P. L., VIII
(3) P. L., VIII, 999-IOIO..
(4) Cont. Faust., XIII, i8 ; Cont. Epist. Man., b.
(5) Cont. Fel., I, i4.
(6) Cont. Adv. Leg. et Proph., II, I12.
(7) Cont. Fel, II, 6; De fid. cont. Man. (Evode) 5 et 38.
(8) Quelques échantillons en ont été donnés par Augustin, Cont. Epist. Man., 12 init., i3 init., i/i init., i5 init., iG init., 19 fin., 3i cire. init. ; De nat bon., 44, 46.
(9) Conf., V, 10 (à propos de Fauste: suac seelae si qua volumina latine atque composite conscripta erant).
62 LES ÉCRITURES MANICHEEXNES
une assez grande vogue pour que Augustin ait cru devoir en faire une critique détaillée (1 ). La littérature manichéenne a donc été bien représentée en Afrique, et pendant des siècles elle y a trouvé des lecteurs. Ceux-ci étaient nombreux sous le règne de Genséric et de son fils Hunnéric (2) et jusqu'à la fin du vi® siècle sous le pontificat de Grégoire le Grand (3). Sans doute même en restait-il encore quelques uns pendant les premiers temps de la domination arabe, car sous le califat de Mansour (754-775) un Imam de la secte, Abou iïilâl ad-Deihourî, venait de ces régions (4).
Entre la côte de l'Afrique et celle de l'Espagne les communications ont de tout temps été fréquentes. Les livres de Mani ont pu aisément passer de l'une à l'autre. Priscillien, évêque d'Avila, les a certainement connus, avec divers ouvrages apocryphes de la même famille, et il semble avoir été profondément influencé par eux, bien qu'après le concile de Saragosse (380) il se soit défendu de professer leurs doctrines, comme Hydace d'Emerita et Ithace d'Ossonaba l'en avaient accusé (5). A la fin du iv*^ siècle, beaucoup de ses compatriotes réglaient leur foi sur ces mêmes écrits. D'après un auteur du temps, les Manichéens étaient nombreux « en Espagne et dans les cinq provinces » (6), c'est-à-dire dans la Tarraconaise, la Carthaginoise, la Lusitanie, la Gallécie et la Bétique (7). Quelques années plus tard Jérôme savait qu'au delà des Tyrénées et surtout en Lusitanie beaucoup de femmes lisaient le « Trésor de Manichée )), avec des œuvres de Basilide et d'autres produits du Gnosticisme, dont Marc de Memphis s'était fait l'apôtre en ces pays lointains (8) En 445 l'évêque
(i) Conlra Faustuui on 33 livres i^lcxtc de Faiisle et critique d'Aiiguslin). P. L., XLIÎ, L'.o7-r)i8.
(p.) Victor de Vil., ilisl. persc.r. randaJ., II, i dans P. L.. LVIIf, 201.
(3) Cregor., Episi., 11, 37.
(A) An Nadim, chez Fliigel, Mani, p. 98.
(5) Babnf, Priscillicti, Paris, 1909, 8°, p. i/|3-i'i6 <'t suivantes.
(G) Philastrius, De Haer., 61 fin.
(7) Sext. Ruf. , Breviar., c. 7.
(8) Adv. Vigilant., G. Cf. In Isaiain, LXIV, /j. Justement Ithace reprochait à Priscillien de s'être mis à l'école du même Marc de Memphis et il regardait ce dernier comme (( un magicien et un Manichéen » (Isidore de Séville, De Viris ill. i5).
