‹ Les écoles normales primaires de la province de Québec et leurs œuvres complémentaires [microforme]Chapitre 16 sur 53 · FL · texte numérisé non relu

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total de 9,238. Or, au Massachusetts, pour un personnel ensei-

gnant de 14,000 membres, 6,000 seulement ont étudié dans une

école normale, bien que le budget scolaire annuel atteigne la somme de quatorze millions de piastres.

Il est de plus en plus facile dans ces conditions et à l’aide de ce personnel généralement bien préparé, d'établir un programme d'études uniforme, d’introdnire dans les écoles de villes l'enseignement industriel, de former des bibliothèques, d'crganiser des concours entr jes écoles afin d’exciter l’émulation des élèves, de favoriser l'essai de jardins scolaires à la campagne — actuellement 2,200 enfants font des travaux d’horticulture.

Si le département de l’Instruction publique ne dispose d'aucun moyen pour obliger les municipalités à augmenter le traitement professoral et à imposer le minimum de salaire (8100) voté par l'Exécutif, en 1896, il accorde du moins aux instituteurs primaires, leur part: d'appui. Une somme de $14,000 est répartie par montants de 830 et de 820 — aujourd'hui par montants uniformes de 820 — aux maîtres et aux maîtresses d'école laïques suivant leur mérite respectif, et le secours annuel distribué aux municipalités pauvres s'augmente constamment.

L'institution pédagogique professionnelle, œuvre de M.

Chauveau et de l'abbé Verreau, gagne chaque année de nouveaux partisans, et l'on voit venir le jour où la plupart des institutrices laïques catholiques iront y apprendre l'art difficile de l'éducation nationale de la jeunesse canadienne-française, C'est le point de départ d’une évolution qui fera époque dans l'histoire de notre enseignement primaire.

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Avant de terminer ce chapitre, le dernier de notre modeste travail sur les écoles normales, nous croyons opportun de dire quelques mots sur certaines questions scolaires d'un intérêt bistorique moins restreint, et qui reviennent périodiquement dans les discussions de la Presse et des clubs, ou dans les Conversations journalières. Mais, qu'on veuille bien le reniarquer, notre intention n’est pas de réveiller de vieilles querelles ou de raviver des suscéptibilités encore mal éteintes. Ce serait inutile, peut-être dangereux. Notre but est moins de juger les sentiments et les opinions des hommes qui ont été mâlés à ces questions d'éducation, que de mettre devant les yeux d'un public impartial, les faits et les renseignements les plus utiles pour élucider ces problèmes scolaires qu'on ne saurait aborder avec trop de prudence et de circonspection,

Nous parlerons en premier lieu de la cominission scolaire catholique de Montréal.

Nul n'ignore que des statuts spéciaux régissent, au point de vue de l'éducation, les trois villes de Sherbrooke, Québec et Montréal. La commission scolaire catholique de cette dernière, de six membres qu’elle était en 1855, se compose aujourd'hui de neuf membres : trois sont désignés par l'archevêque de Montréal, et représentent l'autorité religieuse ; trois par le Conseil de ville, avee mission de surveiller l'emploi des impôts scolaires ; trois par la Législature provinciale.

À l'exe: .ple d'un grand nombre de villes des États-Unis, Montréal a ainsi soustrait son département d'éducation à l'agitation et aux luttes des partis politiques. N’étant pas directement responsables au peuple, et ne recevant aucune rémuné. ration, les commissaires jouissent d’une plus grande liberté d'action, et, dans l'intérêt du publie, ils peuvent être plus

impartiaux et plus désintéressés. ‘ Il me semble difficile, disait l'abbé Verreau, de trouver un mode de nommer les commissaires d'écoles meilleur que celui qui existe actuellement. L'autorité religieuse y est représentée, l'opinion et les sentiments des citoyens n’en sont pas exclus, puisque le Conseil de ville et le gouvernement, qui doivent exprimer, quoique dans des mesures différentes, les sentiments du peuple de la ville, y sont aussi représentés ”.

