‹ Les écoles normales primaires de la province de Québec et leurs œuvres complémentaires [microforme]Chapitre 10 sur 53 · ILL25 W · texte numérisé non relu

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lettre morte. Pourtant l'urgence de la mesure n'échappait à personne. Les actes supplémentaires de 1844 et de 1846 organisent enfin dans chaque ville de Québec et de Montréal deux Bureaux d’examinateurs, — l’un catholique et l’autre protestant, —ayant pouvoir de donner des diplômes de capacité permanents. Nul n'a le droit d'enseigner, s'il n’est pas déjà instituteur, avant d’avoir subi une épreuve devant l’un des Bureaux. Un délai suflisant — jusqu’au ler juillet 1852 — est accordé aux maîtres en activité de service, mais la qualification requise semble à tous si raisonnable, que les instituteurs primaires au nombre d'environ 850, en 1853, s'empressent, pour la plupart, de remplir cette formalité légale. Le brevet de capacité n’était pas requis des instituteurs congréganistes. Les institutrices laïques étaient dispensés par la loi—jusqu'en juillet 1857 — de l'obligation de subir un examen devant l’un des Bureaux d'examinateurs, et de se pourvoir d’un diplôme. Mais les inspecteurs des écoles devaient faire un rapport spécial sur les aptitudes professionnelles de ces institutrices après les avoir interrogées sur les matières qu'elles devaient enseigner.

En 1853, six autres Bureaux d'examinateurs sont établis pour les districts de Kamouraska, Gaspé, Saint-François, Trois-Rivières, Stanstead ct Ottawa Pour faciliter aux instituteurs l’accomplissement de lu loi qui les obligeait d'obtenir un brevet de capacité, ils se réunirent, au début, une fois le mois au moins, tandis qu'ils n'étaient tenus de le faire qu’à tous les trois mois. Mais l’on ne tardera pas à apercevoir les inconvénients qu’apporta la multiplication de ces comités d'examen, surtout depuis le jour où l'on put comparer les diplômes qu'ils accordaient aux diplômes conférés par les écoles normales.

La fondation de l’inspectorat primaire, en 1851-52, fut une autre étape importante de l'instruction publique dans ls voie du progrès. Le système scolaire introduit par la loi de 1841- 1846,— on s'en aperçut bien vite, — en accordant des pouvoirs trop restreints au surintendant, établissait une surveillance souvent inefficace sur la tenue des classes, le travail des maîtres et maîtresses d'école, les programmes d'études et les succès * généraux de l'éducation. M. Meilleur lui-même proposa la

nomination de surintendants régionaux, — un pour chaque district judiciaire — ou de deux visiteurs attachés au Bureau de l'Éducation, pour faire l'inspection des écoles et donner ainsi plus de régularité, de vigueur et d’aniformité à la régie des classes primaires.

Le gouvernement donna, sans hésiter, la préférence au

premier mode d'inspection scolaire, à cause surtout de l'étendue territoriale de la province, de la dispersion des écoles, des difficultés de communications, de la mise en opération du nouveau système d'instruction publique.

Les inspecteurs, au nombre de 23, furent officiellement chargés de visiter les écoles 4 fois l’année, — le nombre des visites fut bientôt limité à deux, — et de faire rapport au surintendant sur la condition des écoles et l'état général de l'éducation élémentaire. Très bien accueillis par les commissaires d'écoles, les instituteurs et le peuple, ils furent des auxiliaires éclairés et judicieux pour les surintendants qui, à leur tour, leur ont toujours rendu les meilleurs témoignages. C'est une nouvelle carrière ouverte aux instituteurs primaires, surtout à partir du moment (1876) où un examen spécial et très eompréhensif, devient la condition de leur promotion à

l'inspectorat.

Vers 1850, les préoccupations scolaires recomimencent à s'orienter vers la fondation de nouvelles écoles normales, Dans la province anglaise, l’École pédagogique professionnelle de Toronto, fondée en 1847, a déjà donné des résultats appréciables, ce qui la met en évidence, et la recommande à l'attention des pouvoirs publics. De mêmes que le docteur Meilleur reconnaît la grande utilité de l'école normale pour Couronner dignement tout notre système scolaire, les Pères du premier Concile provincial de Québec donnent leur haute approbation au projet d'en établir quelques-unes, en insérant dans leur XVIIIe décret relatif aux écoles mixtes, cette clause importante : “ Et d’abord nous nous efforcerons d'obtenir une école Modératrice (communément appelé École normale) pour former des maîtres qui soient imbus d'une saine doctrine et recommandables par leurs bonnes mœurs ”.

Une loi spéciale, en 1851, en reconnaît, une fois de plus, la nécessité. Chaque jour, cette fondation projetée recueillera de nouvelles adhésions, jusqu’à ce que des hommes qui s’auront pas été mélés aux luttes précédentes, en ressent proposer l'exécution avec des chances de succès.

