P. G., XVIII
(8) Haer., LXVI, 1-87.
des fables hérétiques {[). Tour à tour, à 1:^0 ans environ d'intervalle, Jean Chrysostome et Sévère en signalent de même le danger à Antioche (2). En 404 une femme de cette ville, nommée Julie, propage dans Gaza les dogmes de Mani (3). Vers la même époque un certain Philon les prêche dans son Eglise située sur les confins de l'Arabie (4). Dans la solitude du Sinaï, le moine Nil, à qui nous devons ce dernier renseignement, mentionne « les Mystères et les Trésors de Mani », pour en souligner « l'ineptie et l'impiété » (5). Beaucoup plus tard, dans la première moitié du vu® siècle, un religieux de la même région, Théodore de Raïthou, combat encore les erreurs christologiques de l'hérésiarque, qu'il assimile à celles d'Apollinaire et d'Eutychès (6). Jusque vers l'an 800, Anastate le Sinaïte continue d'en faire la critique. Il fait plusieurs fois allusion aux « livres des Manichéens )) et rappelle même des détails précis de leur enseignement, dont il croit que les grands représentants du Monophysisme se sont fréquemment inspirés (7).
C'est par le Sud de l'Arabie que les écrits de Mani ont dû pénétrer en Egypte, comme Scythien, leur auteur présumé que les Ar/a Archelai font descendre du pays des « Sarrasins » dans la Thébaïde (8). Profitant de la vogue dont le Gnosticisme jouissait depuis longtemps sur les rives du Nil, ils y obtinrent très vite un vif succès. Un de leurs « commentateurs », Aphtonius, se rendit si célèbre à Alexandrie, au temps d'Aetius, que ce dernier alla d'Antioche engager avec lui
(i) Haer. jahiil. vomp.. I, 2C.
(2) Jean Chrysoslonic. //( Ocncs. Scrw., VII, /|. Cf. In Epist.. I""^ ad Cor. Hom., XxVlll, :> ; //( Kpist., II«»^ ad Cor. Hom.. VIII, 2 et XXI, /j ; In Malt. Hom., LVIIl, ;> cl JAXWII, 2; De Prophet. obscur., II, 7.
Sévère {rAiitioche, Hof)i., CXXIII, version syriaque et traduction française chez Fr. Cumont, Rech. sur le Manich., fasc. 2®, p. 88-172.
(3) Marc le Diacre, Vie de Porphyre, évêqiie de Gaza, 86-91, trad. lat. dans P. G., LXV, 1 248-1 2^9, texte grec dans cdit. de Bonn. Leipzig, 1895, p. 69 et suiv.
(4) Nil, Epist., II, 321.
(5) Id. Epist., I, 117.
(6) P. G., XCI, a85.
(7) P. G., LXXXIX, 102, loG, 120, 192, 218, 253, 290.
(8) Ad. Arch., 62, inll. ^
une conférence contradictoire sur les questions de foi (1). Un autre, Hiérakas, de Léontopolis, recruta, vers la même époque, de très nombreux disciples (2), dont certains se livraient, après sa mort, à une propagande assez active dans la région d'Arsinoë (3), Il écrivait en copte aussi bien qu'en grec (4). Et il transcrivit de nombreux manuscrits parmi lesquels ceux du Maître devaient venir au premier rang (5). Un autre personnage, qui apparaît à côté des précédents parmi les (( Apôtres » de Mani, Paapis ou Pa Apis, porte un nom bien égyptien (6). Sans doute travailla-t-il aussi activement à propager les nouveaux livres saints et à les commenter. Dès la fin du in^ siècle dans un traité sur les Dogmes de Manichée, un philosophe alexandrin, Alexandre de Lycopolis, fait une critique vigoureuse des doctrines dualistes qui viennent d'être apportées par certains disciples du novateur persan, « Papus, Thomas, et plusieurs autres » (7>. 11 commence par en donner un aperçu général qui semble bien emprunté à quelque œuvre de Mani (8). Il attribue d'ailleurs à celui-ci une étude de la Passion du Christ dont il parait avoir une connaissance directe et qu'il n'a pu jconnaitre que par une version (9). Enfin il constate que les gens qu'il combat appuient leurs doctrines sur des « Ecritures nouvelles et anciennes )) (10). Par là il vise sans doute les livres saints qui appartiennent en propre à la secte et ceux qui lui viennent des Gnostiques antérieurs. Environ un demi siècle plus tard, dans un traité Contre les }faïucliéens, qui nous est arrivé en très mauvais état, Sérapion de Tmuis revient sur le même sujet. Il reproche aux nouveaux hérétiques de rejeter la Loi et les Prophètes,
(i) Philoslorgc, Hist. Eccl, III, i5. Cf. i^ foim. gr. d'abjur. P. G., C, i32i); 2^ form. gr. {ibid., I, i468), Photiiis, Cont. Man., I, i4 {ibid., Cil, Ai); Pierre de Sicile, Hist. Man., i6 {ibid., CIV, i265).
(2) Epiplianc, Haer., LXVII, i.
(3) Vie de Saint Macaire dans P: G., XXXIV, 209-212. {!i) Epipliane, Haer., LXVII, 3 cire. med.
