P. G., XVIII
3) P. G., XVm, I2I2.
4) Cont. advers. Leg. et Proph., II, 4i. Cf. supra, p. io5.
5) Retr., I, aa, i. Cf. supra, pu aSa-aBS.
144 1.ES ÉCRITURES MANICHÉENNES
mettait vivement en relief les antithèses signalées par Manf i.
Critique de Fauste.- — Fauste de Milève se bornait à donner au même enseignement une forme nouvelle plus appropriée aux besoins de ses lecteurs africains : « La fausseté de la superstition judaïque, disait-il au début de son œuvre, a été abondamment montrée par le très docte Adimante, le seul que nous devions étudier après notre bienheureux Père Manichée ; cependant, il m'a paru bon. Frères très chers, de mettre par écrits ces brèves réponses à cause des réflexions pleines de ruse et d'astuce des gens qui confèrent avec vous ^ ». Puis il reprenait les arguments connus :
L'Ancien Testament n'est fait que pour les Juifs nés d'Abraham et circoncis, qui offrent des sacrifices, s'abstiennent de certaines viandes, observent le sabbat. Et il ne leur promet -qu'un héritage matériel et méprisable, celui du pays de Chanaan. il est doublement charnel et méprisable, bien inférieur à l'Evangile, qui s'adresse à tous les hommes et leur offre des biens spirituels ^. Les Chrétiens, d'ailleurs, n'y ont aucun droit. Lui-même leur dit de ne pas convoiter le bien d'autrui \[Exod., XX, 17) ^. Ceux qui se réclament de lui se montrent d'autant plus inconséquents qu'ils en violent constamment les prescriptions fondamentales. Ils regardent la circoncision comme une honte, les sacrifices comme une idolâtrie ; pour eux, l'observation du sabbat est aussi vaine que l'abstinence à l'égard de la viande de porc. Pourquoi louent-ils une institution que leurs actes démentent ^.^^
L'idée même d'associer l'Ancien Testament au Nouveau est vraiment étrange 1 Le Nouveau annule évidemment l'Ancien. On ne met pas une pièce de drap neuf sur un vieil habit (Matt., IX, 16). Selon une remarque de Paul, également saisissante, un affranchi ne va pas se remettre sous le joug de l'esclavage
i) Voir Cont. Adim. P. L. XLII, 129-172.
2) Cont. Faust., I, 2.
3) Cont. Faust., IV, i. '
4) Cont. Faust., X, i.
5) Cont. Faust., VI, i ; XVI, 7.
ÉCRITURES JUIVES 14o
(Gai., V. i) ^. D'après une autre comparaison du même Apôtre, une femme peut se remarier si son mari est mort, mais ne saurait le faire sans crime, s'il est vivant (liQni., VII, 2). Ainsi la Synagogue a pu passer au Christianisme parce que son épou\: Adonaï n'a aucune vie. Mais, comme le Christ est immortel, son Eglise ne peut se donner au Judaïsme sans se rendre coupable d'adultère ^. Quand un vase est plein, on n'y doit rien verser. Or, la vérité nous a été donnée dans toute sa plénitude par le Christ. Gardons-nous donc de rien y ajouter ^. Autant il est bon de changer l'amertume en douceur, autant il serait déraisonnable de changer la douceur en amertume (haïe, V, 20). Les deux Testaments sont comme deux arbres qui plongent leurs racines dans le même sol et dont l'un adoucit toutes choses, tandis que l'autre les rend toutes amères. N'allons pas déformer l'un par l'autre ^.
On dit que let Prophètes ont annoncé le Christ. Mais la foi chrétienne est simple par nature. Elle n'a pas besoin de preuves extérieures ^. Le témoignage rendu au Christ par lui-même et par son Père céleste lui suffit amplement. Le Sauveur n'en invoque pas d'autre et il fait remarquer que la Loi elle-même n'exige pas ])lus de deux témoins (Joan., VIII, i3) ^. D'ailleurs, les Prophètes se font apprécier par leur vie comme les arbres par leurs fruits {Matt., VII, 16). Or, ceux des Juifs, à en croire les écrits qu'on leur attribue, ont mené une vie scandaleuse '^ . Qu'importe, d'ailleurs, leur témoignage pour des gens étrangers au Judaïsme .►^ Sans la foi chrétienne, il sera sans valeur ; avec elle, il sera inutile ^. En fait, veut-on savoir comment les Prophètes du Judaïsme ont annoncé le Christ.^ Qu'on lise les livres de leur premier Maître, de Moïse luimême ! Celui-ci ne craint pas de déclarer maudit le Crucifié
1) Cont. Faust, VIII, i.
