partie porterait des housseaux ardens, et qu'ils feront
^es épitaphes. »
Le collège des Martins ne pouvait être sauvé que par
des secours extraordinaires ; mais les Jésuites surent
tout attirer à eux; a il est prouvé, dit BouUemier, que
^ ^cien collège eût reçu ces secours, si la fondation du
^^ilège des Jésuites ne lui eût porté le dernier coup, «
. il cite, comme exemple, la donation, sur laquelle
J ^Urai à revenir, du président de la Chambre des comptes
^^queron, qui alla aux Godrans et qui serait certai-
^tOent allé aux Martinots sans cette fondation, on en
*^^Ut juger par les termes mêmes dans lesquels elle est
«^ Peut-être même les Jésuites se flattèrent-ils pen- ^^nt quelque temps, ajoute BouUemier, d'obtenir la ^^Union aux leurs des revenus de l'ancien collège et * On serait tenté de croire que cette espérance entra pour beaucoup dans les motifs qui les engagèrent à ne P^s s'y établir ; mais les magistrats de la ville en déci- ^^i'ent autrement. » On trouve, en eflet, à la date
2Si L ENSEIGXEXE5T EN PROTCCCX
de 1583, aax archives municipales, les articles de h charge du collège de la Tille de Dijon, foodé en lodb par Julien Martin prestre, accordés par Messieurs les Ticomte-mayeur, eschevins et procureur syndic^ assemblés en la chambre du conseil, pour régler h discipline à y observer désormais. La ville, par ses représentants, s*y engageoit, pour exciter le zèle des régents, et leur donner moyen de satisfaire à leurs charges, de leur faire payer par le receveur la somme de c jnt écus soleil, et par quartiers. Le prix des peosious fut fixé à cent livres, et comme les trois bourses fondées par Julien Martin n'étoient que de vingt-cinq livres chacune, il fut résolu que le surplus seroit founû par les boursiers ou leurs parents, si mieux ils n*ai' moieut se ontenter chacun des viagt-cinq livret et se cturgcr de leur nourrriture. On pourvut ei^ cofc à tout ce qui concernoit Tinstruction : les jour^ les heures des exercices, la manière d'étudier, 1^ ornemens de la chapelle,lesdomesti(]ues et les meubla de la maison. De plus, comme il étoit probable que i rivalité se mettroit bientôt entre les sup[)ôts des dei^ collèges, il fut ordonné que ceux de Tancien vivroiet^ en paix et concorde non seulement entre eux, mafi encore avec ceux des Godrans, n dont ils ne tiendrons en public ou en particulier, aucun propos tendant s discorde 0 : qu'ils veilieroient principalement à ce qu*i n'arrivât aucune querelle entre leurs écoliers respectifs^ et qu*ils seroient tenus de laisser aller au collège de Jésuites ceux de leurs pensionnaires qui auroient envi» de le fréquenter.
a Fit-on assez de réflexions à ce dernier article, ai BouUemier ? il ne le paroit pas, il étoit tout au moii>
l'enseignement en province 285
dur et peu fait pour encourager les régens du collège Martin. Les Jésuites surent en profiter. Leurs discours séduisans, Tinstruction gratuite , Tamour de la nouveauté attirèrent chez eux toute la jeunesse. S'il s'en trouva qui voulussent encore suivre les leçons de leurs anciens maîtres , on les ridiculisa djui nom de Martinets] et les huées de leurs camarades les y firent bientôt renoncer. Ainsi ce collège étant devenu absolument désert, faute d'instituteurs et de disciples, la Tille, par délibération du 5 août 1594, accorda une partie de son emplacement, et plusieurs autres parties nccessivement aux religieux Minimes qui s'y sont éta- Mis, et en aliéna le reste en 4645, moyennant une somme de deux mille livres aux fiabriciens de la pafioisse Saint-Michel pour le logement des prêtres de cette église. i>
Rien de plus juste que le commentaire de BouUe- Oiier sur le dernier article, si différent de toutes les précédentes résolutions de la chambre, résolutions que se plaisaient au contraire à reprendre d'autres villes, cdles de Saulieu, Autun, Qiâtillon-sur-Seine notamment, où, les 13 août, 28 novembre 1580 et 20 novembre 1590 « prohibitions étoient faites des écoles et Pensions particulières, excepté pour lire, écrire et calmer, et ordre donné d'envoyer les écoliers au coUè- W(l). » Les faits ne prouvaient que trop bien l'erreur ^mmise par les magistrats municipaux, en admettant Wils aient voulu réellement, parleur décision, relever
(i) Bibliot. de la Yille de Dijon, f. de JuigDé, manusc. n* 1, t. V[I^ p. 75
ftecneild'arrèU. Ud arrêt da 29 mars 1572 avait étendu la protection 7^^ monastères, c excepté ponr renseignement des religieux seule-
286 l'enseignement en province
le vieux collège. De ce moment jusqu'à sa chute définS^-' tive, il dépérit si fort que c'est à peine s'il reste quel — que trace de ses dernières années d'agonie.
Le 21 novembre 1581, permission avait été donnée Rue le clousier « d'instruire la jeunesse en l'écriture get et arithmétique, à charge de prester serment et d vivre catholiquement. y> Le 23 septembre 1588, la ville entrait dans la voie de l'instruction gratuite et « sur la requête de maître DenysLucey, mandement de huit livres lui estoit octroyé pour la moityé de l'année, pour l'instruction de la jeunesse à l'abécédaire, gror luitement, et estoit publié par les prônes et à la trompette que qui vouldra envoyer ses enfans faire le pourront sans rien payer ^ vu que ce maître est salarié par la ville, pour qu'il puisse donuevY vislruction gratuite. » Denys Lucey professa plusieurs années ; car on retrouve son nom mentionné le 28 août 1590 : «c Mandat de huit francs à Denys Lucey , commis à enseigner l'abécédaire aux enfans allans au viel collège de ce lieu. j>
Aux registres des mandements de la mairie, et à la date du 20 juin 1589, on lit aussi : a Mandat pour la réparation des ornements de la chapelle du vieux collège. » Cette même année, le 24 janvier, la chambre de ville avait ordonné qu'il fût publié « que procession générale se fera demain, jour de fesle de saint Paul, qui sera en blanc, l'assemblée à Saint-Bénigne, la messe et le sermon aux Jacobins, à laquelle sont exortez tous chefz d'hotel y assister, ensemble tous • les escolliers^ avec cierges, et y marchera chacun avec toutes dévotions sans parler les ungs avec les autres. y> A toutes les processions les écoliers avaient, en effet, leur place
l'enseignement en province 287
marquée ; on ne se contentait par d'enjoindre aux ha- \Âlants d'assister aux offices des dimanches et fêtes, am parents d'y conduire leurs enfants; les élèves et * étudiants étaient tenus de paraître dans les cérémonies ^térieoreSy et on^ait combien à cette époque elles étaient fréquentes. On faisait procession pour invoquer ^ grâce de Dieu à cause n des signes prodigieux veuz ®^ iair, (1) i> pour lui demander la guérison des grandes dames (2), pour Jeter le retour du roi (3), pour * <]u'il plaise à Dieu extirper, et prendre les menues '^^G^tes qui sont parmi les vignes du fmage de Di- > (4)y pour la fête de sainte Anne, contre la peste ; processionnait pour ou contre la pluie (5), contre ^^^ impiétés, à cause des victoires, à cause des dé- »Sy pour rendre hommage à la sainte hostie, enfin peu à propos de tout, et on n'y épargnait rien.
%^) Archiv. manicip. — - Intent. p. 89, col. i.
1) Id. p. 90, col. i. (Procession pour la guérison de Madame de
I) Archi?. manicip. Inventaire, p. 89, col. 1. (Procession, Te Deum ^ooisMncet pobliqnes à Toccasion du retour de Pologne de Henri 111.) ^4) Id. loYent. p. 87, coL i. Il s'agissait d'une procession qui devait lien, chaque année, le jour de la Saint-Georges, durant lequel, en ^11, lei habitants devaient s'abstenir de leurs travaux. Elle avait lieu demande des jurés vignerons; aussi voit-on qu'ils en faisaient un les lirais ; à Toccasion d'une de ces cérémouies, il leur est commandé pertermie chaire à Larrey, pour le sermon qui sera prononcé à da la procession.
m • Le 17 (aoftl 159S), dit Pépin, p. 9i, a esté faicte un fort belle pro-
^^•liuu générale par tout le clergé, maire, eschevins, bourgeois et tout
^ pMple de ceste ville, pour prier Dieu qu'il lui plaise donner de l'eau
t^<^ les grandes chaleurs qui régnaient de longtemps. L'assemblée fut
^^^ à Motrt-Dame, en laquelle reposait la vraie et taincte croix cTEs'
V^'oct, qu'on porta à ladicte procession ; la messe fut dicte à Saint-
'^, le sermon à Saint-Bénigne par le père Charles, ou fut rapportée
KoKke-Dame d*Eatang, tellement que la journée ne passa que par deux
f^mms n*eustions de Peau par deux belles nuées. •
288 l'enseignement en province
Certaines délibérations portent que Messieurs du clergé serontinvités« àfaire une procession générale, en aube, pieds nudz, et le plus dévotieusement que faire se pourra, à laquelle Messieurs de la chambre assisteront, chacun ayant le cierge blan d'ung. carteron (1). » La chambre de ville en était arrivée à ordonner elle-même que des processions auraient lieu, quand elle les ju^ geait opportunes, et cela devint même un sujet de difficultés ; la chose alla si loin, que les chantres de la Sainte-Chapelle et des églises abbatiales de Saint-Bénigne et de Saint-Etienne, qui étaient les trois principales églises de Dijon, se formalisèrent et remontrèrent à Messieurs qu'ils ne devaient ordonner processios^ sans les avoir consultés au préalable (2). il paraît, du reste, que les écoliers n'allaient
qu*à la procession, et, de tcms à autre, ils se débatm chaient assez pour que le Parlement s'en émût. Aus^^i par un arrêt confirmatif de ses décisions précédente^Si a le jeudi 2 août 1590, la Cour, faisant droit sur 1^38 conclusions du procureur général, fit-elle de nouve^aiu inhibitions et défenses à tous les hosteliers, cabai tiers et pâtissiers de recevoir en leurs maisons et doi ner à boire à aucuns domiciliés de ceste ville, enfans famille, serviteurs et escoliers, sous les peines portfr* par les édits et arrêts et du fouet. » En même teinp*i étaient également à nouveau interdits les charivarîSi les jeux et les danses , « à quelque instrument î^® ce soit, à peyne de châtiment et de prison, » les maso^' rad^s, le luxe des vêtements, les bouquets, le « don
(1) Ârchif . mnnicip. Invent. p. 103, col. 2. (ï) ArchW. municip. Inveni. p. 91, col. S.
l'enseignement en province 289
de la dragée » à l'accouchée, les quinots ou ctrennes debaptémey etc.
n est vrai qu'alors la ville était entièrement livrée à la Sainte-Union et aux passions de ses partisans. S'assembler ou parler politique était un crime pour lequel on méritait d'être « pendu ou étranglé, n Etait poursuivi sans rémission quiconque mangeait de la ^de les jours maigres, ou manquait d'assister aux offices, devenus obligatoires (1), refusait do^donner le pain bénit ou fermait l'entrée de sa maison à des prêtres (2). On confisquait le blé et le vin qui se trouvent dans les maisons des adversaires de l'Union, ou l>rûlait les hérétiques, ceux qui se permettaient de ne pas croire aux miracles de la dent de saint Loup ou de ^ile de saint Ladre (3), et c'est aussi, presque avec éton-
ti) Non eeulemenl défense était faite à toutes personnes de se promener ^*Qt les mes pendant la célébration des offices, mais injonction aux l'^'^ts^ maîtres et maîtresses d'y envoyer leurs enfants et leurs domes- ^^•8 et d'y aller eux-mêmes, à peine d'amende. {Archiv, municip, p^< B., S18 et B., S30.) On trouve encore, au môme registre, mention de ^ poarsaite intentée contre un nommé Antoine^ vinaigrier, pour avoir, ^Otrairement aux ordonnances de la Chambre, « mené les jours de fôte "^ broufaoUe par la ville et crié le vinaigre. » On y trouve a Tinjonction ^1 habitants, à peine d*amende et de punition exemplaire, de solenniser ^ fétet d'apôtres, et toutes les autres qui sont de commandement. » Ils 2|*^ieat célébrer spécialement celle de sainte Anne, comme celle de ^^ues, « à peine de punition corporelle. » Dès 1557, du reste, le Par- ^Qieutde Paris avait, par arrêt du 21 octobre, enjoint «à tous péda- ^OgQea, directeurs demeurant hors des collèges, de mener, sous peine de **> corde, leurs eufans et escoliers à l'église, et de leur faire ouyr la ^Hm, les jours de dimanche et autres fêtes. » (Ch. Desmaze, Trésor judi- ^*^<r« de la France, p. 52Î.)
(2} C'est ainsi que la chambre de ville fit informer contre Claude le ^'Uain pour n'avoir pas voulu donner le pain bénit à sa paroisse, et ^^^Ira Chrétien, menuisier, pour avoir refusé sa porte a un prêtre qui ^<^^t, après l'accouchement de sa femme, célébrer « la messe seiche, 2^^ 9 de coustume louable, se dit pendant la couche des femmes qui sont ^^llvréea d'enfant. » Reg. des délihér, de la ville. Invent, municip. ^* tOO,col. f.
(.^) Les dents de saint Loup et do saint Ladre, qui doivent avoir leur
290 iSzSSEiGyEXEST EX PROTCECE
Dément, qu'en pareilles circonstances, on froaTeencofe égarée dans les délibérations cette résenre, bien libérale pour Tépoque, que c les enfans qui estndient à Dijon ne devront estre inquiétés pour le fait des opinions des parents, h Leurs maîtres étaient d'ailleurs bien sunreillés : Un nommé Perrin ayant été Tobjet de soupçons, ordî^ fut immédiatement donné de faire une enquête sur s^H^ compte. Il est vrai que cette enquête aboutit tout 3X^ contraire de ce qu'elle était appelée à démontre^ - « 9 mai 4590. — Sur le rapport de témoings qui o^' déposé avoir veu, en la maison de Guillaume Perri^ des exemples d'enffans qui apreignent à escrire, €^^ Ton parle contre l'honneur de la Sainte-Union et (^^ religieux Jacobin qui a occis le Roy, lesquelles exei^^ pies ayant fait commandement audit Perrin les repr^^ senter, il luy a mis en main ung vollume d*exemple^ auxquelles se trouve tout au contraire, car il parl^ contre le Roy de Navarre. »
Cest que la Sainte-Union voulait être respectée*^
place dans lliUtoire de Tari deDtaire où elle* ont, parall-il, jooé grand r61e, étaient con&idéréed comme deox reliqoea possédant même vertn, favorable aux jeanes noorriasons, celle de « leur faire Tenir^ ^es dents. » 11 est bien souTent question de Tune on de l'antre. En I58S^ Bug nés Maire remet à la Chambre de ville « une boyle dans bquelle est;, la dent de Mousienr saiot Loup, qui lui avait été donnée en garde, m et cette dent de Monsieur saint Loup, m enchâssée en argent, avec laboyte, est remise entre les mains de M. Bénigne Rigault, prestre et Tnn des escbevins commis par le clergé, pour la faire toucher aux enfans de mamelle, et aussitôt après la remettre à la Chambre. » Quant à la dent de saint Ladre, voici ce qu*on lit aux registres des délibérations de la ville (1591) : « La Chambre ordonne au prestre de 1% Maladière de déposer la dent de saint Ladre à l'église Saint- Nicbolas, attendu que la ditficnllé des chemins et les craintes causées par la guerre empêchent de porter les enfans à la Maladière ; » et Tannée suivante-, 159t : « La dent de saint Ladre sera mise entre les mains du prestre de la Maladière mais il devra en toucher les gencives des petits enfans à Tégtise Saint- Nicbolas et non i la chapelle de la Maladière, ven que les ennemis en approchent souvent, t
l'enseignement en province 291
Il ne fallait pas toucher à Thonneur de Jacques Clément, qui, à ses yeux, loin d'être un régicide ordinaire, un vulgaire assassin, ou, pour le juger plus indulgemment, un fanatique, était un sauveur, un homme providentiel. On en peut juger par le document suivant, conservé aux archives municipales : « M. de Diou (Dyo), ambassadeur du conseil d'Etat de l'Union, chargé par lui d'annoncer au pape la mort de Henri III, s'arrête à Dijon en allant à Rome, et dit à Messieurs ^ô la chambre de ville comment se sont passés les ^^rniers instants du prince, a qui se sentant affaibly, . fit venir le Roy de Navarre et d'Epernon^ tira deux P^^omesses de vengeances contre la maison de Guise ^t les Parisiens, ne respira jamais que yre, courroux, ^^Hg, feu, flammes contre les catholiques de l'Union, ^t en cest ardeur , rendit l'âme sans confession. » *^^ parlant de Jacques Clément, M. de Diou dit que ^ ^sloit un religieux fort simple, de grande probité et ^^^nne conscience ; il s'en cherchoit souvent s'il estoit *^isible de tuer ung traître, s'il seroit sauvé en tuant ^^ roi excommunié.... Il résolut enfin de faire son ^^lip, et après avoir jeune XII jours avec une dévotion ^t hostérité extrême, feit faire ung couteau qu'il feit ^Ouillir dans des drogues vulgaires portant poizon, ^Omme de la poudre à la mort aux ralz et aultres den- ^^es vénéneuses (4). »
Les partisans du roi de Navarre étaient naturellement ^xi même temps pourchassés. Parmi ceux qui furent arrêtés, la correspondance municipale (2) indiqué no-
(1) Invent, municip., p. 103, col. 2.
(2) Tome II, p. 482.
292 l'enseignement en province
tamment, à la date du 8 juin 1590, l'avocat Richard JB (( qui a heu le fouet à Genève, pour avoir adultéré avec la femme de Henri Estienne. » Parmi ceux qui furent pendus et étranglés au champ du Morimont, on trouve le capitaine Jean Robert, dit l'Épine, ennemi de la Sainte- Union, sur la tête duquel fut placée une mitre portant cette inscription : « Proditeur et Voleur. » Et cependant, alors, la Ligue s'épuisait ; M. de Sennecey, voulant faire une levée de cinq cents hommes de pied pour résister aux entreprises du maréchal d'Aumont dans le Charollais, ainsi qu'à plusieurs capitaines qui adhéraient au parti du roi de Navarre, Messieurs de la Chambre de ville le priaient de prélever la somme né- — «
cessaire pour la solde de cette troupe sur les politi- • .^.
ques de la province «vu que les habitants dévoués à VU . 7,
nion estoient réduits au petit pied, et. ne leur restoitS^'t plus que le souffle (1); » et se contentaient de faire dir@^ -^ dos grand'messes dans plusieurs couvents, pour obtenir do Dieu la délivrance d'Autun assiégée par I» maréchal d'Aumont.
D'un autre côté, les soldats de la garnison de Sain .t- Jean-de-Losne faisaient prisonniers même les dome^^stiques et les enfants des habitants de Dijon « contra — îrement à ce qui se pratique à l'art militaire, » et M^ ^' sieurs de la Chambre se voyaient dans l'obligation cV Y envoyer un tambour, pour sommer Baillet de Vaug nant, commandant de la garnison, de déclarer s'il gardait de tels prisonniers comme de bonne prise (^ -> Il y avait parmi eux des écoliers, et Breunot nous a
(1) Anhiv. muntcip.y. Invent, municip., p. 107, col. i.
(2) Archiv. municip, Reg. B. 230 (1592-1593).
i/enseignemenï en province 293
prend dans son journal (1) comment fut obtenue leur libération en échange de a la reddition de M"*" de Vaugrenant et de la descharge de M"' Noblet, l'ayant cautionnée pour deux mille escus (2).)) Breunot ajoute que cet échange ne fut adopté qu' « avec beaucoup do contradiction. «Quelques eschevins ne s'y treuvoiont,aultresyfirentce qu'ils purent pour rempôchcr. » C'est le 19 mars 1593, que la demande d'échange avait été rèsolue et ce ne fut que le 6 avril qu'eut lieu le retour des prisonniers, qui étaient aux mains de Vaugrenant depuis plus de quatre mois. On trouve, en effet, des ^e -vingt novembre 1592, sous forme de requête à la Cour, la réclamation de deux écoliers: « Vu la re- ÎUeste du sieur Catherine, Conseiller à la Cour et de *^ demoiselle vesve du sieur Tabouret, lit-on aux ex- 'ï'aits des registres du Parlement (3), ladite requcste Contenant que leurs enfans s'estans égarez et lirez ^U. collège par débauches et allez à Saint-Jehan-de- ^Osne, occupé par les cnnemys de l'Union des ca- ^^tkolicques, où ils avoient cognoissance, toutefois Vau- S^enant, commandant audit lieu les a retenus pour prisonniers de guerre et logez au logis de la fleur de liz, ^ la garde de deux soldats à deux escus par jour. La ^^ ambre a délibéré qu'il sera escript aux maire et esche- ^ins de Semur qu'ils aient à procurer et travailler en- "^^rs les chefz de leur party que les enfans détenuz prisonniers soient rendus ayant esgard que les leurs et ^Oxis ceulx des villes de leur mesme party sont en cette
<1) Tome I, p. S86.
(1) Vaagrenant avait épousé Marguerite Noblet, fîlle de Guillemette de TDDone, veuve d'Elienue Noblet, présidcutà la CUambre des comptes. (I) Tome I, p. 757.