Par le mont-nt de ses dépenses annuelles (près de 8273,000) le nombre et ji» richesse de ses écoles, le taux du trcitement de son personnel enseignant, la commission scolaire catholique de Montréal n'a guère d'égale au Canada.

Mais il n’en a pas toujours été ainsi. Les commencements ont été difficiles, et il a fallu pendant de longues années, de persévérants efforts pour créer le présent état de choses et pour faire comprendre la nécessité des améliorations que personne ne conteste aujourd’hui.

C'est à M. Chauveau que nous devons l'organisation du Bureau des commissaires actuel, En 1869, la loi autorise la cité à percevoir elle-même les taxes scolaires puis à en faire la répartition. On convient, d’un commun accord, que le montant en serait distribué entre catholiques et protestants d’après la valeur de la propriété possédée par chaque dénomination religieuse, mais que le fonds de l'éducation supérieure se partagerait à l'avenir comme celui des écoles communes, d'après la population.

C'est alors que, confiante dans la prospérité croissante de la ville et disposant d’un budget considérable, la commission scolair. catholique de Montréal crat devoir ouvrir à l’Académie du Plateau, une école de scienres appliquées aux arts, laquelle

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prit plus tard le nom d'École Polytechnique, Jusqu'en 1887,

elle la soutint par une subvention annuelle, Premier grief. Avec l'augmentation dus reyenus annuels et du nombre des

enfants à instruire, grandit l'ambition de

Les écoles spacieunt leurs nom-

t du budget, et par suite la ferz et le licenciement de plusieurs prof sseurs. Le public critique, s'alarme, s'agite et finalement demavde une enquête sur l'administration des Commissaires d'écoles et sur le système scolaire alors en usage à Montréal. ‘ Le surintendant Ouimet, Puis le député de Montréal-Est, M. Coursol, président successivement le tribunal d'enquête. De l'examen des dépenses, la discussion. passe bientôt aux questions de principes. Les journaux l'Etendard, la Minerve, le Nouveau-Monde, la Vérité, se jettent dans la mêlée.

Deux partis de tendances adve battan

» prévoyant le développement de Montréal, approuve l'état de chose actuel, affirme que la concurrence des maîtres laïques produit une émulation très avantageuse À l'éducation, que le &roupement territorial de la

paroisse, surtout si celle-ci est privée du secours des grandes

compagnies neutres, ne vaut pas la centralisation scolaire urbaine ; qu’il y avait danger d'introduire la politique à l'école, qu'enfin la commission catholique de Montréal respecte pleinement les droit des parents, de l’Église et de l'État en matière d'éducation.

Le clergé, en général, resta indifférent à cette lutte, puisque

les deux partis aux prises d'accord sur les questions de principes

ne différaient d'opinion que sur l'opportunité des mesures à adopter. L'abbé Verreau, appelé à donner son avis, le fit avec une clarté et une sûreté de doctrine inattaquable “que l'archevêque de Québec corroborait plus tard dans une lettre adressée à la commission scolaire de Montréal. “ Grace à Dieu, disait Mgr Taschereau, dans cette province, l'autorité publique pourvoit à l'éducation religieuse et morale de la jeunesse ; c'est donc entrer dans les vues du Saint-Père que d'exercer dans votre ville, les pouvoirs dont vous êtes revêtus pour promouvoir l’éducation religieuse et morale des nombreux enfants catholiques de Montréal. Cette heureuse concorde entre

l'Église et l'État dans une matière si importante, fait l'admira- *

tion des nombreux personnages de la Ville-Éternelle à qui j'ai eu l’occasion d’en parler ”. Il ajoutait : “ S'il fallait nier à l'Etat tous les pouvoirs dent il peut abuser, il ne lui en resterait aucun,et nous tomberions dans l'anarchie la plus désastreuse ”.

Depuis lors, le public de Montréal, malgré quelques voix discordantes.a attesté sa volonté prédominante de fermer l'école à l'envahissement de la politique et de conserver à la commission scolaire telle que créée par M. Chauveau, son indépendance, en meme temps que sa responsabilité entière, Les exemples de tant de commissions rurales trop sensibles aux inspirations des

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Compétitions de partis, font redouter une expérience qui Pourrait avoir des suites désastreuses Pour le bien de l’enset- Snement primaire, à Montréal.