PROPAGATION DES ÉCRITURES MANICHEENNES (j'A
Turibius, rentrant, après un long voyage, dans son diocèse d'Astorga, en Gallécie, se plaint d'y trouver de nombreux hérétiques qui professent de vieilles erreurs, tantôt inchangées, tantôt plus ou moins modifiées, et qui empruntent leurs doctrines à des Actes des Apôtres de provenance manichéenne, peut-être aussi à d'autres livres mystérieux dont le secret ne serait révélé qu'aux (( Parfaits )) (1). Il vise sans nul doute les disciples de Priscillien. Mais il pense certainement aussi à ceux de Mani. En fait d'après un chroniqueur contemporain, il a découvert dans sa ville épiscopale, au cours de la même année, plusieurs de ces derniers, qui s'y cachaient depuis quelque temps, et notamment un certain Pasccntius, venu de Uome, qui s'est ensuite enfui dans la Lusitanie, sans doute dans l'espoir d'y trouver des coreligionnaires hospitaliers (2). Le Priscillianisme est très vite passé du nord de l'Espagne dans le sud de la Gaule. Le Manichéisme, avec qui on le confondait souvent, a dû suivre le même chemin. Déjà Hilaire de Poitiers l'a peut-trouvé en Aquitaine, car dans un de ses écrits, rédigé avant son exil, en 355, il signale Mani avec Marcion comme un détracteur de la Loi (3). Vers la fin du iv^ siècle, Augustin a entendu dire que les Gaulois pratiquaient à la lettre certaines théories de l'hésiarque exposées dans le livre du Trésor (4). Vers 430, Cassien dénonçait, après « l'opinion des Marcionites », « l'erreur de Manichée », plus grave^ expliquait-il, que celle des Ebionites (5) et il mettait en garde ses moines de Marseille contre les a blasphèmes )) de la nouvelle secte (6). Peu après Vincens de Lerins signalait le danger de ces mêmes doctrines (7) et, dans la seconde moitié du v^ siècle, le Marseillais Gennade (8) et Pomérius d'Arles (9) s'en
(i) Episl. ad Hyd. et Cepon., 2, 4, fin., 5. P. L., LIV, ôgS.
(2) Chron. d'Hydace dans Monum. Germ. ani., Chron. Min., éd. Mommscn, t. II, p. 24-25.
(3) Ad Consiantium , II, 9.
(4) De nai. bon., kl-
(5) De Incarn., V, 6 et 10.
(6) Coll. VIII, 6 et 24.
(7) Commonit., I, i4 (P. L., L, 667).
(8) De eccl. dogm., 4, 62, 67.
(9) De vit. coni., II, 242, (P. L., LIX, 470).
iVi LES KC:\ITLIU:S mamciiéennks
occupaient aussi. Encor*^ en 526, un certain Prosper les abjurait dans un long formulaire. A cette occasion, il anathématisait les partisans de Mani et d'Adimante, qui croyaient que l'un et l'autre avaient reçu le Paraclet, et il réprouvait aussi (( toutes leurs Ecritures étrangères au Canon de l'Eglise et exclues par la vraie foi » (1 ).
La nouvelle Bible a pénétré en Italie plus vite encore qu'en Espagne et en Gaule. D'après le Liber Ponlificalis, les Manichéens existaient déjà à Ronne au temps du pape iMiltiade (2). Environ soixante ans plus tard, en 372, ils s'y trouvaient assez nonnbrcux pour que Valentinien adressât à leur sujet un édit important au Préfet de Ville (3). Vers 382, un d'entre eux du nom de Constance, réunissait dans sa maison les Elus de la région, qu'il avait décidés à observer en commun la règle de Mani, et il leur faisait lire une Epilre du Maître qui devait servir de programme au nouveau Monastère (4). Presque aussitôt après, Augustin, arrivant à Rome, y vivait au milieu des représentants de la secte, et il logeait chez l'un d'entre eux avec qui il discutait souvent sur la mythologie des « livres de Manichée )) (5). A Milan, oii leur recommandation le faisait bientôt nommer rhéteur par le Préfet Symmaque (6), il les trouvait encore assez nombreux pour inquiéter Ambroise qui les prenait souvent à partie (7). L'Ambrosiaster, vivant sans doute dans le même milieu, sait que les Manichéens ont « des œuvres aux titres prétentieux et au contenu frivole et extravagant » (8), dont des femmes accueillent et colportent étourdiment la doctrine (9). Un autre contemporain d'Augustin, Philastrius de Brescia, note également que leurs erreurs séduisent (( beaucoup d'âmes )) (10). Vers 405, un Auditeur de Rome,
(i) l\ L., l.XV, :^3 unaih. lo, :>.o cl -m. Cf. Maiisi, Vlll, 701-70.^1.
{•).) LU). PouL, vd. DiH"lu>sn(>, I. I, p. i(u). noi. 3.
(3) Cad. Thcod., XVI, 5, o.
