CHAPITRE DEUXIÈME
ÉCRITURES CUNÉIFORMES ÂNARIENNES.
On désigne sous le nom d'écritures cunéiformes anarienkesi, plusieurs systèmes de caractères dont l'élément constitutif est le clou, comme dans récriture perse dont il a été traité au chapitre précédent, mais qui diUfèrent de celle-ci, tant par la complexité que par le nombre considérable de signes différents qu'ils comprennent.
Les langues qui s'écrivent avec ces caractères, suivant M. Oppert % sont au nombre de eînq, que l'on peut désigner par les noms suivants :
1^ La langue des Babyloniens et des Assyriens ;
^^ L'Ârméniaque» ou langue des inscriptions de Van ;
5^ Le Susien;
4^ Le Médo-scy tbique ;
5^ Gasdo-scythique.
Nous reviendrons tout à l'heure sur ces différents représentants de la philologie cunéiforme anarienne.
I^ découverte du monument trilingue de Béhistoun, en présentant h la science un texte perse étendu et accompagné de deux versions cunéiformes différentes, a permis d'espérer que les inscriptions anariennes ne demeureraient pas toujours lettre morte. Aussi, depuis cette époque, des savants zélés se sont-
* Nous avons adopté, avec M. Oppert [Archiv, dei tniu, tcientif.y 1856), le nom d'anarien poor désigner les textes cunéiformes qui ne sont point perses, et sous lesquels les savants ont cru reconnaître des langues
étrangères à la famille arienne. Cette expression a 1 GesêlUchafi, 1858, p. 269. ainsi l'avantage de désigner collectivement, et sans trop | ' Àrchiv. des misi. tcieniif.^ loc, citât.
préciser, les idiomes à peu près inconnus des inscriptions cunéiformes du second, du troisième et des autres systèmes. Cf. cependant le Mémoire de M. de Gobi • neau, dans le ZeiUchrifl d$r Deutschen morgtnlœdUcktn
ragmeut d'une l.ablet.'i- assjr
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ÉCRITURES ANARIENNES «6
ils lancés courageusement dans la voie difficile et incertaine des déchiffrements.
On crut que sous Tune des deux versions cunéiformes anariennes du rocher de Behistoun, se cachait un idiome sémitique. Du moins cette opinion, soutenue aujourd'hui par MM. Rawlinson et Oppert, parait avoir été également celle d'Eugène Burnouf et de M. Ghr. Lassen.
Toutefois, la plupart des personnes qui ont approfondi le système des langues sémitiques répugnent généralement à voir un idiome de cette famille transcrit avec ces étranges caractères. En effet, dès la haute antiquité, les langues sémitiques ont possédé un alphabet particulier dont le type le plus anciennement connu est l'alphabet phénicien ; et à aucune époque un idiome sémitique n'a été écrit avec un alphabet d'une nature différente de celui-là '• En outre, un caractère essentiel des écritures sémitiques est de ne noter tout au plus, en fait de voyelles, que celles quisont longues, et cela au moyen de certains signes devenus en quelque sorte des supports de voyelles, tandis que les voyelles brèves, le plus souvent incertaines et indistinctes *, sont ou rejetées en dehors du corps de l'écriture' ou entièrement négligées \ L'écriture cunéiforme anarienne, au contraire, par l'extrême complexité de ses caractères, semble tout à fait inconciliable avec la nature même des idiomes sémitiques qui ont toujours été écrits avec des alphabets de la plus grande simplicité.
c Je dois dire, remarque M. Ernest Renan ', qu'avec le sentiment que je peux avoir du sémitisme, il me répugne profondément d'admettre qu'une langue purement sémitique ait jamais été écrite dans cet alphabet (le cunéiforme anarien). >
Et plus loin, remarquant que les interprètes de ces sortes d'inscriptions sont d'accord pour avouer que l'idiome dans lequel elles sont écrites ne ressemble à aucun des dialectes sémitiques actuellement existant*, le même philolpgue ajoute : c Mais s'il en est ainsi, avec combien de réserve ne doit-on pas se laisser aller au dangereux penchant de supposer des formes et des mots inconnus dans une famille aussi homogène et aussi limitée que la famille sémitique! >
Nous n'entrerons donc point dans de longs développements sur les écritures
< Consultez à ce sujet, Renan, BUtoirê ^tnér. dtt kmgut* sémitiquu^ t. 1«', p. 65 et sq. ,
3 Voy. sur les voyelles indistinotes : Lepsius, ÀllgêiMinê linguiâtik Alphabet,
3 Comme les motiom des Arabe*. Voy. Silvestre de Saoy, Gramm, arab,^ p. 34.
^ Dans les livres hébreux, Tusage des points voyelles
par les Massorètes, ne date guère que du Vi* siècle avant notre ère; dans la plupart des ouvrages arabes, on néglige la notation des voyelles, qui n'est soigneusement conservée que dans les livres religieux, et surtout dans le Coran, où Ton espère garantir ainsi tonte altération du texte primitiC
B Renan, Libr, ct'(., p. 67.
