‹ Les écritures figuratives et hiéroglyphiques des différents peuples anciens et modernesChapitre 22 sur 61 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

ÉCWTURE ÉGYPTIENNE.

Les anciens Égyptiens se servaient ordinairement de trois écritures diffé* rentes qu'on est convenu de désigner par les noms suivants :

i® L'écriture hiéroglyphique (rPAMMATA lEPOrAï^lKA).

2<> L'écriture hiératique (lEPATiKA rPAMMATA).

ZP L'écriture démotique (ÀHMOTIKA ou AHMûAH rPAMMATA) *.

La valeur des lettres qui composent ces trois écritures semblait à jamais perdue pour la science, lorsque la découverte inattendue de la célèbre inscription de Rosette, au mois d'août 1799 \ par l'expédition envoyée en Egypte sous la République française, rendit l'espérance de retrouver l'interprétation du système des hiéroglyphes égyptiens.

En effet, cette inscription reproduite successivement en hiéroglyphes^ en écriture démotique et eu grec ', semblait fournir une explication des deux premiers textes au moyen du troisième. Les espérances qu'on avait conçues, non sans raison^ tardèrent cependant encore à se réaliser, et ce ne fut qu'à partir de 1815, que ces études commencèrent à entrer dans la voie des résultats positifs.

Dès la fin du xvii^ siècle, un savant Danois, George Zoëga, avait exprimé la supposition * que l'écriture égyptienne pouvait bien avoir été phonétique. Mais cette supposition, émise en termes assez vagues, n'avait amené à aucun résultat subséquent, lorsque le docteur Young, célèbre mathématicien anglais.

1 L'écritare démotiqne est également connue sons le nom d'écriture enchoriale, expression par laquelle elle est désignée dans la partie grecque de Tinscription de Rosette (è^cbpia '^pd\L\>jaL'za) . Saint Clément d*A> lexandrie, dans ses Stromates (liv. y, p. 657 de l'édit. de Potter), la nomme épistolographiquê (ifj {jiéOoSoç

èxiOToXoYpoçtxT^).

* Cette précieuse déoouverte est due à un officier d'artillerie française, nommée BomclianL

^ On acquit la certitude que c'était bien un seul et même texte que le monument de Rosette reproduisait

en trois écritures différentes, grâce à un passage de rinscription grecque ainsi conçu et restitué '• £ Tb 8è

4/1^9 tqjia TOUTO à^ar^pdf^cti iià aTif)XT)v èx aj Tspeou X(6ou, Totç Te fepoïç tm è^^iopCoiç rm èXXt;vixotç '^pi[k\LGta\.'^ « que le décret soit gravé sur une stèle de pierre, en caractères des prêtres, en caractères indigènes et en caractères grecs. » (inscr, de Roi,, lig. 64.)

4 Y.dewu et origint Obtliscorum (Romœ, 1799), in« fol., pag. 374 et pass.

ouvrit un champ nouveau au déchiffrement, eu établissant son opinion sur Texplication de deux noms propres écrits en hiéroglyphes. Voici comment il fut amené h ce résultat : On avait remarqué, dans le monument de Rosette, que certains caractères égyptiens entourés d'un cartouche t < occupaient une place qui correspondait à peu près à celle du nom de Ptolémée dans la vei*sion grecque de la même inscription. On conclut que ces signes,

1 ^ U 11) ^^"^ ^^^^ donnons ci-contre la reproduction, devaient figu-

^S s rer le nom HTOAEMAIOZ du texte grec. Restait à savoir si

les hiéroglyphes représentaient une épithète égyptienne quelconque correspondant au nom de ce roi, ou un rébus de ce nom, ou enfin la représentation soit syllabique, soit alphabétique de Ptolémée^ prononcé à la grecque ou à l'égyptienne.

On admit que ces hiéroglyphes étaient syllabiques ou alphabétiques, et que le nom même de nrOAEMAIOZ y était figuré phonétiquement.