Pendant. Elle contrôle a

possède que seize, Elle à à son service un directeur-général, un visiteur, un personnel enseigoant d'environ 550 professeurs ; elle donne l'instruction à 22,000 enfants

Cours modèle et académies professeurs compétents en lu

matière.

À toutes les accusations portées contre notre système d'éducation, on a opposé des statistiques et des arguments qui ustice à la sagesse et à la sincérité

vations que la prudence condamne, ou des essais que la nature réprouve, et l’on impute ensuite aux instituteurs la responsabilité des insuccès et dés aventures en éducation.

Quoique l'instruction publique, dans notre province, forme un domaine fermé à l’action combattive des partis politiques elle reste soumise aux études et aux critiques des intéressés. Il ne faut donc pas s'étonner que les rouages de notre mécanisme scolaire soient périodiquement ex minés, afin qu'on puisse s'assurer qu'ils s’harmonisent bien avec les aspirations et les besoins actuels du peuple.

Des questions le plus souvent débattues, l’une des plus importantes concerne l'existence et l'efficacité du département de l'éducation, et en particulier, du Comité catholique du Conseil de l’Instruction publique et de son pouvoir exécutif, le surintendant. Des opinions trop ardentes pour n'être pas exagérées, ont tenté de restreindre ses attributions, et, par une législation spéciale (1898), d'en soumettre l'action et les influences à un ministre relevant de la volonté des partis politiques.

Or, dans tout système sec re, il y a deux choses à considérer : l'organisation proprement dite de l'école, et la mise en pratique de cette organisation. Le Conseil ne s’est montré inférieur à aucune de ces deux attributions importantes.

Si l'on étudie le programme d'études des écoles primaires à deux dates éloignées, on se convaincra aisément de leur progrès rapide. Le nombre des élèves qui apprennent l'histoire, l'arithmétique, la tenue des livres, la géographie, l’agriculture, le dessin, la sténrgraphie, ete., à plus que triplé depuis 1875, et augmente tour .es jours davantage. Il faudrait nous montrer en quoi le programme des petites écoles ne répond pas aux besoins des divers groupes de population scolaire, et si la réforme constitue un vériiable progrès, il n'est personne qui s'opposera à sa réalisation. =

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D'autre part, que n'ont pas fait Je surintendant et le Conseil de l’Instruction publique dans la mesure de leurs pouvoirs ? Ne leur devons-nous pas les conférences et les congrès pédagogiques, les pensions de retraite, le système deg primes pour les

itants, le minimum de salaire, le respect de l'hygiène scolaire, l'amélioration du logement et du mobilier des écoles, la diminution et le perfectionnement des manuels classiques, l’uniformité régionale des livres, la réorganisation de brevet de capacité pour les inspecteurs, une extension sérieuse de l'œuvre normale, et bien d'autres améliorations encore qui ont conduit au mouvement pédagogique actuel ? Voilà son œuvre et son efficacité. Nous doutons

aussi courte période.

té. Dans le cas de la

-L Shaw, président de la section protestante du Conseil de l'Instruction publique, nos gens n'oublieront pas les efforts déployés par sir AT. Galt, sir W. Dawson et autres, lors de la Confédération de 1867, Pour assurer à la minorité de cette province, ample protection dans la direction de ses écoles. De plus, nous ne voulons pas traîner dans la boue des querelles politiques, comme on le fait si souvent dans l'Ontario, les intérêts sacrés de l'éducation ”.

Le projet de loi pour la création d'un ministère de l'instructon publique et sa substitution au surintendant actuel, sur motion du premier ministre, M. G. Marchand, en 1898, obtint

la majorité de ls Chambre des députés, mais échoua au Conseil Législatif. On y revint dans la suite, mais avec de moindres chances de succès.

