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DISCOURS DE L'HON. P..B, DE LA BRUÈRE

SURINTENDANT px L'INSTATOTION PUBLIQUE

Monseigneur (1) et messieurs,

Invité à prendre la parole, en cette circonstance solennelle, je ne puis que me féliciter de pouvoir exprimer toute Ja joie que je ressens d'assister aux noces d'or de l’École normale Jacques-Cartier.

Dans la chaleureuse invitation que M. l'abbé Dubois adressait aux anciens élèves de cette institution, il leur disait que cette réunion serait à la fois une fête du cœur, la fête de l'affection filiale, et la fête de l'instruction primaire dans notre province,

cinquantenaire, M. Cassegrain, dans la sympathique adresse au nom de ses confrères, au principal de la maison, a bien fait sentir quelle large part le cœur occupe dans cette fête mémorable, et de quels sentiments d'affection sont animés pour leur Alma Mater les normaliens qui sont accourus en foule pour lui témoigner le bonheur

————— en,

(1) Mgr Bruchési.

300 LES FÊTES JUE-LAIRES

qu'ils ont de la retrouver en pleine activité et lui offrir leurs souhaits de longue vie.

son côté, M. Dubois, dans l'intéressante revue qu'il a faite des principaux travaux accomplis par l'École normale, pendant le demi-siècle de son existence, a fait habilement ressortir, au moyen de statistiques probantes, l'œuvre de l'institution et tous les services qu'elle a rendus aux instituteurs qui se sont formés ici à l'art d'enseigner ainsi qu'aux enfants qui ont profité de leurs leçons et de leur expérience.

Cette grande fête de famille fait honneur à l'École normale et je suis heureux de dire que tous les amis de l'éducation saluent avec honneur cette marqué de gratitude offerte par les anciens élèves à cette maison, dont les enseignements ont été pour eux si pleins de résultats fructueux et dont ils ont gars à travers la vie un souvenir aussi persistant qu'agréable.

Cette nombreuse réunion fera done époque dans les annales de ï'instruction publique et créera par toute la province une impression salutaire. Elle ne manquera pas non plus de frapper vivement l'esprit des élèves qui suivent actuellement les cours de pédagogie de cette institution ; ils comprendront mieux l'importance des études qu'ils sort appelés à faire ; ils ‘ constateront combien leurs devanciers qui ont maintenant l'expérience de la vie savent apprécier les enseignements tombés de la bouche de leurs professeurs.

Cette heureuse affluence d'élèves et d'amis de l'École normale donne un grand intérêt aux paroles que prononçait le commandant des forces de Sa Majesté britannique au Canada, Sir William Eyre, lors de l'inauguration de cette maison, en 1857. Après avoir dit que cette fête était un évènement

important pour les élèves et les maîtres de l'institution et davantage encore Pour tout le pays, il ajoutait en terminant son discours : “ Quand je vois les nombreuses maisons d'éducation qui surgissent de toute part sur ce sol, je me sens con-

et qu'il sera un jour une &rande nation libre et heureuse En jetant un regard sur les années écoulées et en comperant l'état de l'instruction publique en 1857 avec celui de 1907, i à lieu, je crois, de Proclamer que nous avons tracé une avenue déjà longue et belle à travers le champ autrefois plus ou

entravé dans notre Province, pendant la première moitié du XIXme siècle, la marche ascendante du Progrès éducationnel

nement responsable et lorsqu'on eut écarté les obstacles que des hommes arriérés et mal conseillés avaient cru devoir sasciter lors de la mise en opération de la loi de 1846.

Vers 1857, il y avait dans la province de Québec 2,946 insti. tutions scolaires de tous genres. En la présente année le

Pédagogique des membres du corps enseignant était insuff.

sante. Nos anciens maîtres d'école étaient eux-mêmes tellement convaincus de la chose,

que plusieurs eurent le courage

d'aller s'asseoir sur les bancs de l'École normale et srendre rang parmi les jeunes élèves pour se perfectionner Gaus l'4:t d'enseigner.

La transformation de notre instruction primaire, nous la devons en particulier, pour ne parler que de l’élérent laïque, à trois hommes dont le dévouement à leur pays n’a jamais été contesté : au Dr Meilleur qui, comme premier surintendant de l'Instruction publique, prépara et mit à exécution la loi de 1846, à Sir George-Etienne Cartier qui, en 1856, fit adopter par le parlement de grandes modifications à la législation des écoles communes et à celle relative à l'établissement des écoles normales dans le Bas-Canada et, en troisième lieu à l’'Hon. Chauveau qui, mu par un zèle accompagné d’un talent remarquable, établit les assises des trois écoles normales Jacques-Cartier, MeGill et Laval et travailla à en assurer le développement et le succès.

Je ne saurais non plus passer sous silence, le nom de mon distingué prédécesseur l’Hon. Gédéon Ouimet qui, pendant sesvingt années d'administration comme surintendant de l’Instruction publique, témoigna aux écoles normales de la province et particulièrement à l’École Jacques-Cartier le plus grand intérêt et la plus chaude sympathie.

Au nom de ces Canadiens éminents doit s'ajouter un autre nom illustre, celui de M. l'abbé Verreau. Comment les anciens élèves de l'École normale Jacques-Cartier pourraient-ils oub''2r sa grande science pédagogique, ses vastes connaissances su l'histnire du Canada, de même que le charme de ses manières de gentilhomme. Premier principal de cette institution, M. Verreau présida à ses débuts, traça les grandes lignes

de l’enseignement à donner aux élèves-maîtres eb exposa son Programme en présence des distingués Personnages qui assistaient à l'inauguration de cette école normale.