En commençant l'essai du déchiffrement par la droite, on trouvait d'abord : *n 2T 30 4A ^E «M ^A 8|, c'est-à-dire moins de signes égyptiens que de lettres dans le nom grec ; on se demanda si les Égyptiens , à l'instar des Sémites , ne supprimaient pas les voyelles dans leur écriture, et on essaya de lire : *n ^ 'A *M «^z 6» 7» 8»; mais de cette façon, au lieu de trouver un déficit de signes dans le cartouche, on eu trouvait trois de superflu.

L'étude d'un cartouche de l'obélisque de l'Ile de Philse, qu'on supposa renfermer le nom de Cléopâtre parce qu'une inscription grecque jointe à cette obélisque la dédiait à cette princesse, fit admettre que les Égyptiens, dans la transcription des noms propres , s'appliquaient à rendre les consonnes, tandis qu'ils se contentaient de reproduire seulement quelques voyelles.

Le cartouche de l'obélisque de Philae, reproduit ci-dessous, dans lequel on lut le nom de Cléopâtre, suggéra les observations suivantes aux archéologues qui en cherchaient l'explication :

Plusieurs signes se rencontrent identiquement les mêmes dans le cartouche de Ptolémée et dans celui de Cléopâtre; et en effet, la lettre A figurée par la lionne .Jbâ se retrouve également dans les deux noms grecs : à la 4® place dans le nom de xToAe^juxtoç et la 2® dans celui T de xAeoTcaTpa ; la place du lion dans les deux cartouches est donc la même que la lettre A dans le grec. Le troisième signe du cartouche de Ptolémée ^ qui représente, suivant Champollion, une espèce de fleur* riio 9 avec sa tige recourbée » répondant à (la 3® lettre du nom 7rcOX£(juxtoç),

Quelques égyptologues pensent que oe signe figure un nœud coulant.

se trouve à la 4® place dans le cartouche de Cléopàtre (xXeOuarpa), c'est-à-dire racore à la place de To.

Le signe ■ qui est le premier dans la reproduction hiéroglyphique du nom de Ptolémée (TTToXeiiiaibç) équivalant, par conséquent, à n, reparait comme 5^ caractère du nom de Cléopàtre (^XeoTTorpa) , c'est-à*dire à l'endroit où ce nom renferme unn.

De cette façon, ChampoUion lut le cartouche de l'obélisque de Philse reproduit ci-dessus, de la manière suivante : K* A^ Es O* m A* T^ Ps A^o. Quant aux signes * et ", il les expliqua comme déterminatifs des noms propres féminins.

Nous donnerons encore, à titre d'exemples, les deux cartouches suivants sur lesquels s'exerça la sagacité de Ghampollion, après avoir &it les découvertes que nous venons de signaler.

sa

{BérH\C€),

Les lettres P. N. I. étaient connues, tant par le cartouche de Ptolémée que par celui d'Alexandre reproduit ci-contre. Trois signes nouveaux fournissaient à l'alphabet de déchiffrement la lettre B, ei deux variantes des lettres K et £ retrouvées déjà dans le nom hiéroglyphique d'Alexandre. Les signes numéros 7 et 8 furent pris, comme dans le cartouche de Cléopàtre, pour déterminatifs du féminin.

(iiesMtfrf).

Les lettres A. A. 2. A. T. P. étaient connues par le déchiffrement du cartouche de Ptolémée et de Cléopàtre.— Les lettres K. N.

21. étaient nouvelles : elles furent ajoutées à Talphabet déjàacquis. Quant aux lettres grecques e (entre 2 et 3) et o ("entre 8 et 9) d'Alexandre, onadmitqu'elles étaient omises dans la transcription hiéroglyphique de oe nom.

L'interprétation de ces noms pi*opre8 écrits en caractères hiéroglyphiques égyptiens ftit la base du système de J* F. ChampoUion (le jeune) et Torigine de la grande réputation qu'il a acquise dans les sciences philologiques et archéologiques.

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