ÉCRITURES JUIVES APOCRYPHES
Les Manichéens les plus hostiles h. l'Ancien Testament se réclamaient volontiers de textes qui, sans faire partie de ce recueil, s'y rattachaient plus ou moins et ils en adaptaient la tradition aux nouvelles doctrines. Sur ce point, ils ne faisaient que suivre l'exemple "de leur Maître.
Le Testament d'AdAxM. — D'après An Nadim, dans le chapitre dixième du livre des Mystères, Mani traitait « du témoignage d'Adam concernant Jésus » ^. Il s'y appuyait donc sur une prophétie attribuée au premier homme et consacrée au Christ. Déjà les Gnostiqucs faisaient de même. Selon Epiphane, ils invoquaient des (c Apocalypses d'Adam » ^.
Plusieurs fragments de cette littérature nous ont été conservés dans des manuscrits syriaques ou arabes. Dans l'un d'eux s'offre précisément une prophétie messianique : Adam, y lisonsnous, dit à son fils Seth :
« Tu sais, mon fils, que Dieu descendra du ciel en terre à la (( fin des temps, qu'il na-itra d'une vierge, revêtira un corps, « naîtra comme un homme, grandira comme un enfant ordi- (( naire, fera des signes et de grands miracles » ^.
Peut-être est-ce à ce môme texte que se rapportait l'étude de Mani. A la fin du récit gnostique, nous lisons :
« Et moi, Seth, j'ai écrit ce Testament. Après la mort de (( notre père Adam, nous l'ensevelîmes, moi et mon frère, à « l'orient du paradis, en face la ville d'Henoch... N-ous scel- (( lames ce Testament et nous le plaçâmes dans la Caverne des
i) Flûgel, Mani, p. 102.
2) Haer., XXVI, 8, init. Cf. Const. Apost., VI, tG
3) Voir E. Renan, Fragments du livre gnostique intitulé Apocalypse d'Adam, ou Pénitence d'Adam, ou Testament d'Adam, dans le Journ. Acmt., 18Ô3, t. II, }). '4">3 ; Aug. Dillniann, J)as cJirisfUrJic Adambuch, Gottingen, i853, in-8* ; W. Meyer, Vito Adœ et Evœ, dans les Abhandlungrn de l'Académie des sciences de Munich, XIV, 3 (1878).
l'^O LES ÉCRITURES iMANICHÉENNES
('( Trésors, où il est resté jusqu'à ce jour, avec les trésors « qu'Adam avait tirés du paradis, l'or, la myrrhe et l'encens » ^
Une note du copiste nous apprend que nous avons ici la (( fm du Testament de notre père Adam » ^.
Un autre fragment de la inême œuvre, intitulé « Testament de notre père Adam » , passe en revue les « heures de la nuit )> et les (( heures du jour )>, pour montrer comment chacune d'elle est employée par les démons ou par les anges ^.
L'historien byzantin Georges Gédrène a connu cet ouvrage et il nous donne s,ur son contenu quelques détails nouveaux :
(( Dans sa six centième année, Adam, ayant fait pénitence, fut instruit par une révélation divine sur les Egrégores et le Déluge, sur la pénitence et l'incarnation divine. Il fut instruit aussi des prières de l'ensemble des créatures, qui, à toutes les heures du jour et de la nuit sont portées vers Dieu par le prince des Anges (les Grecs disent l'Archange) préposé à la pénitence. Voici comment les choses se passent : A la première heure du jour ont lieu les premières prières, celles du Giel, à la seconde celles des Anges, à la troisième celle des Oiseaux, à la quatrième celle des Animaux domestiques, à la cinquième celles des Bêtes sauvages, à la sixième la. comparution des Anges et le jugement de toute créature, à la septième l'introduction auprès de Dieu et la sortie des Anges, à la huitième la louange et les sacrifices des Anges, à la neuvième la prière et l'hommage de l'Homme, à la dixième l'inspection des. Eaux et les prières des (Vertus) célestes et terrestres, à la onzième des actions de grâces et les
i) E. Renajn, loc. cit., p. Ii5^, et ibid., p. 463 et 46;^, d'après iim manuiscrit araibe plus détaillé. Un livre syriaque intitulé la Caverne du Trésor, qui .a dû être nédigé vears le vi® siècle, résume les mêmes faits empruntés au Livre d'Adam et raconte, après d'autres ou\Tages apocryphes, toute la suite de l'histoire sainte, jusqu'au nouvel Adam, ou au Messie, la ATaie « oaveme du Trésor ». Il a été édité et traduit par C. Bezold (Die Schatzh<)hle, Leipzig, i883, in- 8°).
2) E. Renan, loc. cit., p. 457, fin. Uu auteur syrien, Denis de Tellmaré, donne un. « extrait des livres qui se trouvaient dans la caverne des trésors des mystères oachés, ou Entretiens d'Adam, le père de notre race, avec son fils Scth )> et il cite les « Mystèires cachés des livres de Seth » (loc. cit., p. 433).
3) E. Renan, loc. cit., p. 452-455
trîms[)()rts do joio universels, à la douzième la requête adressée par les liojnmes à la BiiMiveillaiiee (divine) » ^.
Le Livre de la PENrrENCE d'Adam. — Le début du texte de Cédrènc relie la « révélation divine » dont le premier homme a été gratifié et qu'il a eonsigné dans son Testament à la «. pénitence )) qu'il a faite de la faute originelle. Le Décret de Gélase mentionne également un ÏÂher qui appellatar Paerdtentiae Adac apocrypiiiis-. Or, un récit de la pénitence d'Adam circulait à la lin du iv^ siècle chez les Manichéens d'Afrique. D'après Augustin, un Elu de Carthage, qui avait rendu mère une (( moniale » et qui avait été fort malmené par le frère de celle-ci, demandait grâce au nom de Manichée, en disant que le premier homme avait péché et qu'il était devenu (( plus saint après sa faute )) ^. Peut-être Mani lui-même contait-il cette dernière histoire après son récit de la formation d'Adam *. En ce cas, ses disciples ne devaient accepter qu'avec plus d'empressement le Liber Paenitentiae Adac mentionné par le décret de Gélase.