Repoussés de ce côté, les partisans de l'État éducateur se rabattont alors sur des questiohs de moindre importance, et qui regardent surtout les mesures d'opportunité. Ils récriminèrent tour à tour contre l'incompétence des commissions scolaires, les programmes trop uniformes, l'inutilité des livres de prix, l'iifériorité des brevets accordés par le Bureau central des examinateurs, la conéüurrence faite aux écoles normales, les défectuosités du mobilier scolaire, ete. Parmi les nombreuses réformes qu'ils préconisent, il importe de mentionner l’instructioti obligatoire, l'éligibilité de la commission scolsire de Montréal; l’üniformité et la gratuité des livres de classe. Ces deux dernières suggession nt déjà reça un commencetent d'exécution én 1899 par la Jüblicätion de “Mon premier livre”, divisé en deux parties, réliées séparément. “ Mais les demiréforiés, disàit l’un deux, ne sont pas des réformes. ”

Quelques-uris demandent la centralisation des écoles si visiblétient impossible à cause dé l'étendue des arrondissements scolaires, de la rigueur des saisons ét du mauvais état de la voirie. D'atres s'élèvent avec force contre le salaire de famine offert À nos instituteurs ét surtout à nos institutrices laïques. D’abotd, il n'y a pas de plus faux principe que de proportionner toujours la valeur de l'enseignèment au chiffre du salaite payé. Cependant, même au point de vue da salaire, une distinction s'impose. S'agit-il des écoles des villes et surtout dé l& commission séolairé de Montréul ? le taux du träitétient des instituteürs égale au moins célai que payent les büreaux de coiimiséäires dans les proviricés anglaises, Que si

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l'on considère les districts ruraux, le grand nombre des institutrices, et, par suite, les engagements au rabais s'expliquent assez netureliement.

En premier lieu, les couvents de jeunes filles érigés dans tous les villages de quelque importance, donnent souvent une excellente instruction qui conduit droit au brevet d'enseignement sans obliger à des dépenses supplémentaires. Faut-il donc qu'on élève les murs autour de l'examen d'aptitude, ou que l'on abaisse le niveau des études dans les couvents.

D'autre part, les familles nombreuses, on le sait, pullulent dans toutes les vieilles paroisses de la vallée du Saint-Laurent. Rien de plus naturel dès lors qu'un brave père de famille consente à laisser se détacher du groupe de +s enfants, la jeune fille qu’il a fait instruire au prix derbeaucoup de sacrifices et qu'il aime à voir à la tête d'une des écoles de la paroisse,

Certes, il ne l'enverrait pas à la ville gagner un salaire plus élevé peut-être, mais il la voit partir chaque jour sans inquiétude et même avec fierté, pour la modeste école qu'elle dirige ; il se charge même de toutes les dépenses du transport ot de la nourriture, lui laissant volontiers la jouissance entière de son modeste traitement annuel.

Voilà l'histuire de beaucoup de jeunes institutrices contentes de leu: sort, et accomplissant la tâche de chaque jour avec le dévouement et l'entrain qui distiny sent ces modestes éducatrices des enfants du peuple.

- Combien de pauvres Parisses de nos montagnes ou des pays de colonisation seraient totalement privées d'écoles, s’il leur fallait engager des normaliens ou des normaliennes ? C'est pour les riehes paroisses que ceux-ci font des études spéciales et reçoivent une formation pédagogique professionnelle,

N'oublions pas non plus que la moyenne du traitement des institutrices des écoles élémentaires de la campagne, laquelle n'était que de 8107 en 1898, s'est élevée à 8118 en 1904 et à 81"2 en 1907, malgré que les commissions scolaires soient depuis quelques années obligées de chauffer ells-mmêmes leurs maisons d'école, Et cependant, sous ce régime, nos petites écoles deviennent si attrayantes que la moyenne de la fréquentation scolaire dans notre province peut soutenir la comparaison avec celle des provinces anglo-canadiennes, Cette constatation fera-t-elle rendre justice à notre éducation nationale ?