294 l'enseignement en province
ville pour y être intruits et nourriz audit collège ^vec toute liberté et sans incommoditez. »
II n'était pas inopportun peut-être de reproduit* ^ ce passage des extraits des registres municipaux, ^^^ seulement à cause des faits mêmes de capture des deux jeunes prisonniers, mais parce que leurs dél^^ûches y sont constatées ; puis, et surtout parce que 1'^ de ces deux écoliers portait un nom qui a sa pl^ce marquée dans l'histoire de l'esprit français, je v^^^ parler de Tabouret. C'étaient ces débauches qui ^^^ gageaient la chambre de ville à revenir sans cesse ^^^ ses mesures de police bien des fois déjà mentionn plus haut, et à rappeler le 26 juin 1592 notamment défenses « d'aller aux tavernes et cabaretz,ains se
tenir à boire et manger en sa maison et user de tout
civilitez, honnestetez et modesties dehues et requis entre gens de bien, ausdiles tavernes^ paliciers caharelicrs recevoir en leurs maisons lesditz hab lanSy enfans de famille^ clercz, etc. »
Le jeune Tabourot était le fils d'Etienne Tabouro avocat au parlement de Bourgogne, puis avocat du r au bailliage et à la chancellerie de Dijon, qui se qua^ — lifîa du titre de seigneur des Accords, homme d'esprit et d'érudition, qu'on a surnommé le Rabelais bourguignon, mais dont on ne connaît plus guère que Touvrage souvent réimprimé <c où il est traité de toutes sortes de folie » sous ce titre : Les bigarrures et tauches du seigneur des Accords^ avec les apophthegmes du sieur Gaulard et les escraignes dijonnaises. Il suivait quelque peu, scmble-t-il, les traces de son père qui, passablement portéàl'épigramme, avait trouvé dans Jean et Maximilien Desplanches, alors imprimeurs à Dijon,
i/enseignement en province 295
les complaisants auxiliaires de ses fredaines littéraires (1). Tout écolier qu'il était encore, il était suspect déjà, et, quelques jours avant qu'il fit avec son camarade Catherine l'école buissonnière et allât à Saint- Jean-deJ^osne «où ils avoient cognoissance, » son nom était prononcé à l'occasion de pamphlets dont on retrouve aux registres de la ville la mention suivante : « a esté ordonné par la chambre au procureur syndicq de faire publier monitoire sans acceptions de personnes pour savoir et descouvrir ceux qui font et Sèment parmy la dite ville des libelz difamatoires et ooq a lane contre plusieurs notables familles de ladite A»*ille et faire passer outre à la fulmination d'iceux juscjues à la perfection de lacté, pour, les révélations 'Veues, ordonner ce qu'il appartiendra. »
Lorsqu'il fut de retour à Dijon, le jeune Tabouret x^eprit vite ses habitudes. « En ce mesme tems (1594), lit-on au journal de Breunot (2), se sème un coqualasne ou pasquil qui est fort injurieux contre les meilleures familles de la ville. L'on a publié des monitoires par les paroisses. M. Legouz l'apporte à M. le maire, l'ayant, à ce qu'il dit, treuvé sur les fenestres de sa salle le matin. L'on tient que c'est Tabouret, procureur du Roi, fils (sic, pour fils du procureur du Roi), qui en est l'auteur. Il le paroissoit.
a L'on tient que le fils de M. Perrat l'apothicaire l'a escrit. Il mériteroit bien estre chastié, celui qui a
(1) BreuQOt, en plusieurs endroits de son journal, parle des poursuites iatenlées et des condamnations prononcées contre le père et le fils Desplanches^ Maximilien, qui fut mis, avec défense d*y rentrer sous peine d*être pendu et étranglé, a hors la ville pour ses mauvais déportemens, » dit la sentence conservée au reg. 103, f» 130, v% de la ville, et Jean^ dont le crime consistait surtout dans ses propos contre la Sainte-Union.
(2) Tome II, p. 125.
290 l'enseignement en province
osé publier un libelle tant infamant, à ce que ron A^* (L L'on tient que quelques notables dames et damC3Âr selles de la ville, voyans et ayant rencontré ledit T^^" bourot à l'issue des Gordeliers, se seroient attachées— ^ lui, Tauroient appelé bastard, trop tost venu, par^^^ qu'il fut né avant que son père fût épousé. Non, "^ n'est pas bastard, mais fils de son père, parce que sc::^^^ pore a esté riche en toute malédicence. »
On comprend que le maire n'hésitait pas à se mon::::^' trer sévère dans ces circonstances ; car il était hc^ -i" môme l'objet des médisances. On en trouve la preuv^»^^^ dans cet extrait des registres (1) qui se rapporte à 1^^ ^^ même date, et peut-être même, en partie du moin^^ ^j aux faits que lui avait signalés M. Legouz : « 5 ma-^^ï 1594 (on avait reçu le 44 avril précédent les lettres d' -^^^ duc de Mayenne annonçant Vaccident de la prise d .^^® de Paris par le roi de Navarre), M. le Maire a dit qu': ^ -*'^ recognoissoit parmy le peuple plusieurs partiallitez ^^ ^' divisions entre les catholicques. Voire se faisoient de^^""^^ assemblées ou l'on le déchiroit tout de tous cotez ; e^^^' faut y remédier » , et dans cet autre : « 10 may 1594-5^^^ sur ce que par ceste ville se sème des coq a lan^ -® plains de difamations contre les honorables familles de-^ ^ ceste ville ; ensemble ung testament que l'on calific^^ le testament de la Ligue, la chambre conclut qu'il sera informé. » En même temps, la chambre infligeai! une vive réprimande à Denis Baudhoin, charbonnier*" d'Hauteville, « accusé d'avoir dit qu'il ne se soucioit des saints du paradis. »
Le fait constaté par le maire des ce partiallitez et di-
(1) Tome I, p. 78*.
l'enseignement en province 297
visions » n'était que trop certain. Malgré l'ordonnance ciia 9 août et autres semblables, o faisant défense sous peine de hart de se mesler des affaires de TEstat, » ohacun s'en occupait (1). Malgré les ardentes prédications qui avaient lieu de toutes parts pour exciter le peuple contrôle roi de Navarre, surtout depuis Vaccid^ntde l'entrée de Henri IV à Paris, dont la nouvelle faisait s'exclamer dans ces termes le chanoine Pépin (2) : « Dieu, par sa grâce nous préserve et nous {çarde des mauvaises cauteles du renard hypocrite et hérétique », les amis de l'Union se débandaient. Dès le 20 février 1594, lit-on dans Breunot (3), l'on tenoit qxxe (c Messieurs de l'Union de ceste ville ont escrit à M^. du Maine, puis la réduction de la ville de Lyon, qiie c'est qu'ils vouloient qu'ils fassent, parce que la plus grande partie des villes commençoit à se lasser et *^ kransler. » Les principaux chefs militaires <x tournoient casaque (4). » La plupart et les plus eschauf- *^s de l'Union commençoient à se refroidir et à s'en dégager petit à petit. L'on estoit fort las du bransle qui ^Uroit trop (5). » « Beaucoup s'apprestoient à faire *^ saut ; enfin, la ligue ne tenoit plus qu'à un filet (6).» Il ne restait plus guère à son service que les intransi-
(i) Ou ne ménageait pourlanl pas lespoursnitesetles peines. Un maçon, du nom de Gentilhomme, était poursuivi pour avoir travaillé au cbftteau de Bonnenconlre, appartenant à Tavanes; un estasounierf nommé Gordon, ^taii emprisonné pour avoir apporté et communiqué la copie « d*ung prétendu arrest de Paris qui proclamait le roy de Navarre Théritier le plus proche du trAne ; » un ermite, nommé Gratepain, était chassé de la yille pour avoir, en mendiant, dit que le rci de Navarre était roi. On inibrmait enfin contre tous ceux qui tenaient des propos analogues.
W Livre de souvenance de Pépin, p. 113, 22 mars 1594.
i^) Tome 11, p. 39.
lo ''^*"^'' de Breunot, t. ii, p. 39.
m W. t. Il, p. 83.
^^^ Id. t. H, p. 135.
298 l'enseignement en province
géants comme l'avocat Noblet, qui disait à sa sosuf que c quand mesme nostre saint Père auroitreceal^ roy de Navarre à l'esglise, que Ton ne le vouidroit rccognoistre ni le pape aussi (1) », que « les cap^ chins (2) », les carmes et lesconleliers (3), qu'on ac^^ sait d'attenter a la vie du roi. C'était l'époque où, suivant Breunot (4), M. de Guise «avoit des intervalles, où il lui prenoit des envies de tuer quelqu'un ; oCi i' n'estoit pas bon que ses gens se trouvassent devant l^^ et où aucuns des siens le voyant en ses altères lui f ^ soient jetter un chien au devant, lequel ayant tué ^ coups d'épce, cela se passoit. »
L'arrestation comme prisonniers de guerre de ncis deux écoliei-s, Catherine et Tabouret, m'a entralc»^^ loin. Je n'y reviens que pour signaler dans la corre pondance municipale une ancienne lettre de Mayen aux magistrats de Dijon relativement à l'échange a quel elle donna lieu, et, dans le même recueil, une aut lettre aux mêmes de « leurs bien bons amys, serviteu et voisins, • ceux de Langres sollicitant leur concou^ pour obtenir eux-mêmes la mise en liberté ^d'uimjeune enffent de leur ville détenu prisonnier à Mon sauljon (5). »
 côté du nom de Tabourot, il n'est pas sans in de rappeler aussi ceux d'autres écoliers, ses conte porains, dont plus d'un appartenait au Parlement, les trouve dans le livre de souvenance de Pépin (6y
(1) Journal de Breunot t. ii^ p. 117.
(%) Id. l. Il, p. 82.
(3) Id. 1. 11, p. 92.
(4) Id. t. Il, p. 116.
(5) Correspondance de la mairie de Dijon, t. il, p. 438 et 467.
(6) Page 88.
l'enseignement en province 299
a Le 22 juillet 1592, dit-il, sont partis de ceste ville le fils de M. le premier Président Brulart, Boy vin, Morelet, Bretagne, Martin, Poffîer et aultres pour aller aux universités des lois à Toulouse. Dieu les conduise, car c'est un très grand bien d'estre débarrassé de ceste vermine : ils ont leurs passeports de leur parent Vaugrenant. i»
On voit que le chanoine Pépin ne professait pas une grande estime pour ces fils de famille qu'il appelle « ceste vermine. » Trois ans plus tard, il parle encore de plusieurs d'entre eux, comme de séditieux: « ceux de la ville, séditieux, se mutinèrent et barricadèrent Ja plupart des rues ; en ceste sédition fut pris et amené prisonnier le fils de M. le premier Président Bruslart, Morelet, Jacquin, le secrétaire et aultres (i). »
Breunot , de son côté , nous représente Brulart
^onime assez mal élevé pour « aux nopces de la nièce
^® Madame Jeannin, s'entrebattre avec M. de la Tour, »
'^ndis que s'entrebattaient de leur côté, à celles de
^- de la Berchère, les fils Sayve et Poligny Taîné (2).
Au mois de septembre 1593, le collège des Martins
^tstit complètement abandonné. « Sur la demande faite
P^r le Minyme (3) estant en ce lieu, de planter et esta-
*^Ur en ladite ville ung collège de la compagnie au
Collège fundé par feu messire Julien Martin, attendu
^U'iceluy collège est sans exercice, la chambre délibé-
0 ) Livre de souvenance de Pépin, p. 129.
(2) Breunot^t. i, p. 269.
(3) Le premier Minime qu'on ait va à Dijon était un saint homme, nommé Charles Parenti. C'était vers l'année 1537/38. (Voir Correvpon- ^^nce de la mairie, 1. 1, p. eux, 369, 371, 372.) L'Inslilut des Minimes, ^Q bonshommes, se glorifiait d'avoir eu pour fondateur saint François de
atxle^ qui reçut les derniers soupirs de Louis XL (V. sur les Minimes de *^UOQ^ Courtépée t. II, p. 122 et 123.)
rail l^-lict collège estre employé à c^esl effect afecT»senliment drrs héritiers daiit 'irffaat 1). » Mus h chcTï'er o'âlb pss toute seule : opposition fut fonnêe par J. Ronl it, iev?eT lint 'ie Julien Mirtin et par Messieurs J . et E Irne Robert, prètr^rs-chapelains el andens profe-îseurs. et Ton peut voir dans le récit qa^enafût Kreunot 2 Ie> lifiiculll-s qu'il fallut vaincre pour arriver à une solution au'allérent recommanderez- i-^'r, mêmes jusqu'à la Tournelle « M. le Prince el M. le Vicomte. »
Le 5 juillet 1505. au surplus, les Jésuites ayant été, au cours d'événements sur lesquels Je reviendrai plus loin, expulsés des Oodrans, le vieil collège allaites' V^* saycr de renaître. * M. Claude Carré présentait c^ \^ jour â la Cour une requeste pour estre restabli an viei-^ collé^^e des Martins dont il a esté désuni pour y planta ^ les Minymes, sa demeurance pendant trois ans qu':^^ lui reste â le tenir. » Et il était fait droit à cette requèt^^' Le 12 août suivant, par arrêt, les Minimes devaien^^ « vuider la ville : la ville leur donnait six écuz pourleu^ voyage (3j. »
A en croire Pépin (4), les Minimes étaient parti^^^ a dés le dernier jour de juillet, prenant congé des gens de bien, et avec grands regrets et pleurs, se mettant
(i; « EoTiron ce teiD|i8. lit-on dans le jouinal de Pépin (p. m}«let Minimes bonsihommeâ commencèrent à «e ramager et demearèrent an ▼ieil collège de ceste Tille, fondé par M. Jnlien Martin, et ponr aultant qu*on y fdii4oit aulcune lecture pour lors, à cause que les enfana et la plus grande partie de la jeunesse alloient an cotléfe des Gondrans des Jésuites. Messieurs de la ville, avec arrêt de la Coor, logeoient ces paa- ▼res gens audict Tiel collège. »
(î.) Tome II, p. 251, 85A, 355.
(3) Reg. fies délibérations de la ville.
(h) Pé[>in, Livre de souvenance, p. 142. Voir aussi Brennot, t m, p. 17et 21.
l'enseignement en province 301
à la miséricorde de Dieu, vagabonds par les champs. » Ils n'étaient pas, en tous cas, partis sans esprit de retour. Lors du rétablissement des Jésuites, ils devaient réapparaître aussi. En mars 1598, requête fut de nouveau pl-ésentée « par ceux de la ville» pour qu'ils fussent rétablis au vieil collège pour l'instruction de la jeunesse. Rapport fut fait sur ladite requête, lit-on dans le journal de Breunot (1), et cette fois « l'on dit haut et clair qu'il y avait arrêt. L'on n'y veut toucher. » Mais ils ne se tinrent pas pour battus. Le 19 mars de l'année suivante, nouvelle requête présentée par la ville à leur instigation et voici, toujours suivant Breuûot(2), comment les choses se passèrent: a Le sep- Oesme jour du mois d'avril 1599, les chambres sont ^semblées. M. Boursault fait rapport de la requeste de ^eux de la ville tendant à ce qu'il plust à la Cour trou- ^^r bon que les Minimes fussent remis au vieil collège, attendu la peine qu'on avait d'avoir des prédicateurs pour les advents et caresmes, aussi pour l'instruction ^^ la jeunesse, considéré que ladite maison estoit du- *^out inutile et à charge à la ville. L'on résoult lors, ^on sine vehementi contentione, que ladite requeste ^^ra communiquée aux patrons et au Procureur géiiéral. »
Breunot explique ensuite (3) que l'affaire ne passa
pas définitivement sans discussion : M. Bretagne père
et M. Boursault « ayant eu des propos, et le premier
ayant notamment dit au second, qui était rapporteur,
que c'estoit la cause du cordon^ et que^ quant à lui, il
W Tome iir, p. 107.
jV Tome III, p. i*6.
W Tome m, p. 153 cil 54.
302 l'enseignement en province
ne ferait jamais compte ni recette de ceux qui regar^ ' daient par le pertuis^ parce qu'on sçavoit que lédS> ^ sieur Boursault, sa femme et sa fille estoient de lacoK.'" frérie du Cordon establie en la ville par le frère Jeaf^ François. » f^
Les Minimes, à partir de ce moment, restèrent possession du vieux collège (1), et la faveur du publi revint tout entière pour l'enseignement à celui de Godrans, dont il convient maintenant de reprendra l'histoire, et qui, ouvert par les Jésuites, puis occupé, lors de leur expulsion en 1595, par d'autres maitre^^
JS.
(1) Ce ne fut toutefois pas sans avoir à Taincre plus d^ane diffienl! de la part du Parlement. Voici, en effet, à ce sujet, des documents ti d*un manuscrit de la bibliothèque de Dijon, f. Baudot, d* 17, p. 494 :
« Le 25 may 1615, en la Grand*Cbambre , sur les remontrances d procureur général quil y avoit eu avis que les maire et eschevins d Dijon avoient/sans permission de la Cour, délibéré d*admeUre I religieux Minimes et les loger au vieux collège des Martins, la Cour^pr^ * les chambres consultées, a ordonné et ordonne que lesdits maire e^^ eschevins mettront promptement au greff'e d*icelle ladite délibératioo leur fait défeuse de passer outre à l'exécution d'icelle, ni d*en délivre) aucnn extrait anxdits Minimes ou autre, & peine d'amende arbitraire.
« Le 14 décembre 1615, les chambres assemblées, vues les lettres pnti^ntes par lesquelles le Roy veut que les religieux Minimes soient établis eu cette ville de Dijon et logés au vieux collège des Marlins, vues lesdllles lettres et requêtes présentées tant par lesdits Minimes ^e par les chapelains de Saint-Michel, délibération de la chambre de ville et autres pièces jointes, oui le procureur général, la Cour a dit qu'il ne peut être procédé à l'entérinemeut desdites lettres et enjoint aux maire et eschevins de faire entretenir la fondation de M. Julien Martin dont il a été fait arrêt.
« Le 19 mars 161 6, les chambres assemblées, la Cour ayant vu les lettres de jussion, obtenues par les religieux Minimes, a chargé M. Jacob« rapporteur d'icelle, de leur dire que la Cour a trouvé lesdites leUres conçues en des termes qu'elle n'a voulu y toucher, et a été retenu que, 8*ils en obtiennent d'autres, il sera libre d'y délibérer.
«Lel«rjuin 1616, les chambres assemblées, vu les lettres patentes obtenues par les religieux Minimes, contenant leur établissement à Dijon, au vieux collège, et autres pièces jointes, les conclusions du procureur général, a été fait arrêt par écrit, signé et mis au greffe, par lequel la Cour a entériné lesdites lettres aux charges contenues audit arrêt. » •
l'enseignement en province 303
choisis par le Parlement et par la ville, leur fut rendu en 1599 pour ne leur être plus enlevé que deux siècles plus tard.
Je ne reviens pas sur leurs commencements. On connaît le testament fait en leur faveur le !«' août 1580 par le président Odinet de Godran, après une pre- Dttière donation au sieur de Pontchartrain; les conditions de ce testament publié par arrêt du 11 février 1581 (1); l'acceptation par les Jésuites et par la ville de la succession, les nombreuses formalités et procédures, les délibérations de la ville et décisions de la Cour, les diverses transactions enfin (2) auxquelles donna lieu cette acceptation, suivie, le 28 mai 1581, de la nomination d'une commission pour inventorier avec les Jésuites tous les titres d'hérédité ^ui devaient leur être remis par la veuve du testateur (3).
Ce fut le 12 février 1581 qu'eurent lieu les obsèques du président Godran. Pour les rappeler briève- ^^ent, je ne peux mieux faire que copier le récit
('t) r^ Bibliothèque de Dijon possède (f. Baudot n» 2A) uoe copie, faite ^ la main de rabbé Boullemier, de ces donations et testaments, qui me ^îspcoseDt de reproduire les détails que je lui ai empruntés.
(2) On en Toit interTenir, entre autres, une datée du 13 juin 1581, ^^Ire les héritiers testamentaires du président et Claude Régnier de ^OQtmoyeo, président de la chambre des comptes, et dame Marguerite ^^Hlran, sa femme, ses beau-frère et sœur, au sujet de Tenlèvement ^^a meubles du défunt, la nuit de son décès, « sur trois chariots, en plusieurs ballots, jusqu'au nombre de vingt-cinq. *
(8) Un arrêt du Parlement, rendu le 17 juillet 1581, entre la mairie
^^ Dijon et les Jésuites, au sujet de la garde des papiers de Tboirie et de
'^ reddition des comptes, ordonna que les titres de propriété des biens
^^ l*hoirie seraient déposés aux archives de la ville, dans un coffre
fermant à deux clefs, dont une pour le maire et une pour le principal
^u collège, quMnventaire en serait dressé et qu*enfin les Jésuites seraient
^^Qiis de rendre compte des revenus et de leur emploi aux magistrats,
^^Qs la forme indiquée par le testateur.
aOi L'ExsncyEMEyr en province
inséré dans les registres des délibérations de ia chait^^ bre de ville l).
< Le samedy 11 février 458J, Messieurs avertis d^
la mort de M. Odinet Godran, baron dWntilly, second président à la Coor, arrivée le 10, et qu*il avait institué pour ses héritiers la Ville et la Société de Jésus, la Ville a envoyé deux échevins vers les exécuteurs testamentaires pour pourvoir à la disposition de ses obsèques, et la chambre nommé des commissions pour faire sonner les cloches, faire faire un cercueil, une freste et une chapelle ardente, achat de draps noirs pour les obsèques et des torches armoyées de ses armes.
« Le principal du collège ayant esté mandé, il lui a esté commandé (vu que le deffunt avait ordonné un collège pour Tinstruction de la jeunesse), de se trouver avec les régens et escoliers, dont une partie porteroient des bousseaux ardens, et qu'ils feront des épi-
taphes.
a Que la chambre y assistera en robes de deuil, que le mayeur (2) marchera le premier, en chapperon de deuil, suivi des serviteurs dudit seigneur, en deuil; suivra la chambre.
a Qu'on y invitera les habitants des deux sexes.
(L Le lendemain dimanche, la chambre assemblée a délibéré que l'on priera les exécuteurs de faire vendre les biens périssables, comme bled et vin, pour subvenir aux frais de l'enterrement, et ayant reçu les habitans invités, ils sont partis vestus de robes noi-
(1) Voir aassi Livre de souvenance, de Pépio, p. 29.