EcniT3 DES Patriarches. — La légende d'Adam est intimement liée à celle des Patriaiches. D'après Abou'1-Ma 'ali les Maniel:éens regardaient le premier homme comme le premier des Prophètes et ils admettaient aussi «. la prophétie de Seth » et celle de Noë ^. Selon Al Mourtada, un de leurs principaux représentants, lazdanbacht, l'avait expressément déclaré au cours de son écrit ^. Déjà, au iv^ siècle, les Manichéens d'Afrique lisaient diverses œuvres de ces anciens Patriarches, qu'ils regardaient comme inspirés de Dieu. Fauste de Milève dit, en parlant des [)réceptes de la Loi naturelle qui interdisent le meurtre, l'adultère et le parjure, et qui, dans sa pensée, correspondent aux trois « sceaux » de Mani : « Ces interdictions ont été promulguées anciennement dans la Gentilité, comme il est facile de le
i) P. G., GXXI, 41.
2) V. !.. LIX, lO-î, (]. Cf. supra, p. i/îg, not. 3.
3) De mor. Man., 72 fin. et 73.
/i) Augustin, De natura boni, f^6.
5) Cité par Kosslcr, Mani, p. 372.
C) Cité par Kessler, Mani, p. 354.
prouver, par Enoch, Seth et autres justes semblables, à qui des anges glorieux les ont communiquées pour adoucir la sauvagerie humaine')). Plus loin, il mentionne de même, après Enoch (( Noë, Sem et autres personnages semblables », qu'on s'accorde à regarder comme des <( justes » ^. Sans doute, chacun de ces noms couvrait-il, pour le Docteur de Milève, quelque écrit inspiré.
Livres de Seth. — Justement, les anciens Sabéens, à l'école desquels Mani s'est formé, faisaient le plus grand cas de Seth ou de Sithil ^. Les Séthites et les Archontites lisaient « sept livres attribués à Seth » et d'autres intitulés (( Les Etrangers », qui passaient aussi pour venir de lui et de ses « sept enfants » ^. D'après eux, ce Patriarche, né d'Adam et d'Eve, aurait été élevé et nourri à l'écart, pendant un certain temps, par un Ange qui se tenait au service du Bon Principe. Puis il serait revenu sur la terre avec un corps spirituel que Caïn ne pouvait faire périr. Se tournant alors contre le Démiurge et ses suppôts, il aurait dévoilé leurs entreprises perverses et rendu hommage à la (( Vertu ineffable » de Dieu ^.'
Georges Gédrène a connu la même tradition et il fournit à son sujet des précisions intéressantes :
« Ce même Seth donna un nom aux étoiles errantes, que les
Grecs appellent les planètes Il naquit l'an 280 d'Adarti ; il
fut sevré à douze ans, enlevé l'an 270 par un Ange et informé de l'impiété future de ses descendants, de ceux qu'on appelle les Egregores et les Fils de Dieu, ainsi que du Déluge et de l'avènement du Sauveur. Revenu, après quarante ans, dans la compagnie des hommes, il raconta à ses parents ce que l'Ange lui avait appris » ^.
i) Cont. Faust., XIX, 3, cire. init.
2) Cont. Faust., XXV, i, cire. init.
3) Son nom revient souvent à côté de celui d'Abel et d'Enosch dans la Genza des Mandiéens. Voir W. Brandt, Mand. Schrift, Gottingon. 1893, in-8°.
4) Hippolyte, Philosoph., V, 19 ; Epiphane, Haer., XXXIX, 5 et XL, 2.
5) Epiphane, Haer., XXXIX, 2.
6) P. G. CXXI, 4o-4i.
L'auteur de VOpus imperfectuim in Matthaeum ajoute un détail nouveau. Il parle d'une « Ecriture de Seth -», qui était conservée dans une nation de l'Orient tout proche de la mer et oii il était question du Christ, de l'étoile qui se lèverait sur lui et des trois présents qui lui seraient offerte. Tous les ans, après la moisson, les gens de ce pays montaient sur une hauteur dite « de la Victoire )> et ils y faisaient, pendant trois jours, des ablutions et des prières pour se préparer à la réalisation de ce programme messianique. Or, une fois, ils virent descendre sur cette montagne l'étoile annoncée, qui portait en elle l'image d'un petit enfant et au-dessus celle d'une croix et qui leur ordonna de se rendre en Judée. Ils obéirent et se comportèrent comme l'Evangile le raconte, puis ils retournèrent dans leur pays où l'apôtre Thomas alla les rejoindre et acheva de les convertir, au lendenain de la résurrection ^. Cette Ecriture de Seth, 011 le patriarche ordonnait d'offrir au Messie de l'or, de l'encens et de la myrrhe, se rattache étroitement au Testament 6' Adam, où, en attendant la venue du Sauveur, il déposait dans la (( Caverne des Trésors » ces trois substances venues du Paradis ^. Les deux ouvrages appartiennent à un même cycle littéraire de la Gnose chrétienne. L'un comme l'autre a pu être connu et exploité par Mani.
Les révélations d'Hexoch. — Les anciens Sabéens chez qui il a été formé se réclamaient également d'Henoch ^. Ce dernier Patriarche représente une tradition analogue. Déjà les Juifs hellénisés lui ont attribué plusieurs écrits sapientaux ou apocalyp-
i) Op. imperf. in Matt., Hom., II, 2, P. G., LVI, 637-688. La Caverne du Trésor qui rapporte une tradition analogue, dit que les Mages connurent la signification de l'étoile « grâce à leurs écrits » et particulièrement à « l'Oracle de Nemrod » (G. Bezold, Die Schatzhohle, p. 56-57). Un récit parallèle se lit dans L'Abeille de SalomCn de Bosra, ch. 87 (Anecdota Oxoniensia, Semitic Séries, t. I, p. 82). .^ais là il est question d'une (( prophétie de Zârâ » (abréviation de Zârâdôst ou Zoroiast.re). Même prédiction dans VEvangile arabe de l'enfance, ch. 7 (Tischendorf, Evang. apccr, 2« éd., p. i88) et chez Bar Hebraeus (IJist. dynast., éd. Pococke,
2) V. supra, p. i5o.
3) Birouni, Chronol., chez Kessler, Mani, p. 3i4.
tiques ^. Des Chrétiens gnostiques ont aussi publié sous son nom diverses œuvres qui décrivaient les sphères célestes et annonçaient le Christ. Selon la Pistis Sophia, les deux Livres de leou, qui exposent la chute de l'âme et son relèvement seraient son œuvre. Il les aurait écrits au temps où il s'entretenait avec le Sauveur « de l'arbre de la connaissance et de l'arbre de vie qui étaient dans le Paradis d'Adam » ^, et ils les aurait placés dans l'intérieur du « rocher d'Ararad », oii un Archonte devait veiller sur eux ^. C'est, sans doute, à une œuvre de ce genre que Fauste de Milève fait allusion, quand il parle de révélations dont cet ancien « juste » aurait bénéficié^.
