‹ Les économistes, les socialistes, et le christianisme [microform]Chapitre 9 sur 15 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Que le socialisme procède directement du matérialisme économique.

L’économie politique anglaise , tout en faisant du principe sensualisle la donnée capitale de ses doctrines, conserve toujours le sentiment de ce qui est juste et possible dans l’ordre pratique. Aussi , Dieu nous garde d’établir aucune assimilation entre ies hommes honnêtes, qu’une erreur de l’intelligence a conduits aux théories dont nous venons de signaler le danger, et ces novateurs audacieux qui, rompant avec tout le passé de l’humanité, tenant en mépris ses convictions les plus profondes et les plus universelles, refont la société plus encore au profit de leur ambition personnelle que par l’amour désintéressé du bien général. Chez ceux-ci il est difficile de découvrir autre chose que le délire de l’orgueil qui repousse le joug des faits, et l’effort désespéré du sensualisme, impatient des bornes que lui imposent les lois de la vie sociale. Chez les économistes, au contraire , on trouve à chaque pas les

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preuves irrécusables d’un dévouement sincere à I amélioration du sort du grand nombre; leurs travaux ont apporté a celte œuvre un puissant secours, en déterminant les lois cpii régissent le développement des facultés de l’homme dans l’ordre de la richesse. Tout chez eux respire la probité, la droiture des intentions ; aussi se gardent-ils bien de tirer les dernières conséquences des principes qui forment le fond de leurs doctrines; le sentiment des nécessités sociales, qu’ils reconnaissent et respectent, les retient sur la pente dangereuse où ils sont placés ; ils s’arrêtent à la vue des périls où leurs principes jeteraient les sociétés, si l’on en tirait tout* ce qu’ils renferment; ils se résignent à être inconséquents pour rester honnêtes. Mais des hommes plus hardis et moins scrupuleux se sont trouvés qui, sans hésiter, ont poussé jusqu’au bout les conséquences des prémisses posées par les économistes. Tel est inévitablement le sort des idées; l’esprit humain est forcément entraîné à en extraire tout ce qu’elles contiennent de bien ou de mal; il ne les abandonne que quand il les a épuisées. C’est en vain que ceux qui les premiers leur avaient donné cours se récrient contre les conclusions qu’on en tire : la logique est la plus forte; leurs intentions peuvent être absoutes , mais leurs principes n’en restent nas

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moins chargés des résultats absurdes ou coupables auxquels ils conduisent.

Que le socialisme ne soit que la doctrine du développement indéfini des besoins poussée à ses dernières conséquences, c’est ce qu’il ne sera pas difficile d’établir. Interrogeons successivement les trois écrivains les plus tristement célèbres de cette déplorable école : M. bonis Blanc, M. Proudhon et Fourier, et nous trouverons chez tous les trois une application plus ou moins complète, plus ou moins audacieuse, du principe du développement indéfini des besoins.

Quelle est l’idée qui inspire à M. Louis Blanc son système d’organisation du travail dans les ateliers sociaux? C’est la réhabilitation de rhomme par l’extension du bien-être. Là est pour lui tout le secret des progrès de l’humanité. Procurer, par l’organisation du travail, à tous les travailleurs des ateliers sociaux des jouissances égales et indéfinies , et, par là, porter la civilisation à un degré où elle n’est point encore parvenue, tel est le dernier mot de tout le système. C’est en vain qu’il se défend de l’imputation de matérialisme , les raisons mêmes qu’il allègue pour la réfuter ne font que la confirmer. « Nous voulons, dit-il, que le travail soit organisé de manière à amener la suppression de la misère , non pas seulement afin que les souffrances matérielles du peuple soient soulagées ,

mais aussi, mais surtout afin que chacun soit rendu à sa propre estime; afin que l’excès du malheur n’étouffe plus chez personne les nobles inspirations de la pensée et les jouissances d’un légitime orgueil; afin qu’il y ait place pour tous dans le domaine de l’éducation et aux sources de l’intelligence.

« Pourquoi séparer ce qu’il a plu à Dieu de rendre, dans l’étre humain, si absolument inséparable? Car, enfin, la vie est double par ses manifestations, mais elle est une par son principe. Il est impossible d’attenter à l’un des modes de notre existence sans entamer l’autre. Quand le corps est frappé, n’est-ce point l’ânie qui gémit? La main de ce mendiant , tendue vers moi , me révèle la déchéance forcée de sa nature morale , et dans le mouvement de cet esclave qui s’agenouille, qui tremble, je découvre l’abaissement de son cœur.

« Que le christianisme ait frappé la chair d’anathème, c’est vrai; mais cet anathème ne lut qu’une réaction nécessaire contre la grossièreté des mœurs païennes. Le paganisme avait été une longue et brutale victoire de la force sur l’intelligence, des sens sur l’esprit. Le christianisme ne vint pas rétablir l’équilibre : il fit durer le combat, en déplaçant la victoire. C’est ainsi qu’après avoir adopté , avec les dogmes du péché originel , de la chute des anges , du paradis et

de l’enfer, l’antique théorie de la lutte des deux principes : le bien et le mal, il plaça le principe du mal dans la matière. Mais fallait-il confondre ce que le christianisme avait de relatif, de transitoire, avec ce qu’il avait de divin et d’éternel? Fallait-il s’écrier : La souffrance est sainte à jamais !

« Et qui ne sait combien l’abus de la pensée chrétienne a produit de maux? Il s’est trouvé, dans le spiritualisme catholique, une source d’oppression tout aussi féconde , hélas ! que dans le matérialisme païen Le paganisme avait ou-

tragé l’âme humaine jusqu’à faire des esclaves; le catholicisme a dédaigné le côté matériel de l’humanité jusqu’à souffrir qu’il y eût des pauvres. »

Quant à la question capitale de l’économie politique, la question de la population, M. Louis Blanc la résout absolument dans le même sens que les économistes de l’école anglaise. « S’il est, dit-il, un fait incontestable, c’est que l’accroissement de la population est beaucoup plus rapide dans la classe pauvre que dans la classe riche; il faut l’attribuer à l’impossibilité où les journaliers se trouvent d’espérer et de prévoir. Celui-là s>ç,u\peul mesurer le nombre de ses enfants à la quantité de son rei>enu, qui se sent maître du lendemain. Mais quiconque vit au jour le jour, subit le joug d’une fatalité mystérieuse à

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