(2) Le Tîcomte mayeur était alors Jean le Marlet, seignear de Gémeaux.
l'enseignement en PROvmcE 305
^^s, au domicile dudit defïunt. Les églises appelées et ^semblées devant ladite maison, y sont entrés les uns après les autres, chantant les psalmes de profundis, et aspergeant d'eau bénite le corps, paré et orné comme il est coutume de faire aux présidens décédés, ayant la face descouverte, la robe purpurine, le mortier et manteau de président au cercueil.
« La chambre assemblée dans une chambre, ont attendu la Cour et la chambre des comptes ; le corps levé par le curé de la paroisse Saint-Médard, pour le porter enterrer aux Jacopins, aestésuivy par le maire et les serviteurs du deffunt en chapperon et robes noires, suivis de la chambre, le corps entouré comme dessus par le collège portant housseaux ; ensuite venoient la Cour et la chambre des comptes, le bailliage et les sceaux, tous en noir, ainsi que les advocats et procureurs de la Cour et les bourgeois de Dijon en robes de deuil.
€ Le corps enterré, le prédicateur a fait son oraison funèbre, que la Ville a entendue assise sur les
sièges qui lui avoient esté préparés dans le chœur, ainsi qu'à Messieurs, d
Messieurs prirent ensuite à cette occasion une délibération par laquelle ils déclarent « qu'ils portent tant d'honneur et révérence à la mémoire dudit sieur président, qu'ils ne se veuUent qualifier fondateurs du collège par lui ordonné ; ains attribuent audit sieur cet honneur, le regardant comme fondateur entièrement dudit collège, y aïant pourveu par son testament, suivant lequel tout le revenu, censés et rentes délaissez par ledit sieur, demeurent audit collège, pour estre emploiez à l'entretien et érudition de la jeunesse
:300 l'enseignement en province
et dudit collège (1). » Ils déchirèrent en même te^P^ r ' exempt de la presque totalité des charges et im^^^ .'^ M« Antoine de Mouliy, greffier au grenier à sel, et ^' ''^^ cien serviteur du président Godran, « qui a fidèlenB ^^^ gardé, après son décès, le testament par lequel ce ï "'' ci instituait pour ses héritiers universels la ville *® Dijon et le collège des Jésuites de Paris (2). »
Ils mirent enfin le plus grand prix à. conserver ^^ portrait du président Godran ; car on voit que le ^^^ mai 1581, ils réclament « cette effigie aux Jésuist^ auxquels elle avoit esté prestée pour la messe qu'J* ont dite devant sa maison et qui l'ont placée s l'autel (3). »
C'est le 21 juillet 1581 que le maire avait commi nique à la chambre de ville les articles de Jacques P genat, rectour des Jésuites, pour rétablissement 4^ collège. Le 26 juillet, le Parlement ordonnait, « L chambres assemblées, que les vicomte mayeur et chevins de ceste ville et les Jésuistes seroient adverti par le greffier Joly d'apporter ou envoyer vendred prochain au Parlement la délibération faite entre eu: du lieu où devra estre estably le collège fondé par fet^ M. le président Godran ; » et le 29 du même mois, arrôt était rendu sur ce sujet (4). La veille avait été prise
(1) Arehiv. municip. ïnvent, p. 9A, col.1.
(2) Archiv. municip. Invent. p. 94, col. i.
(3) Reg. des délibér. de la chambre de ville.
(4) Voici cet arrêt : « Les chambres assembléed^ vea rexlrait àtè articles présentés le 21 du présent mois de juillet aux Ticomle majeur et escbeviDs de la ville de Dijon, par le provincial et recteur de It société du nom de Jésus, établis à Paris, contenant la déclaration de leur intention que le collège fondé en laditle ville par M. Odinet Godran, conseiller du Roy et président en Parlement, fut fait et dreaeé en la maison dudit Godran, consentement sur et preste par le sindicq de la ville. DesUbération du 28 dudit mois, par laquelle ledit vicomte mayeur
l'enseignement en province 307
par la ville une délibération invitant les Jésuites à l'avertir du commencement de leurs travaux de construction.
Le 21 août 1581, reprise de fief et acte de foi et hommage pour la terre de Champseuil et Lochère ^ta.ient faits entre les maires de Ponthus de Thiard , conseiller, aumônier du roi et évoque de Chalon, à cause de sa baronnie de la Salle, par Odo Pigenat, i*ecteur des Jésuites, et Etienne Tabouret, échevin de Dijon, comme délégués des héritiers du président Godran, et par acte, Tévêque, en considération de son amour pour les lettres et l'avancement de la jeunesse, tenaient quittes à perpétuité des droits d' amortisse demain-morte (1).
le 7 septembre, le recteur faisait savoir à la chaml>re de ville , que son désir était de « dresser des
^^ ^scbeTiDs, se disant duement avertis que les exécuteurs du testament
^u sieur Godran ayaiit veu et visité les commodités en laditte maison,
^uroient été d'avis que le collège fut fait et estably en icelle, auroient
^^dlibéré se conformer audit avis des sieurs exécuteurs, de sorte que le
^oUège pour rinstitulion de la jeunesse se fit en ladillc maison dudit
^^dr^u^ et ouy M« Pierre Colard, conseiller audit Parlement, Tun desdits
^^éçuteurs, la Cour, les chambres assemblées, a ordonné que, sur le
'^^^islre des délibérations failtes en la GrandXhambre dudit Parlement,
j,^**^ escrit que les vicomte maycur et esclievins et Jésuites ont, de
^^ta des exécuteurs dudit testament, fait élection de laditte maison
^^Or y faire et établir ledit collège, et a laditte Cour ordonné que c'est
^J^ charge qu*icelle maison demeurera perpétuellement affectée audit
y èçe pour riûstruction de la jeunesse de laditte ville dudit Di}oD, et
2^*^u collège rexcrcice et administration se fera suivant le testament et
^*^ conditions d*iceluy et sans que laditte maison puisse, à l'avenir,
^>*e convertie ou estre employée à autre usage.
^ été aussi conclu que lesdits vicomte majeur et eschevîus seront
I ^X'tis de mètre devers laditte Cour les articles qui seront dressés sur
^ particularités de Tordre nécessaire pour ledit collège. »
(^ ) Voir sur Ponthus de Thyard, qui tint un rang distingué parmi les
<^nts et les littérateurs et fit partie de la Pléiade, Galerie Bourgui-
^^<^nne, tome m, v«>, Thiard, où sont indiqués ses nombreux ouvrages
^ les sources à consulter pour sa biographie.
308 l'enseignement en province
classes à la saint Remy dans les estableries du f-^û président que tenoit le conseiller Millet, » et la chaKmbre s'empressait de commettre le procureur sync3ic pour aller prier ledit conseiller « de vuider les es^fcableries , pour que ledit recteur y fasse classes, o ^ ur cet ordre de la ville, le conseiller Millet faisait metK^e ses chevaux hors des écuries, dont le recteur prem ^t possession, et dès le 19 du même mois, ce dernier r^«cevait de la municipalité des propositions pour "KJa a arisméticien, * qui avait présenté requête.
Les leçons des Jésuites allaient donc commencer* Cependant ils n'avaient pas que des amis, et, dès ^^ début, le 30 octobre, la Cour était appelée à se saisir ^^ la connaissance d'un libelle diffamatoire en vers lati k3^ « affixé aux portes de leur collège, o
J'ai déjà dit que l'ouverture solennelle des class^^ des Jésuites eut lieu le 11 octobre 1581 ; le mênr^® jour, le Parlement statuait par l'arrêt suivant sur ^® règlement du collège :
« Sur la requeste verbalement faite par le Procurée:::::^ général à ce qu'il soit pourveu sur l'establissemen ^^ pensions et lieux nécessaires pour la commodité ^^^ et érection du collège naguerres fondé par défuiC^^ M« Odinet Godran, président à la Cour, duquel Texei cice et institution de la jeunesse doit être faite pa ceux du corps de la Société du nom de Jésus étant ei la maison de Langres, rue Saint-Jacques, en la viU( de Paris . institués héritiers par le testament dudi défunt, conjointement avec le corps et communaul de la ville de Dijon. Vu ledit testament du 9 de févri< dernier contenant la fondation et dotation dudit collège aux charges et conditions amplement mentionnéei^^^
en icelui. Arrêt du 29 juillet dernier, par lequel la maison du testateur auroit été destinée et affectée pour y tenir ledit collège, sans pouvoir être à l'avenir convertie ou employée à autre usage. Procès-verbal des Commissaires députés à la Visitation d'icelle du 2 du présent mois. Articles donnés par le recteur dudit collège sur le prix desdites pensions et nourriture des
pensionnaires. Avis du vicomte maïeur de ladite ville, et lesdits recteur, maïeur, échevins, procureur syndic et exécuteurs dudit testament ouïs au conseil, ensemble ce que sur ce a été dit parle Procureur général. «La Chambre séant au tems des vacations ayant fait assembler les présidents et conseillers étant à la ville, € A ordonné et ordonne qu'au dit collège y aura un principal dudit ordre et société, qui seul aura le droit et autorité de tenir et nourrir les pensionnaires, et sera tenu en recevoir un tel nombre que la commodité ®t capacité dudit collège pourra permettre, dont il ne pourra prendre pour la plus haute pension que trente- *rois écus un tiers, et pour l'autre trente écus, tant Pour nourriture que chambre , avec deux écus de ^ïiacun pensionnaire pour les bois, chandelles, buaiges et autres nécessités, en fournissant outre ce par lesdits pensionnaires leurs lits garnis seulement, qu'ils pourront retirer quand ils en sortiront, sauf toutefois ^o diminuer ou augmenter cy après selon la chèreté ^u vilité des vivres. La moitié desquelles pensions sera avancée pour cette année et le surplus par quartiers. t Prendront les pensionnaires leurs repas et réfec- **ons ordinaires en salle commune audit collège, en I^'^sence dudit principal et des préfets, lesquels, avec ^©8 régents et autres ministres du collège, seront
310 l'enseignement en province
nourris, alimentés, entretenus et salariés, si métier t-^'^'i sur les biens délaissés par ledit testateur, à la cha^^ ''S^ d'en rendre compte selon ledit testament et non ^^°^ lesdites pensions.
« Sera pourvu de place et cour capable et sul santé audit collège pour l'exercice et récréation ^0^^^ écoliers tant pensionnaires que autres es jours po ^^
ce destinés, ensemble des autres lieux nécessair "^^ selon que par les commissaires sera avisé, lesdt
exécuteurs, procureur général, maleur, échevins, pr cureur syndic et Jésuites présents ou appelés.
« Seront tous lesdits principal , régents, préfets ministres dudit collège, dudit ordre et société, de l^ langue et nation Françoise, et à cet effet, déclareront pardevant lesdits commissaires leurs noms et lieux de leurs nativités et les répéteront de six en six mois pardevant ledit maïeur. Le tout par provision et jusqu'à ce qu'autrement soit ordonné : et sera le présent arrêt enregistré en la chambre de ladite ville.
« Fait en ladite chambre, à Dijon, le 11 octobre 1581. :» Aux termes du testament, il fallait faire choix d'une maîtresse pour l'école de filles; après avoir nommé une commission « pour aller chez les Jésuites leur faire mettre le tableau de fondation du collège ordonné par le testateur (20 octobre) , » le maire et les échevins procédèrent, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, à cette désignation. Huguette Rolet, veuve Benoit, fut d'abord choisie, mais n'accepta pas ; le 14 novembre, le maire nomma à sa place Barbe Millet, « pour enseigner les filles à lire, cscrire et couldre en linge et en laine. » La délibération, datée du 14 novembre, porte que ladite Barbe Millet, native de Dijon, veuve de Claude
l'enseignement en province 311
Jacquinot, tailleur d'habits, recevra pour salaire quatrevingts livres par an, payables par quartier. Barbe Millet demandait en outre, « pour exercer ladite charge, deux filles sous elle avec quarante escuz de gages et une maison propre et commode pour tenir l'escole ; » mais il lui futréponduque les quatre-vingts livres étoient portées par le testament, et qu'à l'égard de la maison, on îl-viseroit s'il y avoit moyen dé lui en procurer une^
i.a fin de l'année se passa sans aucun autre incident,
si ce n'est toutefois celui auquel donna lieu la récla-
i^ï^cition par les héritiers du président Godran de ses
ï^ol^e, manteau, chaperon d'écarlate et livres que,
Pîxraît-il, s'étaient appropriés les huissiers. Un arrêt
du 15 décembre (1) condamna ces derniers à rendre
^t restituer le prix de la vente qu'ils en avaient faite,
^out en autorisant en leur faveur le prélèvement de
dix écus.
Le 12 janvier 1582, la ville, toujours prête à aider à Vétabhssement du collège, cédait aux Jésuites les matériaux provenant de vieux bâtiments, sis en l'île et. servant au logement des pestiférés, matériaux qu'ils
(i) a Entre les recteurs et asâociés du collège des Godraus, de la compagnie du nom de Jésus, demandeurs eu requeste du 19 septembre dernier, d'une part, et les huissiers de la Cour, dérendeurs, d'autre,
a Vu ladite rpquôte, tendant à ce que lesdits défendeurs soient coudamnés à la restitution des robe, manteau et chapeau d'écarlate du défunt M* Odinet Godran, président à ladite Cour, appointement du 1C« de novembre, contenant la contestation des parties, écritures et plaidoyers d'icelles, et cul le rapport du commissaire :
« La Cour, les chambres consultées, a condamné et condamne lesdits défendeurs à rendre et restituer auxdils demandeurs le prix par eux reçu de la vente qu'ils ont faite tant des desdits habits que livres distraits de la maison dudit président, après son décès, et ordonne que, pour celte fois, lesdits -défendeurs auront, sur ledit prix, la somme de dix escus poMT \e droit par eux prétendu, sans le tirer à conséquence, dépens de Tincident compensés et pour cause.
« Fait en la Toruelle, à Dijon, le 15« décembre 1581. »
312 l'enseignement en province
avaient demandés, à la charge de faire démolir cesn^oi bâtiments à leurs frais, et de faire recouvrir un au^ corps de logis, sis également dans Tile. Mais elle tei^ aussi a maintenir ses droits vis-à-vis d'eux , et, à ^ date du 9 février, la chambre (irenait une résolution aux termes de laquelle « comme le Procureur à ÂntiU} n'expédie les jours (i) que sous le nom des Jésuite
et ne parle pas des maire et eschevins qui sont au^^ héritiers conjointement, le maire prendra la qualité ^^ baron dWntilly dans tous les actes ainsi qu'il suity ^ savoir vicomte mayeur de la ville et commune de O^" jon, et surnom et qualité, seigneur et baron d'Antiliy ^ Cbampseuil et Lochères ; en outre, tous les bouts Tan du décès du sieur Godran, pour célébrer les vi* giles et messes dans Téglise des Jacobins où il est inhumé, Messieurs iront au collège prendre les recteur et régens, et entendront ladite messe dans Téglise des Jacobins. »
Le l^<'juin 1582, la chambre de ville, en réponse à la
(1) Plas lard, le 15 janvier 1585, à roccAsioo da legd da président JacqueroQ, la ville ajdt de môme et on Ht aux registres : « Le procureur syndic a reliais que le legs fait par feu M. le président de la Mothe par sou testament^ pour rinâtructiou de la jeunesse au collège des Godraus, dti seize cscaz, en principal deux cents livres, fut registrée et la grosse rcprc^sentée par lui mise au thrésor ; il a esté ainsi délibéré que cette groése sera portée au thrésor. » A esté délibéré que celui qui sera esleu à la première feste Saint-Jean vicomte mayeur de Dijon se continuera à Tadvenir de nommer à toutes actions de publications qui se feront par an es propriétés d'Antilly, Champseuil et Lochères, pour monstrer que les sieurs vicomte mayeur et eschevins sont les vrais maistres et singuliers propriétaires des biens destinés au collège des Godrans de la société du nom de Jésus, et commis Messieurs les vicomte mayeur, Toussaint de la Verne et Bernard, avec M. Pardessus (grand-prieur de Saint-Bénigne) pour TEglise, pour parler à M. le recteur dudit collège de mettre au thrésor d*icellc ville, dans uog coffre fermant à deux clefs, tous leurs tillrcs papiers, dont en aura une à la ville, une autre, suivant la volonté de leur fondateur, et quMl a esté ordonné par arrest* »
l'enseignement en province 313
demande faite par la maîtresse des filles, Barbe Millet, décidait qu'elle serait logée dans les chambres de rhô pital Saint- Jacques (1), et, en conséquence de cette décision, le 24 juillet suivant, elle faisait « proclamer que l'escolle des filles instituée par le président Godran se tiendroit sur les Cordeliers, dans le pourpris dudit hôpital. » Puis, par acte passé au mois d'octobre, confirmé par arrêt, était ratifié rengagement de payer par an quatre-vingts livres « à celle qui gouverne et instruit les filles. »
J'ai donné plus haut Tarrêt du 14 août 1582, qui îivait statué sur « ce qui estoit à faire du testament de Godran pour les lectures de philosophie, morale, arithmétique etc. ; » le 14 janvier 1583, la chambre de ^ille se préoccupait de l'exécution restée incomplète do l'arrêt ; mais la générosité dont, à partir de cette époque, on trouve de continuelles traces en faveur d^s Jésuites, laisse supposer qu'elle ne l'exigea pas
^Acirs bien énergiquement.
^ On n'a rien hasardé, dit Boullemier, en avançant l'^-^e, sans l'établissement nouveau d'Odinet Godran, ^^ collège Martin eût pu se remettre ; » il est certain, ^^^^ effet, que si ce collège eût reçu les dons et subven- *^^Dns qui, tout naturellement après la fondation Go- ^X^an, arrivèrent à son collège , l'ancien eût pu vivre ^^ prospérer. On en jugera par la seule énumération, *^îen incomplète encore, sans doute, que je ferai des ^^ssources qui lui ad vinrent de toutes parts :
Un arrêt de la chambre des comptes avait déclaré
(1) L*hôpilal Saint- Jacques, fondé par Jean Tallenet, et qui fut réuni, i645, à rhôpital de la Gbarilé, était situé rue du Petit-Potet. (Mil* •«nd. Les rues de Dijon, n» 67.)
les Jésuites incapables de posséder terres féodale ^ 6t d'en reprendre de fief qu'ils n'eussent obtenu du. roi les provisions nécessaires, « ce qu'ils seront tenus de faire dans un an. »
Un autre arrêt, du 17 mars 1583, leur enjoignit d.^ vuider leurs mains dans un an des biens sujets ^ l'amortisse ment et de les mettre en mains habiles. L^ roi, ayant vu ces arrêts, donna en date du 17 mai 15^5^» des lettres patentes adressées à la chambre das conn t^' les, par lesquelles il est dit « que tous ces délais ï^® sont que pour donner tems aux maire, eschevins ^^^ Jésuites de poui'suivre la remise de ses droite, quo*" que son intention ne puisse être telle, attendu qvt^^ en avoit disposé, et ordonne que ces délais soient re^ ^ treints à trois mois, sçavoir au 17 juin, passé lequer temps, il entend que lesdits biens soient amortis, e déclare les droits pour ce dûs, échus et acquis. »
Le 26, autres lettres patentes datées de Paris par lesquelles le roi accorde lettres de souffrance aux Jésuites pendant six ans pour jouir par leurs mains des terres féodales et roturières à la charge qu'ils vendront dans ledit tems les seigneuries et en employèrent les deniers à acheter terres roturières lesquelles seront amorties comme dès à présent S. M. les amortit avec la maison et autres biens que le sieur Godran leur a laissés, sans qu'ils puissent être contraints de vuider leurs mains devant ledit tems des terres nobles et roturières qu'ils acquerreroient , ni payer pour icelle aucune finance d'indemnité, de laquelle S. M. leur fait don, lesdites lettres enregistrées au parlement le 23 juin 1523, à la chambre des comptes le 5 juillet suivant, et au bureau des finances le 11 du même mois. »
l'enseignement en province 315
Le 15 avril 1583, la chambre de ville délibérait « Cfu'on donnera aux Jésuites pour leurs mérites d'avoir presché le caresme à Saint-Michel et à la Sainte-Chapelle , un des calices et la platine (patène) de la ville. »
Le 16 août, permission était donnée au collège Godran de jouir des fonds et superficie des bois appelés le grand et le petit Vernois. On trouve à la date du 40 novembre 1595 l'enregistrement de cette autorisation (1).
Le 20 mars 1584, était publié en la chancellerie l'extrait suivant du testament de M* Bénigne Jacqueron, sieur de la Motte et de Cussy-le-Chàtel, conseiller du roi, président en la chambre des comptes de Dijon : « Je lègue au profit du collège et instruction de la jeuï^esse de la ville de Dijon la rente annuelle et perpétuelle de seize escus deux tiers, pour icelle estre employée et convertie à l'entretenement des régens qui ^ûstruiront ladite jeunesse, et à cet effet d'autant qu'à P'^ésent il y a le collège fondé et doté par feu M" le pré- ^^^ent Godran, je veux et entens que ladite rente soit ^^vée et perçue par ceux de la société du nom ^ Jésus destinés pour l'entretien de ladite jeunesse, p^quels jouiront de ladite rente, en même nature, quauté et condition qu'ils font du bien à eux délaissé par ^ testament dudit feu sieur président Godran, et non ^^trement, et ou il adviendroit qu'ils délaisseroient et ^^^continueroient l'exercice dudit collège et instruction ^^ ladite jeunesse, en ce cas je veux que ladite rente ^^tourne au profit de l'ancien collège de ladite ville,
(t) Voir tome i^ p. 141, manuscrit 456 de la bibliolhèqae publique de "Mon.