Le Testament de Noê. — Les révélations de Noë, qu'il seinble avoir également connues et que le Persan Aboul'-Ma 'âli signale expressément chez les Manichéens ^ devaient avoir une même origine.
Il y a eu chez les Juifs une littérature de Noë étroitement apparentée à celle d'Henoch. On en retrouve d'assez nombreux débris à travers les écrits qui portent le nom de ce dernier patriarche. L'angélologie et la cosmologie y tiennent une très grande place. Et déjà la tendance en est nettement gnostique. Des livres du même genre ont circulé chez les Chrétiens. Augustin y fait clairement allusion ^. D'après Cédrène, l'an du
i) Voir Fairicius, Cod. pseud. Vet. Testam., Hambourg, 1728, t. I, p. 160-328 (recueil de témoignages anciens) ; A. Dillmann, Das Buch Henoch ûhersetzt und erklârt, Leipzig, i858, in-8° ; Fr. Martin, Le Livre d'Henoch, Paris, 1906, in-8°. Cf. N. Bonwestch, Das slavischc Henochhuch, Berlin, 1896, in-4° et Joh. Flemming, Das Buch Henoch aethiopischer Text, Leipzig, 1902, in-8**.
2) Pistis Sophia, C, 99, chez C. Schmidt, Koptisch-Gnostische Schriften, t. I, p. i58.
3) Pistis Sophia, C, i34, chez G. Schmidt, Koptisch-Gnostische Schriften, t. I, p. 228.
4) V. supra, p. i5i.
5) V. supra, p. i52. '
6) Voir le Livre d'Henoch, X, i-3 ; XXXIX, P 2 ; LIV, 7-LV, 2 ; LX, 1-6 ; LXV-LXIX, 25 ; CVLCVIL
7) De Civ. Dei, XYIIT, Ovionim (Noe et Enoch) scripta ut apud Iud;aeos et apud nos in auctoritato non essent nimia fecit auctoritas. Cf,
monde 26*72, sur un ordre du ciel, Noë, âgé de gSo ans, partagea la terre entre ses trois fils, leur lut son Testcoment écrit et le garda par devers lui jusqu'en l'an 2692, où, se sentant mourir, il le confia à Sem, le plus âgé et le plus pieux de ses enfants \
L'ES Prophéties de Sem. — Ce n'est pas par hasard que Fauste de Milève mentionne Sem après Noë parmi les anciens « Justes à qui les Anges ont révélé la sagesse divine » ^. Des écrits importants, apparentés aux précédents, ont circulé sous le nom de ce nouveau Patriarche ^. Selon Eutychius, dont le t^xte complète heureusement celui de Cédrène, Noë, mourant, dit à son fils Sem :
.(( Emporte de l'arche, sans qu'on le sache, le corps d'Adam, (( prends avec toi en viatique du pain et du vin, adjoins-toi « Melchiscdech, fils de Phaleg, et allez déposer le corps à l'en- « droit qu'indiquera l'Ange du Seigneur. Tu ordonneras à « Melchisedech de s'établir en cet endroit et de ne point prendre « femme, mais de se vouer pour toute sa vie à la piété, parce « que le Seigneur l'a choisi pour le consacrer à son culte. Qu'il (( ne se construise pas de demeure. Qu'il ne verse point le sang, « pas même celui d'une bête, d'un oiseau, d'un animal quel- (( conque. Qu'il ne présente pas d'autre oblation à Dieu que ,(( celle du pain et du vin. Qu'il ne se coupe point les cheveux « ni les ongles. Et qu'il habite seul comme prêtre du Dieu Trèsce Très Haut ^ » .
Sem exécuta scrupuleusement les dernières volontés de son père. Sous la conduite d'un ange, il alla jusqu'au « milieu de la terre », en un endroit nommé laljalah ou le « Crâne ». Il y
ibid., XV, 23, t^. Epiphane constate que les Gnostiques ont aussi un livre intitulé Noria, du nom de la femme de Noë (Haer., XXVI, i, ihid , XXXVI). D'après Heirbelot (Bibl. orient., p. 676) « les Mahométians disent que Dieu envoya dix livres à Noë ».
i) P. G. CXXI, 52. B. Philastre rapporte le même récit, mais sans parler d'un Testament écrit (Haer , CXVII).
2) V. supra, p. i52.
3) Fabricius, loc. cit.
4) Ann. P. G., CXI, B, G. Cf. G. Bezold. Die Schatzhôhle, p. 26-27.
156 "^ES ÉCRITURES MANICHÉENNES
ensevelit le corps d'Adam. Et il y laissa Melchisedech, qu'à son retour il fit passer pour mort ^.
D'après un auteur ecclésiastique du iv^ siècle, Méthodius, évêque d'Olympie, ce même Patriarche « reçut de Dieu le don de la sagesse et inventa l'art de l'astronomie ^ ». Sous son nom circulaient donc, très vraisemblablement, des écrits philosophiques et astronomiques, a Auprès de lui vint Nembrod (fils de
Cham), qui régna le premier sur la terre Or, Sem adressa
à Nembrod une lettre dans laquelle il expliquait que le royaume de Japhet détruirait l'empire des fils de Cham ». L'écrit devaif prédire les conquêtes des Grecs ou même celle des Romains. Sans doute se rattachait-il étroitement au Testament de Noë, qui annonçait que les premiers fauteurs de la guerre en seraient les premières victimes. Comme lui, il appartenait donc à la Gnose chrétienne, et sa tendance pacifiste ne pouvait que le rendre particulièrement cher aux Manichéens.
L'Histoire de MELcmsEDECii. — Melchisedech tient une grande place dans la légende de Sem ^. Lui aussi a été largement exploité par les auteurs d'apocryphes. Une littérature abondante paraît avoir circulé sous son nom chez les Juifs et les premiers Chrétiens. Des débris importants s'en sont conservés dans la Pistis Sophia '■ Parmi les œuvres faussement attribuées à Athanase se trouve aussi une (( histoire » du même patriarche ^ Melchisedech y apparaît comme un représentant de la Gentilité, qui a été gagné au Monothéisme par l'étude des astres et dont toute la parenté périt miraculeusement pour avoir voulu le forcer à immoler des victimes en l'honneur des faux
i) Ibid, gig", B, C. Cf. C. Bezold, op. cit., p. 27-29.
2) Cité par Fabricius, Codex Apocryphus Veteris Testamentî, Hambourg, 1728, in-8°, p. 286-288.