« Oppert, dans VÀthm.frattç. du 21 octobre 1864.
cunéiformes anarieuDes ; une pareille tentative serait tout au moins préma« turée avant Tenlière publication de l'ouvrage qu a composé, sur ce sujet, un jeune et savant philologue, M. le D' Jules Oppert\ dont tout le monde connaît les curieux mémoires sur les anciennes inscriptions de Babylone, de Ninive et de Persépolis.
Nous nous bornerons donc à dire quelques mots des différentes écritures anariennes connues jusqu'à présent, et à donner quelques exemples de chacune d'elles pour satisfaire la juste curiosité de ceux qui s'intéressent au déchiffrement des inscriptions cunéiformes*
L — ÉCRITORE ASSYRIEIIIIE.
Les noms propres de l'inscription trilingue de Bébistoun ont été le point de départ du déchiffrement des textes cunéiformes assyriens. Lus à l'aide de leurs correspondants perses, ces noms ont fourni la base à l'alphabet ou sylla« baire qui est aujourd'hui l'objet des recherches de la science philologique.
Voici quelques exemples du déchiffrement des noms propres assyriens, écrits en signes cunéiformes :
Àr ya - ra am - nn ' (en perse : Àriydrâmna),
T -di-- ::- fl-:: ^ «Cambyse,.»
Kam " Ihm • zi - ya. (en perse : Kambaujtya).
Kau - ra ach. (en perse : Kourauch).
T Tf ^^^ ^T ^ YY ^y y * Achœmenes. »
A'y(fl'tna'ni'i8. (en perse : Eayflmof^)»
T ►ff^T ^^P^ Çi^ * Hystaspes. »
Ouch - ta ach - pa. (en perse : VicfUachpa).
Da a ' ri % - ya a - vou ous. (en perse : Dârayavoueh)*
En tête de tous les groupes de signes qui précèdent, oti remarque la pi*é-
* BtpidUion êciMtiJiquê tn Métopotamie, exécutée par 1 genoe Fresnel, Félix Thomas et Jalea Oppert, publiée oréndu yoiMMrtiem«nt, 4$ 1861 d 1854, par MM. Fui- | par Jalea Oppert. Paris, imitr. impér., 1H68 ; in>4*.
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sence d'un clou vertical J. Ce cloa D*a point de yalenr phonétique : il sert uniquement a prévenir que les caractères subséquents désignent un nom propre d'homme.
On rencontre, dans récriture cunéiforme anarienne, divers autres signes initiaux usités en quelque sorte comme déterminatifs des mots figurés phonétiquement h leur suite. En voici plusieurs exemples :
► ► y tJfETEKHTKATlV DES KOlCfl DB DITIimiGS.
« Oromazes. »
Hf ^ S^ ^ ^ OT
Ou ra ' ma az da '. (En perse : Àuramazdâ.)
«-^ <^^ ^^ ►^tJ «Mithras.»
Mi ' t " ri. (En perse : Jfi'ôra.)
^^yr oéTEBMllTÀTlV DBS NOX8 Ml TILLet.
-«=ïïïï::^^::^T ïï ^ .Ecbatana..
À ' ga - ma ' ta a-nou, (En perse : Ba^rma/dna.]
Zou ou - zou* (En perse : Zuza,)
A< i>émaaKàm DBf koma i>b pats.
Pa or ' iou. ^En perse : Farta.)
À - ra " (h. (En perse : Àrabâ^.)
Outre ces sortes de déterminatifs, ou a reconnu dans récriture anarienne la présence de signes purement hiéroglyphiques.
Quelques-uns de ces signes ont conservé, malgré les altérations du temps^ la
forme des objets qu'ils expriment. De ce nombre est le caractère ^^^ dé-
termiuatif de c terre >, figurant un enclos avec des sillons. M. Oppert a également remarqué que le signe f^ ha pris idéographiquement est remplacé dans tes mêmes inscriptions par le mot noun « poisson », et que la forme
archaïque assyrienne de ce signe est ^ï^» qui rappelle l'image du poisson.
D'autres signes, d'abord figuratifs, ont tellement été medifié»^ avec le t«mps qu'il n'est plus possible d'y reconnaître» sans le savoir d'avance, Timage qu'ils représentent.
En résumé, M. Oppert établit les principes suivants : Tous les signes cunéiformes anariens proviennent d'une image hiéroglyphique ; ils ont tous au moins une valeur idéographique. Chaque idée pouvait être rendue par des monogrammes, soit par un simple signe, soit par une suite de caractères. Beaucoup de caractères ont des valeurs d'un ordre d'idées différent, et expriment des notions abstraites et concrètes tout à la fois. Il y a même des monogrammes pour les verbes. De l'écriture purement idéographique, dans l'origine, s'est développé un système syllabique, et avec le temps une grande partie des signes idéographiques sont devenus syllabiques \