Quelques efforts isolés dans ce sens méritent mention. 11 nous suffira d'en citer deux ou trois. |

Les professeurs laïques du collège industriel et commercial de Saint-Michel de Bellechasse font, en 1854, à leurs propres élèves et aux élèves du pensionnat de filles établi dans la même paroisse, un cours normal qui, deux ans plus tard, a déjà donné à l'enseignement 7 instituteurs et 14 institutrices. L'institution pédagogique de la société des écoles coloniales de l’Église anglicane, fondée à Montréal la même année, a également formé en deux ans, cept instituteurs et cinq institutrices, qui

se sont consacrés à l'édueation des enfants. À Québec, l’école britannique et canadienne donnait, semble-t-il, une sorte d'éducation pédagogique à ses meilleurs élèves. En 1837, c'est-à-dire après 14 ans d'existence, elle prétendait avoir fourni à la province “ 46 maîtres capables d'enseigner d’après le système de l'enseignement mutuel ” ou de Lancaster.

: Depuis 1836, l'instruction publique, on peut l'affirmer, s’est entièrement renouvelée. Le peuple s'y est livré mais non sans une certaine méfiance, comme un peuple qui a longtemps souffert reçoit tout ce qui est nouveau. Mais il s’est rencontré pour le guider et l'éclairer dans son inexpérience, des hommes d'un coup d'œil sûr, V'un désintéressement à toute épreuve, d’un patriotisme au-dessus de tout éloge. Le plus grand de tous ceux qui montrent, dès le début, la foi la plus ferme dans l'excellence et l’avenir de la récente organisation scolaire est le docteur Meilleur, le premier surintendant de l'Éducation F ablique dans notre province.

C'est l'un des éducateurs éminents de notre pays, le fondateur du système scolaire qui est notre sauvegarde et notre force. Jusqu'en 1855 au moins, c'est-à-dire pendant plus d'un quart de siècle, on le trouve constamment au premier rang des défenseurs des droits du peuple à l'instruction. Il commença, dans un but patriatique et franchement chrétien, par collaborer activement à la fondation du collège de l'Assomption. Puis, à une époque tourmentée, devant le peuple, à la Chambre d’assemblée, auprès de nos hommes d'État, il se constitua l'infatigable’ champion de Ja liberté de l'enseignement primaire, et le promoteur le plus ardent de ses progrès.

On pourrait trouver dans ses dix-huit Rapports officiels et ses trente Circulaires, non seulement un traité presque

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cotuplet de pédagogie, mais des vues historiques sûres, une parfaite intelligence des besoins scolaires du moment, un Programme d'action et de réformes dont la sage ordounance et l'extrême à-propos ne Pouvaient échapper aux surintendants, ses successeurs À la direction de l'enseignement. Le peuple, lui, n’a Pas assez rendu justice à Meilleur, qui a eu le dangereux honneur d'inspirer, de faire décréter et aimer une législation scolaire longtemps incomprise et redoutée.

Et cependant, malgré l'oubli et l'ingratitude dont :1 fut parfois entouré, Meilleur a consacré les plus belles années de sa vie au service de ses comps’riotes. La politique, la science, le littérature, l'enseignement secondaire et l'instruction populaire, rien de ce qui touchait au bien et aux intérêts de sa nationalité, ne le trouva indifférent. Il n'abandonna sa fonction scolaire — non sans quelque regret — qu'après s'être assuré de la perpétuité de son œuvre. Après treize années de travail et de luttes à la tête du département de l'Édnestion, il cédait aux résistances du milieu hostile qui paralysait son action. Mais l'instruction publique resta toujours sa préoccupation favorite.

Après avoir édifié tout notre système scolaire, il se donna le légitime plaisir d'en montrer l'harmonieux ensemble; autant Pour mesurer la distance parcourue depuis nos origines, que pour justifier ses actes et ses décisions les plus eombattus et les plus diversement jugés. Ii a écrit la première histoire de l'éducation dans la province de Québec. C'est encore malgré la lourdeur et les incorrections du style, les inexactitudes, les redites et le perpétuel souci de son auteur à se mettre au premier rang, auquel d'ailleurs il a droit, ua livre précieux e6 qui, au point de vue documentaire, n’a pas été déparsé.

En somme, le magnifique essor que Meilleur a imprimé à

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l'éducation nationale dans notre province, le rend encore présent parmi nous. Mais le nom de son successeur, M. Chauveau, est si populaire et si connu du public, qu'il faut faire effort pour reconnaître l'influence persistante du premier surintendant sur nos institutions scolaires. Chauveau n'a été pourtant que le continuateur aussi brillant que solide de l'œuvre dont Meilleur a été le fondateur et l'organisat ur

puissant.

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