31G ï/knseignement en province
et pour y parvenir que ladite rente soit employée ^0^^^ les gages et augmentation du salaire du premier ré^^^^^ dudit collège, lequel par ses mains lèvera ladite v^^^^ sur celui qui tiendra l'assignai d'icelle déclaré cy ap^^^- Pour la conservation de laquelle rente, et afin qu'^^"® soit perpétuellement employée audit usage, j'ai assi^^^ et assigne icelle spécialement sur la rente à moi d^^ en réminage de cette ville de Dijon, laquelle demeti rcra à cet elTet spécialement alTectée, et le possesseu d'icelle chargé du payement envers ladite société dff Jésus, ou au premier régent, sans que ladite rente puisse être rachetée par aucun, soit principal, ainsi demeurera en nature de rente foncière : bien pourrat-elle être transférée sur autre bon et suffisant assignai, si cela se trouve être raisonnable par avis et délibération des sieurs vicomtes mayeurs de ladite ville et desdits de la société de Jésus, et que telle délibération soit homologuée par la cour de parlement,etd'autant que r usufruit dudit assignai a été par moi [donné] à Claude le Breton, damoiselle ma nièce sa vie naturelle durant, je veux que ladite rente attendant Texlinction dudit usufruit soit payée par mes héritiers cy devant nommés qui en demeureront chacuns solidairement obligés au payement, et en outre j'assigne la rente en tous cas et à Tavenir sur tous et chacun mes biens presens et avenir. Signé : Martin et Morel. »
Les termes mêmes de ce legs font bien voir, comme Ta remarqué l'abbé Boullemier, que «le collège des Martins ne fut privé de la libéralité du président Jacqueron que parce que le nouveau le réduisait à l'état d'anéantissement, où lui-même avait fait tomber l'ancienne école. »
l'enseignement en province 317
Le 27 avril 1584, et conformément à sa volonté, les héritiers du président faisaient poser dans la chambre du conseil de la ville un tableau de cuivre , sur lequel étaient inscrits ses legs : q M. Jérôme de Cirey, seigneur de Maigny, conseiller du Roy en la (lour, Fun des héritiers de la Mothe Jacqueron, assisté de M. François de Villiers, advocat à ladite Cour, exécuteur testamentaire dudict deffunct, ont fait apporter en la chambre de la ville le signe du sieur deffunct, portraict en ung grand tableau, étant requis messieurs les vicomte mayeur et échevins séans en la dicte chambre avec le procureur syndicq de faire mectre en lieu apparent de ladite chambre ledict portraict pour perpétuelle mémoire des biens et aulmônes qu'il a faites par son testament, tant au collège des Jésuites qu'aux pauvres et aux pensionnaires de la ville. Ce qui leur a esté accordé par mes dicts sieurs qui ont loué la mémoire d'icelui feu sieur de la Mothe. »
€ Indépendamment de ces marques d'un zèle volon- Uûre pour rétablissement naissant, dit l'abbé Boullemier, ceux à qui la direction en fut confiée eurent le secret de s'en procurer d'extraordinaires par leurs ^llidtations, et au moyen de protecteurs qu'ils se Ménagèrent. Les préventions, Tenthousiasme firent accueillir toutes leurs demandes. En 1583, la troisième ^née de leur fondation, un des conseils de la province représenta aux Etals assemblés Vutilité qu'ils apportaient au pays en Vinstruclion de la jeunesse^ ^ les supplia qu'en cette considération j il leur plût de ^ gratifier de quelque notable somme pour la con^ *'**tictton de leur église et de quelques chambres et
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classes pour leurs écoliers. Les Etats firent droit aL la demande. » Voici, en eflet, ce qu'on lit à ce sujet a», nx registres des Etats (C. 3016, fol. i 15) : Ce nefutqu^ le commencement de la série de bienfaits dont surent se faire combler les Jésuites :
(c Dans rassemblée des Etats, au mois d'aoust i5S4, sur la recommandation faitte par le conseil des Et23ils à ce que pour Futilité que les recteurs et regens ^u collège des Goudrans, fondé en cette ville de Dijon, apportoient au public en Tinstruction de la jeunesse 9 ^^ plut aux Etats accommoder de quelque notable somE^s^^ lesdits recteurs et régens étant de la société du no^ de Jésus pour être employée à Tédification d^une clr^** pelle et de quelques chambres et classes pour retirer ^* jeunesse audit collège en considération que tous le p^^^ en sentoit le proffit : lesdits Etats pour donner occasi -^^ auxdits recteurs et régens de persévérer soigneuserae^^^ au soin qu'ils ont eu de Tinstruction des jeun-^^^ enfans tant aux lettres qu*à la piété, et mieux di^^ ^^
poser les chambres et classes dudit collège pour commodité des écoliers, ont ordonné que pour cet:^' fois et sans le tirer à conséquence pour Tavenir, somme de cinq cens écus leur sera baillée et délivra ''^ des derniers dudit païs pour être employés] à l'efï» ^* des susdits et non à autre usage, et ont lesdits Etal -^^. chargé lesdits élus d'y prendre garde et voir quelquefoi: ^^^*^ les édifices qui seront faits et bâtis desdits deniers, (^ ^ a été ordonné que la délibération des villes d'Autu "^ ^^
et Auxaire qu'ils n'entendoient payer aucune chose d la ditte somme, d'autant qu'ils avoient de bons ce lèges, sera registrée. »
Les villes d'Autun et d'Auxerre avaient déclaré, e:
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effet, qu'ayant de bons et suffisants collèges, elles n'entendaient, en aucune façon, prendre part à cette générosité des Etats.
« Cette première faveur, continue l'abbé Boullemier, fut suivie d'une autre non moins utile. Les amis que les Jésuites s'étaient déjà faits dans le parlement voulurent aussi signaler leur zèle pour les nouveaux instituteurs et leur laisser entrevoir Taccueil favorable qu'ils devaient en attendre. Un religieux de la Chartreuse de Dijon avait fait à son couvent un don de six cent soixante-six écus deux tiers, à condition qu'ils Seraient employés à y bâtir une chapelle. Les chartreux ï^' savaient pas voulu l'accepter ; et bientôt il y eût une ^rà^lance formée de le part de Claudine Druet (ou ^r^et), mère, et Antoine Besançon, frère du religieux, pour revendiquer cette somme. Ils furent déboutés de *^Ur demande sur les réquisitions du Procureur géné- ^Ul, et, par arrêt du mercredi 6 août 1586, les deux *^îlle francs furent adjugés aux Jésuites, pour les aider ^ construire la chapelle de leur collège, d
De quel droit les Jésuites avaient-ils pu prétendre *^ cet acte de spoliation de la famille? comment justifier un pareil arrêt? Ce n'est évidemment pas sans ï*Dison que l'abbé Boullemier a vu dans cette aflaire Une nouvelle et irréfragable preuve de la rapacité des Membres de la compagnie de Jésus et du bon vouloir exagéré du Parlement pour eux.
« C'est par les mômes motifs, ajoute-t-il, qu'après avoir obtenu de l'argent, ils jetèrent les yeux ^ur des matériaux à leur convenance, qu'ils tâchèrent d'avoir aussi gratuitement (1). Depuis plusieurs
(1) Preuves de Phistoire de V église Saint'Estknne^\%. Î85.
320 i/exseignêmext en province
années, Saint-Médard menaçait d'une raine prochaii^-^* Les paroissiens avaient résolu de la rebâtir et ^*^ Tagrandir. Les matériaux étaient tout prêts ; mais ^^ malheur des temps avait suspendu l'exécution du jet, et un arrangement nouveau avait fait renonc à l'entreprise. Ces matériaux, déposé^ sur la placi nuisaient au passage ; on craignait aussi que le s'en emparât pour les fortifications de la ville, et o ^ avait pris le parti de les mettre en vente. La publication en avait été faite, et personne ne s'était présenté pour les apprécier. Les Jésuites les demandèrent pour la construction de leur église. De par une délibération du 11 janvier 1587, les fabriciens les leur accordèrent à la charge de bâtir à leurs frais un mur dans toute rétendue de la place du côté de Saint-Vincent (1), de nettoyer et niveler cette place, et de consigner, dans leur église, sur une plaque de cuivre, les motifs de cette libéralité (2). »
Le 27 février suivant, la chambre de ville consacrait par une approbation cet abandon des matériaux de Saint-Médard : «Vu, lit-on aux registres, le procès-ver-
(1) L'église Saiot-VîDceDt, dont remplacement a conservé le nom de cour Saint- Vincent, et qui avait donné son nom à la rae où elle était située, appelée plus tard rue Saiot^Michel, puis rue Vaillant, se trouvait près de Saint-Elienue, dont elle était le cimetière. (Milsand, les rues de Dijon, n« 56.)
(i) L'église Saint-Médard, l'one des paroisses de la ville, était située dans la rue Saint- Vincent. Le patron de cette église était en grande vénération et l'on attribuait, parait-il, à ses reliques une grande puissance, car à l'occasion d*une procession pour la pluie, le iO août 1706, la chambre délibéra qu'on y porterait le chef de Saint-Médard. On aait, d'ailleurs, que ce saint passe pour un de ceux qui font la pluie ou le beau temps. S'il pleut le jour de sa fête, on prétend qu*il j en a pour quarante jours. — On trouve encore aux délibérations, à la date de décembre 1723 : Prière pour la pluie. Exposition de la châsse de Saint- Médard.
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bal reçu J. Morel, notaire royal, par lequel le curé et les paroissiens, voyant l'achèvement de Saint-Médard Impossible, ont résolu d'en donner les matériaux aux Jésuites pour employer à la construction de leur chapelle, la chambre y consent, à charge qu'ils seront démolis par lesdits sociétaires de Jésus, qu'une plaque de cuivre revêtue pour mémoire perpétuelle sera infixée dans le mur qu'ils feront faire, pour fermer le cimetière de la paroisse et les maisons de Saint- Etienne. -»
Le 7 mars était posée la première pierre de l'église des Jésuites, ce qui se passa, dit Pépin (i), a avec grande cérémonie et réjouissance. »
La même année, le collège obtint encore des Etats une gratification de cent écus pour être em« ployés à la construction des classes (2). a Ce n'est pas, constate l'abbé BouUemier à cette occasion, qu'à cette époque les Jésuites donnassent beaucoup d'attention à instruire leurs écoliers dans les belles-lettres. Heureux s'ils ne se fussent occupés que de ce soin important! mais bientôt ils l'abandonnèrent, et l'ont toujours laissé depuis à de jeunes gens sans érudition et sans expérience. Personne n'ignore avec quel soin et quelle attention ils s'attachaient à séduire ceux des écoliers auxquels ils croyaient des talents propres à leur société. A peine ces enfants avaient-ils achevé leur cours d'humanités, qu'on les enlevait, et c'était après un noviciat de deux années qu'on les envoyait régenter dans un collège, et donner des leçons à des élèves qui n'étaient guère moins âgés qu'eux. Etaient-ils
(1) Livre de souvenance, p. 38.
(2) Registres des Etats.
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bien capables de former leur esprit et leur cœur ! Ceux qui avoient vielli sous le harnois se livrèrent entièrement à la prédication et à la direction des consciences. C'est par ces deux moyens si puissans qu'ils se rendirent maîtres de tous les esprits.
Il y parut bien aux Etats de la province, assembhés à Dijon au mois d'août 1588, et aux suivans qui furent tenus dans ces tems de trouble, de délire et de fanatisme. Un décret des premiers leur accorda 1200 écus par forme d'aumône (1). Et comme ils ne purent toucher cette somme aussi promptement qu'ils l' avoient désiré, ils eurent recours aux élus qui, pour les dédommager du retardement qu'ils essuyoient, ordonnèrent le 23 octobre 1589 qu'il leur fût payé une somme de 150 écus, à la charge que si les Etats ne vouloient pas l'allouer, elle seroit retenue sur les 1200 écus qu'ils avoient obtenus l'année précédente.
Comment se pouvoit-il faire que dans un moment où la misère des peuples rendoit le recouvrement des impôts si difficile on en prodiguât ainsi les revenus ? Les Jésuites alors s'étoient rendus nécessaires, ou se faisoient croire tels. On les regardoit comme des héros suscités pour le soutien de la religion qu'ils crioient toucher à sa ruine ; les chaires ne retentissoient plus que de leurs déclamations séditieuses ; et les chefs de la Ligue s'en servoient adroitement pour séduire un peuple naturellement doux, affectionné à ses rois, et le porter à la révolte contre celui que ses droits et les lois appeloient au trône. [Ils en furent les premiers punis; bientôt leurs fonds ravagés, leurs revenus
(1) Voir flur ce décret archiv, du départ., c. 8069, fol. 151.
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«arrêtés les réduisirent à la plus extrême indigence ; ï>aais les moteurs secrets de leurs coupables emportements surent les tirer du précipice où ils entrainoient '^s autres. Les deniers de la province furent encore ^^crifiés plus d'une fois à cet usage peu légitime, et ^vi*on sut colorer du prétexte spécieux de la commi- ^éxation et du bien public. »
Plus loin, on verra que la conduite des Jésuites Pendant la Ligue ne justifie que trop bien la sévère ^I>préciation de l'abbé Boullemier. Il suffirait d'ailleurs, t^Our juger de leur insatiable avidité, de se souvenir ^Vec quelle attention la ville devait surveiller leurs <lémarches et défendre vis-à-vis d'eux ses intérêts ^\le le moindre sentiment de reconnaissance eût dû garantir de toute atteinte de leur part. Déjà, j'ai cité plusieurs exemples de leurs tentatives d'empiétement. En 1588, j'en trouve un autre. On lit, en effet, aux registres municipaux, à la date du 5 avril de cette année, que le procureur syndic ayant remontré que les Jésuites ont obtenu lettres patentes du Roi, qui les autorisaient à vendre la baronnie d'Ântilly, Champseul et Lochères, ledit procureur est chargé de leur rappeler qu'ils ne sont qu'usufruitiers, et que la ville est propriétaire. La Chambre décide, en outre, qu'elle se pourvoira auprès du Roi, afin que la ville soit maintenue dans son privilège de tenir ces teiTes en fief, sans qu'il y ait besoin d'amortissement.
Le différend se souleva encore en 1589 et motiva une nouvelle délibération le 17 février.
Cependant, la ville n'en continua pas moins à se montrer à la fois généreuse et pleine de déférence pour
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les Jésuites. Non seulement elle les autorisa à a prescher et annoncer au peuple la puissance de Notre Saint Père le Pape, pour lever les mauvais propos qui se faisoient et se semoient par ceste ville, qu'il n'avoit la puissance d'excommunier le Roy, s'il a mérité de l'estre (1) », mais elle les y encouragea par ses applaudissements, et, ce qui les toucha infiniment plus, par ses faveurs et ses subventions. Le prévôt des marchands et échevins de Paris ayant écrit le 30 septembre 1589 aux magistrats de Dijon qu'il était nécessaire, dans Tintérêtde la cause, que chacune des villes de l'Union ait un correspondant à Paris pour la tenir au courant de ce qui s'y passait et démentir ainsi les faux bruits semés par les ennemis, et qu'il les priait, en conséquence, d'en choisir un et de le faire connaître, lesdits magistrats n'eurent aucune hésitation. Dès le 47 octobre, la Chambre de ville fit répondre que, pour son correspondant, elle faisait choix du Recteur du collège des Jésuites de Paris (2), et le 28 novembre M. Laverne, ce antique, » annonçait avoir prié M. le Recteur des Jésuites d'intervenir par ses lettres auprès de son collègue de Paris, pour qu'il voulût bien accepter « la charge et commision i> que lui offrait la ville de correspondre avec elle des affaires de l'Union.
Le 8 août précédent, la Chambre avait décidé qu'il serait donné cent écus aux mêmes religieux « qui
(1) Ce soDt les ternies mêmes de Taulorisation donnée^ en 1589, au père Charles, le même jésuite qui, en 1592, devait faire le sermon à Saint-Bénigue, lors de la « fort belle procession générale » qoise fit pour la pluie et dont Pépin nous a conservé le récit.
(2) Analecta diuionensia. Correspondance de la mairie de Dijon^ l. n, p. 3J3.
l'enseignement en province 325
sont, est-il dit dans la délibération, dans une telle pauvreté, que souvent ils n'ont point de pain, et que les régens ne boyvent point de vin. Et considérant le labeur auquel ils s'employent, tant aux prédications qu'ils font pour maintenir et édiffier le peuple que à instruire aux bonnes lettres les enfans de ceste ville et de la province, le Procureur syndicq ouy, a esté conclud et délibéré que la somme de cent escus sol leur sera donnée et fornie le plus diligemment que faire se pourra. »
La Chambre de ville faisait en même temps brûler par l'exécuteur des hautes œuvres, sur la place de la Sainte-Chapelle, plusieurs livres « hérétiques » appartenant à M* Pierre-Odebert, ci-devant conseiller à la Cour, Chrétien Margeret, ci-devant auditeur à la Chambre des comptes, Hugues Langlois, Jean Richard et François Brigandet, avocats, et à Claude Borbetain, graveur, réfugié à Genève. Puis le conseil d'État de l'Union, établi à Dijon, défendait tout aide et assistance aux « ennemis et hérétiques » à peine d'emprisonnement et de confiscation (1).
Le 25 août, enfin, on armait les Jési/ites. La Chambre ordonnait qu' « arquebuz à crocq leur seraient données avec quatre hommes pour garder leur château d'Antilly. »
On avait, le 13, appris la mort du Roi, assassiné par Jacques Clément.
Le 8 octobre 1587, le Procureur syndic avait chargé de présenter requête à la Cour, tendant à ce que les escholliers allant au collège des Godrans donnassent à
(1) Registre 264^ fol. 14 (1589-1592) des causes de la mairie. Arch, départementaltts.
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l'entrée et ouverture des leçons « quelque somme rai sonnable qui serait mise es mains d'ung notabl bourgeois, pour estre employée au parachèveme: des classes commencées au collège pour la seurté commodité des escholliers (1).» Un arrêt conforme la requête avait été rendu ; le 17 octobre 1589, la Chambre de ville revint sur ce sujet, et il fut réso que (n attendu la nécessité notoire et faute de moye des recteur et régens, chacun des escholliers paier
deux escuz par égalles portions, à quatre termes, premier commençant le lundi dix-neufviesme du mois d'octobre, et les autres de trois en trois mo qui seroient receuz gratuitement par M* Anthoine Moisy, pour estre par luy employés ausdits paracli vement et construction desdites classes. »
Le vicomte mayeur Michel étant mort le 10 janvi 1590, ce fut encore aux Jésuites que fut réservé l'ho neur de faire son éloge funèbre : a Sera prié, lit-on sljs^x registres de la ville, le recteur des Jésuites de fai ^^re une oraison funèbre à la gloire de Dieu et louan^se des mérites du sieur defîunt, vicomte mayeur MIcIb. ^1 (2).» Quelques mois plus tard (6 juillet), la viH©
(1) Quelques mois après qu*eUe avait imposé aux parents ce prix. ^® pension pour leurs enfants (4 décembre 1587), elle leur indiquait» ^^ les rappelant au respect des lois somptuaires, les dépenses auxqo^^ ^®' ils devaient renoncer : « Veu Texcruivité des habits des enfans, ^^^ peut un jour causer la ruine et la dicipation des maisons^ la chaoci^^'' esborte les pères et mères de donner à leurs enfaus des habits de»A»^^' et simples, selon leur état^ et à se conformer au règlement sur ce C"^^ et veu que les parrains et marraines font aax enfans des effrénés pri appelés quinotz, et que les parens sont obligés à d'autres présens^ ce leur est très préjudiciable, pour réprimer de tels abus, la chafK^ défend de faire des présens de plus de trois escuz un tiers, & peine conflscalion. »
(2) Le chanoine Pépin nous a conservé dans les passages loi vanta de livre de souvenance la mémoire de Michel : « Le 17 juin 1689, M. Pi^
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venait d6 nouveau à leur secours par une allocation de cent écus «c sur le rapport de la nécessité et misère où ils étoient réduits. » Le même année encore, le 20 octobre, le provincial faisait avec le recteur Jehan Gentil entendre ses doléances à la chambre, t Après avoir pris place et séance au grand banc après messieurs du clergé où ils ont fait discours de la dizette et pauvreté dudit collège, que pour Tinjure du temps régnant chacun se ressent de la perte, ce qu'ils savent bien considérer estans de leur part vouez à souffrir toutes sortes de maux, et la faim, la soif, froidures, malladies et toutes autres incommodités, ^tkl que leur corps le pourra supporter pour l'honneur de Dieu et de sa gloire ; mais d*icelles si falloit-il ^sviter les plus dommageables. Car, mourant de faim, de froit, faulte de norriture et vesture, et es- ^^z réduitzen malladie, s'est cesser les prédications, Confessions et instructions de la jeunesse, qui apporte- ^oient ung mal dommage et inestimable, comme la ^[X)mp3gnie le savoit trop juger et congnoistre. Doncq la supplyoient humblement y vouUoir toucher et adviser et faire qu'ilz puissent estre maintenant.» La Chambre de ville délibéra cette fois qu'il leur serait donné par an deux cents écus, et l'on verra en 1592 que ce ne fut pas tout, malgré les largesses que, de leur côté, firent les Etats au collège des Godrans.
Michel, syndic du pays, a esté esleu pour garde des évangiles de cesle ville. Le SO, il a esté esleu publiquement par tout le peuple maire de Dijon ; et a esté démis M. Pierre Verne, lequel devoit estre continué pour les grandes affaires. Le 25, ledit Michel a preste serment. Le 9 janvier 1590, M. Pierre Michel, maire de ceste viile^ est mort, et décédé le 10 (sic), mal fut grand dommage pour la république ; il estoit procureur syndicq des Estais, et capitaine des eiifans de la ville : il a esté inhumé à Saint- Estienne.» Pépin, p. 51 et 58.