2) Cont. Faust, XV, i {init}.
3) Cont. Faust., XV, i.
4) Cont. Faust., IX, i.
5) Cont. Faust., XII, i, init., ; XVI, 8.
6) Cont. Faust., XII, i ; XVI, 2.
7) Cont. Faust., \ll, i, jin.
8) Cont. Faust., XIII, i ; XVI, 3 et 8.
146 L s L:(Rl'nRR^ MAMClltENNES
{Deat., XXI^ 2 3), et ailleurs tout adorateur du Soleil et de la Lune {Deai., XYll, 3), ou. même quiconque ne donne pas d'enfant à Israël (Dcut.^ XXV, 7). Par là, soit à son insu, soit. en pleine connaissance de cause, il s'attaque au Sauveur lui-même. Il va jusqu'à dire qu'on doit tuer quiconque voudrait détourner les Juifs de leur foi ou leur faire violer un seul de ses préceptes [Deut., Xlli, 5). N'est-ce pas justement ec qu'a fait l'auteur de la Nouvelle Loi ^ ?
Les Catholiques objectent que le Christ a dit : « Si vous croyiez en Moïse, vous croiriez aussi en moi » (Joan., V, 46). Mais le propos n'a pu être réellement tenu, car Jésus traite, d'autre part, ses devanciers de (( voleurs » et de <( larrons » {Joan., X^ 8). Quels textes mosaïques invoque-t-on, d'ailleurs? Est-ce le passage célèbre : (( Je leur ferai apparaître un Prophète pris parmi eux et semblable à toi » {Deut., XVIlï, i5)? Mais le Christ est bien loin de ressembler à Moïse ^. Est-ce cette autre prédiction : (( Ils verront leur vie suspendue et ne croiront pas à leur vie » {Deut., XXVIII, 66)? Il s'agit là, non du divin Crucifié, mais du peuple juif puni pour son infidélité ^ Bien loin d'inspirer la foi chrétienne, les textes mosaïques en détournent plutôt. Ils recommandent le sabbat et en attiibuent la pratique à Dieu lui-même {Exod., XXXI, i/j et Gen., I, 23), qui, d'après le Christ, travaille toujours et veut toujours voir travailler son Fils {Joan., V^ 17). Ils prescrivent la circoncision et la présentent aussi comme une institution divine {Gen., XVII, lî), tandis que Jésus appelle ceux qui, l'ayant reçue, s'en font les Apôtres : a deux fois fils de Penfer » {Matt., XXIII, iB). Ils divisent les viandes en pures et impures {Deut., XIV, 3), •alors que le Sauveur proscrit ces distinctions {Mait., XV, 18, 19). Entre les deux doctrines, l'opposition est constante et absolue *.
Les Catholiques objectent encore que le Christ a déclaré être venu (( non pour détruire la Loi et les Prophètes, mais pour
i) Cont. Faust., XIV, i ; XVI, 5.
2) Cont. Faust., XVI, 4.
3) Cont. Faust., XVI, 5.
4) Cont. Fmst., XVI, 6.
