandis foe, de leur côté, les Cordeliers, dont la maison avait Hé, en 1503, réformée par le cardinal d'Amboise, alhient, sous le gardiennat du frère Nicolas Rochard, ouvrir un cours d'études. Il avait été agréé par le chantre de Langres, sur la proposition du maire de Dijon, dont j'emprunte la lettre à la correspondance municipale publiée par M. Garnier dans les Analecta Divionensia :
a Dijon, 1517.— Minute B. 457, n«252.
«Monsieur le chantre, nous recommandons à vous de bon cœur. Monsieur, par cy-devant noz escoles sou-
(1) Aux ai'chived muDicipaleâ est uq dossier de vin^t-cinq pièces^ deri^y mémoires, mandats ot qaiitaDces, relatives à la conâtruction de la maidOQ def écoles, et qui se rapportent à celte année (1517-1518). F. I.
loientavoirlebruyt et renommée de grammaire et autres arts et sciences au moyen des notables personnaiges recteur et régens, qui tous y résidoient ; mais de présent nos dites escoles sont de petite réputation, et toutes anischilées (sic) pour les grosses questions et mauvais ordre qui y a esté, tellement que souvent avons esté en peine faire venir devant nous lesdits recteur et régens et y avons cuidé pouvoir. Mais nous n'avons tant seu faire que les escoliers n'ayent abandonnés j lesdites escoles au grand dommage de la ville et des habitans, ce que n'estions délibéré de souffrir plus avant, et en caste cause, advertis d'un notable et scien-^ lifique personnage nommé maître Pierre Turrel, avons j requis icelluy vouloir cy résider pour recteur et faire ' au précédent recteur qui lui résigna la charge, ce qu'il a faict, et le vous nommons et présentons comme très vertueux et savant, lequel vous recevrez s'il vous plaît, et de ce vous prions de faire envers lui et nostre faveur qu'il ait cause s'en contenter et ce faict lui donnerez place et frais, ainsi qu'il est accoustumé de faîr*^ en ceste ville. Monsieur, nous prions Dieu qu'il vooï donne vye.
« A Dijon, ce..... jour de
« Les très humbles serviteurs ,
« Les VICOMTE Mayeur et Eschevins de dijon. »
Pierre Turrel fut recteur de 1517 à 1530, et il semble qu'avec un pareil homme à leur tête et pendant une aussi longue période, les écoles de Dijon devaient être florissantes entre toutes. Il s'y fit, en effet, ainsi que je l'ai dit, des élèves célèbres, dont les nonis de-
l'enseignement en province • IClî
Yaient même faire oublier celui de leur maître ; mais
par malheur, au lieu de <r se borner à répandre
rinstruction sur la' jeunesse qui se pressait autour de
lui, » comme le faisait alors dans les écoles de Beaune
un autre recteur réputé, Claude Mussard, ((juvenibus
deditissimus », comme le faisait de son côté celui de la
grande école d'Arnay, également en renom à cette
époque. « Turrel ne tarda pas à délaisser ses devoirs
pour se livrer tout entier à l'astrologie (1)» devenue
Tobjet de sa préoccupation dominante.
Le 15 février 1527, la chambre de ville, émue de ses entrainements et des conséquences qu ils pouvaient avoir pour renseignement dont la direction lui était confiée, le mandait devant elle pour Tadmonester, a et loi ayant remontré le mauvais traitement qu'il faisait des enfans, il répondit que la peste et la méchante maison de Tescole en estoient causes, oufTrant de lui, en baillant maison, faire ce qu'il appar tien droit, voire étoit content de n'en gaiger les enfans pourveu qu'il ait maison sans rien payer. Lui fut ordonne de rendre réponse dimanche au procureur, de bailler dans huit jours sa réponse par escript de ce qu'il désire pour Tescole. »
Il fit réponse ; grâce aux dispositions bienveillantes de la ville, le dissentiment s'apaisa ; mais le calme ne fut pas de bien longue durée.
Son exemple était devenu contagieux, et le 29 novembre de la même année, le parlement, intervenant luimême, statuait par mesure générale: <( la Cour
pour les abus, ignorances et erreurs qu'elle a connu
(1) Garnier, Correspondance municipale^ 1 1, p. 119.