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Mais il n*y avait pas à s'occuper que de lui : recelé des Qlles avait, on le sait, été établie, et ne méritait pas moins de sollicitude. Or, malheureusement, la surveillance, dont elle devint l'objet, en démontra la déplorable tenue. Des plaintes nombreuses furent faites à la chambre des pauvres, contre c la maîtresse des filles estant à Thospital Saint-Jacques, de sa mauvaise et impudicque vye, mesme accusée par son mary. » Le vicomte mayeur se fit à la chambre Técbo de ces plaintes. La politique trouva naturellement place dans l'affaire : la maîtresse, par représaille contre son mari, Taccusa à son tour a d'estre ung politicque et d'aller ordinairement à Langres. » Mais cela ne pouvait la disculper ; l'inconduite de cette femme était avérée : « Voire elle a recongneu et confessé que l'une desdites petites filles a couché avec une putain, par elle receue ayant la verolle, qui Ta donnée à icelle petite fille.» D'autre part, les enfants déclaraient qu'on ne leur enseignait rien : m Lesdites filles ont dit qu'elles n'estoient instruites à chose que ce fust; ains estoient envoyées à jornées sa et la par ladite maistresse pour en avoir le gain et proffit, sy bien qu'il convenoit en y mettre une autre et pourveoir au chastiment de la mauvaise vye de ladite maistresse. Ouy le Procureur syndicq, et veu l'article du testament de feu M. le Président Godran, contenant establissement de ladite maistresse, dont lecture a esté faite, ensemble de plusieurs requestes présentées par des femmes pour eslre reçues à ladite charge, la chambre a conclud et délibéré que doresnavant ne sera employée femme à icelle charge qui soit mariée, ains une femme ancienne de bonne vie, mœurs, religion catholicque, pour
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oràseigoer les filles à lire, escripre et de toutes sortes d* ouvrages de fiUet et de layne ; et pour en trouver Une de ceste qualité et condition, remplye de modestie ôt vertu, sera proclamé dimanche prochain aux pros- ^cà^s des esglises, affin de le dire et rapporter pour pro- <^ôder à sa nomination. »
Cette décision, prise le 21 août 1590, fut immédiateent mise à exécution, et, le 10 septembre, « la mme ancienne, remplye de modestie et vertu » ^tait découverte : la chambre nommait Philiberte de ^ourray maitresse des filles de l'hôpital Saint-Jac- C]ues « pour ce qu'elle savoit lire et escrire, travailler en toutes sortes de linges. »
Cet incident rappelé, je reviens aux Jésuites et aux subventions qu'on ne cessait pas de leur prodiguer. Les Etats assemblés en 1590 « informés de la nécessité où se trouvaient les Jésuites qui étoient obHgés et contraints de mandier, pour ne pouvoir retirer aucune chose de leurs fonds et rentes, considérant le profit et utilité qu'ils apportent à l'instruction de la jeunesse, pour les aider à leur nourriture et leur donner occasion de persévérer, ont conclu que pour cette fois, et sans tirer à conséquence, et sans espérance d'obtenir cy-après aucun don, pour quelque cause que ce soit, la somme de cinq cens écus leur sera payée chacun an, pendant les trots prochaines années, des deniers qui proviendront de l'augmentation qui sera faite du prix du sel, à la charge qu'ils ne pourront pendant ledit tems lever par mois sur leurs écoliers aucuns deniers, selon qu'il a esté quelquefois cydevant fait, duquel les députés de la ville d'Autun se sont opposés, et s'en sont rendus appelans.
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Sur le rapport fait par les commissaires députés à la vérification de Tadministration triennale des précédens élus, vue la délibération faitte par lesdits élus, le 24 octobre 1589, par laquelle ils auroient accordé aux Jésuites sous le bon plaisir et vouloir des Etals la somme de cent cinquante écus pour le retardement de payement de douze cents écus à eux aumônes par lesdits Etats dans leur assemblée du mois d'août 1588, à la charge que au cas où lesdits Etats ne voudroient avouer ladite ordonnance de cent cinquante écus, icelle somme seroit précomptée sur lesdits douze cents écus : lesdits Etats ont conclu que lesdits cent cinquante écus seront précomptés et déduits sur les cinq cents écus à eux accordés par an, pour aider à leur nourriture (1). »
C'était, on le voit « pour cette fois, sans tirer à conséquence, et sans espérance d'obtenir cy-après aucun don, pour quelque cause que ce soit, d malgré les protestations des députés de la ville d'Autun, et <k contre l'avis de quelques hommes sages et modérés», qu'il était fait droit à la demande; mais, pas plus de l'opposition faite que des réserves insérées au procès verbal, il ne devait être tenu compte dans l'avenir, et voici comment l'abbé BouUemier condamne les Jésuites à propos de cette nouvelle subvention qui leur était aaumônée»: «Ce décret déposera éternellement contre la société qui, rebelle à son Roi, ne se fit point de scrupule d'enfreindre la lettre et Tesprit de son institut et de sa règle. Les cinq cents écus ne leur furent accordés qu'à la charge de ne pouvoir,
(1) EtaU. C, 8816, fol 280.
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durant les trois années, lever par mois sur leurs écoliers aucun denier, selon qu'il a été fait cy-devant, quoique cela leur fût expressément défendu par leur institution.
«Assurés de ce côté, ils persistèrent avec plus d'opiniâtreté dans leur aveuglement, tenant en public et en particulier les discours. Détournons les yeux de tous ces excès, et ne suivons les Jésuites que dans ce qui a rapport au collège. »
Je fais, quant à présent, comme Boullemier, dont la discrétion s'explique : mais, plus loin, en 1593, je devrai revenir sur les propos particuliers et les prédications auxquels il se contente de faire allusion ; car leur ardeur et leurs violences sont trop caractéristiques des habitudes passionnées et autoritaires de la célèbre compagnie^ pour être passées sous silence. N'étaient-elles pas d'ailleurs pour les élèves du collège des Godrans un exemple qu'ils n'ont que trop sui- -vi ; et dès lors n'eurent-ils pas sur la jeunesse dont elle avait charge, une influence que je ne saurais taire ?
Les trois années durant lesquelles était attribuée la subvention de cinq cents écus s'écoulaient, et il fallait prévoir de nouvelles ressources pour remplacer celles qui allaient faire défaut. La chose n'était pas facile; les circonstances la favorisèrent. La magistrature, autrement dit la municipalité dijonnaise, n'était composée que de ligueurs. A sa tête était l'un des partisans les plus ardents de l'Union, Etienne Bernard (1) :
(i) Voir sur Elienne Bernard^ dont M. J. Garniera publié daDs labibliothëque des Chartes les curieuses lettres sur rassemblée des états gênéraox de la Ligue, tenus à Paris en 1 598, Galerie Bourguignonne, t. I.
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la pieuse compagnie sut en profiter. Après avoir obtenu des Élus, également ligueurs, dès 1591, une nouvelle allocation de trois cents écus (1), elle était, le 2 juin 1592, autorisée par arrêt du Parlement rendu, chambres assemblées, contrairement à ce qui avait été convenu précédemment et à toute règle, à lever, « attendu la nécessité du temps et leur grande pauvreté, cinq sols par mois, sur chacun des écoliers, pour Tentretenement du Recteur et des Régents; » et, le 28 août suivant, sur une requête présentée par les Pères Bernardin Castor, provincial, et Jean Gentil, recteur, la Chambre de ville délibérait que « durant ce temps de guerre, tant que le revenu du collège manquera d'être levé par les Jésuites, comme auparavant, et jusqu'à ce qu'il ait été plus amplement pourvu à la nourriture et entretien des prédicateurs et des régents, la ville paiera au collège la somme de quatre cents écus par an et par quartier ; qu'on leur notifiera cette délibération, pour empêcher qu'ils ne perdent du temps : qu'il en sera aussi donné connaissance à messieurs du clergé, du Parlement et de la Chambre des comptes, tenus à cette contribution, comme de deniers de fortification, afin d'en fournir leur quote-part; et que le premier payement com^mencera au premier octobre, jour de l'ouverture des classes (2). i>
Le soin mis par les magistrats de la ville à aider et entretenir les prédicateurs est assurément la meilleure preuve que la poUtique inspirait, autant que l'intérêt du collège, leur générosité. Aussi bien, ne s'en
(1) EtaU. C, 3071, fol. 138.
(2) Archives du Collège^ liasse 8, colle 1.
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tenait-on pas à rencouragement et à «l'entreteneent]»des seuls Jésuites. Les autres religieux dont parole était Tinstrument le plus puissant de nos lia ttesintestines, les Carmes, lesCordeliers, les Jacobins étaient également subventionnés et les malheureux oontribuables étaient tenus de ces impôts arbitraires, oomme des plus indispensables, «comme de deniers ^^ fortifications. » C'est ainsi qu'on voit souvent la Glnambre de ville venir à leur secours, comme en ^ S90, où touchée de ce que ces trois ordres, ne pouvant ^ller quêter dans les campagnes, comme ils en î^vaient l'habitude, se trouvaient, est-il dit, dans -la plus grande misère, elle avait voté en faveur de chacun ^es trois couvents le don de douze écus.
Il faut reconnaître d'ailleurs que, par le zèle avec lequel ils remplissaient leur rôle de perturbateurs du repos public, tous ces porte-paroles de la Ligue, avocats de la Sainte-Union, gagnaient bien leur argent. Malgré la célébrité des prédications qui se firent alors par toute la France contre les protestants et le Roi de Navarre, on peut dire que nulle part peut-être, ces prédications ne furent aussi violentes qu'à Dijon. L'intérêt de l'histoire, comme celui de la connaissance exacte du caractère des religieux militants, si constamment les adversaires de nos tendances nationales, semble commander, en abordant cette époque, de leur consacrer quelques pages.
Sans remonter bien haut, il serait aisé de suivre l'influence désastreusement anti-patriotique, anti-française, exercée au moyen des prédications, mais en aucun temps cette influence ne se fit sentir comme durant la Ligue. Jusque là, les prédicateurs avaient
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su conserver une certaine modération relative : a Au mois de mars 1574, dit Pépin, il preschoit en ceste ville, aux Jacopins, un sçavant homme, doctear du dict ordre, nommé Prévost, et de fort grande condition (1). » Le talent et la science attiraient à Prévôt de nombreux auditeurs ; mais ce n'était ni la fougue, ni l'esprit de sédition. Déjà, en 1588, il n'en était plus de même. Les 19 et 20 décembre, le Parlement blâmait vertement le cordelier frère Jacques et un autre prédicateur en présence des autres religieux « pour leurs propos convicieux, les admonestant de la décence et modestie nécessaires à l'édifification du peuple et de l'instruire à l'obéissance, honneur et révérence deue aux magistrats (2). »
Le 17 mars de la même année « les gens du Roy mandés, leur avait été ordonné par M. le premier président de s'informer d^aucuns propos scandaleux que l'on disait avoir été tenus par le prédicateur Jacobin (3). ï>
Mais c'est en 1593 que les manifestations politiques prirent ouvertement pied dans la chaire ; apparaissent avec toutes leurs ardeurs effrénées les prescheurs et notamment les Pères Christophle, Buffet, Grentil.
Le 21 mars, « au sermon de la Sainte-Chapelle, Père Christophle lit en pleine chaire de mot à autre la response de M. du Maine avQC les catholicques assemblés à Paris, à la sommation faicte par les catholicques suivant le parti du Roy pour la conférence (4). »
Le 26 juillet a le CordeUer crie en chaire : Vive le
(1) Litfre de souvenance, p. 14.
(2) Registres manusc, du Parlement.
(3) Registres mauusc. du Parlement.
(4) BreuDot, tom. I,p. i88.
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Roy! que nous avions un Roy, M. de Guise, qu!il le falloit aussi bien croire comme Dieu estoit à la messe(i). » Et Breunot, en rapportant le fait, ajoute que le lendemain, le jour de sainte Anne, le même Cordelier « continua à en conter, sans toucher aucun mot de son évangille, avec beaucoup de scandalle pour les escoutans. i»
Au mois d*août, « les prescheurs font encore mieulx qu'ils ont fait cy-devant ; Ton fait dans la ville des sermons extraordinaires; )> le Prieur des Carmes, non content de TefTet de ces sermons, met à l'entrée du chœur de son église des tableaux et des peintures «c fort diffamatoires contre l'honneur du Roy. » Le peuple, dit le conseiller Breunot, murmure de ce qu'ils disent qu'il ne faut ny paix ny tresve ; que ceulx qui ont ouy la messe, qui l'ont dite, en laquelle le Roy a esté àresglise,debvroientestreescorchés tout vifs et bruslés ; )> et il justifie son dire, quelques pages plus loin, en mentionnant a un placard mis contre la porte des Carmes, contre Buffet, pour ses propos scandaleux: Un buffet avec deux aulmaires ouvertes, dont de l'une sortait un regnard, de l'autre o
Arrive la nouvelle que la paix se prépare, que Paris la demande et veut reconnaître le Roi, puisqu'il est catholique. Dom Gaudet, prieur des Chartreux, assure qu'il ne faut point douter que Sa Sainteté a ne reçoive le Roy au giron et premier fils de l'Eglise. » Il fait appel au patriotisme, aux vrais sentiments religieux, priant, suppliant les ligueurs d'être enfin bons catholiques et bons Français a et non Espaignols)>, leurrépé-
(1) Breunot, lom. I, p. 350.
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tant que (n si nous avions gousté la domination de TEapaignol pour six mois, nous en souhaiterions estre à cent sols de décroy. » Rien de cela n'arrête la fougue des prêcheurs qui n'exploitent que davantage l'incertitude dont sont entourées les affirmations de ceux qui prétendent que m le Roy ne va à la messe qu'en tremblant d et de ceux qui soutiennent au contraire qu'il y va « de bon cœur. » L'annonce que le Roy, victime de l'attentat de fiarrière, a failli être tué, ne fait que les exciter encore. Quant aux bruits de paciflcation, ils ne les touchent nullement: ce ils en content toujours, et ils n'en font que secouer l'oreille. »
Le 23 octobre, assemblée des Etats. C'est le Père Gentil qui fait le sermon d'ouverture. Son thème, c'est la guerre, qu'il prêche énergiquement. Quelques jours après, a lieu la curieuse évasion du capitaine la Gauche, à laquelle prennent part les Gordeliers, peu soucieux du respect dû à la justice qui l'a condamné, ce qui fait pousser au conseiller Breunot cette significative eexclamation : <c Voilà les effets de nos con« grégations et des prédicateurs qui élèvent le peuple contre le magistrat ! )> Il est vrai que le bruit courut que ledit la Gauche aurait, comme prix de son salut, promis de tuer le Roi. Toujours est-il qu'à cette occasion. Carme et Cordelier a disaient rage contre les juges, » ce qui fit que les juges s'en émurent et que même gravissimis sententiis est disceptatum quid agendum. « Après avoir, dit Breunot à ce sujet, parlé des prescheurs qui nous mettoient en butte contre le peuple, faisans des allusions sur les conseillers d'Aman avec Mardochée, qu'il les falloit attacher au gibet, fut résolu que les procès verbaulx et le re-
i/enseignement en province 337
tenu du greffier seroient communiqués au Procureur général (1). »
Les violences des prédicateurs ne firent que s'accroître en 1594. Dès le premier janvier, Breunot constate qu'ils recommencent a leurs premières pointes contre le Roy de Navarre; » ils y étaient d'ailleurs de plus en plus encouragés par l'attitude et les excitations des magistrats de la ville. Un prêtre du Saint- Esprit venant de Rome, ayant été le 12 février consulté par le maire sur ce que l'on y disait, et lui ayant répondu qu'il y avait entendu dire que Sa Sainteté recevrait le Roi de Navarre en l'église, fut incontinent expulsé de la ville par des sergents sur l'ordre dudit maire, et ce, malgré toutes ses protestations, qu'il ne pouvait répondre que ce qu'il savait. En même temps, au surplus, le maire proposait à la chambre réunie extraordinairement, de «r faire défense de parler par la ville d'aucunes nouvelles contre l'Union 7> et, dans le but d'éviter les rassemblements, d'aller en masques, « de faire jouer la feste, de mener le charibary, d'aller la nuit avec armes et de jouer aux dez et aux cartes dans les rues (2). »
(1) Voir sur la Gauche, capitaine ligueur, et sur les diverses péripéties par lesquelles il passa, ses actes, sa condamnatioD, son éTasioo de prison et les circoDstances dans lesquelles il échappa au supplice, grftce aux dAmes de Dijon et à la complicité des Cordeliers d*abord, puis une seconde fois à la protection de la Verne, le journal de Breunot^ tom. I et H passim et tom. III, ï la table.
{%) Regist des délib,, 103, p. 136. La défense d'aller la nuit en armes, & cette époque où les edprits étaient si fort surexcités, n'était qu*un acte de prudence ; car chacun était en garde. Les « roallres joueurs d*armes » aTaient de nombreux élèves, on peut en juger par les documents contemporains, et se faisaient fort , moyennant quatre écus, de « leur montrer à jouer à toutes sortes d'armes en 55 jours. » lieg, 285, fol. ihl,des causes de la mairie de Dijon.
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On se préoccupait beaucoup de ce qui se passait à Lyon où, disait-on, des habitants étaient allés trouver les Jésuites, et les forcer à crier: vive le Roi, et où M. de Lyon lui-même avait cru devoir faire entendre aux dits Jésuites, aussi zélés ligueurs que ceux de Dijon, a qu'il estoit tems de changer de notte en leurs prédications, » comme il avait prudemment fait lui-même. Mais, plus la foi dans la Ligue commençait à s'ébranler dans le public, plus ses partisans et leurs auxiliaires se montraient actifs pour chercher à la raviver. Vers la fin de février, « Pore Christophle, dit Breunot, fesait un paranimphe en sa prédication à M. de Franchesse et Al. Verne pour leur bonne conduitte, et que quand
toutes les villes se déclareroient, ce que n'estoit, n'en y ayantque MeauxetLyon, que n'estoitpas grand cas, qu'il falloit demeurer fermes. » Le môme Père Christophle, le 6 mars (1), tandis que le Cordelier (2) prêchait que ce n'était point au peuple de suivre les Rois, qu'il fallait les attendre de la main de Dieu, « qu'il n'y avoit que de l'ambition et du particulier d'un costé et d'autre deux maisons aheurtées l'une contre l'autre et non de la religion, qui n'estoit qu'un prétexte », le même Père Christophle, moins sincère et assurément moins raisonnable, montait en chaire pour combattre toute reconnaissance du Roi, qui n'était, à ses yeux, qu' a un hypocrite. » Il fallait, suivant lui, se tenir ferme et se défendre. Son sermon n'était qu'une harangue politique et militaire, ce qui fit dire que « ces
(1) Od TeDail d*apprendre, quelques jours auparavant, ce qui était poor lui une nouvelle cause d'irritation, que les Jésuites avaient été chassés de |a république de Venise « comme séducteurs d'enfans et perturbateurs du repos public.»
(2) Le Père Gardien des Cordeliera.
l'enseignement en province 339
prescheurs feroient bien mieux de ne prescher que leur évangille, sans se mêler des affaires de TEstat. » Chrétienne réflexion, mais qui n'était guère écoutée, car, bien loin de là, ils ne firent que s'insurger de plus en plus : « les prédicateurs, sçavoir jésuites et le carme, sont plus insolents en leurs prédications que cy-devant ; le cordelier se retient » ; voilà ce qu'en rapporte Breunot, dont les derniers mots ne sont pas sans importance.
On a vu, on effet, que le Cordelier se distinguait par une certaine retenue, inspirée sans doute par la prudence à laquelle obéissait de son côté M. de Lyon (1). Il risquait pourtant quelque peu de compromettre sa tran-
(1) La prudente conduile du Cordelier s'explique aisément par cet autre passage de Breunot (t. II, p. 47) : « Le troisième jour de ce mois (mars 1594), Ton dit que le gardien des Cordeliers de la ville de Chartres avait escrit au gardien des Cordeliers de ceste ville lettres par lesquelles il Tavertit que le Roy a esté sacré, qu'il est bon catholicque et sans faintise, qu'il n'en faut point douter; qu'il en faut faire prières publiques pour en rendre grAces & Dieu, pour le prier de persévérer ; qu'il est très affeo tionné à leur ordre, m N'est-ce pas là tout le secret de la sagesse du Cordelier? On en aura la preuve plus tard, lorsqu'il recevra sa récompense, et qu'après les diverses péripéties qu'il aura eu à traverser, il sera choisi pour prêcher à la Sainle-Chapelle, devant le Roi, pour glorifler la victoire remportée par lui sur 'ses ennemis, au jour même où les Jésuites seront priés de « déloger au plus vite de lu ville, » le 25 juin 1595. Le rôle joué par les Cordeliers est d'ailleurs suffisamment établi par ce qui se fit à Dijon, lors du passage, en septembre 1598, de leur général François de Souzn. Le maire et les échevins allèrent le complimenter, au nom de la ville, au couvent où il était descendu, et le remercier notamment de la part qu'il avait prise à la conclusion de la paix et « au soulagement du pauvre peuple, auquel il ne restait plus que le soufle ; > puis, la chambre de ville lui fit porter du vin en cimaises (Reg. de la mairie^ n« 108, fol. 102). De pareils hommages étaient bien de nature à faire oublier aux Cordeliers \e^ petites persécutions que leur avait values rbabile prévoyance avec laquelle ils avaient su se détacher de la Ligue, et même celte expulsion de la ville dont fut l'objet, le 4 septembre 1594, après la prise de Lévisey dans leur couvent, du gardien Desson (Pépin, p. 119), qui, réfugié à Saint-Jean-de-Losne, devait, en mars 159b, être mandé à Beauno par le maréchal de Biroo, pour y prêcher le carême.
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quillité et d'être, comme il arrive trop souvent aux hommes sages et modérés, mis à l'index des deux partis opposés, mais surtout à l'index des ligueurs, qui n'admettaient point une semblable mesure. On rappelait le prédicateur des politiques, on allait l'entendre par curiosité, pour l'observer. La mairie alla jusqu'à le surveiller; elle commit môme deux échevins pour faire une information <( des paroUes scandaleuses d'hérétiques, tendant à sédition et mauvaises édiffications, tenues et proférées par lui en tems de caresme (1). » Le Père Buffet lui fut député pour le persuader de « changer sa façon », et de faire comme les autres prédicateurs. Il eut le courage de tenir bon et de répondre qu'il n'en ferait rien, ce qui lui valut quelques jours après, une vigoureuse, mais inutile admonestation du vicomte mayeur, contre lequel il sut fort bien se défendre. Un des griefs que ne put lui taire le mayeur, était que oc la pluspart de la Ville alloit à ses prédications et peu aux autres.»