L'enseignement gratuit et neutre est un de ces mots d'ordre, absolus et simples, qui arrivent aisément jusqu'aux masses incultes, et qui parlent à l'imagination populaire. On sait la fortune étrange et rapide de ces beaux noms qui ne sont, en définitive, que des trompe-l'œil, et, dans la plupart des cas, de pe”fdes instruments d'oppression. Faut-il donc être doué de tant d'intelligence pour comprendre que ce vague personnuge, qu'on appelle l'État, ne peut faire des cadeaux au peuple qu'avec l'argent du peuple ? Peut-on en outre se croire assez de puissance pour refouler vers sa source le sentiment religieux qui déborde sans cesse de l'âme et du cœur humain ?

Dans notre province de Québec, grâce à Dieu, ces deux mensonges scolaires, la neutralité et la gratuité de l'enscignement, ne se présentent encore qu’à l'état erratique, et le bon sens populaire ne se laisse pas surprendre par les trompeuses apparences dont ils s'enveloppent. Il semble plus sympathique assurément à l’uniformité des livres de classe, mais, croyonsnous, dans le but unique et avouable de diminuer les dépenses scolaires. Pour ceux-là qui obéissent davantage aux modernes instincts de nivellement démocratique, cette “ réforme ” cons-

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tituerait un grand progrès, prélude d'un progrès plus grand encore dans d’autres domaines. Cette mesure mérite qu'on s’y arrête quelqüe peu.

Disons tout d'abord que, dans notre province, quoi qu'on en ait dit, il ne fut jamais question, à une ou deux exceptions près, de l’uniformité absolue des livres pour toutes les catégories d'enfants et pour toutes les écoles, Le choix des manuels classiques, con‘ié successivement aux instituteurs, aux Bureaux d'exairiaateurs et au Conseil de l'Instruction publique, donna lieu parfois, il faut le reconnaître, à de véritables abus. Dès 1846, le surintendant Meilleur se plaignait du désarroi causé dans l’enseignement par la trop grande variété des livres de classe, Pour en réduire le nombre, il demande une certaine règlementation qui b'allait pas toutefois jusqu’à interdire tous les manuels au profit d'un seul, et s'il recommanda si instamment le “ Guide des Instituteurs ” de l'inspecteur Valade, il ne l’imposa à aucune municipalité scolaire.

Dans les rapports annuels ou dans les écrits de M. Chauveau et de l'abté Verreau, on ne trouve pas une seule phrase qui justifie le sentiment qu'on leur a trop longtemps prêté. Il n'ont toujours demandé, eux aussi, que la diminution des manuels classiques autoriscs, mais jemais ie monopole en faveur d’une série unique qu'il eût d’ailleurs été difficile de dressor. C'était aussi le but poursuivi par le surintendant Ouimet, quand, en 1876, la Législature l'autorisa à former, au département de l’Instruction publique, un “ Dépôt de livres, cartes, plans, etc. ” afin d'en réduire, à l'avantage des municipalités pauvres surtout, le prix de revient, Quatre ans plus tard, le ministère Chapleau abolissait le “ Dépot” mais décrétait l’uniformité des livres par toute la province. Grâses aux

protestations du Conseil de l’Instruction publik. dont faisaient partie MM. Chauveau et Ouimet qui s jrononcèrent contre cette mesure radicale, grâce à l'oppor ‘iv: du corps enseignént et à l'exemple des autres pays, c:te loi rests lettre morte et fut même bientôt rappelée. Elle compte encore quelques rares partisans.

Toutefois, les débats de la dernière session provinciale (1908) lui ont porté de rudes coups. Que dans le passé, le caprice des instituteurs, le patronage officiel et l’avidité des libraires, aient conduit à des abus regrettables, cela ne constisue pas un argument péremptoire en faveur de l’uniformité absolue des livres pour toute la province. D'ailleurs, il faut compter avec la minorité protestante—elle se prononça contre cette mesure dès 1881 — le nombre considérable des écoles indépendantes, les obligations particulières à l’enseignement selon les aptitudes, les sexes, les nécessités locales.

Aussi bien les législateurs sont-ils intervenus dans ce sens pour établir l'uniformité régionale, telle que statuée nar le code scolaire qui oblige les commissaires “ d'exiger que dans les écoles sous leur contrôle, on ne se serve que de livres autorisés, qui doivent être les mêmes pour toutes les écoles de la municipalité ”.