(5) Op. cit., 3 fin.
(7) De Placit. Man., 2.
(8) Op. cit., 2-5.
(9) Op. cit., 2I1 cire. fin.
(io3 Op. cit., b, cire. med.
de circoncire les Evangiles véritables, d'admettre ua autre « corps d'Ecritures )) (11. Et il montre clairement qu'il a lu ces dernières par l'aisance avec laquelle il en expose les doctrines (2). Un travail analogue de Didyme d'Alexandrie, (•{-395) dont nous n'avons aussi qu'un| texte mutilé, témoigne également de leur difïusion inquiétante (3).
En Egypte et sans doute en bien d'autres régions, les moines ont été les principaux agents de cette propagande des livres dualistes. Beaucoup étaient déjà manichéens à l'époque d'Antoine (4). Encore au temps d'Epiphane un grand nombre professaient les idées d'Hiérakas (3). A Alexandrie, sous le patriarchat de Timothée (380-385), on distinguait parmi eux les Saddikini, qui ne prenaient aucune nourriture animale, et les SammaJmii, qui croyaient pouvoir se permettre l'usage du poisson. Les uns et les autres étaient partisans de Mani, seulement les premiers suivaient toutes les prescriptions du Maître, les seconds n'en observaient qu'une partie (6). Or tous ces gens menaient une propagande très active en faveur de leurs doctrines et par conséquent de leurs livres. Tel d'entre eux groupait autour de lui, par sa prédication, une foule nombreuse (7). Tel autre exerçait une action individuelle et discrète (8). Leur iniluence se faisait sentir jusqu'en Asie Mineure, où Eustathe de Sébaste, élevé chez les ascètes égyptiens, organisa des communautés assez semblables à celles de Mani (9). Elle dut se faire sentir de même en Occident.
Peut-être est-ce des rives du Delta que la littérature manichéenne fut importée en Afrique. En tout cas, dès la fin du iii^ siècle elle avait pénétré à Carthage et dans les environs.
(j) Fiii.ijiiuMil v'^iWi' dans !;> trailr ilo 'Jilus de l>oslra. P. G., XVJIL I2i3.
(a) Voir 1111 antre fia,u:n!ciil dans le mènii^ trailt- tic Titns i\c Bostra, I, 3i, cire. mcd. et suiv.
(3) Voii- P. G.. \\\!\. loNô-TTOo. Le texte C^t re})rc)diiit dans les Dix syllogismes canin' les McnidtCi'iis. P. G., XLV], 5/|î et sni-\ .
(/,) AthanaM'. Mi. A), Ion., GS. Cf. Entyehins, Ann.. P. G.. CXI, ioi5, 101^3.
(5) Epipliane. Ihicr., lAN'JI. i cire. î}}cil.
(f)) Eiitychiiis. ,t////., P. G., C\I. loio.
(7") !(idin. ///.s7. I/o/), (d'après le réeil (\[\ solilaii'e Coprès) dans P. L.. X\l. 426-/137.
(S) Vit. Pnir.. lib. VI, CMIL 11 dans P. P. LXXIII. ()',5.
(9) Mansi, Co//. Coït.. 11, lo^B-iioo cl suiv.
PROPAGATIO?^ DES ÉCUITURES MANICHEENNES Gl
Vers le début de Tan 296, dans un rapport adressé à Dioclétien, le proconsul de cette province dénonçait « les Magiciens et les Manichéens », ainsi que les « Ecritures » dont ces gens là se servaient pour séduire le peuple (1). Sans doute visait-il surtout les livres de Mani. Ceux-ci avaient donc été traduits de bonne heure en latin. Vers le milieu du iv® siècle, l'Africain Victorin mentionnait Tun d'entre eux, le Trésor, avec un ouvrage gnostique, les Actes d'André, qui leur est fréquemment associé (2). Et il les jugeait assez connus pour leur consacrer un traité spécial adressé à un certain « Justin le Manichéen » (3). De fait ces écrits ont été particulièrem.ent répandus dans lAfrique proconsulaire et dans la Numidie. Augustin en a vu entre les mains des Elus de Carthage des exemplaires nombreux et luxueux qui étaient lus publiquement dans les assemblées religieuses et expliqués ensuite aux Auditeurs curieux (4). A Hippone il a rencontré tour à tour cinq grandes a Ecritures de Manichée » qui comprenaient notamment VEpître du fondement et le Trésor (5), des traités fort répandus d'un disciple de l'hérésiarque nommé Adimante, qu'il identifie avec Addas (6), et divers livres apocryphes, notamment les Actes des Apôtres de Leucius, souvent associés aux précédents (7). Ces divers ouvrages n'ont été connus dans le monde africain que par des versions très imparfaites d'un style lourd et incorrect (8). Cependant, de l'aveu d'Augustin, certains « volumes de la secte » étaient écrits a en latin, dans un style élégant » (9). Une œuvre de ce genre, due à la plume d'un docteur éminent, Fauste de Milève, a vu le jour dans les dernières années du iv^ siècle et elle a tout de suite obtenu
(i) Cad. Gregor., I. XIV, tit. IV (éd. Gust. Haencl, Leipzig, iS/ja, 4«).