‹ Les écritures figuratives et hiéroglyphiques des différents peuples anciens et modernesChapitre 51 sur 61 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Découvertes depuis un temps déjà assez reculé, les inscriptions cunéiformes avaient attiré Taitention des savants de l'Europe, mais leur valeur était restée complètement inconnue. Vers la fin du xviii® siècle, Niebuhr releva des copies d'un certain nombre de ces monuments épigraphiques de Persépolis, et reconnut que plusieurs d'entre eux renfermaient des textes rédigés d'après trois systèmes graphiques difTérents. Ce ne fut toutefois qu'au commencement de ce siècle que des découvertes importantes permirent d'espérer, pour un temps assez rapproché, l'intelligence de ces précieux monuments où, suivant l'heureuse expression de Chardin, c l'on aperçoit je ne sais quelles ombres de la grandeur des Perses. >

En effet, c'est en 1802 qu'un illustre orientaliste de Hanovre, George-Frédéric Grotefend, communiqua h la Société de Gœttingue, les premiers résultats de ses découvertes relatives aux inscriptions cunéiformes du système perse. Il avait remarqué que, dans les inscriptions trilingues, les caractères du système le moins compliqué occupaient partout la première place; il en conclut que ces caractères figuraient des textes rédigés dans Tidiome des maîtres de Persépolis. Et par cela même que ces textes ne renfermaient qu'un nombre assez restreint de caractères différents (surtout si on les compare 5 ceux des autres systèmes), il résolut d'en tenter le déchiffrement, employant tous les moyens que son génie lui suggérerait, pour porter ainsi la lumière dans un domaine jusque-là plongé dans la plus profonde obscurité.

Il remarqua tout d'abord que des clous penchés \ se reproduisaient isolément à certaines distances les uns des autres : il en inféra que ces signes indiquaient la séparation des mots. Ce premier indice ne manquait pas d'importance pour assurer de nouveaux résultats.

L^attention de Grotefend se porta ensuite sur les inscriptions des portes de Persépolis, dont deux lui parurent contenir à peu près le même texte :

fi m ET K- -ïH <îr « \ «ff « ffr k- w ff k- \

-fëH£ry=\«rï«nrK-KrnT<-\«rT«ïïrT<ï<ï rr K- m < m -w \t\^ «^m fir rs | « k-

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« «)fr rn -ïrï -< ÏT « ïï r<- s

Il remarqua en outre, sur les monuments de Persépolis, la présence fréquente d'un personnage de haute stature, portant la tiare en tête et le sceptre à la main. Ce personnage était généralement accompagné de plusieurs autres individus de moindre taille et sans coiffure. Parmi ces derniers, il y en avait un qui tenait un parasol au-dessus de la tête du grand personnage. A la première vue, on reconnut un roi dans le principal acteur de cette scène et on supposa que c'était à un roi queserapportaient les petites inscriptions gravées auprès de la grande figure.

D'autre part, on connaissait les monuments de Nakhchi-Roustam et de Kirmanchah, sur lesquels on remarque également, à côté des figures des rois sassanîdes, des inscriptions signifiant pour la [plupart : c Ceci est la figure d'un tel, roi, fils d'un tel, roi des rois, etc. >

La brièveté qui caractérisait également à Persépolis et à Nakhchi-Roustam les petites inscriptions qui accompagnaient, sur les monuments, les figures sculptées des rois, fit supposer que les unes comme les autres pouvaient bien renfermer ces formules en quelque sorte stéréotypées qui s'adjoignent d'ordî-

nriîre aux noms des souverains de ces contrées. Le litre de Roi des Rois, par exemple, que les Perses ont toujours affectionné, et que les Iraniens modernes

ont conservé pour leur souverain sous la forme ^L^^-^L-^ Chahenchah

devait sans doute s'y rencontrer. S'il s'y rencontrail, il était facile h reconnaître, car il devait être composé d'un certain mot répété deux fois et suivi de quelques signes deslinées à noter pour le second le génitif et le pluriel. On rencontrait, en effet, a la suite l'un de l'autre, les deux mots suivants qui ne diffèrent que par l'addition de quatre signes placés à la suite du dernier.

«ff « m r<- Kr rr r<- \

«ïï « ïïf K- T<r ïï K- w ~< m -M \

On ne pouvait guère douter que ces deux mots, dont la prononciation était encore inconnue , n'eussent pour signification roi (les rois, et que le premier

^yy ^ ïïf y^ y^y yy y^\ ^'*^* ^® trouvait répété plusieurs fois isolément dans ces inscriptions^ ne signifiât foi.

En outre, il devenait probable que les signes qui précédaient ces mots « roi » étaient des noms propi es de souverains perses.

Comparant ensuite cntr'elles les deux inscriptions données ci -dessus, Grolefend constata une petite différence qui se remarquait dans la rédaction des deux légendes, à savoir que l'une commençait parle groupe

tandis que l'autre dét>ulait par

«ff « K- fïï sr « fir (c)

Puis il y avait au milieu de la première inscription le groupe

tandis que dans la seconde inscription, à la place de ce dernier groupe, il y

avait le mot ïï m ^V jf^ ^y^ ^jfjf ^ ^ (D),qu\, comme nous lavons

vu, commençait la première légende.

Grotefend induisit de ces remarques que les séries de signes cunéiformes que nous venons de donner, sous les lettres D C H, figuraient des noms propres ; et, en outre, qu'il y avait, dans ces noms, un certain ordre de filiation. Il soupçonna que le groupe noté H figurait le père du groupe noté D, et que D était père de C.

ÉCRITURE PERSE

Une nouvelle remarque facilita au savant de Hanovre les moyens de poursuivre son intelligente et audacieuse investigation. Il constata que le

groupe H n'était pas suivi du mot <^f)f ^ fff y<>- f^jf ff )<^ Rw. ~

Le groupe H était donc le nom d'un prince qui n'avait pas régné ; et il devenait probable que />, fils de H, était fondateur de dynastie.

Le problème à résoudre se réduisait donc à échanger en termes connus les

termes algébriques suivants : B lans règne — père de D roi, fondateur de dynastie — père de X roi.

Grotefend savait que c'était aux anciens souverains de la race des Âchéménides que Ton devsiit la construction du palais de Persépolis. Or, parmi ces princes, il n'y en avait que deux auxquels on pût attribuer la fondation d'une dynastie : Gyrus et Darius. Comme le père et le fils de Gyrus s'appelaient également Cambyse, — pour affecter le nom de Gyrus au groupe noté /), il eût fallu que les groupes jff et C fussent identiques, ce qui n'était pas.

Désormais il n'y eut plus de doute pour l'illustre orientaliste allemand. La base de la découverte de l'alphabet cunéiforme perse était trouvée.

Grotefend lut :

Lu aajoord'liaî :

n rr « eM m i

G-Ô-ch-t-a- V • i • ch - e - d - (Hytaspe).

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