Dans les districts ruraux, la diversité des livres n’a que de moindres inconvénients, la population étant généralement stationnaire. Dans les villes, et surtout à Montréal, les changements de domiciles, fréquents et onéreux pour des centaines de familles, n'obligent pas toujours à de nouvelles dépenses scolaires. Car l’uniformité absolue des livres existe dans les “pt écoles de garçons : les écoles du Plateau, Montcalm, Olier, ’hamplain, Murphy, Sarsfield et Belmont ; l’uniformité

mitigée dans les autres écoles subventionnées et non possédées par la commission scolaire, D'ailleurs cinq séries de livres classiques senlement sont en usage : celle des Frères des Écoles Chrétiennes et celle des Sœurs de la Congrégation dépassent de beaucoup toutes les autres en importance et en étendue.

En outre, le Conseil de l'Instruction publique s'occupe en ce moment de la révision de la liste des quelque 200 manuels scolaires déjà approuvés.

Nous voulons voir dans les jugements les plus contestables sur notre système scolaire, l'expression d'opinions sincères et le désir de promouvoir les intérêts de l'instruction publique. Il serait plus difficile d'expliquer pourquoi ils s'accordent si bien avec les entreprises des impérialistes en éducation. Il y a là une coïneidence piquante qui mérite d’être signalée.

Il ne peut être ici question de la Ligue de l'Enseignement, fondée à Montréal en 1902, et qui se trouva un jour si mystérieusement affiliée à son homonyme de France dont le but est. la guerre à l'Église.

Tout récemment, les partisans de l'État enseignant faisaient cause commune avec la “ Société d'Éducation du Canada ”, pour demander, sur proposition de M. Harper, la création d'un Bureau fédéral d'Éducation ayant son siège à Ottawa et chargé de recueillir des statistiques et des renseignements sur le progrès de l'instruction au Canada Le but des promoteurs de la mesure était évidemment de favoriser la centralisation scolaire, laquelle d’ailleurs fut ouvertement proposée aux instituteurs protestants de notre province, On devine au profit de quelle nationalité elle devait se faire.

M. Boucher de La Bruère, surintendant de l’Instruction

publique, s'éleva avec force contre le projet et rappela à |

propos le droit e:clusif des provivces en matière de législation scolaire. Ses prévisions n'étaient que trop fondéés. Nous n'en

voulons pour preuve que la loi Roddick qui demandait bientôt

(1902), l'établissement d'un conseil médical pour toute la Confédération, tandis que M. Robins, principal de l'École normale MeGill, proposait la création d'un Conseil fédéral chargé de reviser les diplômes conférés par les écoles normales primaires et les Bureaux d'examinateurs, et qui devaient autoriser à enseigner dans toutes les provinces.

L'unification des programmes d’études secondaires et primaires était nécessairement à la base de ces projets louches qui témoignaient d’une erreur peu commune sur les origines de nos libertés scolaires, et d’une méconnaissance encore plus grande de l’état de l’enseignement dans nos collèges classiques et dans nos petites écoles. Admettre de pareilles visées, ce serait reculer de soixante-quinze-ans, ce serait fouler aux pieds le pacte fédéral, abdiquer nos droits les plus intangibles, renier tout notre passé. Il est un peu bien tard pour nous Prcposer un pareil assujettissement, Qu'on ne craigne pas d’ailleurs que le sentiment de notre supériorité numérique nous donne jamais en aucune façon la tentation d'en abuser.

L'Anglais Labouchère disait en parlant des Canadiens français, en 1827 : “ Qu'on me montre une seule loi faite par l’Assemblée de Québec contre les colons anglais ”. À un intervalle de trois quarts de siècle, il serait facile de recueillir plus d'un témoignage non moins restrictif.

“ Les catholiques de Québec, écrit le Rév. W.-I. Shaw, déjà cité, en matière d'instruction publique surtout, nous traitent avec üne générosité à laquelle je me plais à rendre homm age

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