3) Il était même identifié avec Sem par les Jiii'fs, d'après Jérôme (Epist., LXXIII, 5) et par les Samaritains, d'après Epipliane (Haer., LV, 6, init.).
^) Pistis Sophia, p. 25-26, 86, 98, 180, i38. chez Schmidt, Koptisch- Gnostiche Schriftcn, t. I, p. 21-22, i25, 188, 218, 287. Cf. 2« livre de leû, c. 45 et /i6, ibid., p. 809 et 810.
5) P. G., XXVIII, 5o5-58o.
dieux. 11 se retire dans une épaisse forêt du Mont Thabor, oii il vit nu comme au sortir du sein de sa mère, laissant pousser ses ongles et ses cheveux, à la façon de certains anachorètes égyptiens. Au bout de sept ans, il reçoit la visite d'Abraham, à qui il donne sa bénédiction et à qui Dieu le présente comme une image de son « Fils bien aimé » {Heb., VII, ?>). De nombreux Gnostiques ont longuement spéculé sur cette dernière idée ^. Or, le Manichéen Hierakas professait une doctrine analogue. Il regardait Melchisedech comme l'Esprit divin apparu ici-bas et c'est en ce sens qu'il le regardait comme semblable au Fils de Dieu ^. Les Attingants, étroitement apparentés aux Néo- Manichéens du Bas Empire, professaient une croyance simi milaire ^.
Apocalypse d'Abraham. — Il est à remarquer que les divei's Patriarches qui viennent d'être mentionnés ne représentent point le Judaïsme, bien que leurs noms soient empruntés à l'Ancien Testament. D'après Sharastâni, les disciples de Mani regardaient comime inspirés non seulement Adam, Seth et Noë, mais encore Abraham. Sans doute possédaient-ils quelque livre sacré qui exposait les révélations faites par Dieu au grand ancêtre du peuple juif. Déjà Philon et Josèphe présentent ce dernier comme un sage éminent qui lut dans les cieux la gloire du Créateur et la vanité des créatures, qui condamna résolument le polythéisme et qui, pour conduire les hommes à la vraie religion, leur enseigna la science des nombres avec celle des «astres ^. D'après Epiphane, les Séthites lisaient, en même temps que des ouvrages de Seth et de ses fils, une Apocalypse ô'Abiiahcdm ^. L'auteur de la Synopsis Scripturae sacrae, faussement
i) Voir Hippplytc, PJiilosoph., VII, 30 ; Pseudo-TcM tullicn, Hacr., 29 ; Epiphane, Haer., LV ; Philastre, Haer., 52 ; Theodorct, Huer, fab., II, 6, etc.
2) Epiphane, Haer, LV, 5.
3) Voir V. Verschaffel, art. Attingantc», dans le Dict. de Théol. Cath. ^) Philon, De Ahrah., 17, Josèphe, Antiq. Jud., I, 7,8. Cf. Eusèbe,
Praep. Evang. IX, 16.
5) Haer., XXXIX, 5. Voir G. N. Bonwotsch, Die Apokalypse Abrahmns, Leipzig, 1897. in-8", et aussi M. K. .Tanies. The Testcunetd of Abraliam, Camhridge, 1892, in-8°.
attribuée à Athanase ^ et Nicéphore de Gonstantinople ^ signalent parmi les « Apocryphes de l'Ancien Testament » un écrit qui porte le nom de ce même patriarche. Suidas parle de « livres de songes », que les Grecs lui attribuent^. Enfin, l'auteur des Récognitions Clémentines complète et précise ces indications : « Dès le début, dit-il, alors que tout le monde s'égarait, Abraham, en sa qualité d'astrologue, put reconnaître le Créateur à la nature et à l'ordre des étoiles et il comprit que tout obéit à sa Providence. Après quoi, un Ange lui apparaissant en vision, lui révéla plus complètement tout ce qu'il venait de pressentir
et lui fit voir le sort réservé à sa famille et à sa descendance
Gomme Abraham désirait connaître la nature des choses et les étudiait en lui-même avec attention, le vrai Prophète, celui qui connaît les cœurs des hommes et leurs intentions lui apparut et lui communiqua toutes les connaissances désirables. 11 lui enseigna la science de la divinité. 11 lui révéla l'origine du monde et sa destinée. 11 lui montra comment l'âme est immortelle et quel genre de vie est agréable à Dieu. 11 l'instruisit sur la résurrection des morts, sur le jugement futur, sur la récompense accordée aux bons et sur le châtiment infligé aux méchants selon les règles de la justice. Et, quand il lui eut tout appris d'une façon normale et suffisante, il retourna vers les régions invisibles ^.
Ascension d'Isaïe. — A côté de ces livres gnostiques d'Abraham ont circulé d'autres écrits analogues qui se réclamaient des principaux représentants de la tradition juive. Un d'entre eux, tout au moins, a été invoqué par des Manichéens. G'est V Ascension d'Isaïe ^. On y voyait le célèbre prophète, au cours d'une vision, monter en esprit à travers les sept cieux jusqu'au trône du Très-Haut et en redescendre ensuite avec « l'Aimé », « le Ghrist » ou le « Seigneur » qui revêtait successivement les
i) P. G., XXVIII, 432.
2) P. G., G, id6o.
3) Lexic, art. Abraham, cire. med.
4) Recogn., I, 32, dans P. G., 1226-1227.
5) A. Dillmann, Ascensio Isaîae, Leipzig, 1877, in-8'', XVIII-85 pp.
formes des cieux intermédiaires pour prendre finalement sur la terre une ligure humaine. Le récit avait une saveur gnostique très accusée. Il était invoqué par les Archontites ^, peutêtre aussi par les Ophites et les Yalentiniens 2. Or, le Manichéen Hierakas s'en réclamait aussi. Il en citait notamment un passage oii l'Esprit Saint apparaissait <( semblable au Seigneur » ^ pour l'identilier avec Melchisedech, qui, dans ÏEpitre aux Hébreux, était aussi « assimilé au Fils de Dieu » ^. Plus tard, le même livre a été en faveur chez les Bogomiles et les Cathares, apparentés, comme on sait, aux disciples de Mani ^. Et il nous est parvenu dans une édition latine qui semble avoir été faite pour les Cathares d'après un manuscrit grec des Bogomiles ^. Les Manichéens ont dû connaître et invoquer encore d'autres textes gnostiques portant des noms spécifiquement juifs, par exemple le Livre des trois Patriarches, qui rappelait les révélations faites à Abraham et qui y ajoutait celles dont avaient bénélîcié après lui Isaac et Jacob ^, ainsi que l'Apocalypse d'Elie qui avait des rapports assez étroits avec ï Ascension d'Isaïe ^. Cependant, ils n'ont pas dû faire un usage bien fréquent de ce genres d'apocryphes. Pour eux, le Judaïsme était foncièrement mauvais et ce n'est qu'incidemment que la vérité avait pu s'y faire jour. Dans leurs controverses, ils se réclamaient bien moins de l'Ancien Testament que du Nouveau.
i) Epiphaiije, Haer, XL, 2.