Les autres avaient cependant des auditeurs, mais pas toujours sympathiques; comment leurs violences n'auraient-elles pas amené de représailles ? Ce fut ainsi que, dans un sermon prononcé à la Sainte- Chapelle le 20 mars, le Père Christophle « preschant à sa façon accoustumée contre ce relaps, cet hérétique, qui estoit avec sa Gabrielle, etc, un villageois dit tout haut qu'il feroit mieux de prescher son évangille sans parler des princes ; » que le peuple commença à se mutiner, « aucuns disaus entre leurs dens qu'il (le villageois) disoit bien, autres le caressant à force de
(1) Heg. des délibér. 102^ p. 1A8.
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coups de poings. j> Arrêté sur l'ordre du maire Bernard, ce villageois, qui s'appelait Simon Patouillet, et était d'Etevaux, fut emprisonné, puis, après information, vertement blâmé et chassé de la ville, avec défense d'y rentrer sous peine de punition corporelle (1).
Dom Plancher qui, après Breunot, raconte le fait, ajoute : a Cette conduite séditieuse des prédicateurs que s'étoient attitrés les plus passionnés ligueurs pour exciter la populace, attira aux Jésuites le mépris des gens de bien et les mauvais traitements des plus emportés, qui cassèrent les vitres de leur maison et les accablèrent d'injures. Aucun prédicateur ne s'échappa contre le roi Henri IV avec plus de violence que le Père Christophle qui fesait partie de leur compagnie (2). »
Les mauvais traitements dont parle Dom Plancher, autre juge sévère des Jésuites, on le voit, mais dont à coup sûr les appréciations ne sauraient être suspectées de partialité, ou taxées d'incompétence, donnèrent lieu à la nomination par la chambre de ville d'un commissaire chargé d'informer « des libelz diffamatoires faitz contre les jésuites, plantez à leurs portes, ensemble de la rupture faite nuitamment des vitres de leur maison » (15 avril 1594 ) (3).
Breunot qui, jour par jour, dépeint les émotions de cette époque, qui revient sans cesse sur « les véhémences accoutumées des prescheurs, » etprévoit « une secousse » prochaine, si Ton ne revient à la raison
(1} Reg. des délibér, 103, fol. IGA.
(2) Dom Plancher, tom. IV, p. 618 et 619. Taorai occasion de revenir plus loin sur ces mauvais traitements qu'il signale.
(3) Registres des déi itérations.
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« et bientôt o (1), dit que les écoliers eux-mêmes des Jésuites passèrent pour les auteurs des libelles incriminés et du bris des verrières, et ajoute même cette naïve réflexion : « C'est une chose pernicieuse et de très mauvais exemple que souffrir telles insolences. » Tabouret et ses amis pouvaient bien, en effet, y être pour quelque chose (2). Les violences des prédicateurs devaient naturellement, je le répète, réagir contre eux : à leurs sermons politiques s'en opposaient d'autres. On apprenait qu'à Saulx-le-Duc se faisoient a des prêches publics » par les réformés ; les Hgueurs, poussés dans leurs derniers retranchements, en étaient arrivés à user largement de l'arme déloyale des fausses nouvelles: le Roi n'avait pas tenu parole, et déjà plus d'un de ses nouveaux amis, plus d'une ville conquise se séparait de lui; il avait fait pendre plus de quarante habitants de Paris « et même des prescheurs, » après s'être engagé à pardonner à ces derniers. Voilà les bruits que l'on faisait courir. Le dernier, paraît-il, touchait particulièrement le Père Christophle; aussi, de la colère passa-t-il à l'exaspération. Dans un nouveau
(l) Tom. II, p. 76 et suiv.
(3) Les Jésuites n'étaient, au surplus, pas les seuls exposés aux libelles et aux violences. L'on marquait la plupart des maisons^ les unes «:n craie blanche, des lettres D et A, les autres en craie rouge, de potences et d'hommes atlachéâ, « ce qui, dit Breunot, est de mauvaise et périlleuse conséquence. » Fyot Talué, le Maire et Bernard, tous trois ligueurs, étaient, entre autres, représentés sur la leur pendus en effigie, et des jeunes gens les menaçaient de mort ainsi que leurs familles. Les passions étaient surexcitées au plus haut point : qu'on en juge seulement parles plaintes faites alors , par les procès intentés de part et d'autre, et dont on trouve cet échantillon au regist. 176 ^589-1605), fol. 184, des causes de la mairie. « Réparation d'honneur et dommages-intérêts demandés par M« Odot Vaulteron, notaire royal, à Didier Bereuil, qui disait de l'avoir calomnié en l'accusant d'avoir dit que la compagnie de ceulx de la congrégation érigée au collège de Messieurs les Jésuites > il y avait quatre-vingts maqueraulx, que lesdits Jésuites ne valaient rien, etc. »
l'enseignement en province 343
sermon à la Sainte-Chapelle, s'en prenant au sujet de la prochaine élection du maire, aux vignerons qui a par ivrognerie et par faux serments, alloient donner leurs suffrages corrompus par gourmandise et par argent, » et ne dévoient dès lors s'étonner si leurs vignes étaient grêlées, il souleva contre lui ces braves gens au point qu'ils allèrent lui en demander raison avec force menaces. Les vignerons étaient une puissance par leur nombre comme par l'union et l'importance de leur corporation. Néanmoins, cela va sans dire, le maire, encore dans cette circonstance, donna satisfaction au Père Christophle et, dans sa personne, aux prédicateurs qui l'imitaient, disant a qu'il chastierait » ceux qui se permettaient de les attaquer, et pour ne laisser aucun doute sur ses intentions, commençant par faire emprisonner les perturbateurs contre lesquels il fut informé (1). C'était un nouvel encouragement; il produisit ses fruits : a Le vingt-deuxième (2), jour de dimanche, dit Breunot, au sermon qui se fit à la Sainte-Chapelle, le Père Christophle fit quasi une demi-amande honorable aux vignerons, leur disant qu'il n'avoit pas assés dit : Messieurs les vignerons, parce qu'il devoit dire que les gens d'égUse, les marchans et gens d'autres métiers et aussi les vignerons qui se laissoient briguer, se damnoient à tous les diables, etc. Parle du Roi de Navarre. Au sortir duquel sermon il y eut du bruit ; une femme de vigneron de la rue Chanoine (3) dit hautement que le Père Christophle
(1) Reg, des délibér. 103, fol. 70.
(2) Le 22" jour de mai, deux jours après la délibéralion qui ordonnait rioformalion contre les vignerons.
(3) La rue Chanoine était la partie de la rue Jeannia actuelle, alors divisée en quatre parties difTéremment nommées, qui s'étendait de la petite
34t L ENSEir;NEMENT EN PROVINCE
en avait menti ; que les vignerons étoient gens de bien. M. TAuditeur Fourneret la reprend, le peuple s^assemble ; le Père Cliristophle, ayant crainte d*une émeute plus grande, est serré en une chapelle, puis après est ramené et conduit en leur maison par grand nombre d'avocats et autres. M. le Maleur mande la dite femme chez lui, qui est si outrecuidiée de lui dire en face qu'elle le dit et qu il est vrai ; Tenvoie incontinent en prison ; voila comment cela se passe. »
Voilà effectivement comment cela se passait, et le grand excitateur de tous ces mouvements populaires était le recteur du collège des Jésuites ! Aussi, Breunot ajoute-il : « L'on dit à présent que la pluspart des vignerons disent hauit et clair que depuis que les Jésuites sont venus, qu'ils n'ont dit que tout mal ; que tous leurs sermons ne sont ou que du Roy de Navarre ou des vignerons. » Les vignerons ^'avaient pas tort.
Le même jour, un autre fait vint encore mettre le comble à Tirritation du vicomte mayeur : « les carreleurs, lesquels à la façon accoustumée faisant leur feste de la petite Saint Crépin^ en la devise de leurs saints avaient mis cette devise :
Craignons Dieu, aimons Téglise, Suivons le Hoy, qui fort la prise. »
C'était là un nouvel et grave acte d'insurrection contre les sermons. « M. le maire en estant adverty manda les maistres de la feste et empescha que les saints soient donnés. j>
rue de la Monnaie à la Porle-Neu^e. Avant d*ètre la me CbanoÎDe, ou du vieux couvent, elle était appelée rue des Ribottées. (Milsand, les ruu de Dijon, n» 78).
l'enseignement en province 345
Même lorsque les événements parurent enfin leur donner absolument tort, les « prescheurs » ne pouvaient s'empêcher de manifester leurs haineux sentiments. Le 23 mai 1594, c'était la Saint Didier, patron du Père Buffet. On fit la fête aux Carmes ; le Père recteur des Jésuites, Christophle, était du repas ; pouvait-on résister à faire, dans cette circonstance, de la politique, même à table ? Buffet dit que, puisque le Roi de Navarre était catholique, il le faudrait bien reconnaître, mais que tout au moins M. du Maine ne devait faire sa paix avec lui que lorsqu'il aurait reçu le consentement du pape ; le Père Christophle en dit autant, en insistant sur ce dernier point. Comme toujours, comme encore aujourd'hui, pour ces faux Français, Rome était la seule souveraineté reconnue, Rome devait avoir le dernier mot! Et même, alors que contraints par la force des choses, ils étaient obligés de s'avouer à eux-mêmes qu'ils devraient céder, ils imaginaient encore un prétexte h leur résolution forcée et, loin de se soumettre à l'opinion quiles écrasait, ils ne cessaient a de crier et exclamer contre le Roi avec tous les conviées et injures dont ils se purent aviser. »
Ils usaient en même temps de toute leur influence sur les membres du Parlement, et, à l'occasion de la réception de la Verne qui avait combattu la Ligue, Breunot ne craint pas de dire que si les deux tiers des conseillers voulant la renvoyer à la Saint-Jean, ea vicit opiniOj c'était parce qu'on avait parlé au Président de Monthelon « et qu'il y avoit des saints Christophles qui lui tenoientle menton. »
Quant au carme Buffet, il ne craignait pas davan-
3Î0 l/EXSnGM:XE!«T EN PROTDCCE
tage de mettre en jeu Messieurs de la Coar, et inème publiquement. CTest ainsi qu*on le voit, le 3 juillet 1504, dans un sermon à Saint-Jean, les apostropher directement, disant qui! faut tuer les hérétiques, politiqoes et athéistes ; qu'ils craignaient de perdre leurs biens et leurs états ; que ceux qui parlaient de foire composition avec Tennemi étaient tels ; c au reste, dit Breunot, il fut, en cette circonstance, plus séditieux et plus scandaleux qu*il n'avoit encore fait en présence de M. de Franchesse (1;. Le peuple et ceux mêmes lesquels cy-devant avoient esté les plus perfectionnés â la Ligue murmuroient, et sont restés très mal édiffiés. B
Il était bien naturel qu'avec les sentiments qu'ils marquaient si haut et avec tant de fougue, le carme Buffet et le jésuite Christophle fussent les deux prédicateurs auxquels les partisans de TUnion s'adressassent tout d'abord, lorsqu'ils avaient besoin d'un sermon. Aussi ne songea-t-on même pas à d'autres lors de l'instruction poursuivie contre la Verne, Lévisey et consorts: la mairie voulut que la prédication qui devrait suivre la procession solennelle d'actions de grâces qu'elle ordonna en cette occasion fût confiée à l'un d'eux (2). Ce futle Père Christophle qui s'en chargea ; il répondit avec empressement à l'invitation, il sut se montrer digne de la préférence en ne ménageant ni ses termes, ni ses provocations. Les ligueurs avaient eu soin de pousser a force peuple » devant le château pour y demander justice des a traîtres et conspirateurs contre leur patrie.» L'intolérant Jésuite surenchérit
(1) Capilaioe du cliftteau de DijoD, adversaire de la Ugae. (2)Reg. 10A, fol. 02.
l'enseignement en province 347
.sur la justice populaire ainsi préparée. Non seulement il demanda qu'on ne fît point de quartier aux prisonniers; il voulait leur supplice; il (allait, suivant lui, «r les faire tirer à quatre chevaux sans rémission. (1) » N'était-ce pas bieîi là un beau mouvement de charité chrétienne?
Le Père Buffet prit sa revanche quelque temps après (29 août), à l'occasion d'une autre procession générale à Saint- Jean et à Saint-Philibert. «Il ne dit pas un mot de l'évangile, rapporte Breunot, mais des paroles plus outrageantes qu'il n'avoit jamais dit: que le Roy estoil bastardel putatif Roy; que le grand Roy François avait esté un tyran, en ce qu'il avoit osté la pragmatique sanction, son fils Henri second, en ce qu'il avoit pris la protection des hérétiques d'Allemagne, tous ses successeurs tyrans ; tous les présidens et conseillers de la France estoient tous damnés et ne vailloient rien, ni les apostats ecclésiastiques qui suivent ce Roy putatif, chacun en estant scandaUsé. » Breunot dit encore qu'il y avoit « un billet que l'on lui avoit baillé de ce qu'il devoit dire et qu'il tint toujours en sa main pendant son sermon, » et qu'avant « la susdite prédication, » M. le premier président l'avoit fait avertir par le sindyc de la ville d'être modéré et retenu, a ce qu'il a fort bien exécuté. »
(1) Je Irouve encore ici uoe preuve do la dissidence politique qui 8é« parait alors les Cordeliers des Carmes et des Jésuites. Car c'était précisément au couvent des Cordeliers que s'était caché Levisey, lequel ne fut livré par leur père gardien, que lorsque ce dernier fut contraint par la déclaration d*un valet de ce même Levisey amené, grâce « aux grésillons, » à faire des aveux et finalement à indiquer la retraite de son maître. Le père gardien lui-même commença par nier a tout à plat » que Levisey fût au couvent, mais il fut également forcé de céder par la menace qu'on lui fit de lui « bailler la torture, o
348 l'enseignement en province
Le 22 août 1593, le lendemain d'une procession faite, à deux ou troisheures du matin de Saint-Michel à Saint- Bénigne, s'en était faite une autre, solennelle, « historiée des enfans des Jésuistes et Jésuistes, audit Saintlîénigne. » C'était, disait-on, pour rendre grâces de la trêve et conversion du Roi auxquelles un membre de la compagnie des Jésuites avait bien aidé, affirmation habile peut-être et prudemment faite dans le but de ménager l'avenir, assurément peu conforme à la vérité. Les choses s'étaient convenablement passées à cette cérémonie. En 1594, vers la même époque de l'année, et 1«î jour même où le Père Christophle se montrait si violent, dans l'après-dîner, en eut lieu une autre semblable, dont il faut lire le récit dans Breunot. On y verra que le Père Gentil dut essayer d'effacer un peu l'impression produite par son compagnon, mais qu'il n'y parvint pas, et que, malgré ses efforts, il eut à éprouver un petit déboire : « Le mesme jour, l'après-disnée, les enfans des Jésuistes, revestus d'habits blancs et parés de pierreries et bagues avec la représentation de la passion de Notre Seigneur, les Pères et autres Jésuistes, avec ceux de la congrégation, font une procession fort belle, bien ordonnée et mistérieuse. Vont les enfans chantans les litanies puis leur collège j usqu'à Saint-Bénigne, ou le Père Gentil fait un sermon après la dévotion. De là reviennent aux Jacobins, à Notre-Dame, à Saint-Michel ; il les faisoit bon voir.
a L'on dit que le Père Gentil fut en sa prédication fort retenu; qu'il dit qu'il failloit retirer ceux qui avoient failli et ne leur reprocher aucune chose, qu'ils avoient esté séduits et abusés.
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« L'on tient qu'en quelques rues il y en eut des mal conditionnés, lesquels, les voyant ainsi passer, furent si insolens de dire, à ce que l'on dit : Mon DieUy que voilà d'asnes ! ce que le Père Gentil trouva mauvois. Ce n'estoit pas le lieu de le dire (1). »
Ces derniers mots du conseiller Breunot renfermentils une malice dont, après tout, il était bien capable ? je l'ignore ; mais, peut-être bien. Seulement, dans ce cas, il n'aurait pas, en parlant ainsi, manifesté une grande confiance dans l'instruction que donnaient ou pouvaient donner les maîtres du collège des Godrans.
Au milieu de tout cela, ces derniers n'en restaient pas moins, grâce à leur habileté et à leurs intrigues, et malgré les inimitiés que leur créaient leurs excitations continuelles et leur avidité, en possession d'une influence incontestable et d'une autorité qui souvent s'imposait; Le fait suivant suffit, à lui seul, à le démontrer. L'ancien maire la Verne et son complice Lavisey (2) vont être livrés au bourreau. Ils n'ont pas rencontré de plus ardents adversaires que les Jésuites. Or, à leur dernière heure, qui leur donnet-on pour les préparer à la mort? Comme si c'eût été pour aggraver leur supplice, ce sont encore les Jésuites qu'ils vont trouver devant eux et qu'ils voient apparaître au « ravelin ,o où va être exécutée la sentence (3) que vient de leur lire le greffier ; ce sont les
(i) Breunot, tom. U, p. 281.
(2) Lavisej dont il a été déjà plusieurs fois question , était commissaire général de rartillerie en Bourgogne. Impliqué dans la conspiration de la Verne, il fut condamné à la prison perpétuelle. V. Breunot, tom. III, à la table v» Lavisey.
(3) « Le 29 (octobre 1594), dit brièvement le chanoine Pépin (p. ISO) sur les cinq heures après-midi, furent exécutés et eurent la teste tran-
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Jésuites, leurs pires ennemis, auxquels ils vont se confesser et demander le pardon suprême ! Ainsi, ces ennemis jouissaient jusqu au bout de leur victoire !
Celui qui se trouvait appelé à consoler dans ses derniers instants «l'Antique» sembla môme avoir hâte de voir tomber la tête de son pénitent ; il prétexta, pour presser la chose, que les bonnes dispositions qu'il venait de lui témoigner pourraient varier. « L'Antique, ditBreunot, est exécuté le premier, dit au bourreau en montant les degrez : maître Pierre, mon ami, depesche-moi d ; ne dit autre chose. Le jésuite qui le consoloit, dit au peuple qu'il prioit, que l'on priât Dieu pour lui, qu'il mouroit bon catholicque et repentant, dit au bourreati qu'il le dépesche^ que son esprit varie^ est décapité avant mesme que le Salve Regina que l'on chantoit fust achevé. »
La condamnation de la Verne devait, du reste, singulièrement profiter aux Jésuites, et leur intérêt explique suffisamment pour ceux qui connaissent leur àpreté, leur désir devoir le bourreau «cdépescherD les coupables. C'était une proie à ne pas laisser échapper: l'arrêt portait, en effet, que la Verne était condamné pour trahison «à estre conduict promener par l'exécuteur de la haulte justice sur Teschafault du Morimont
chée aa champ da Morimont M. J. Laverne, maire antique de Dijon, comme aussi le capitaine Gault, jeune homme de bonne façon. »
Breuuot qui raconte comment mourut ce dernier (tom. II, p. 864 et suiv.) ajoute (p. 376) à ce sujet : « L*on a aussi rapporté depuis pour vérité que le capitaine Gaud dit, estant au-dessus du Morimontyqa*il ayoit bien mérité la mort pour les barricades de Paris, et que, sa teste estant h bas, l'on ouït qu'elle proféra : Jésus, Jésus. Autres disent, les Jésuites principalement, qu'il proféra : Deus veritatis, qui sont les deux derniers mots de In manus. n
l'enseignement en province 351
et illec avoir la teste tranchée, et en outre en six mille escuz d'amande envers la ville, mille escuz envers le collège des Godrans pour estre distribués^ employés et convertis auparaschèvementdeVesglise dHcelluy^ semblable somme de mille escuz envers les pauvres du Saint-Esprit, couvents des Jacobins, frères mineurs et carmes de ladicte ville, chacung par égalle portion (1). »
De leur côté, les complices de la Verne avaient été également condamnés, outre la peine corporelle ( tête tranchée, pendaison et prison perpétuelle ) à une amende, dont la part faite au collège devait être pour Lavisey de cinquante écus, pour Gaigne^ Fournier et Boullée (2) chacun de cent écus.
De tous les religieux* les plus intéressés sans contredit à l'exécution de l'arrêt étaient donc les Jésuites. Malheureusement pour eux il arriva, du moins il y a tout lieu de le croire, qu'ils devaient en être pour leur zèle et leur empressement. Car, le 10 mars 1595, étaient mentionnées aux registres des lettres obtenues du duc de Mayenne, par lesquelles les enfans de feu la Verne étaient ce remis de leurs amandes et leur réputation restablie. »
Les Carmes avaient aussi leur part à prendre sur les amendes prononcées. Une telle récompense était bien due à coup sûr à la participation qu'ils avaient
(1) Extrait des registres de la ville.