(Il) De nwr. Mcni., 7/,. Cf. Conl. Faust., V, 5.
(5) Conf., V, 19.
(()) Conf., V, 23, (■/)/■/.
(7) Voir par exemple Epist., XXIII, 11 cl \1>II, I2i3.
(8) In Epist. ad Tim. 2^''\ \\, à- (.9) In Epist. ad Tim. 2^'", III, 6. (10) Hacr., 33.
nommé Secundin, écrit à l'évêque d'Hippone, pour essayer de le ramener à Torthodoxie dualis'e et il invoque le .témoignage de Mani avec celui de Paul (1). En 443, saint Léon constate que la secte garde dans sa Ville de nombreux adhérents, qui y ont été amenés en partie par les « bouleversements survenus dans les autres régions» (2). Il fait rechercher leurs manuscrits et il en saisit des a masses considérables » (3). Assez longtemps plus tard, les papes Gélase (492-496), Symmaque (498-514) et Hormisdas (514-523) retrouvent devant eux les mêmes hérétiques avec les mêmes livres (4). Encore à la fin. du vi^ siècle, Grégoire le Grand en débusque certains dans ses possessions de Sicile (5) et dans un diocèse du fond de la Calabre (G), Selon sa remarque, ces hérétiques sont venus de l'Afrique. Beaucoup de ceux qu'a connus saint Léon étaient originaires de là même région, d'où ils avaient été chassés par les Vandales (7). Déjà au temps d'Augustin les Manichéens de Rome entretenaient des relations étroites avec ceux de Carthage ((S). Sans doute leurs devanciers étaient-ils venus du rivage africain plutôt que du continent oriental.
Le Manichéisme parait avoir été moins répandu dans les contrées situées à Test de l'Adriatique qu'à travers les autres parties du littoral méditerranéen. Cependant, là encore il a réussi de bonne heure à se faire connaître. Près de Salone, en Dalmatie, a été trouvée récemment une inscription grecque mutilée, qui a dû être rédigée soit à la fin du iiF siècle, soit au commencement du iv®, et où il est fait mention d'une « Bassa, Vierge Lydienne Manichéenne», c'est-à-dire d'une Elue, originaire de Lydie, venue peut être en mission sur la côte dalmate (9). Dans la première partie du vi'^ siècle, au cours d'un commen-
(i) Eplsl. ad AugusL, i /(/). P. L. , XLII, 578.
(2) Senh., XVI, 5.
(3) Prospcr, Chronicon, P. J^., LI, Ooo et Monum. Gcnn. nnl.. Citron. Min., éd. Mommsen, t. I, p. 479-
(4) Lih. Pontif., éd. Duchesnc, t. 1, p. 255, 261, 270-271.
(5) Epist., VI, 8.
(6) Epist., II, 37.
(7) V. supra, p. 62, nol. 7.
. (8) Couf., V, 3, i4.
(9) Fr. Cumont, Recherches sur le Manichéisme, p. 175-177, L'inscription de Salone.
66 LES ÉCRITURES MAINICHÉEX.XES
tairo du Manuel d'Epictète, un des derniers représentants de récole d'xVthènes, le philosophe Simplicius, résume en termes très précis les idées professées par les disciples de Mani et notamment par a un de leurs auteurs », puis il les critique longuement, sans doute parce qu'il sait que les œuvres dont il parle jouissent autour de lui d'une assez grande vogue ( 1 ).
Mais c'est surtout en Asie ^Mineure que les Ecritures manichéennes ont trouvé des lecteurs. Elles ont pu y pénétrer aisément par la Mésopotamie et la Syrie et elles y ont été d'autant mieux accueillies que la littérature gnostique y comptait depuis longtemps de nombreux partisans. Basile de Césarée (2) et Grégoire de Nysse (3) ont cru devoir consacrer à leur enseignement une étude spéciale, peut-être motivée par la propagande d'Eustathe de Sébaste (4). Peu après eux, Diodore de Tarse a écrit sur le même sujet jusqu'à 25 livres, où là discussion des textes tenait une très grande place (5). A la fin du i\' siècle, en dépit de toutes ces attaques, la nouvelle hérésie était connue non seulement en Lydie mais en Paphbigonie (6).