164 • L*ENSElGNE>rENT EN PROVINCE
estrc en aucuns maistres d*escolcs touchant la sainte et sacrée théologie, icelle fait inhibitions et delTenses à tous maistres d'escoles de ce pays de Bourgogne qu'ils n'aient à lire publiquement ni en secret à leurs escoliers ou autres de ladite théologie, à peine d'en être punis corporellement(4). ]»
Turrel était, de plus, poursuivi personnellement six mois après par la Ck)ur pour un livre publié à Lyon sous le titre de Pronostic fatal révélant les prodigieux évé- i nemens futurs concernant la durée du inonde et sa i dernière période f et qui Peut perdu sans la courageuse défense d'un de ses élèves les plus illustres, déjà son | collègue bien qu'âgé seulement de dix-sept ans, et J dont l'éloquence gagna le cœur de ses juges. Le défen- ' seur de l'astrologue, du maître accusé d'abus, d'ignorances et d'erreurs touchant à la sainte et sacrée théologie, était, par une singulière anomalie, ce même Duchastel qui devait occuper trois évêchés et être fwit grand aumônier de France par François F' dont il devait prononcer l'oraison funèbre.
Grâce au dévoûment et au talent de son disciple» Turrel échappa à la peine qui le menaçait. Mais sa situation devenait de plus en plus difficile. Le 42 juin 45:28, la chambre de ville renouvelait le blâme qu'elle lui avait déjà adressé et délibérait que «comme Pierre Turrel, recteur des escolles, commectabbus et erreurs soubs couleur de l'art d'astrologie dont il se mesle, on le mandera pour lui en faire remontrance et pour qu'il ayt à fournir régens.
a A deux heures, continue la délibération, il compa-
(1) Elirait des regUtres manuscrits ilu Parlemeut, proveuaut de M. le président Saverot, 1. 1, p. 21.
l'enseignement en province 165
roit et là il lui fut défendu par la ville qu'il n'eust à désormais u^er de l'art d*astrologie, parce que plusieurs scandales et plaintes en venoient contre lui, à peine d'être mis hors la ville et d'en estre puai ; et de fournir de bons maistres et régens d'escolaige, affin que les enfans soient bien instruits. is>
Peu après, le 26 avril 1529, une commission était I nommée pour visiter la maison d'école a si elle étoit [ propre, s'il y avoit lieu d'y loger plusieurs escoliers. » I On décidait que a on prendra pour faire Tescole la F maison de M. Andrey Brocard pour 1000 livres avec I toutes ses dépendances (1); qu'on remettra sus une I autre escole et qu'on achettera une maison et on y [ mettra de bons régens (2). »
[ EnQo, le mécontentement suscité par la résistance i de Turrel aux observations des magistrats ne faisant que s'accroître, là ville finit par demander le 22 no- Tembre 1529 au recteur de Dôle s'il consentirait à venir a exercer la charge des escoles de Dijon. » C'était Jacques de Lestre. On lui offrait « d'estre principal d'un collège que la ville entendoit faire pour lire en grammaire, arts et autres sciences aux gaiges du Recteur de Dijon (3). )> Il répondit : « qu'il ne vouloit faire tort à aucun maistre de Dijon, mais que, si Ton vouloit lui donner quelque honneste pension comme de
(1) Septembre 1539.
(i) Novembre 1529.
(3) La délibération de la Chambre de ville porte que Tou maudera le recteur de Dôle pour savoir s'il voudrait exercer aux mêmes couditious qae les autres, c^est-à-dire sans gages et saus louage de maisous, mais que e^eulement on paierait la location de ia maison jusqu'à ce qu'il piit l'acheter. Suivent deux mandats pour le paiement des frais de son ▼oyage. (Archives municipales de Dijon.)
10(5 l'enseignement en province
100 livres, une maison pour sa résidence, il estoit prest de servir et que touttefois il estoit asses bien colloque à Dole qu'il ne vouloit abandonner. » En même temps la chambre mandait Turrel et lui a remontroit la ruine et la désolation des escoles par faute de bonne doctrine, au grand deshonneur de la ville; qu'il n'avoit jamais tenu compte dos représentations qu'on lui avoit faites et qu'elle vouloit mettre ordre aux escoles et instituer un Général Régent. » Elle le requit de «se déporter de laditterectorerie.» Turrel répondit que « le philosophe avoit écrit : quidam unusquisque benê judicat, hoc quidem vidit', qu'il ne savoit pourquoi on lui imputoit àtort la ruine de la ditte escole, que depuis qu'il y estoit, le temps estoit malvais et chiert, que les maladies et les mortalités qui avoient régné lui avoient donné mauvais courage, qu'il n'avoit aucune maison pour faire lecture générale, et que si on lui donnoit ce qu'on vouloit donner à un estranger, il rempliroit la charge. »
Ainsi, aux remontrances et aux plaintes, Turrel .répondait par des réclamations et par un refus de se retirer. Le mal empirait donc au lieu de diminuer, et vainement la vieille maison de l'école était encore visitée pour savoir s'il était possible de la remettre en état ; vainement on essayait de lutter contre le mauvais vouloir d'un recteur qui s'était rendu désormais impossible malgré tout son mérite, lorsqu'un événement heureux vint apporter à la situation un remède inattendu. Une nouvelle ère s'ouvrait à Dijon par la fondation du collège des Martins (1531).