les réalise!' )j {Matt.j V, 17). Seulement le propos ne se lit que dans l'Evangile de Matthieu, qui n'a pu être écrit par cet Apôtre et parle plutôt de lui comme d'un étranger {Matt., IX, 9) ^. 11 ne peut être invoqué par les Chrétiens, qui, sur beaucoup de points, détruisent l'Ancien Testament au lieu de le lèaliser ^. Et il ne peut avoir été prononcé, avec le sens qu'on lui prête, par le Christ qui va lui-même très souvent à l'encontre des prescriptions légales ^. S'il a été réellement tenu, il ne vise pas la Loi et les Piophètes du Judaïsme. En effet, la Loi juive n'est pas la seule. Elle se fonde sur une autre, bien plus ancienne, qui a été révélée dès les premiers temps de l'humanité. Et elle la dénature en y ajoutant des préceptes honteux ou ridicules. Les Manichéens, en écartant cette lèpre hideuse ou cett^ rouille malfaisante, ne font que rendre aux prescriptions divines leur vigueur ^. De même, il y a eu des prophètes non seulement dans le Judaïsme, mais encore dans la Gentilité, comme aussi dans la vraie religion (Tit., I, 12 et Matt., XXIII, 34). Et les premiers ne méritent leur norn que dans la mesure oii ils ressemblent aux anciens justes. C'est servir leur cause que de protester contre toutes les turpitudes et tous les crimes dont les Ecritures juives les ont chargés ^. En somme, c'est le respect de la Loi et des Prophètes véritables qui nous a fait rejeter celles du
Judaïsme officiel.
Autres critiques. — Tous les Manichéens ne se montraient pas si exclusifs à l'égard de la Bible hébraïque. Certains l'admettaient plus ou moins comme un recueil inspiré, sauf à l'interpréter d'une façon conforme à leurs doctrines. L'exemple des Catholiques avec lesquels ils étaient en rapports incessants les y portait déjà. L'esprit même de leur foi les y encourageait. Ayant appris de Mani à voir le bien partout mêlé au mal, ils ne pensaient pas s'écarter de son enseignement, ils croyaient
i) Cont. Faust., XVII, i.
2) Cont. Faust., XYII, 2 ; XVIII, i-3 ; XIX, 4-6.
3) Cont. Faust., XVIII, 2.
4) Cont. Faust., XIX, i-3«; XXII, 1-2.
5) Cont. Faust., XXII, 3-5.
148 LES ÉCUITURKS MANFCniOtiNNES
s'y conformer plutôt, en clierchant la parole divine dans ces livres juifs qui leur étaient donnés comme l'œuvre du Diable.
L'Egyptien Hiérakas était versé dans la connaissance de l'Ancien Testament, comme dans celle du Nouveau et il commentait l'un et l'autre. 11 écrivait, par exemple, sur l'œuvre des six jours et il expliquait le récit initial de la Genèse à l'aide des mythes et des symboles familiers aux adeptes de la foi dualiste ^. 11 approuvait Abraham, Isaac et Jacob, Moïse et Aaron, Isaïe, Jérémie et tous les autres « saints » du Judaïsme, il les regardait même comme de vrais prophètes. Mais il considérait leur enseignement comme imparfait et provisoire. Pour lui, les Ecritures juives avaient enseigné la crainte de Dieu et la pratique de la justice. Mais elles avaient eu le tort très grave de légitimer les œuvres de la chair, de justifier le mariage. C'était pour les corriger sur ce point, pour prêcher la continence, condition indispensable du salut, que le Christ avait apparu ici-bas ^.
Dans sa Théosophie, Aristocrite adoptait une attitude analo logue et encore plus nettement syncrétiste. Il s'attachait à montrer que le Judaïsme s'accorde, comme l'Hellénisme et comme le Christianisme vulgaire, avec la foi manichéenne. A rencontre de Mani, il admettait donc la Bible hébraïque. Mais il gardait à son égard la même liberté qu'à l'égard des oracles païens, ou même du Nouveau Testament, et il l'interprétait d'après les dogmes dualistes ^. Il invoquait, par exemple, le début de la Genèse (II, 2) et un passage des Psaumes (LXXXIX, à) pour montrer que le monde, ayant été fait en six jours dont f chacun vaut mille ans devant Dieu, doit durer pendant six millénaires après lesquels Dieu se reposera avec ses Elus ^.
Mais c'est surtout en dehors de la Bible officielle que les adeptes du nouveau Dualisme allaient chercher des témoignages en faveur de leur foi.
i) Epiphane, Haer, LXVII, i et 4.
2) Epiphane, Haer, LXVII, 2.
3) Formule grecque d'abjuration, P. G., I, ij468, A.
4) Karl Buresch, Klaros, Untersuchungen zum Orakelwesen des spateren Altertums, p. 94.