(2) BreuDot raconte ainsi l'exécution par efBgie a en on tableau affiché à une potence audict Morimont » de quatre complices de la Verne : « Il y en a quatre dVfflgiés, qui est un grand avantage pour leur personne, sçavoir : M. Gaigne^ chanoine de la Sainte-Chapelle et eschevin, en son babit de chanoine, avec le surplis et Taumuase^ qui estoit faire injure à tout V ordre ecclésiastique ; Doubler (Etienne Boulée qui avait, dit Pépin, été autrefois des gardes de la reine mère), le Procureur Denis Gamier, et Jacques Fournier (escheviu). »
352 l'enseignement en province
prise à la lutte ; toujours ils s'étaient trouvés prêts à donner leur concours aux ligueurs et à suivre leurs instructions : « Le dernier jour du mois de février 1505, Péquelin, prescheur des Carmes, dit à la fin du sermon qu'il a esté commandé de dire que l'on prie Dieu de vouloir assister M; de Maine (Mayenne), pour avoir la victoire, parce que la bataille devait se donner jeudi prochain. (1) »
On était, en effet, alors aux heures d'émotion. On faisait pour Mayenne des prières dans toutes les églises et on processionnait la nuit. Est-il besoin de dire que, plus encore que les Carmes, les Jésuites s'agitaient et jouaient leurrôle? a Les Jésuites, disait Breunot, ne sont les derniers ni ceux de leur congrégation. » Quel sentiment, au surplus, eût pu les retenir? Malgré l'acte passager de prudence du Père Gentil, ils s'étaient tellement compromis pour la cause de la Sainte-Union, qu'ils devaient considérer leurs vaisseaux comme depuis longtemps brûlés. Ils avaient eu, le 14 janvier, copie de l'arrêt par lequel le Parlement de Paris avait condamné pour attentat contrôla vie du Roi l'un des leurs (2), Jean Châtel, et en même temps sévi contre leur compagnie (3). Ils savaient, dès le 6 janvier, que cet arrêt avait été exécuté.
(1) Breanot, tom. l\, p. 465.
(2) « Ea ce mois, dil à ce sujel le chanoine Pépin, Tan dea parUsana des Jésuites fut exécuté à morl iguominieusement. Pierre Chàtel, jeune fila d'environ dix^sept à dix-huicl ans, d*ane bonne maison de Paris, pour avoir attenté et touché le Roy de Navarre dedans Paria avec un couteau en la face, dont il s*eu8uivist un fort grand arrest et malfeillance envera les Jésuites, à cause que ledict enfant allait journellement aux études en leur collège, n Pépin, p. 122.
(3) Messieurs Bordier et Charlon (t. II, p. 107 de leur histoire de France), résument ainsi Tévénemcnt : « LMnstruction démontra que le criminel n^avait été excité que par la dépravation de ses idées religieuses.
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Le 45 février, ils avaient eu avis de l'expulsion de Lyon des membres de leur société. Le 16, le Parlement de Dijon, retiré à Semur, avait publié et enregistré les lettres patentes du Roi, ordonnant l'exécution de l'arrêt de Paris (1), et ce fait était connu d'eux le 27.
Se tenant pour condamné par ses vices à la damnation étemelle, il avait cm se racheter en assassinant un roi « qui n'était pas approuvé par le pape i, et qu'il avait entendu tant de fois maudire autour de lui. I.e 29 (décembre), il fut tenaillé et tiré à quatre chevaux en la place de Grève, ses membres jetés au feu^ ses cendres au vent.
« Cet attentat fournit au parlement l'occasion , depuis longtemps cherchée, de sévir contre les Jésuites, autour desquels s'accumulaient, avec les haines populaires , les accusations envieuses des ordres rivaux et les soupçons trop bien fondés des politiques. Dans ce moment mémo, ils sontenaieut contre l'Uuiversité et contre les curés de Puris un fameux procès^ suspendu pendant trente ans, repris encore, de nouveau « appointé^ » où leurs sombres constitutions, pour la première fois dévoilées, leor esprit d'intrigue et d'envahissement servi par Tabuégation la plus absolue de moralité personnelle et de patriotisme, leurs ambitions et leurs privilèges également exorbitants, soulevaient la frayeur et Tindigoation. Le jour même du supplice de Cbàtel, le Parlement, pressé par les ordres du Roi, rendit un arrêt qui déclarait les religieux de la compagnie de Jésus corrupteurs de la jeunesse, ennemis du Roi et de l'Ëtat, leur enjoignant de sortir sous trois jours do Paris, et dans la quinzaine du royaume. Le père Guéret, qui avait enseigné la philosophie à Jean Chàtel, et le père Alexandre Hayne, Écossais, furent mis à la question et bannis ; le père Guignard, chez qui Ton trouva des manuscrita où Ton prêchait l'assassinat du Roi, mais antérieurs à l'amnistie, fut pendu en Grè^e etc., etc. A la faveur de cette réaction momentanée, fut enregistré le rétablissement de Tédil de 1577 en faveur des protestants ».
J'ai dû citer ce passage ; car ce qu'étaient les Jésuites à Paris, ils Tétaient à Dijon. Us poussèrent la solidarité jusqu'au triste mérite d'instruire eux aussi, on le verra plus loin, leurs élèves au régicide, & l'assassinat !
(1) Lecture faite des lettres patentes du Roi données à Paris au mois de janvier dernier, par lesquelles et pour les causes y contenues, le Roi auroit ordonné que les prêtres et écoliers du collège de Clermont de la ville de Paris se disant de la société du nom de Jésus, comme corrupteurs de la jeunesse, perturbateurs du repos public, ennemis du roi et de son Etat, vuideroient les villes de ce royaume où ils sont établis, dans trois jours après le commandement qui leur en seroit fait, et 15 jours ensuivant hors ce dit royaume, à peine le temps passé, où ils seroient trouvés, d'être punis comme criminels de lèze-majesté ; les déclarent dès à présent
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Le 18, sur la plainte du Président de Latrecey, ordre avait été donné par la Chambre de ville d'arrêter les enfants des habitants de Beaune qui fréquentaient leur collège, et cet ordre immédiatement exécuté par l'arrestation de deux de leurs élèves, le fils du greffier Dugue t de Beaune et celui du Procureur du RoiBouchin, avait continué à Tetre le lendemain. Le fils de M. de Beligny avait été égalementarrété, àsa sortie de Téglise des Godrans, puis le fils de Tavocat du Roi de la Mare de Beaune. Toutes ces choses étaient autant d'avertissements sérieux pour les Jésuites de Dijon du sort qui les attendait. Un fait nouveau allai! bientôt prouver combien ce sort était mérité. Comme les leçons de ceux de Paris, leurs leçons portèrent leurs fruits : le collège des Godrans fournit aussi ses régicides, et, le 2 mars, on
iad ignés possesseurs des bieod tant meubles qu*iuimeubl68 qa*iU UenoeDt eu cedit royaume, lesquels Sa Majeslé veut être employés à œuvres pitoyables, selon que par les donateurs d*iceux ils ont été desUoés ; Âût deffences à tous ses sujets de quelque qualité qu*ils soieot d'eDvoyer des écoliers aux collèges de ladite société qui sont bors le royaome pour y être instruits, sur la même peine de crime de lèie^majesté.
Ouï Picardct, Procureur général du Roi,
La Cour a ordonné et ordonne que sur le repli desdites letlree seroDt mis ces mots : Lue-», publiées et registrées, oui et ce requérant ledit Procureur général du Koy, a la diligence duquel et de ses subtituts lea biens meubles de ceux se disant de la société du nom de Jésua seront inventoriés et saisis et les revenus de leurs immeubles régis par séquestres qui seront à ce établis, et le tout employé suivant la volonté det donateurs, et ainsi qu'il sera cy après ordonné par la Cour.
Enjoint aux substituts chacun eu droit soi de certifier icelle dans an mois de leurs diligences.
Et fait inhibitions et deffences à toutes personnes de quelque qualité qu*elles soient de troubler et empêcher lesdits séquestres en leurs charges, à peine de tou^ dépens, dommages et intérêts.
Et seront les copies dUcelles lettres et extrait du présent arrêt envoyés à la diligence du Procureur général, par tous les bailliages et sièges particuliers de ce ressort, pour y être pareillement lus, publiés et registres, à ce que personne n'en prétende cause d'ignorance.
Fait au Parlement, à Semur, le jeudi 1C de février 1596.
l'enseignement en province 355
apprenait qu'à l'exemple de Châtel, trois écoliers des Jésuites venaient d'attenter de nouveau à la vie du Roi. De ces trois écoliers l'un venait de Moulins, deux de Dijon où ils avaient été formés au collège des Godrans. Arrêtés, ils furent exécutés a et reconnus avoir été induits à ce faire par les Jésuites, chose détestable et monstrueuse. (1) »
Néanmoins, jusqu'à la dernière minute, les Jésuites ne se tinrent pas pour battus; grâce à leurs soutiens latens, ils surent mettre la municipalité en mouvement en leur faveur. Une curieuse lettre, insérée par M. Garnier dans son recueil de la correspondance de la mairie et adressée au duc de Mayenne qui, n'étant plus préoccupé que de traiter aux conditions les plus avantageuses avec le Roi, ne prit pas la peine d'y répondre (2), en fait foi. Dans cette lettre, datée du 18 avril 1595, les magistrats de la ville, informés, disaient-ils, que la conclusion de la paix ne tenait qu'à deux points, sur lesquels ils ne voudraient pas qu'on transigeât, l'exercice de la religion réformée interdit en Bourgogne et le maintien des Jésuites, suppliaient le duc de lui faire connaître s'il ne serait pas à propos d'inviter toutes les villes du pays à formuler la même demande du maintien de Télat de choses.
(t) Breunot, tom. 11, p. 477 et 481.
(2) Le l*^r mai, il fut cependant question entre la villeet le Ticomte de Tavannes des letlreâ qu'elle avait adressées au duc de Mayenne , et sans doute la lettre du 18 avril n'était pas une de celles auxquelles on avait fait le moins d'allusion : « leur dit monseigneur avoir veu leurs lettres, qu'il loue leur affection, espère d*envoyer bientôt M. de Sennecey pour avoir lapaix, et dormez la dessus. » Voilà en quels termes Dreunot(tom. H, p. 497) traduit la réponse évasive qui fut faite à Messieurs de.la ville. — La lettre au duc de Mayenue se trouve au tome 11, p. 541 ^ no C03 de la correspondance de la mairie de Dijon.
;î5G l'enseignement en province
afin de peser davantage sur la détermination du P^oi.
Ce ne fut pas tout. Le silence gardé par le dac ne suffit pas à arrêter des démarches dont il aurait dû cependant faire comprendre Tabsolue inutilité. Le duc, pour avoir la paix, ne se souciait pas plus du sacrifice des Jésuites qu'Henri IV ne s'était soucié du sacrifice de sa foi personnelle à ce Paris qui ne lui coûtait qu'une messe. Le maire et son conseil, incités par les Pères et leurs amis devaient revenir à la charge, et Ton retrouve, dans les articles qu'ils proposërent,un mois après, lors de la réduction de la villejes mêmes prétentions, auxquelles il fut répondu cette fois par un refus catégorique et définitif.
Les Jésuites n'étaient même pas les seuls religieux ({ui dussent s'apercevoir des mauvaises dispositions des partisans du Roi de Navarre, a En ce temps (commencement de mai), rapporte Breunot, les gardes de M. le Vicomte (de Tavanes) et autres soldats avoient voulu entreprendre de forcer les greniers de Saint-Bénigne pour avoir des grains, mais les moines voyant que l'on les vouloit prendre par le ventre et par les dents, se seroienl mis en deffences, et enfin, avec peu de bruit, les gardes et sergens se seroient retirés, ou ils eussent esté estrillés et frottés plus que leur soûl et plus qu'ils n'eussent voulu. »
On ne s'explique donc vraiment que par sa ténacité habituelle la résistance désespérée de la compagnie de Jésus, résistance qui ne devait céder que devant la force et l'inébranlable volonté de Henri IV, lors de la réduction de la ville à son obéissance (26 mai 1595), à laquelle j'arrive, et qui doit clore celte période de l'histoire de notre enseignement.
Je me garderai, bien entendu, de faire un nouveau récit détaillé de cet événement bien des fois raconté déjà par les divers historiens. Gomment toutefois me soustraire à rappeler d'après les écrits contemporains
et les documents inédits, les actes qui le signalèrent et donnent à ses conséquences leur véritable caractère? Ce n'est point ici, au surplus, un hors d'œuvre; car on sait si les congrégations et particulièrement celle des Jésuites, alors les directeurs et les maîtres de la jeunesse, y furent intéressés .
Voici d'abord, en quelques mots, à quel état était à ce moment réduite la Bourgogne : « L'entrée de Henri IV a Dijon, en 1595, dit M. Garnier (1), mit fin à cette guerre impie (la Ligue), mais non au)c misères effroyables qui s'étaient abattues sur la Bourgogne. Le pays était ruiné,tout trafic avait cessé,les populations étaient décimées, les villes réduites aux abois, les campagnes désertes, les terres en friche, et, comme il arrive toujours à la suite de ces catastrophes, la peste et la famine se disputaient ce qui avait survécu. Encore si ces calamités eussent été les dernières ! Malheureusement, pour en finir plus tôt avec la Ligue, un pont d'or avait été fait à ses chefs ; il fallait de plus entretenir l'armée qui venait de chasser l'Espagnol, et les garnisons des places fortes destinées à assurer la tranquillité intérieure. Et comme les coffres de TEtat étaient vides, on obligeait encore la province épuisée à se saigner pour y pourvoir. Aussi, plus que toute autre, aspirait-elle à la paix qui devait mettre fin à ses maux ; et, si paternel que fût le gouvernement de
(1) Rapport au conseil général de la Côte-d'Or sur les archives départementales^ session d'août 1877, p. 109 du vol. des rapports au préfet.
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Henri IV, à la mort de ce prince, bien des plaies n'étaient point cicatrisées. »
Dans une lettre d'Etienne Bernard aux échevins de Dijon, datée de Paris, le 31 mars 1593, conséquemment antérieure de plus de deux ans, le vicomte mayeur leur faisait connaître que « sur la remontrance que Ton disoit avoir été faicte par le premier président de Tours pour la conversion du Roy de Navarre, ce dernier avoit faict réponse quMl iroit à la messe qui pourroit et au presche qui voudroit (1). »
Depuis celte année 1593, celle même où Henri avait embrassé par ambition politique le catholicisme, jusqu'à la dernière heure, jusqu'à leur expulsion, en toutes circonstances, les Jésuites avaient témoigné, de plus en plus, ces sentiments anti-patriotiques et antilibéraux qui semblent être les bases fondamentales de leur institution ; leur esprit de souterraines intrigues n'avait pas cessé un instant de faire son œuvre et de venir en aide à leur lutte ouverte, à laquelle même, lorsqu'elle fut devenue impossible, il survécut encore.
Chassés, ils partirent, mais non sans laisser derrière eux leur sourde et tenace influence, non sans préparer, dès le départ, un retour triomphal, dont leur donnaient l'espoir fondé les fécondes relations qu'ils avaient su se créer par leurs complaisances pour les puissants, par leur ascendant sur les femmes et leur autorité sur ces élèves qu'ils savaient si bien, par certaines tolérances et capitulations de conscience, s'attacher comme d'aveugles esclaves, et, par leurs
v't) Cette lettre est insérée au recueil de la correspondance de la mairie de Dijon, t. H, p. 453.
seils et leurs leçons, si bien a induire » au mal, qu'ils parvenaient à les dresser à l'assassinat, en le leur représentant comme un devoir !
Ce fut le 26 mai qu'après avoir trop longtemps résisté, la ville résolut de se rendre à Henri IV. A peine- était-elle informée par un avis du duc de Mayenne du projet formé d'une occupation par surprise, que Vaugrenant, commandant royaliste à Saint- Jean-de-Losne, l'invitait à reconnaître l'autorité du maréchal de Biron, gouverneur de la Province, qui s'apprêtait à l'assiéger. À la suite de cette sommation, s'assemblaient à l'hôtel de ville (1) Messieurs de la Chambre, le vicomte de Tavanes, de Franchesse, Messieurs du clergé, du Parlement et de la Chambre des comptes. On délibérait et on arrêtait les conditions qu'il convenait de proposer à l'acceptation de Henri IV en le reconnaissant roi. Les principales (2), qui témoignent hautement de l'influence qu'avaient réussi à conserver les Jésuites^ étaient : exercice exclusif de la religion catholique dans le ressort du parlement de Dijon; restitution aux ecclésiastiques des biens dont ils avaient été dépouillés ; maintien à Dijon du collège des Jésuites ; oubli de tout ce qui s'est fait durant les troubles ; conservation de leurs emplois aux officiers nommés par Mayenne.
Un conseiller au Parlement (3), un maître des
(1) Le choix du lieu où devait se tenir la réunion^ fut, au dire de Breu- Dot, une cause de difficultés.
(2) Elles existent au trésor des chartes. Cahier de 4 feuilles contenant les articles arrêtés par l*assemblée générale des habitants de Dijon pour la réduction de la ville sous Tobéissance du Roi Henri IV, 26 mai 1595, (papier).
(3)Cc conseiller fut Breunot. Nulle part donc, mieux que dans son journal,
comptes et un échevin furent chargés de présenter le cahier où étaient écrites ces conditions au maréchal de Biron, campé à Champmaillot. Le 27 mai, celui-ci répondit par une ordonnance (1), acceptant toutes les conditions proposées, sauf en ce qui concernait l'édit de 1577 et les Jésuites. 11 promettait d'ailleurs qu'il n'y aurait point d'exercice du culte réformé < à quatre lieues à la ronde de la ville, v> le tout à la charge par la Chambre de faire publier le lendemain les édits du Roi, de prendre Técharpe blanche, marque ancienne des Français, et de le recevoir comme gouverneur et commandant de l'armée.
A la réunion de l'assemblée qui avait fait faire ses propositions au maréchal, Tavanes, et naturellement avec lui Franchesse^ ne s'étaient pas rangés à Tavis de la majorité. Ils avaient insisté pour qu'au lieu de se rendre, on invitât au contraire le duc de Mayenne à venir chasser les ennemis qui entouraient la ville et qui étaient inférieurs en nombre à l'armée dont il disposait, et tout au moins, s'il ne le pouvait, à obtenir une trêve, parce qu'il était de l'honneur de la Bourgogne et de sa capitale de ne traiter qu'avec des rois
on ne trouverait un récit parfaitement exact <>t circonstancié. Il donne^ au surplus, leà détails les plus curieux sur ce qui se passa soit avant, soit pendant, soit après IVntrevue avec le maréchal, entrevue durant laquelle le cliâleau ayant tiré, le maréchal dit « qu'il connaissait telles dragées et n'en avait pas mauvaises impressions » (tom. II, p. 525 et sniv.), ce qu'il prouva eu même temps par sa courtoisie, i laquelle répondirent du reste les députés: « Nous entrons an coche, dit Breunot, M. de Vangrenaut nous ayant aidé h, monter. D'Ossu avilie nous conduit jusqu'au pont Gaupain (sur Suzon) et presque sur le bord du fossé, où mut leur faitùM hu fier encore une grande ferrièrede huit pintes de bon vin, de sept ou huit que nous aviom portées et qui avaient esté carabinées par les susdits seigneurs avec force gâteaux » (p. 34).
(1) V. Copie de cette ordonnance au trésor des Chartes.
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et des chefs de partis (1). C'était fier assurément; mais il y a lieu de croire que les Jésuites n'étaient pas pour rien dans cette attitude; car ils étaient bien, sinon ouvertement, du moins secrètement, les complices inspirateurs de Tavanes, et ce n'était pas sans motifs que le bruit de l'approche de l'armée espagnole avait été adroitement répandu; les habitants s'en étaient émus et <k étaient en extrême crainte » qu'une grande quantité de poudre ait été a baillée par le château à cause de la congrégation (2). » Toujours est-il que Tavanes et Franchesse, ainsi soutenus et encouragés, passèrent outre à la résolution prise par l'assemblée et qu'ils firent tirer sur la ville le canon du château, dans l'intention a de la mettre à sac et d'y faire entrer les Espagnols. ï>
Cet incident précipita les événements. Le maire qui, lui, n'agissait qu'à contre-cœur et n'avait longtemps répondu qu' « ambiguement » au conseiller Breunot et aux autres notables qui le pressaient, et les habitants qui commençaient à s'exaspérer contre les ligueurs et leurs auxiliaires (3), prirent immédiatement l'écharpe blanche et, au cri de vive le Roi, ouvrirent la porte Saint-Pierre au maréchal de Biron qui, entré en ville, repoussa les opposants et forma le blocus du château.
Ce fut Breunot qui, sur la demande que lui avait fait faire le maréchal, le reçut â son entrée. « Je commence, dit-il à ce sujet, à prendre l'écharpe, sors en
(1) Reg. des délibér. de la ville, 104, fol. 269.
(2) Breunot, tom. II, p. 524.
(3) Peu s'en fallut que l6 peuple se portât à des voies de fait contre la maison de rapolbicaire Perrucbot, « où Ton disoit qu'estoit un rendezvous de ceux de la Ligue, etc. > Breunot, tom^ II, p. 529.
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rue avec la hallebarde et vas, suivi de M. Thomas (1) et quelques autres^ à la dite porte, passant par le milieu de tous ceux qui estoient de part et d'autre. Estant entre les deux portes. Monseigneur le maréchal, accompagné de tous les seigneurs de son armée, estant à pied, m'ayant aperçu, m'embrasse et me dit : ce Eh bien, M. Breunot, nous voici; » je lui réponds: (f Oui, Monsieur, nous vous tenons : à la bonne heure. Il faut s'avancer parce que Ton dit que M. le Maire est aux prises avec ceux du château en la rue Saint- Jean; D me dit : a suivez-moi, » et courent tous à la rue Saint-Jean et dit que Ton nous mène le droit chemin, le peuple criant : « L'escharpe blanche! Vive le Roy ! Vive le Roy ! » Le canon du château, continue Breunot, tiroit alors sur la ville avec grande puissance. Les registres de la ville qui confirment lé fait, font connaître en outre que le capitaine Râtelier et d'autres gens de guerre, sortis du château, marchaient en armes ce teste baissée, » aux barricades, que la plupart avaient le fer en main ce disans vouloir brusler la dicte ville, ]e> mais qu'ils furent vivement repoussés. Le maréchal répondit courageusement à leur résistance ce le coutelas au poing, sautant les barricades à la place Saint-Jean et de là au Miroir, en criant : « Allons ! allons, noblesse! allons, nos amis! Le peuple, en même temps, criait par les rues ce à gorges déployées y> : Vive le Roy! Les femmes, filles etenfans, avec escharpes, se réjouissaient. Plusieurs habitans de la rue Poulaillerie, ayant de grandes tassées de vin, invitaient un chacun à boire à la santé du Roy. »
(1) Jacques Tbomaa, conseiller ftu Parlement.
l'enseignement en province 363
Il y avait bien, dans cet enthousiasme, dé quoi con* i^ertir le maire et la chambre de ville ; prudemment, ils abandonnèrent leur cause, au risque d'abandonner aussi, au moins pour un temps, celle des Jésuites^ qui leur était chère, et voici en quels termes la chambre, ligueuse forcenée et royaliste de fraîche date, prit congé de M. le duc de Mayenne :
« La perfidie recognue et viollement des promesses par le sieur vicomte de Tavanes et de Franchesse, et, pour évister les mauvais desseings d'iceux, quiestoient de faire brusier et mettre à sac la dicte ville et y planter les Espagnols, donna occasion au viconte mayeur avec tout le peuple prendre l'escharpe blanche et cryer haultement : Vive le Roy! ce qui fut publié parmy toute la ville, etc.. (1). »
Il y avait loin de là à Tarrogante attitude de Messieurs de la ville, lorsque quelques années, quelques mois auparavant, ils se faisaient avec une si ardente passion les défenseurs et les appuis des prédicateurs dont les sermons an ti- patriotiques n'étaient que les criminelles apologies de la Sainte-Union et do continuels appels à l'étranger.