Plus de cent ans après nous voyons le Manichéisme recruter de nombreux adhérents parmi les hautes classes de la société byzantine (7). Tour à tour"Anastase ï (8) et Justinien (9) s'effraient de ses progrès. Sous le premier de ces empereurs, Héraclien <le Chalcédoine consacre vingt livres à l'examen de V Evangile, des Géants ei du Trésor de Mani (10). Sous le règne suivant, Paul le Perse, dans une Controverse avec le Manichéen PhotiiKW), et Zacharie le Rhéteur, dans sept libelles (12).
(i) Simplicii, Commenl. in Epict. Encitir., éd. Sclnveighaouscr. Leipzig, i8oo, in-8°, p. î!6.4-3oC.
h) Augustin lui iittiibuo une réfutation du "Sfan ichéismo (Co/îf. Julian., h i6).
(3) P. G., XLVl, 542. Cf. ibid., XLV, 29 et 208.
(4) V. supra, p. 60.
(5) Photius, Biblioth., Cod. 85.
(6) Augustin, De nat. boni, /17.
(7) V. Nau. Analyse de parties inédites de la chronique de Jean de TeUmaré. 'Paris, 1898, in-80, p. 69.
(8) Cod. Justin., I, 5, 11.
(9) Cod. Justin., I. 5, 12. Cf. Malalas, Chronogr., p. Aao et Jean de TeUmaré, chez Nau, op. cit., p. 59.
(10) Photius, Bibliolli., Cod., 85.
(11) P. G., LXXXVIII, 528-55i.
(12) V. infra, p. G7, nol. 2.
discutent longuement les théories exposées au cours de ces ouvrages. L'un et l'autre croient devoir soumettre aune critique minutieuse un manifeste consacré à la démonstration de la doctrine des deux Principes (1) que des Manichéens ont jeté furtivement dans la boutique d'un libraire (2). Ce dernier incident montre que les écrits continuent de jouer un grand rôle dans la propagande hérétique.
Dans le traité Des Sectes, composé dans la moitié du vi^ siècle, Léonce de Byzance constate que les partisans de Mani rejettent certains écrits de l'Ancien Testament et qu'en revanche ils en admettent d'autres qui n'appartiennent pas au canon orthodoxe, par exemple VEvangile de Thomas et celui de Philippe (3), D'après un livre De la réception des hérétiques, rédigé un peu plus tard par Timothée de Constantinople, « les Manichéens haïs de Dieu introduisent des livres démoniaques, qui sont 1) l'EvaJigile vivant, 2) le Trésor de vie 3) le recueil des Lettres 4) celui des Mystères, 5) l^Heptalogue d'Agapius, 6) le livre des Prières, 7) celui des Principes (Kephalaia) , 8) celui des Géants, 9) r Evangile de Thomas, 10) l'Evangile de Philippe, 11) les Actes de l'Apôtre André, 12) la i^^^*^ lettre aux Laodiciens. 13) les prétendues Enfances du Seigneur, qu'ils ont composées pour avoir l'air d'affirmer son Incarnation, ce qui n'est point vrai )) (4). A la même époque et au même milieu se rattache sans doute une formule grecque d'abjuration où un Manichéen converti dit anathème « à Manès ou à Manichée, à ses idées 'et à tout ce qu'il a enseigné et écrit, à tout ce qu'il rappelle et a mis en avant, savoir à l'Evangile qu'il appelle vivant et qui |donne la mort, à son Trésor de vie qui est un Trésor mortel, au livre des Epitres, a celui des Mystères qui a été composé dans le but de détruire la Loi et les Prophètes, au traité des Géants, à l'Hep- /a/o(^U6 d'Agapius et à Agapius lui-même, à tout livre de ces gens là et à toutes leurs prétendues Prières, qui ne sont que des superstitions,... à Zaradcs, à Bouddas et à Sc3-tl]icn, ancêtres
(i) P. C;., LXXXV, ii43-ir44 et Pitra, Anal. sacr. cl class. Paris, 1888, pars i'^, p. C7-70.
(2) Introduction à l'œuvre de Zacharie, rédigée par un contemporain et pnlilléc par Mercati, Per la vita e gli scrltti di Paolo il Persiano, p. 8.
(3) P. G., LXXXVI, i2i3.