2) A. Dillmann, op. cit., p. XV (d'apiès Ascens., IX, 16).
3) Asc. Is., IX, 33.
4) Epiphane, Haer, LXVII, 3.
5) EuthyniiLis Zigaboii., FAench, haeres. Massilian, Anath. IV iii ToUii Insign. itiner. ital., p. 116 suiv. et Moneta, Adversus Catharos et Waldenscs, ôd. Kiechinius, p. 218.
6) Harnack, Gesch. der attchr Liter. ; Die Uberlief, p. 855-856 (d'après Gieseler).
7) Constitutions Apostoliques, VI, 16 ; Testament des XII Patriarches, XII, 10. Gf. Augustin, Cont. Faust., XXXIII, i, cire. init.
8) Jérôme, In Isaiam, LXIV, 4- Cf. Augustin, Cont. Faust, XXVI, i.
CHAPITRI^ DEUXIÈME
Tous les Gnostiques se regardaient comme les vrais disciples du Christ. Ils accordaient donc une grande importance aux Ecritures chrétiennes. Mais ils rejetaient, tantôt en entier, tantôt seulement en partie, plusieurs de celles qui entraient dans le Canon de l'Eglise officielle. Par contre, ils en admettaient d'autres qui étaient communément exclues comme apocryphes. Ici encore, les Manichéens ont suivi leur exemple.
D'après le témoignage de Jérôme, Basilide aurait frayé les voies à Marcion dans la critique du Nouveau Testament. Lui aussi aurait rejeté des textes évangéliques et répudié certains écrits des Apôtres, notamment les Epîtres à Timothée, à Tite et aux Hébreux 1. Valenlin paraît avoir été moins radical. 11 n'en usait pas moins d'une très grande liberté. A en croire Tertullien, il acceptait la Bible chrétienne dans son intégrité, mais il l'interprétait dans un sens tout nouveau qui en était la négation pratique 2. Marcion adoptait une attitude plus nette.
i) In Epist. ad Tit., Proœm., P. L. XXVI, 555.
2) De Praeser, 38. V. C. Rart, Die Interprétation des Neuen Testaments der mlentinischen Gnosis, Leipzig, 191 r, in-8«.
162 LES ÉCHITUHES MANICHÉENNES
Il repoussait l'exégèse allégorique chère aux Valentiniens. Des quatre Evangiles, il ne gardait que celui de Luc dont il retranchait encore la (( Généalogie », c'est-à-dire les deux premiers chapitres, ainsi que les paroles du Christ qui avaient une saveur judaïsante, sans doute, aussi, les récits de la résurrection. Il admettait les Epîtres de Paul aux Galates, aux Corinthiens, aux Romains, aux Thessaloniciens, aux Ephésiens, aux Colossiens, à Philémon et aux Philippiens, préalablement allégées de tous les textes favorables à Moïse ou aux prophètes juifs. Mais il réprouvait tous les autres écrits du Nouveau Testament et notamment les Actes des Apôtres ^.
Critique de Mani. — Mani se montrait moins exclusif que Màrcion. Mais il employait les mêmes procédés. Comme lui, il usait d'un très large éclectisme à l'égard du Nouveau Testament. D'une manière générale, il supprimait résolument tous les textes qui ne cadraient pas très bien avec sa théologie.
Dans les Acta Archelai, il cite non seulement VEvangile de Luc, mais encore celui de Marc et surtout celui de Matthieu et de Jean ^. Seulement, à Diodore qui invoque en faveur du Judaïsme la parole de Jésus : « Je ne suis pas venu détruire la Loi, mais l'accomplir » {Matt., V, 17), il répond que ce propos, se trouvant démenti par les faits, ne peut être authentique ^.
Au cours du même ouvrage, Mani rejette expressément les récits de la naissance du Christ :
I Irénée, Cont. haer., I, 27, 2 ; III, 11, 7 et 9'; 12, 12 ; i/i, 4 ; Epiphane, Haer., XLII, 9 11-12. L'Evangile et VApôtre de Marcion ont été reconstitués d'une façon critique, d'après les données d'Epiphane, par Théodore Zahn, Gesch. des neutestam. Kan, I, a. Leipzi^r, 1889, p. 585- 718 et II, 2, 1892, p. 409-629.
2) Plus précisément, il cite Matthieu, VII, 18 ; X, 28, 4o ; XI, i3 ; XII, 47 ; XIII, II et 25 ; XV, 24 ; XVI, 16 ; XIX, 11 ; XXII, 42-45 ;
Marc, III, 32 ; Luc, XVI, 16 ; Jean, I, 10, 18 et 54 ; V, 19 ; VI, 38 ; VIII, 44 ; X, 27 ; XVI, 8.
3) Act. Arch. ù.o, cire. med.