Permettez que jera tance solennelle. Ap

idée qu'il avait du rôle de l'instituteur : “ Les titres Pompeux de professeur, d’instituteur, dit-il, ne me semblent pas valoir le nom plus modeste mais plus significatif de maître d'école. Oui, vous êtes maîtres, véritablement maitres, puisque vous tenez Pour ainsi dire entre vos mains le cœur et l'intelligence de ces enfants qui seront bientôt des hommes et qui seront tels que vous les aurez faits ”,

Puis M. Verreau ajouta : “ No

us ne comprenons pas l’éducation séparée de la religion ”.

Ce sont là, messieurs, des la méditation et de l'adhésion de ceux

ignement, et cette maison pour l'information des générations d'élèves qui viendront ici, agogique.

Après Quarante-quatre années d'enseignement, et de travaux de tous genres, M. Verreau a disparu de la scène emportant avec lui l'affection de ceux dont il avait, avec tant de sojlicitude, préparé la carrière. L'homme qui s’est vu appelé à lui

succéder est actif et laborieux, administrateur compétent ; il se regarde tenu à continuer les traditions de son prédécesseur pour la formation de la jeunesse et il a à cœur de rendre l'École normale Jacques-Cartier de plus en plus utile au pays.

Il est bien certain qu'avec l'augmentation de la population de cette province, nos villes surtout auront besoin d'instituteurs habiles daus l’art d'enseigner. Nous n’aurons qu’à nous féliciter de notre bonne fortune si, par une concurrence parfaitement légitime, les congrégations religieuses enseignantes et les maîtres d'école laïques, en union de principes et d’aspirations, rivalisent de zèle et slefforcent, dans leur sphère d'action respective, de donner à la jeunesse l'instruction même que requièrent les besoins sociaux de notre époque.

Il y a là le moyen le plus sûr, et si je puis dire ainsi, le plus canadien de parvenir aux glorieuses destinées que le général Eyre faisait pressentir il y a cinquante ans. Car la mission de l'instituteur est bien de faire de l’enfant un homme en développant en lui, avec les connaissances, le meilleur patriotisme, celui qui aspire à voir le Canada atteindre les sommets et prendre rang parmi les grandes nations de l'univers.

M'adressant spécialement aux élèves-maîtres à qui j'ai eu le plaisir de décerner hier soir le diplôme de professeur, je leur dirai : Vous ällez être les heureux témoins des belles fêtes du cinquantenaire. L'éclat de ces noces d’or ne vous fait, j'en suis sûr, que mieux apprécier l'importance de votre mission ; cette démonstration sympathique ne peut que fortifier chez vous le désir de coopérer avec zèle et patriotisme à la grande œuvre de l'éducation et vous voudrez répondre à l'attente des familles, de l'Église et de l’État. Dans les discours qui seront

Prononcés durant ces fêtes, vous aurez occasion d'entendre

exprimer des Principes dont vous devez conserver le précieux

Souvenir, car au cours de voire Professorat, ils vous serviront de jalons

Pour guider votre marche et Pourront vous préserver des erreurs dont souffre le vieux monde. Aussi, com tendant de l'instruction publique, votre enseignement ne s'écarte

sur la famille et la société, mais au contraire, puisse-t-i], appuyé sur les Sroÿances antiques, rendre notre avenir conforme à notre passé si beau et à toutes les meilleures traditions de la nation canadienne.

me surinje forme des vœux pour que jamais des saines doctrines

Un dernier mot, messieurs,

Des artissns habiles ont fabriqué pour un grand peuple une

statue colossale qu'ils ont Pompeusement décorée du nom de “ la Liberté éclairant le monde ”, de toutes choses, a érigé, il y a des siècles, un phare bien autrement puissant. Ses jets de lumière n'éclairent pas seulement une ville, ni même les côtes d'un pays,

ils éclairent les

éclairant le monde.

Conservons précieusernent dans nos écoles comme hors de

l'école la vieille foi des aïeux. Elle a été notre force. Elle sera notre triomphe.

Les anciens élèves ont tenu à laisser du jubilé de leur Alma Mater un souvenir ad perpetuam rei memoriam. C'est la médaille en bronze dont les journaux ont reproduit l'avers et le revers. M. Harris, un des premiers promoteurs du cinquantenaire, fut chargé de l'agréable mission de la présenter à l'auditoire et d'en expliquer la signification. On sait qu’elle donna lieu à d'aimables débats qui partagèrent les anciens élèves en deux groupes. Les uns voulaient qu'on représentât sur la médaille le vieux château de Ramezay, les cutres tenaient pour l’École du pare LaFontaine, l'Alma Mater du plus grand nombre. L'opinion de ces derniers l’emporta.

“ Lorsqu'il s'est agi, expliqua M. Harris, de choisir la figure qui devait orner l’avers de la médaille, on s'est demandé sil valait mieux mettre les armes de l'École normale, représentées par un livre surmonté d’une croix, ou le portrait de l'abbé Verreau. M. Verreau était prêtre, mais il était trop humble pour s'afficher sur une médaille commémorative. Sur le livre qu'on voit dans l’écusson de l'École sont inscrits les mots : “ Religion, Science, Liberté, Progrès ” et au bas, des feuilles d'érable entourant un castor. M. l'abbé Verreau était la personnification de ces emblêmes. C’est pourquoi j'ai pensé qu'on ne pouvait mieux représenter la science, la religion, la liberté, le progrès qu’en coulant son portrait dans le bronze ”!.

Des applaudissements répondirent à ces explications qni se justifiaient d'elles-mêmes. Toutefois, M. Harris voulut profiter de l’occasion pour rendre à son insigne bienfaiteur un tribut de reconnaissance que nous recueillons avec joie. “ Quand j'arrivai à l'École normale, a-t-il dit, le 8 janvier 1884, M. l'abbé Verreau me demanda ce que je savais. “ Rien du

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