De son côté, le Parlement faisait hautement acte d'adhésion, et, à l'exemple de celui de Paris, rendait arrêt de reconnaissance do Henri IV, députait à Biron plusieurs de ses membres, chargés de lui dire la joie générale d'être enfin délivré de la servitude^ de s'entendre avec lui pour un Te Deum d'actions de grâces, etc.
Enfin, le 2 juin, le maréchal de Biron recevait,
(i] Regist. des délibér, 104, fol. 277.
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datées de Bar-sur-Seine, des lettres du Roi lui annonçant, avec la satisfaction que lui avait fait éprouver la réduction de Dijon, sou arrivée prochaine, c où il lui mandait qu'il a fait aussitôt sonner le boute-selle, qu'il lui garde la moitié de son lit, qu'il sera à lui dans trois jours. }> Et, le 4 juin, avant même ces trois jours, Henri faisait sou entrée par la porte Saint-Pierre, entre dix et onze heures. La relation qui en a été consignée aux registres des délibérations de la Chambre de ville a été publiée par M. Garnier dans son édition du journal de Breunot (1), qui lui-même en a laissé le récit. Il serait donc superflu de la reproduire. Qu'il suffise de rappeler que le maire, en lui faisant présent de quatre queues de vin au nom de la ville (2), lui adressa un discours dans lequel il ne craignit pas de témoigner des regrets d'avoir été empêché par les gens du château de le reconnaître plus tôt, à quoi (jc Sa Majesté répondit qu'elle croyoit à ses protestations. r>
Le 4 juin fut une journée de réjouissance pour le peuple assuré d'être enfin délivré des étrangers et des fomentateurs de guerre civile, desquels il était depuis trop longtemps la victime. Comme le vicomte mayeur, chacun s'empressait, a lui voulant embrasser et baiser la cuisse, » autour du Roi qui^ conduit à la Sainte-Chapelle, « oït dévotement la messe, adora la croix, baisa la paix, dit tout hault le confiteor, après avoir, par deux fois, protesté de vivre et mourir en la religion cathoUcque et romaine, et ce entre les mains
(1) Tom. Il, Dole de la p. 549.
(%) Troté autres queues de vin furent donnés au maréchal de Biroo.
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de M. le chanoine Desbarres, « estrangemenl ci-devant de la Ligue. »
Cette dernière réflexion ne laisse pas d*être quelque peu piquante.
Il n'est peut-être pas sans utilité, dans un intérêt purement historique, de noter ici deux petits faits rapportés par le conseiller Breunot, qui se passèrent ce même jour, 4juin, et ont trait au caractère d'Henri IV.
Après la cérémonie de l'entrée, le Roi galant (1) était allé dîner, « saluant le peuple et les dames. y> Après le repas, « M. le maréchal lui ayant demandé quand il lui plairait d'ouir les députés des ordres, a à cinq heures, à cinq heures, » répondit-il, passe outre, s'en va au logis du maréchal, pour effectuer ce qu'il lui avoit escrit, qu'il lui garde la moitié de son lit, se couche, dort jusqu'à quatre heures qu'il se lève, sort du logis, lui troisiesme à cheval, avec quelques arque^ buziers, s'en va recognoistre tant le chasteau de la ville que celui de Talant, de là aux Chartreux...
ce Le cinquième du dit mois, le Roy, avec un valet de chambre seul, sur les quatre heures du matin, va de son logis au logis du maire (2), parle lui-mesme à la chambrière pour avoir les clefs de la ville ; la cham-
(1) A eo croire les cootemporains, il n'aurait pas dérogé à Dijon i ses habitudes de galanterie, pas plus qu'A ses habitudes de bra?oare et de piété. Il allait se promener aux Chartreux, « encore que ceux du chasteau tirassent de grands coups d'artillerie, ne 8*en estonnant en rien, s comme il allait à la messe très régulièrement ; mais il menait tont de front et soupait aussi gaiement a?ec de joyeux compagnons, faisant même quelquefois de la nuil le jour, sauf à ne mettre au lit seulement le matin, comme il arriva le 16 juin, « ayant fait la débauche a?ec le maréchal de Birou, y» auquel son intimité, si bien affirmée dans cette lettre citée plus haut, où le Roi arrivant lui mandait de lui garder la moitié de son lit, assurait naturellement la place d'honneur en pareilles aventures.
(2) Fleutelot, qui demeuroit dans la maison de la rue Bassano portant aujourd'hui le n* 15 (Note de M. Gamier).
366 L ENSnGNEMEXr 13 PROTESCE
brière lai dit que Monsieur dort^ et qu'elle n*oseroit on ne voudroit le réTeiller, qu il a esté sur pied toute la nuit; le Roy réplique qu'elle loi aille dire et qu'il faut avoir les clefs de la porte ; répond qu^elIe ne le réveillera pas quand ce seroit pour le Roy. Le Roy dit alors : c Or, Ta lui dire que c'est le Roy. » Son roaistre ayant oui le bruit sortit en pied du lit, s*estant légèrement habillé, accourt à la porte avec les clets, s*excuse et aussi F indiscrétion de sa servante. »
9 L'on sceut, continue Breunol, que, le jour précédent, M. le premier président avoit parlé au Roy, s^estoil mis à genoux^ lui avoit demandé pardon ; que le Roy Favoit fort rudoyé, et dit qu'il estoit seul de tous les premiers présidens de France qui lui avoit fait de mauvais services et plus autres parolles aigres ; est fort étonné. » Chacun ainsi s'assouplissait et, après avoir combattu et maudit l'hypocrite, le renégat, après avoir applaudi aux tentatives d'assassinat conseillées par de pieuses doctrines et auxquelles il avait échappé, chacun s'agenouillait devant le vainqueur, devenu tout à coup pour tous le seul maître légitime, c lui baisoit la cuisse, » et, véritable impudeur, qui ne se montre que trop dans toutes les circonstances analogues, le plus traître et le plus lâche était surpris du froid accueil justement fait à ses honteuses génuflexions. <r Ils en sont étonnés, remarque Breunotà cette occasion, tous pensent à leur conservation et à cet efTet battent de tous endroits, b
Le Roi avait pourtant bien raison de ne pas oublier complètement le passé et de ne pas accepter sans contrôle toutes ces protestations tardives de dévoûment de ses anciens et cruels adversaires. Il n'y avait guère
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à s'y fier, car les religieux étaient toujours là. Un jacobin, « notre frère Clément, surintendant du rosaire, » n'était-il pas, en ce moment même, arrêté « pour ses allées suspectes et aussi pour des lettres du chasteau surprises, par lesquelles l'on lui mandait qu'il se tienne prest pour exécuter ce qu'il scavoit. » Catholique de fraîche date, Henri IV n'hésita pas à donner à ceux dont il était le nouveau corréligionnaire des satisfactions suffisantes pour prouver ses intentions conciliantes ; loin de se soustraire aux devoirs qu'il s'était créés par son abjuration, lui-même il ordonna des prières publiques ; et c'est ainsi que, sur ses ordres, se fit, le 7 juin, une procession générale, après laquelle il assista à la Sainte-Chapelle au Te Deum qu'avait précédé un sermon du gardien des Cordeliers glorifiant sa victoire ; qu'il assistait chaque jour aux offices et, lorsqu'elles avaient lieu, aux autres cérémonies et processions (1). Mais il avait des adver-
(1) Le chaooibe Pépin reodaDl compte de ce qui se passa ie 11 juin, dil uotammeal ceci : « le Roy fût à la Sainte-Chapelle, comme aussi tous ies aultres jourSf en laquelle fut dicte et célébrée la grande messe par ses aumôniers et chantres. » Il faut citer encore la procession générale, « fort solennelle, » de la sainte Hostie qu^il fit faire, et à laquelle il assista le 1*' juillet après la réduction du château. M. Garnier eo a publié la relation telle qu'elle est aux registres municipaux (Breunot, t. III, p. C el suiv.,en note). On y trouve le curieux récit de la reddition du château et de la colère dans laquelle Messieurs des comptes mirent le maréchal de Biron qui, prétendant «qu'il y avait des brouillons encore par la ville », jura à plusieurs reprises « par la mort, qu'il n*y avoit ni gentilhomme, ni autre, quel qu'il soit, auquel il ne face perdre terre, qu'il sçauroit bien faire obéir le Roy, et qu'ayant sa volonté, il sépareroit tant de bras et tant de jambes de leurs corps, qu'ils ne se rassemhleroient jamais, etc. » Voici comment se termine ce récit : on y verra encore le gardien des Cordeliers inquiété par ce qu'en échange de l'aiTection du Roi pour son ordre, il n'avait pas pactisé avec ses ennemis : « Le trentiesme dudit mois Quin), entre midi et une heure, M. de Franchesse quitle le chasteau avec toutes les troupes y estans. Avant que sortir, parle au Roy. Plusieurs mal affectionnés et peu retenus de vouloir faire des indolences
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saires auxquels il savait bien ne pouvoir pas pardonner, non seulement parce que les attentats contre sa personne, auxquels ils avaient poussé ouvertement par le urs prédications, sourdement parleurs conseils et leurs encouragements secrets, lui avaient donné la mesure de leur haine pour lui, mais encore et surtout parce qu'en eux il voyait les plus dangereux ennemis de la France, comme il devait TafTirmer hautement dans sa réponse au Parlement de Paris, le 12 février 1599. Il était a catholique, roi catholique, catholique romain, mais non catholique jésuite; il connaissoit les catholiques jésuites et n'étoit pas de Thumeur de ces gens-là, ni de leurs semblables. »
Aussi, dès le huit juin, et par son ordre, le chancelier de Chiverny, au jour même où il arrivait à Dijon, fit venir devant lui le Père Gentil, recteur du collège, et lui dit qu'il falloit « que les Jésuites délogent, » ajoutant a ce que le Saint-Père avoit fait aux Jésuites réfugiés, qu'il n'avoit voulu estre receus au collège de Rome, ains les avoit relégués à vingt-huit milles de la dicte ville pour quelques considérations, b
Vainement des démarches pressantes avaient été faites en faveur des Pères; on n'obtint rien. Le chancelier envoya même au président de Monthelon les arrêts et procédures criminelles du Parlement de Paris (1) pour les faire voir au père recteur « pour les
au gardien des Coi déliera ; mais M. le maréchal, mettaDt l'espôe à la main^ les empescha. La garce de M. de Franchesie iortit dégaiaée en homme, ayant un pot en la teate^ qui fut veue par II. le maréchal... A rinstant. M. de Franchesse sortait de la place, en laquelle il ayail reçu tant d'honneur et de plaisir, non sans pleurer, comme rapportent cenx qui l'ont veu ; le Roy entre et met If. de Parcours avec gamiaon, gon- ▼emeur audict chasteau .»
(1) L'abbé BouUemier, qui fait le récit de Pexpulaion des Jéaaites de Dijon
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voir et juger eux-mêmes si Ton a eu juste occasion de les chasser etexpulser hors de France. »
Le Père Gentil se contenta de demander trois jours pour faire ses préparatifs de départ. Ce terme écoulé, le 42 juin, « le maire, dit Breunot, alla avec un trora-
d*aprè8 un manuscrit sar la reddition de la ville^ a mis en note les réflexions suivantes qu*il n'est peut-être pas hors de propos de reproduire : a Je rapporte les termes propres de l'auteur que je suis; mais il s'en faut que je pense avec lui que ce fut en vertu de l'arrêt que les Jésuites furent expulsés. Je conviens que presque tous ceux qui ont écrit Tbistoire de ces temps n'ont fait mention que de l'arrêt du Parlement de Paris ; mais il est très vrai qu'ils l'ont confondu avec un édit qui en fut la suite. Us sont tombés d'autant plus aisément dans cette erreur, qu'il fut donné presque en même temps que l'arrêt ; et que son peu de publicité, vu le petit nombre de provinces et de villes qui fussent remises alors encore sous 1 obéissance du roi leur aura ôté la connoissance. C'est pourquoi ils n'ont fait attention qu'à cet arrêtdu 29 décembre :l 594. On n'a pas fait attention que cet arrêt ne pouvait être exécuté en Bourgogne qu'autant qu'il aurait été adopté et enregistré par le Parlement de cette province ; or, ne l'ayant pas été, la chambre ne pouvait de son autorité lui donner force de loi hors du ressort ou ilavoit été prononcé. Au défaut de l'enregistrement de cet arrêt, on trouve celui de l'édit du 7 janvier suivant qui en confirme les dispositions au sujet de l'expulsion des Jésuites hors du royaume. Dès lors, nul doute que ce fut en vertu de cet édit que M. de Chiverny leur enjoignit de sortir de Dijon et de la Bourgogne. On a vu par la note précédente Textrême désir que l'on avoit de les conserver. On en faisoit de grandes instances : Que fait le chancelier pour s'y refuser ? « 11 envoyé (dit M. Breunot) au Président de Monthelon les arrêts et < procédures faites au Parlement de Paris contre les Jésuites, pour les « faire voir an père recteur et juger par eux-mêmes si on a en juste oc- « casion de les chasser et expulser hors de France. » D'après cela il est incontestable que le chancelier s'autorisa de l'édit seul et non de l'arrêt qui l'avait précédé pour ordonner l'expulsion de ces pères, contre lesquels il fit vû4r qu'il n'y avoit ni prévention, ni haine, mais bien Ics^notifs les plus décisifs et les plus pressans de la plus juste condamnation réi^ultant de tout le contenu des procédures qu*il communiqua. Que l'édit du 7 janvier en vertu duquel le chancelier agissoit, ait été enregistré au Parlement de Bourgogne réfugié à Semur, rien de plus certain et de mieux constaté. Quand on n'aurait pas les registres du Parlement pour en faire foi, on tirerait la preuve du journal du conseiller Breunot déjà cité, où sous la date du S4 février 1595, il dit : « On eut nouvelles assurées que « ceux de Semur ont pnblié l'arrêt fait contre les Jésuites à Paris. » Inntilement voudrait-on chicanner sur le terme Atrél qn'employe le journaliste : cela prouve d'abord ce que j'ai avancé. Terreur des historiens
oi
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pette du Roy dire aux Jésuites qu'ils sortent. Les pères, frères et sœurs de la congrégation et du Rosaire leur portèrent de Targent en leur disant adieu. » Le recteur partit alors, à cinq heures du matin, après avoir remis les clefs du collège à la Chambre de ville; il partit avec passe-ports à la tête de ses religieux. Le trompette raccompagna jusqu'à Dole. Le chanoine Pépin, qui était un des admirateurs de la Compagnie, dit à ce propos : « Les pauvres Jésuites sortirent et s* en allèrent avec grands regrets et lamentations de la ville de Dijon, lesquels furent conduits par gens de bien jusqu'en lieu de seureté. »
Par ces mots gens de bietiy il faut simplement entendre, avec BouUemier, les plus acharnés ligueurs^ ce qui n'est pas tout un (1). Ajoutons que les regrets et
qai ODt, dans les résaltaU, confondu Tédit du roi aTec l'arrêt du Parlement de Paris qui l'avait précédé de 9 jours seulement ; puisqu'un conseiller a pu 8*y méprendre, la bévue des autres ne doit plus étonner. D'ailleun la date du 24 février prouve incontestablement qu'il s'agit de Tédit envoyé pour l'enregistrement au Parlement à Semur : il y est publié, c'està-dire enregistré le 16 de février. Huit jours après on eu à la nouTelle certaine à Dijon : on s'y trompe, il est vrai, sur la forme et la nature de de Tobjet enregistré , puisque les Dijonnois ne l'avoient pas aooa les yeux, la méprise est naturelle ; au reste, dans ces tema là, souvent les arrêts étaient qualifiés d'édits aiosi qu'il le paroit par ces termes du chanoine Pépin : le Parlement fait un édit, et le 24 (de mai) une assemblée ..pour chercher la paix, etc., etc. Nais eu rapprochant les faits et les dates on se confirme d^autant qu'il n'a pu être question que de Tédit du 7 janvier, en conséquence duquel M. de Cbiverny, se refusant aux instances dont on le fatigua, a dû prononcer le banissement des Jésuites.
Voyez à ce sujet. Proùl, hisior, 1763. Dénonciation de cet ouvrage par le Ministère public, et Lettre d'un Magistrat (par M. de Norveau).
Dans le procès criminel de Jean Cliàtel tiré du n» 9083 des manuscrita de Bélhune qui sont à présent dans le bibliothèque du roi, et qui se trouve imprimé dans le supplément aux Mémoires de Condé page 203 de la 8« partie, il est nommément fait mention de cetédit, et en cet termes : « Et y ont demeuré (dans l'Université) jusques à Tédit et aux arrêts de Tan 1595, mentionnée ci-dessus par lesquels ils furent bannis et chaasés du royaume. »
(1) On peut bien admettre cette traduction de l'abbé BouUemier iorsqu^on
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les adieux n'étaient pas sans un mélange d'espérances. Eu partant, les Jésuites comptaient toujours, confiants dans l'appui des partisans qu'ils s'étaient faits, dans les moyens d'action qu'ils s'étaient ménagés, récolter tôt ou tard ce qu'ils avaient semé et reprendre une situation dont la jouissance leur était momentanément enlevée. Ils comptaient bien sur le retour, et ne s'illusionnaient pas. Après un exil de courte durée, ils reparaîtront, et cette fois pour une période plus longue que celle qui se termine ainsi en 1595 et dont il ne me reste plus qu'à retracer le dernier acte constaté par les pièces suivantes conservées au trésor des chartes : 23 juin, réponse faite et signée par le Roy Henri IV, datée de son camp de Dijon, à chacun des articles au nombre de treize, proposés pour sa réduction par la ville de Dijon (1); lettres patentes du môme mois de juin, par lesquelles le Roy ratifiait les articles concédés (2) et que plus tard il confirma par plusieurs déclarations successives. La réponse du 23 juin, qui constitue un document historique curieux, commence par cette phrase : a Le Roy n ayant jamais rien tant désiré^ après son salut j que la réduction de ses sujets à leurs devoirs^ oublie le passé et les reçoit en ses bonnes grâces j à la charge du serment de fidélité et de Vobéissance aux Edits. 9 Je n'en retiens que le passage concernant l'article 3, ainsi conçu : a Art. 3. Que le collège Godran^ tenu par
86 souTieDi de la pasiion avec laquelle le chauoioe Pépin encensait le^ ligoenn aea amia, et maltraitait ses adversaires. Ne qaaliOait-il pas de « cbienneries » les exercices religieux des prolestants ? (Voir son livre de souvenance^ an 9 avril t600.)
(1) Liasse 6, cotte 65.
(1) Parchemin. Scellées du grand sceaa en cire verte à lacs de soie rouge et verte pendante.
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les Jésuites soit conservé. » Le roi répond : « Refusé par suite de V Arrêt (1) contre la Société; mais le Roy autorise remploi des fonds à Ventretien d*un collège. » C'était net et précis ; « Henri y voyait clair » et jugeait prudent de a couper la racine à toutes factions et à toutes les prédications séditieuses, » comme il devait en prévenir le Parlement de Paris le 7 février 1509, dans cette sévère admonestation : a ceux qui ne désirent que mon édict passe me veulent la guerre. J'ay autrefois faict le soldat; on en a parlé et n'en ay pas fait semblant. Je suis roy maintenant et parle en roy. Je veulx e^tre obéi. A la vérité^ les gens de justice sont mon bras droict^ mais si la gangrenne se met au bras droict^ il faut que le gauche le coupe. Quand mes régiments ne me servent pasj je les casse. i>' Pareille franchise témoignait d'une résolution bien arrêtée ; c'est que le roy pouvait dire hautement que « ce qu'il en avoit faict étoit pour le bien de la paix ; qu'il Tavoit faicte au-dehors et qu'il vouloit la faire audedans; » c'est que, ce qu'il avoit en vue, ce n'étoit pas la guerre à la religion catholique, qu'il devoit défendre comme « fils aîné de l'Eglise, ni à la justice, qu'il vouloit entourée de respect, x> mais l'apaisement public et une même loi pour tous, ce Ne m'allégués pas la religion catholique, je l'ayme autant que vous. » Voilà ce qu'il répondait à Tintolérànce qui l'accusait de haine pour les catholiques, et, quant aux magistrats dont il sut dépeindre si bien les devoirs et qu'il menaçait de briser comme y contrevenant par un es-
(1^ Oo voit que la réponse du Roi ne basait sur l'arrât et non sur l*édit. (Voir à ce sujet, Tobservation de l'abbé Boullemier ci- dessus p. 8$8 et suiv. eo note).
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prit de parti qui en faisait de véritables révoltés, ils étaient pour lui a les yeux et les colonnes du royaume. » Ce n'était certes pas la passion qui l'inspirait, mais l'amour du bien et de l'équité, c'était le patriotisme, éclairé par la connaissance de la volonté et des tendances nationales.