« Je me garderai bien, dit-il, d'admettre que Notre Seigneur soit descendu dans les parties génitales d'une femme Luimême déclare qu'il est <( descendu du sein du Père )> (Joh., I, i8 et III, i3). <( Quiconque me reçoit, ajoute-t-il, reçoit celui qui ma envoyé » (Matt., X, 4o ; Luc, X, i6 ; Joh., XIII, 20). (( Je ne suis pas venu faire ma volonté, mais la volonté de celui << qui m a envoyé » (Joh., Yl, 38). « Je n'ai été envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël » {Matt., XV, 24). Il y a une quantité de témoignages analogues qui montrent qu'il est
venu parmi nous sans naître comme nous A quelqu'un qui
lui disait un jour : « Ta mère et tes frères se tiennent dehors », il répondit, sur un ton de reproche : a Qui est ma mère et qui (( sont mes frères? » et il montra que c'étaient ceux qui accomplissaient sa volonté {Matt., XII, 46-5o). Si vous voulez que Marie ait été sa mère, vous devez admettre qu'elle lui a donné des frères. Les a-t-elles eus de Joseph ou de l'Esprit 'Saint .î^ Si elle le^ a eus du Saint Esprit, nous devons admettre plusieurs
Christ. Si elle les a engendrés sans lui, il nous faut, sans
nul doute reconnaître qu'après la venue de l'Esprit et celle
de Gabriel, cette Vierge très chaste s'est unie à Joseph Voyez
combien diffèrent les paroles de Jésus. A celui qui lui a dit : « Ta mère se tient dehors », il répond : « Qui est ma mère.î^... » Un autre lui dit : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » ; il le proclame heureux et béni de Dieu (Matt., XVI, 16)... Si le second a dit vrai, le premier s'est trompé. Si le premier s'est
trompé, l'erreur retombe sur l'écrivain (En réalité), le Fils
de Dieu est descendu tout formé et il s'est complètement transformé en honmie. Comme dit Paul, il s'est trouvé « extérieurement semblable à un homme » {PhiL, II, 7) Puis, quand
il a voulu, il a donné à cette humanité la forme et l'aspect du soleil. Si vous dites qu'il tient cette humanité seulement de Marie et qu'il a reçu l'Esprit dans le baptême, vous regarderez
sa filiation comme acquise, non comme naturelle Vous
penserez alors, à juste titre, que « semblable à un homme » désigne un homme réel. Mais, en oe cas, il faudra aussi que l'Esprit qui a paru (en son baptême) (( semblable à une colombe » {Matt., III, 16; Me, I, 10 ; Le, III, 22) n'ait été qu'une colombe naturelle ^ ».
Mani montrait la même indépendance à l'égard du récit de la Passion. D'après Alexandre de Lycopolis, il avait consacré à ce sujet une étude spéciale où il s'attachait à montrer quye le
i) Act. Arch., 5o.
164 LES ÉCIUTUUES MANICHÉENNES
Chrisl, étant un cspril, n'avail pu elrc ciuciiié ^ De fait, dans un passage de YEpUre du Fondement cité par Evode, il soutient que ce ne fut pas le Fils de Dieu, mais lin suppôt du Diable q-ui endura les tournients du Calvaire :
(( L'ennemi espérait bien avoir mis en croix le Sauveur, Père des Justes. Mais ce fut lui qui se trouva cruciiié. En cette circonstance, la réalité fut tout autre que l'apparence. Le Prince des Ténèbres se vit donc attaché à la croix ; il porta avec ses compagnons la couronne d'épines et il fut revêtu du vêtement de pourpre. Il but le liel et le vinaigre, qui, d'après certains, auraient abreuvé le Sauveur. Toutes les souffrances que celui-ci parut endurer furent réservées aux Archontes ténébreux. Eux seuls furent atteints par les clous (des bouricaux) et par la lance (du centurion) ^ » .
Basilide émettait déjà une idée analogue. Il racontait que le Christ échappa à ses ennemis en prenant l'a ligure de Simon de Cyrène, à qui il avait donné la sienne en échange, qu'il lit ainsi crucifier son sosie et que, pendant le drame du Calvaire, il tournait en dérision l'erreur de ses bourreaux 3. Ce dernier trait reparaît dans les Actes de Jean, de provenance gnostique, qui ont été très lus par les Manichéens * et dans la formule grecque d'abjuration qui en imposait le désaveu aux nouveaux convertis ^. Sans doute se lisait-il aussi dans VEpître du Fondement ou dans quelque autre écrit du même auteur.
C'est sur le témoignage de Paul que Mani établissait sa criti(iue de l'Evangile. D'après le rapport adressé par Diodore à Archélaus, (c il s'appuyait sur l'autorité de l'Apôtre pour soutenir que la Loi de Moïse est une loi de mort et celle de Jésus une Loi de vie » (Il Cor., III, 6-11) ^ Dans la deuxième conférence engagée (avec l'évoque de Kashkar, lui-même s'exprime nettement en ce sens : « Nous croyons, dit-il, en un seul Christ, selon l'enseignement de l'Apôtre Paul ^|ue nous regardons
i) De Plac. Man., 26.
2) De fid. cont. Man., 25.
3) Irénée, Cont. Haer., I, 24, 4.
4) Y. infra, p. 189.
.-)) P.'G., I, i463 D. 6) Act. Arch., 4o.
comme le seul bien informé sur sa venue (I Cor., VIÏI, 6) ^ ;> A travers les Acta Archelai, il cite tour à tour les Epîtres aux Romains, aux Corinthiens, aux Galates. aux Philippiens, la i'"" aux Thessaloniciens, la i'^" à Timothée et VEpître aux Hébreux 2. Les citations des deux dernières sont caractéristiques. Ici encore Mani se montre moins exclusif que Marcion. En revanche, il n'invoque jamais aucun des autres écrit-^ dvi Nouveau Testament. Sans doute les rejetait-il aussi résolùmenJ: que l'auteur des Antithèses, puisqu'il regardait l'enseignement de Paul comme « le seul bien informé » sur la venue du Christ.
Critique d'Adimaxte. — Adimante, le grand docteur des Manichéens d'Occident ^ paraît avoir adopté une attitude absolument identique. Dans le traité scripturaire dont Augustin a écrit la critique, il cite surtout Matthieu. Mais il invoque aussi Marc, Luc et Jean ^. Il met .en avant plusieurs passages dt's Epîtres aux Romains et aux Galates, de la ('^ aux Corinthiens et même de la i'"^ à Timothée ^. Mais il ne fait valoir en dehors àtys Evangiles que des écrits de Paul.
i) Ad. Arch., ^7.
2) Il cite Rom., II, 28 ; III. 29 ; IV, 2 ; V. i/i ;
/ Cor., VIL 35 ; XTII. 9 ; XV, 5o et 5G ;'
// Cor., III, O-ir ; IV, 4 rt ifi^;
Gai, II, 18 ; III, i3 ; IV, 3 ;
/ Thess., I, 8 ;
Phil., II, 7 ;
I Tim., I, 20 ;
Heh., VI, 8 ; VIII, i3.
3) Augustin, Cont. Adim., XI, 12.
4) Il cite Matt., III, 7 (V, i) ; V, 3 (XIX, i) ; V.. 9 (XXVII) ; V. 34-35 (X, 1) ; V. 38-/.0 (VIII i) ; V. 44 et 45 (VIII, i et XVII, i) ; VI, 26 ei S^ (IV. et XXIV) : VII, 17 (XXVÎ) ; VÏIl. 21, 22 (VI. I) ; X. q-ro XX. i) : XII, 10 (XXII) ; XVI, 24-26 (XVIII, i) ; XIX. 12, 21 et 29 (III. r, XXI et XXIII) ; XXII, 3o (XXV) ; XXIIT, i5 (XVI, i) ;
Marc, VII, i5 (XV, i) ; X, 17-18 (XIII, i) ; Luc, VI, 24 (XIX, 1) ; XII, 20 (XX, 2) ; (XXI, 3-4 (XIV, i) ; Jean, I, 10 et 18 (I et IX, i) ; V, 17 (II, i) ; VI, 37-38 (IX. i) ; VIII, 44 (V, i) ; XVII, 25 (XI, i) ;
5) Il ciio Rom., XIV, 21 (XIV, i et XV, i) ;
/ Cor., VII, 18-19 (XVI, 2) ; X. 2r (XIV, i) ; XIV, 33 (XX, 3) ;: XV, 90 (XII, i) ;
Critique de Fauste, — Fauste de Milève procède de même. Il «e réclame fréquemment de Matthieu et de Jean, plusieurs fois de Marc et de Luc ^.11 cite, par ailleurs, les Epîtres aux Romains et aux Galates. aux Corinthiens (i''^ et 2°"^), aux Ephesiens, aux GoJossiens, aux Philippiens et à Titc, ainsi que la r''® à Timothée ^. Mais lui aussi passe sous silence les autres écrits du Nouveau Testament. Une fois seulement, il met en avant les Actes d?e.s Apôtres^. Mais c'est pour répondre à une objection qu'en tirent ses adversaires catholiques. Pour lui, comme pour Mani et Adimante ses deux seuls Maîtres, la Bible chrétienne se réduit aux Evangiles et aux écrits de Paul.
Encore est-il loin de la regarder comme infaillible. D'une part, il tient tous les Evangiles pour apocryphes. Il y voit l'œuvre de disciples inconnus, qui, écrivant longtemps après la venue du Christ et la mort des Apôtres, ont surchargé la tradition chrétienne d'éléments judaïques et soutenu, soit par igno
Gai, IV, lo-ii (XVI, 3) ; II Tim., 1,17 (XXVIII) ; VI, 16 (X, i).
i) Il cite Malt., III, 16-17 (^H, i ; XVI, 2 et XXIII, 2) ; V, 21 82 et 38 (XIX, 3) ; VII, 16 (XII, i) ; VIII, 29 (XVI, i) ; IX, 9 et 16-17 (XVII, j et XV, i) ; XV, 18-19 (XVI, 6) ; XXIII, i5 et 3/i (XVI, 6 et XIX, 2). Marc, I, I (II, I et III, i) ;
Luc, m, 23 (XXIII, 2) ; IV, 29 (XXVI, 2) ; XXIII, 43 (XIV, i) ; Jean, III, 5 (XXIV, i) ; V. 46-^7 (XVI, i, 6 et 7) ; VIII, i3-i8 (XII, i et XVI, 2) ; X, 8 et 38 (XII, i et XVI, 2) ; XVI, i3 et 28 (XXXII, 6 et XII, i) ; XX. 37 (XVI, 8).
2) Il cite Rom., I, 21 (XII, i) ; II, i/i-i5 (XIX, 2) ; VII 2 (XV, i) ; VIII, 2 (XIX, 2) ;
Gai., I, i5 (XXIV, i) ; III, i3 et 27 (XIV, i et XXIV, i) ; IV, 19 (XXIV, i) ; V, I (VIII, I) ; / Cor., I, 2^ (XX, i) ; III, 5 et IV, i5 (XXIV, i) ; V, 45 (XXXIII, i) ;
XII, 28 (XIX, 2) ; XIII, II (XI, i) ; ^
// Cor., m, 5 (XV, i) ; IV, 4 (XXI, i) ; V, 16 (XI, i) ; Eph., II, II (XIII, i) ; IV, 22-23 (XXIV, i) ; Col., m, 9-1 1 (XXIV, i) ; Phil., III, 8 (XXXII, i) ; Tit. I, 12 (XIX, 2) ; / Tim., IV, I (XXX, i) ; VI, 16 (XX, i).
3) X, i4-i5 (XXXI, 3).
ranco, soit par imprudence, soit par malice, de no<mbreuses erreurs, sans arriver d'ailleurs à en faire un exposé cohérent, ni seulement à s'accorder entre eux ^. Aussi en rejette-t-il de nombreux passages, par exemple ceux qui se rapportent à la naissance de Jésus, à sa circoncision, à son baptême, à sa tentation 2, ainsi que ceux qui relatent des propos plus ou moins favorables à la Loi juive ^. D'autre part, il opère un triage analogue jusque dans les écrits de Paul. Il note, en effet, que l'Apôtre a évolué et que telle idée émise par lui dans VEpître aux Romains se trouve rejetée dans la i^^ aux Corinthiens *. Partout il s'applique à séparer l'ivraie du bon grain ^.
Autres critiques. — Les Manichéens de Carthage qu'a connus Augustin faisaient les mêmes distinctions. Quand on leur opposait un texte du Nouveau Testament qui allait à rencontre de leurs doctrines, ils disaient que l'enseignement du Christ avait été vicié par des faussaires. Mais ils ne possédaient pas d'exemplaire critique où la Bible chrétienne se présentât sans mélange d'erreur ^.
Ce sont aussi les Evangiles et les écrits pauliniens mis en avant par Fauste de Milève que Fortunat fait intervenir en discutant contre Augustin ". C'est de ces mêmes textes que Félix «e réclame dans la conférence contradictoire qu'il engage à son
i) Conf. Faust., XXXII, 2 et 7 ; XXXIII, 3. Cf. XVII, i.
2) Conf. Faust., XXII, 7. Cf. II, i ; III ; MI, ; XXIII, i-d.
3) Coni. Faust., XVII, i ; XVIII, i et 3 ; XXXIII, i et 2.
4) Cont. Faust., XI, i.
5) Cont. Faust., XVIII, 3.
6) Conf., V, 21.
7) Fortunat cite Malt., VII, 17 {Cont. Fort., 21) ; X, 16 (22) ; XV, i3 (i/i et 21) ;
Jean, X, tS (32) ; XV, 22 (21) ;
nom., VII, 23-24 et VIII, 7 (21) ; IX, 21 (26) ;
/ Cor., XV, 5o (19) ;
Gai, V, 17 et VI, i4 (21) ;
Eph., II, 1-18 (16) et VI, 12 (22) ;
Phil, II, 5-8 (7).
tour avec l'évêque d'Hippone ^. Enfin le Romain Secundin n'en invoque pas d'autres ^. Partout les Manichéens adoptent la même attitude à l'égard des textes canon!qu€s de l'Eglise officielle.
A quelques siècles de distance, un des premiers docteurs de la secte paulicienne, Constantin, originaire de Samosate, o'inspirant de leur enseignement, ne voulait admettre que « VEvangile et V Apôtre )> ^. Dans la suite, ses disciples forcés par la persécution de se dissimuler et de se confondre extcrieurenient avec les orthodoxes, adoptèrent pratiquement les autres écrits du Nouveau Testament à l'exception des deux lettres attribuées à Pierre et de rApocaiyp.se. D'après Pierre de Sicile, ils admettaient (( les quatre saints Evangiles et les quatorze Epîtres de Paul, celle de Jacques, les trois de Jean, celle de Jude et les Actes des Apôtres » *. Cependant certains d'entre eux gardaient l'intransigeance de leurs devanciers et ne voulaient admettre que (( VEvangile et V Apôtre )-> ^. Dans une note marginale d'une écriture ancienne, un lecteur de Pierre de Sicile le note expressément : « Je ne sais, dit-il, si. de son temps, les Manichéens se sont servis de VEpître de Jacques, ou d'une autre et des Actes des Apôtres. Ceux d'aujourd'hui se sei^ent seulement, de deux Evangiles, surtout de celui de Luc, et des quinze
i) Félix €ite Matt. VII. î-- ; XIII, 27 et XXV, lu (Cont. FcJ., II, ?.) ; Jean, I, 5 (II, i5) ; XVI, 3 (I, 2 et 10) ; Rom., VIII, 7 (II, 2) ; Il Cor., IV, 4 et XII, 7 (IT, 2) ; Gai, m, t3 (II. loV
2) Secundin cite Matt., VII, i3 {Epist., 3) ; XII, 25 (4) ; XXV, passîm (1) XXVII, i5 (4) ;
Luc, XXIII, 37 et 39 (4) ;
Jean, XX, 27 (4) ;
Rom., VI, i3 (i) ; XIV, 12 (3) ;
Eph., VI, 12 (i) ;
Phil., III, 8 (5) ;
I Tim., V, 20 (/,).
3) Photius, Cont. Man., I, 2. Cf. Pierre de Sicile. Hist. Man., iQ. à) Pierre de Sicile, Hist. Man., 19,
5) Pierre de Sicile, Hist. Man., 19.
Lpîlres du saint apôtre Paul, ils ont, en effet, une Epître supplémentaire aux Laodicéens » ^.
Ce dernier détail s'explique assez bien et peut remonter aux origines du Manichéisme. Mani dépendait de Marcion. Or, le Canon de Maratori mentionne déjà une Epître aux Laodicéens connue une œuvre marcionite^. Le rapprochement se conçoit d'autant mieux que c'est surtout l'école marcionite qui a mis en avant VEvangile de Luc ^. Ainsi les Manichéens dont parle l'annotateur anonym€ de Pierre de Sicile étaient des consei^^ateurs qui suivaient une très vieille tradition. Et leur traditionalisme ne leur faisait pas seulement rejeter certains textes scripturaires que les Catholiques considéraient comme authentiques. Il leur en faisait admicttre d'autres que ces mêmes Catholiques tenaient pour apocryphes.
De tous temps, les Gnostiques ont admis dans leur Canon des textes chrétiens que l'Eglise officielle en excluait. Et les Manichéens ont suivi leur exemple. Ils ont regardé comme inspirés des Evangiles et des récits ou messages apostoliques qu'autour d'eux on rejetait communément comme hérétiques.
Naissance de la Vierge. — L'auteur de la Théosophie s'appuyait, ccKmme il a été dit, sur un livre de la Naissance d>e la Vierge ^. Le fait n'a rien de surprenant. Les Gnostiques faisaient jouer un grand rôle à Marie, la mère putative du Christ. Ils la montraient questionnant le Sauveur, lui faisant progressiven)ent définir la science du salut, et ils possédaient un « grand »
i) A. Mai, Nova Pairum Bibliotheca, t. lY, 2, pars., p. i/J.
2) Cf. Epiphnne, Haer, XIII, 9.
3) V. supra, p. 162.
4) Karl Buresch, Klaros. p. 90 {Oracles des dieux helléniques, n" \).
et un (( petit » recueil de ses Interrogations et des réponses apportées par Jésus ^. Ils la mettaient aussi en rapport avec les Apôtres et ils se réclamaient particulièrement des entretiens qu'elle aurait eus avec Jacques ^. Justement un récit de sa naissance nous est arrivé sous le nom de ce dernier Apôtre ^. Il a pu exister, dès la fin du n^ siècle, car Clément d'Alexandrie et Origène semblent y faire allusion ^. Il forme la base du célèbre Protévangile, qui a joui dans l'Eglise d'une si grande vogue ^. Ce dernier écrit ne semble rien offrir d'hétérodoxe et les croyants les plus scrupuleux y trouvent encore aujourd'hui un aliment à leur piété. Mais c'est parce qu'il a été beaucoup remanié. A travers ses nombreuses retouches, il est facile d'apercevoir un souci constant d'opposer l'esprit à la chair et la virginité à la maternité. Cette tendance, très conforme à l'esprit du Gnosticisme, devait être à l'origine plus accusée encore et même très choquante pour des gens étrangers à. la Gnose. En effet, le livre fut condamné, à diverses reprises, au nom de l'orthodoxie ^. Une lettre (( à Chromatius et à Héliodore », faussement attribuée à saint Jérôme, le présente comme l'œuvre d'un certain Leucius, qui aurait altéré une œuvre similaire de l'Apôtre Matthieu et dont elle fait à tort « un disciple de Manichée » ^ Les partisans de Mani faisaient le plus grand cas de cet auteui Plusieurs autres de ses écrits étaient très renommés chez eux ^. Son seul nom suffisait donc à leur faire accepter celui-ci.
i) Epiphane, Haer., XXVI, 8.
2) Hippolyte, Philosoph., V, 7.
3) Voir la i^^ partie du Protévangile de Jacques, éd. et trad. E. Amann, Paris, iqio, in-S*^.
^) Clément d'Alexandrie, Strom., VII, 16, 98 ; Origène, Comment in Matt., X, 17.
5) Le nom même du Protévangile est très tardif. Traditionnellement l'ouvrage s'intitule Naissance de Marie.
6) Lettre d 'Innocent P^ à Exupère de Toulouse, dans P. L., XX, Soi ; décret du Pseudo-Gélase, dans P. L., LIX, 162. ^